II. Taine
Orales maximas Pro ope agit Victus fugatusjuc.
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tout à sa portée. Si c'était tactique, elle ne serait pas mauvaise, car l'éloge refluera d'autant plus vers vos autres ouvrages.
Quant au livre en lui-même, je ne suis pas très bon juge. Je n'aime pas ce masque de Graindorge qui n'est pas un masque du tout, qui est déplaisant par sa crudité et qui n'a aucune vraisemblance, car il est impossible qu'un homme ainsi fait écrive quantité de jolies choses et très fines, qu'il fallait tout simplement produire sous votre nom. Si vous avez connu tel homme en effet que M. Graindorge, rien n'était plus aisé que de le faire intervenir et de le montrer à la rencontre, mais vous-même tenant toujours le dé.
Ce livre de notes sur Paris a nécessairement l'inconvénient de tous les jugements où vous entrez au vif dans le contemporain. C'est une façon périlleuse d'éprouver vos théories ; à votre place, j'y prendrais plus garde. Il y a une infinité de manières de voir les choses et les hommes du jour : on n'y arrive pas du premier coup. J'ai peu vu de bals bourgeois, même à Paris, mais je ne crois pas que les femmes y aient des « pattes ». Ces crudités déplaisent. L'exquis talent d'analyse que vous montrez tout à côté en mainte page n'empêche pas cela de paraître dur. Pourquoi être si pressé de traduire des impressions en notes écrites, et ces notes elles-mêmes en lois ? De plus, il n'est pas mauvais, quand on écrit VHisloire de la Littérature anglaise, VHistoire de VArt, la Théorie de Vldéal, l'histoire et l'analyse de l'Intelligence humaine, d'en paraître assez occupé pour ne pas s'en distraire devant le public par des sujets qui sont le gibier des chroniqueurs. Ici, comme tactique, il y a peutêtre une faute et qui compense l'avantage que je disais en commençant.
Vous voyez comme j'hésite et comme je flotte. Après tout, vous n'avez ni bien ni mal fait; vous avez obéi à votre
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ANNÉES 1867-1869 7>i5
forme et à votre allure. Vous avez été pressé de réaliser, ce qui est la tendance aujourd'hui. Vous consultez là-dd^sus un homme de lettres qui est à moitié l'homme d'auU eibiii Qu'en dit About, l'homme d'aujourd'hui? Approuve-t-il ou blâme-t-il?
Je sais bien que de grands penseurs d'autrefois n^y regardaient pas eux-mêmes de si près. Se sentant en fotids^ifs se prodiguaient à tout propos : Leibnitz écrivait et imprimait sur toutes sortes de sujets à la fois et cela ne le diininue certes pas dans la perspective.
De près il y a du pour et du contre. Je vous demande pardon d'être aussi mauvais consultant. Je relirai bien dos pages du livre où M. Graindorge est de trop et où ]e ne veux que du Taine.
A vous de cœur.
Sainte-Bei;ve.