A M. JOHN DURAND
Orsay, 15 n(ni{ \ms J'ai fini le petit volume intitulé Philosophie ^h fart dans les Pays-Bas. On va l'imprimer et j'aurai soin que Germer Baillière vous l'envoie. Je suis toujours en loncè dans mon Traité de r Intelligence ; c'est une rude besogne et je ne la terminerai pas encore colto ijun4>e,
1. M. John Durand, né aux États-Unis, d'une familledc véîupés de la Révocation de.rÉdit de Nantes, a traduil mi ungluig une grande partie des œuvres de M. Taine, notamment lii Philosophie de VArt et les Origines de la France contemporaine \ il si été pendant plus de vingt-cinq ans Tun des plus fidèles ami;? de H. lyiui?.
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Je VOUS remercie d'entreprendre la traduction de mon Idéal dans Vart. Ces théories abstraites trouveront-elles des lecteurs en Amérique? A vous d'en juger; pour mon compte, je crois qu'ils trouveraient plus d'intérêt à un livre de faits comme la Philosophie de Vart dans les Pays-Bas, Probablement, mon cours Tan prochain aura pour sujet Fart antique.
Vous êtes aussi bien que moi au courant de nos nouvelles littéraires et politiques. — Le ton de la polémique devient violent comme aux approches d'une explosion ; conservateurs et libéraux, catholiques et libres-penseurs semblent exaspérés. Plaise à Dieu qu'ils en restent aux paroles! Mais chez nous, vous le savez, l'action suit de prés ; on manque de patience et Ton finit par dire : « Tirons-nous des coups de fusil et que cela finisse » . — Or, à mon avis, toute violence réprimée ou victorieuse aura pour effet de retarder l'établissement du régime modéré et libéral qui est le seul passable. Une bourrasque républicaine nous mettrait aux mains d'un dictateur militaire et du clergé; des brutalités gouvernementales ou une inquisition cléricale provoqueraient une secousse révolutionnaire.
Mais les gens rassis se trouvent embarqués comme les autres dans le navire commun et sont obligés de subir ce qui arrive.
Adieu, cher Monsieur, veuillez nous tenir au courant, M. Germer Baillière et moi, du succès ou de Tinsuccès de notre publication commune; ajoutez-y pour moi des nouvelles de votre santé et de tout ce qui per-
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sonnellement vous concerne, et acceptez une cordiale poignée de mains.