MM. Alexandre lîczanson et Adolplie llezanson
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sera une jolie prière en commun, bonne à faire dresser tous les cheveux saissetiques et siinoniques (s'ils en ont encore). Voilà déjà que nous chantons à l'unisson les louanges du vrai Dieu au chapitre de la liberté, et sans doute tu tourneras bien d'autres feuillets dans l'adorable livre de l'hérésie. Tu verras ici une suite d'analyses sur les sensations*, les images, les rapports de la pensée pure au cerveau, et la nature du moi, qui te réjouiront le cœur. Je fais de temps en temps quelques cavalcades physiologiques S historiques^, et j'ai lu deux volumes
1. Des Sensations (observations) 98 pages, petil: format, — Plan : « Énumération préalable des questions : 1° Des sensations en particulier, toucher, vue, etc. ; '2° De la sensation en général. » Méthode : « 1" Déterminer la nature de la sensation ; '2° Appliquer cette définition aux diirérentes espèces de sensations ». Suivent de minutieuses analyses d'expériences personnelles sur le toucher, l'odorat, le goût, l'ouïe, la vue, sur la nature du son musical, sur la sensation Imaginative, les images, l'association des idées, la mémoire..
2. Notes de physiologie et d'histoire naturelle, 93 pages, grand format, d'après Cabanis, Mûller, Broussais, Bichat, E. Geolfroy- Saint-IIilaire, Isidore Geoffroy-Saint-Ililaire, Serres, Coste, Dumortier, Bérard, Carus.
3. Idées générales sur V histoire : 32 pages, grand format.... « Le but de l'histoire est de trouver des lois ou faits généraux; son aide est la psychologie ».... « Noter les moyens par lesquels les nations sont des individus ».... « Ajoutez les causes physiologiques et climatériques. Le fils tient du père et du climat ».... « Il faudrait donner une définition : 1" du Gouvernement et de ses dilférentes fonctions, la guerre, la justice, la perception des impôts, l'administration; des Corps; 2" de VÉtat et de ses diflerentes classes possibles, prêtres, nobles, populace, agriculteurs, commerçants; 3° de la Famille et des relations de ses dill'érents membres; 4° de l'Art, de la Religion, de la Philosophie, etc.... » Suit une analyse de la Philosophie de l'Histoire de Hegel (38 pages, grand format) ; id. de la religion (20 pages, grand format) ; id. du droit (0 pages, grand format). Au milieu de l'analyse sur l'Élat. le travail est interrompu à cette phr:iso : « 3" Puissance législative.
de ce casse-tête cliinois, appelé vulgairement Logique de HegeP. Je suis comme Cornélie, mon cher. Mes bijoux ce sont mes enfants.... Enfants intellectuels, bien entendu.
J'imagine aussi que tu n'es amoureux que de nos froides déesses. Froides est le mot, mon cher bonhomme. De temps en temps, à l'aspect d'un théorème métaphysique il s'allume dans mon cerveau un feu de paille. Mais, faute d'un co-philosophe, il s'éteint vite. Les pleutres qui m'entourent ne sont pas faits pour l'exciter, et je n'ai pour élèves que des âmes de papier mâché que je m'amuse quelquefois à pétrir, mais que je n'enflammerai jamais....
Je t'écris des folies, parce que j'ai en ce moment des idées noires. Cela m'arrive quand j'ai mal à la tête; et je n'ai d'autre ressource que de me moquer de moimême et des autres, ou de penser à ma grande consolation stoïcienne que tu sais. {To die, lo sleep, ce que confirme de plus en plus ma psychologie.) Or, comme je ne suis pas foncièrement bouddhiste, et que la contemplation du zéro pur finit par lasser, je m'amuse à
Le prince, les fonctionnaires et les classes diverses de la nalion y prennent i)art.... Inutile de continuer. — Courtisanerie; le pauvre llej^el! cela est humiliant pour la philosophie. Aristote a bien montré le droit du plus fort en pailant .à Alexandre, inais il n'a })as montré son opinion politi(pie. Hegel n'a pas la notion du droit, de la volonté individuelle, de la personne inviolable, il ne connaît ({ue le bien, le raisonnable, le meilleur. La volonlé est sacrée, même quand elle vent le pire. Il y a dans ce livre im mauvais mélange de politique et de droit. Le droil est une géomélric a priori; la polilifpie [est] un empii'isme. » 1. Voir p. 1G2, noie i.
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être bete. « La vie est un enfant qu'il faut bercer jusqu'à ce qu'il s'endorme. » Conclusion: viens manger ma soupe samedi 2, et voir ma pendule et mes tableaux (représentant le supplice d'un brigand italien, destinés à faire frémir les locataires qui ne paieraient pas leur lerme en leur montrant les conséquences de l'inconduite; en outre un tendre berger dérobant un nid pour son Estelle, tableau ordonné par la police pour adoucir les âmes féroces). Tiens, j'en pleure d'attendrissement. Allons, mon Némorin, viens trouver ton Estelle.
A SA MERE
Nevers, 24 décembre 1851
Je quitte mon Hegel et mes paperasses pour venir causer un moment avec vous. Je suis fatigué et je ne trouve pas de meilleur, repos que votre souvenir. Dans tout ce grand monde indifférent qui m'entoure, et où à cbaque pas je dois livrer bataille pour me faire un cbemin, il y a un petit coin où j'ai trois amies.... le bon temps de Paris ne reviendra pas.
