Grcard, th., p
2. (Jrcard, ib., p. 177 : « Est-il possible d'étabbr sur le panthéisme un mysticisme raisonnable?... Comment nourrir le cœur sans mentir à la raison? Octave m'a souvent fait cette question. Non, lui dis-je, il y a un mysticisme scientifique.... La nature tend au Ijien qui est le développement de son ordre.... »
L'ANNÉE DE PROFESSORAT 15t
l'avilissent, jusqu'à en faire un roi, ou un amant. Je dirais donc à notre Gréard : « Le vrai Dieu a ce que lu aimes dans le Dieu chrétien; il n'a pas ce que tu y méprises. Il satisfait donc ton cœur comme ta raison. Laisse à des religieuses un Dieu amant, à des valets un Dieu roi. Homme libre et savant, ton Dieu ne peut être que le Tout infini et parfait. Ceux qui nient qu'il soit Dieu en disant qu'il est multiple et imparfait, l'ignorent. La multiplicité, l'imperfection, la contingence ne sont qu'une illusion de l'esprit qui abstrait. Une partie du monde appelle l'autre comme un organe du corps humain nécessite tous les autres; et le monde est un, comme le corps humain. Chaque partie du monde est imparfaite, parce qu'elle a son complément et le reste de son être dans les autres, et qu'ainsi le Tout est parfait. Ceux qui nient que ce Dieu puisse être adoré ignorent les ravissements de la science. L'homme qui, parcourant les lois de l'esprit et delà matière, s'aperçoitqu'elles se réduisent toutes à une loi unique, qui est que l'Être tend à exister; qui voit cette nécessité intérieure, comme une ame universelle, organiser les systèmes d'étoiles, pousser le sang de l'animal dans ses veines, porterl'esprit vers la contemplation de l'infini ; qui voit le monde entier sortir vivant et magnifique d'un unique et éternel principe, ressent une joie et une admiration plus grandes que le dévol agenouillé devant un homme agrandi : chaque objet qu'il rencontre rappelle au chrétien son architecte; chaque objet nous montre l'àme et la loi universelle qui meut tout. Lequel vaut mieux, de songer à l'habileté
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d'un s^rand jardinier, lorsqu'on regarde la campagne, ou d'y contempler un Être vivant qui se repose et se développe, et qui remue en nous toutes les sympathies du cœur? »
Si tu étais ici, mon cher ami, quels beaux entretiens au coin du feu ! Mais tu es loin, et tu es le seul au monde à qui je puisse parler de ces choses. Moi aussi je converse avec toi absent. Pendant queje te donnais Spinoza, tu me donnais Burdach^ et Geoffroy-Saint-Hilaire^; je devenais naturaliste et toi métaphysicien ; et aujourd'hui nous sommes un seul et même esprit. N'aie pas peur que je mollisse. Nous combattrons ensemble, fussionsnous seuls. Je prépare toutes sortes d'armes. Je ferai ma première sortie en psychologie"'. Il y a là des choses admirables à dire sur les sensations, les mouvements, la génération des passions, contre la vision de Dieu, et l'âme séparée du corps. 11 y a toute une série d'explications à substituer aux causes finales. La nature qui, en produisant des individus, isole des autres une portion de la matière, rétablit Vunlté par la constitution des sens. L'œil est fait en vue de la lumière, n'existe que pour elle, de même que le foie n'existe que pour l'estomac et n'est organisé que pour dissoudre les aliments. Cette relation constitue son être, et comme pour conce-
1. Burdach (Ernest), physiolopjiste allemand, né en 1801, mort en 187G.
2. GeofTroy-Saint-Ililaire (Etienne), zoologiste, né en 1772, mort en 1844. M. Taine lisait également les livres d'Isidore Geoffroy Saint-Hilaire et snivit plus lard ses cours au Muséum. (Voir p. 50!), note 2).