M. Bczansoii
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saire pour une femme de connaître le monde, la conversation, les usages ordinaires de la société? C'est en outre une occasion de connaître la manière de voir de ceux avec qui vous devez vivre; et ce qui est mieux, c'est une occasion de prendre quelque récréation et d'apporter quelque diversité dans la monotonie de la vie ordinaire. Suivez mon exemple. Il faut que j'aille lundi à la Préfecture pour entendre un concert d'amateurs, chanteurs et instrumentistes, au bénéfice des pauvres. Je n'ai pas une grande opinion de la musique, mais je regarderai les figures et les contenances, j'apprendrai quelque chose et peut-êlre je rirai.
Pas de réponse de notre pacha universitaire; on ne m'a pas informé si je dois rester. Mon voyage à Vouziers est toujours incertain. — Je suis sûr, quoi que tu en dises, que tu peins beaucoup mieux que quand je t'ai quittée. Essaie quelque composition personnelle, et surtout, si tu peux, quelque vue des champs. Il n'v a rien au monde de plus beau.
A M. ERNEST IIAVET*
Ncvcrs, 24 mars 1852
Quelle obligeance à vous, Monsieur, de vous souvenir
d'un élève que vous avez connu trois mois à l'École
normale ! Ici je suis comme mort ; plus de conversation,
i. llavcf (Ernost-Aiif^uslc-Eiigèno), membre de l'Institut, ué en 1813, entré à l'École normale en 1832, mort en 1889.
L'ANNÉE DE PUOFESSORAT 225
ni de pensée; il me semble qu'il y a dix ans que j'ai quitté Paris. Votre livre ^ vient de me rendre pour une journée à la vie et au monde. Ce sont bien là les questions que nous avons tant agitées dans la chère patrie de l'Intelligence, pendant les trois ans où il nous a été permis de penser et de discuter. Ce sont là les livres nécessaires; c'est faire œuvre politique et travail de convertisseur, que les écrire; c'est montrer de nouveau, comme dit Michelet, la face pale de Jésus crucifié. On masque et défigure le monde passé, et il n'y a que ceux qui ont vécu dans les poudreux in-folio des Pères qui le connaissent dans toute son horreur. Les Jansénistes sont les vrais écrivains du Christianisme, comme Murillo et Zurbaran en sont les vrais peintres ; ce sont les fidèles disciples de saint Augustin et de saint Paul; et Pascal, en homme sincère, parle comme eux de cette masse de perdition, de cette prédestination fatale, de cette infection de la nature humaine. Nous frissonnons en lisant Dante, et Dante est doux et modéré, en comparaison des effrovables traités de saint Augustin sur la Grâce et de cette dialectique invincible qui précipite le monde dans l'enfer. Je ne sais si vous y avez pensé; mais votre livre est un admirable traité polémique, et maintenant qu'éloigné de l'École, je languis loin de la liberté et de la science, et je vois de près le mal qui nous attaque, je souhaite ardemment qu'il en paraisse beaucoup de pareils.
J'essaie de me consoler du présent en lisant les Allemands. Ils sont, par rapport à nous, ce qu'était l'An-