M. Vacherot m'a écrits et me recommande les dis-
1. Lettre de M. Vacherot, 19 décembre : « ...Ne pouvant ni parler ni écrire sur la politique, sous le régime militaire et populaire qui nous est imposé et qui peut durer longtemps, il faudra bien que les esprits sérieux et élevés se réfugient dans la science pure, dans la philosophie. Traduisez donc Hegel tout en vous occupai t de votre agrégation. C'est le service le plus urgent que vous pui^siez rendre à la philosophie française en ce moment. Soignez votre santé.... Aristote prétend que l'esprit en soi est infatigable et
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Iraclions permises à un plillosoplio, la musique et la danse. La musique, soit : démenti et Mendelssohn sont divins. Mais la danse! je deviens de plus en plus ermite et méprisant. J'espère bien laisser cet hiver les Nivernais tricoter de leurs jambes cette danse cahotée de dindons sautillants vulgairement appelée polka. — Chacun a ses plaisirs. Un brave employé pêcheur à la ligne est plus heureux quand il attrape un carpeau d'un quart de livre que le plus merveilleux des rois de salon au moment où il bat ses plus piquants entrechats. Je suis pêcheur à la ligne dans la rivière de la philosophie (dos mauvaises langues diraient que je pêche en eau trouble); et une petite vérité tirée à grand'peine du fond de l'eau me rend heureux pour toute la journée. — Viennent parfois des migraines, des faiblesses de volonté, quelque ennui de ma solitude. Mais quel ciel si beau n'a pas ses nuages? Somme toute, ma vie est à envier. Je gagne en peu de temps ce qu'il me faut pour vivre, j'ai une bonne santé, j'amasse pour l'avenir; quoique je sois terré et enfoui comme la taupe, je fais comme elle mon chemin. Il ne faut pas penser à ce que je suis, mais à ce que je puis être. C'est dans l'avenir que je vis, c'est lui que je prépare ; le présent n'est rien ; plus je suis obscur et enfoncé dans le travail, plus j'ai de chances ; je me compare à ceux qui en France
(jiie c'est son confnct avec le corps qui le rend sujet à la fatigue. J'en doute fort..., l'esprit a besoin de repos..., je vous recommande toutes l(>s dislrnclions permises au pliilosoplie, et particulicremenl la nuisi(|ue et la danse. Vous savez que la sagesse antique n'j répugnait pas.
gouvernent la science, et je crois que, sans orgueil, j'ai tout lieu d'espérer.
Rien de nouveau. Je crois que le recteur avait raison, et que je ne cours aucun danger. Je continuerai jusqu'aux vacances à tenir dans ma cage patentée mes seize petits serins.
A PREVOST-PARADOL
Nevcrs, 30 décembre 1851 Cher ami, je suis à peu près décidé à devenir ton concurrents J'attends encore une lettre qui achèvera de me fixer. Tu comprends qu'il faul que je sache an juste ce qui se passe dans les hautes régions, et si la philosophie a chance d'être rétablie. J(* voulais d'abord laisser là les agrégations et me préserAÎer au doctorat à la fin de l'année. Je ne quitterai la philosophie qu'à la dernière extrémité, et je ne deviendrai serviteur du thème grec et du vers latin que dans l'espoir d'y rentrer un jour.
Si, comme tu dis, tu trembles de ma concurrence, tu as de la charité de reste. Desséché et durci par plusieurs années d'abstractions et de syllogismes, où retrou verai-je la verve, le style, les grâces latines et les élégances grecques nécessaires pour ne pas être submergé par quatre-vingts concurrents, pour arriver à côté de
i. YoirGi'éard, ib., p. 18 i, 24 décembre. Prévost-Paradol annonce à M. Taine que l'agrégation de pbilosopbie est supprimée par le Ministre de llnstmction publique, M. Fortoul.
184 CORRESPOINDANCE
MaxS Sarcey , toi, etc. Je vais repioclier mon sol en jachère, tu sais comme, et avec quels coups. Si j'ai la même fortune que l'an dernier, comme il est probable, ma volonté en sera innocente; je ferai tout, pour surnager. Oue Cicéron me soit en aide !
Je compte un peu sur toi. Écris-moi des renseignements sur les livres qu'il faut lire, etc. Parle-moi de BabriusS de Denys d'tlalicarnasse^, de Tliistoire de la métrique ancienne et autres jolies choses. Je t'enverrai peut-être quelquefois un thème grec, pour avoir tes corrections ou celles de M. Benoît^. Prête-moi l'épaule. Tombé une fois déjà, j'en suis tout meurtri.
Veux-tu prier Ed.^ de m'acheter un petit Virgile de vingt sous, édition allemande, et de me l'apporter au retour? Heureux Ed. Mais il vaut mieux qu'il soit agrégé que moi, parce que peut-être je pourrai retrouver mes périodes cicéroniennes et mes hexamètres défunts. Son bonheur me console. Qu'il me donne au moins une bonne demi-journée, et toutes sortes de nouvelles et conversations de toi.
M. Simon vient de répondre à un mot que je lui avals écrit. Sa lettre laisse percer un blâme fort vif contre
1. Gaucher (Maxime), publiciste, né en 1829, cicve de l'École normale en 1849, mort en 1888.
'2. Voir p. '295, note 3.