La Logique
U. TAlXt. CORRESPOXDANCS. 14
préfet, et n'a pas eu le courage de danser dans la cocliue. En voyant le sourire éternel des danseuses, et en écoutant les banalités mielleuses des danseurs, je n'ai trouvé rien de mieux à faire que de regarder cette singerie du plai-sir et cette comédie de l'ennui. Imagine-toi qu'on était venu à ce bal de douze lieues à la ronde. J'en bâille encore, mais après cette corvée officielle je suis délivré — J'attends toujours une réponse du titulaire. On me dit que je resteiai certainement et cela est assez probable.
Je ne pourrai aller à Youzîers au mois d'août, mes examens m'en empêcheront ; il y en a un le 20 août et un autre le 15 ou le 20 septembre. Je serai obligé de travailler dans l'intervalle. L'avenir est incertain. Nous dépendons des caprices du maître et nous attendons sa loi sur l'enseignement. Personne ne doute que l'histoire et la philosophie ne doivent subir de grands changements. Quant à l'enseignement, le mettra-t-on aux mains des congrégations, ou sous la surveillance des évéques?/ — M. de Montalembert sera-t-il notre ministre? Nos conjectures hésitent entre tous ces accidents fâcheux. Nous sommes les vaincus et naturellement nous payons les frais de la guerre. — Mon ami Prévost veut quitter l'Université; M. About a eu l'esprit d'aller en Grèce, moi je resterai tant qu'on ne me chassera pas.
J'ai trouvé à la bibliothèque des recueils de zoologie et le journal VArthte. J'y retrouve un souvenir de Paris, de l'Exposition, delà peinture et de la musique. Cela me dérobe le dimanche à la prose oivernaise. Je passe le
reste de la journée au piano, et surtout j'improvise, c'est-à-dire je laisse aller mes doigts sur tous les accords et toutes les fantaisies qui me viennent. Souvent en le faisant je songe à autre chose, mais cela est un accompagnement pour mes idées, et il est très doux de penser en musique. Mais mon esprit est ailleurs; je ne puis étudier sérieusement, ni acquérir un talent; je ne cherche là qu'une distraction, et je suis heureux d'en savoir assez pour jouer autre chose que des contredanses. La musique n'est guère pour les autres qu'une occasion de vanité, j'y trouve un plaisir.
A PRÉVOST-PARADOL
Nevers, 22 février 1852 Vois comme je suis exact, je te réponds le jour même'. Ne va pas pourtant m'en savoir gré, je suis si seul, j'ai si grand besoin de causer avec un ami, que je saute sur tes lettres dès qu'elles arrivent, et que je les lis trois ou quatre fois de suite, pour entendre encore une fois un langage humain.
Hélas, mon pauvre ami, je roule comme toi par tou.'j les bas-fonds du marais de la mélancolie.
Je m'ennuie avec un excès que tu n'as jamais connu. Heureux homme, qui as Gréard^ Je sens combien tu