Revue allemande
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l'historien, ses omissions, ses additions^ son goût puiir la couleur, ses faiblesses de dessin (Tacite), son iiistiiiction et sa passion dirigeante. — Voyez Lachman et Niebuhr indiquant les sources de Tite-Live ou refaisant les légendes poétiques dont il s'est servi. Voyez tout le travail sur la composition et la rédaction des Évungili^s. — 11 y a là une science entière inconnue en FVance, tous les auteurs de l'antiquité grecque et latine sont â étudier mot à mot, il faut que le critique voie ses auteurs écrivant, et que pour cela il ait suivi tout le tiavail préalable de leur pensée. Un livre est un pioduit, on ne le comprend qu'en assistant mentalement à sa production; c'est comme un lac final : qutîla sont les ruisseaux et les sources qui y ont versé leurs eaux?
Un esprit complet peut s'employer à cela, se propose]pour but la connaissance détaillée et systémati(jUL% la représentation mentale de l'antiquité latine, parlant étudier les inscriptions, les médailles, l'architecture, le droit, par suite se livrer aux monographies, étudier comme Mommsen (dans le même cahier) les Prefecti frumenti dandi ou tel mauvais poème latin à centons virgiliens, découvert d'hier et du iv« siècle. Freytag a bien dépeint ce genre de vie et d'esprit dans le professeur Werner (Die verlorene Handschrift) .
Nous faisons quelque chose d'analogue, mais à un pointde vue spécial, tout littéraire. Par exemple, coin* parant les dieux dans Virgile et dans Homère, iîous montrons que ceux de Virgile sont des Liviea^ des
H. TAINE. CORRESPONDANCE. II
Augustes, de grands seigneurs romains, des affranchis
respectueux et pourtant haut placés.
10 mai Eettner's Litteratur Geschichte.
Ce n'est pas là une histoire de la littérature au sens où nous prenons ce mot. — C'est une histoire des idées qui ont pour objet l'homme moral, qu'elles soient exprimées par le théâtre, la poésie lyrique, l'épopée, le roman, ou par la philosophie, la théologie, la science du droit, de l'éducation, par l'histoire, la théorie politique. — Seulement la partie technique et spéciale de ces dernières sciences est laissée de côté.
Cela fait un ensemble; on pourrait l'intituler : Histoire des sciences morales en tant que revêtant une expression générale et accessible à tou^.
Un pareil sens du mot littérature est tout à fait allemand ; chez nous le mot désigne d'abord le talent ; par talent littéraire nous entendons l'art de faire voir au lecteur des sentiments, ou, pour parler tout à fait exactement, de provoquer en lui des sensations, des sentiments semblables à ceux de l'auteur.
C'est là le style : avoir une âme fine et passionnée, capable d'ironie, d'enthousiasme, de haine, d'admiration, passer en une page par vingt nuances d'émotion, mettre cinquante intonations différentes dans cinquante phrases successives, et transporter exactement cette série d'états dans le lecteur, voilà le talent ou le génie. Quiconque peut faire cela est écrivain, qu'il soit
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biographe, poète, romancier, orateur, philosophe, etc.
Pour moi, l'histoire d'une littérature est rhîsloire des écrits où ce talent se montre, l'explication coniplèfe de ces écrits par le portrait et la biograpJii*^ tïidividuelle de l'auteur, par la peinture des mœurs et du temps.
Tous les autres écrits sont non avenus, et ne servent que d'arrière-plans. — Ce que les Allemand:^ appellent la forme est pour moi l'essentiel. — Pas roinlre de talent ni de style, dans tous les écrivains doul je viens de lire des extraits et l'histoire; on bâilJe eî puis cm bâille. C'est raisonnable, instructif, savant, hoonele^ mais rien de plus.
Tout est acquis et voulu chez un Allemand. Voynz les efforts de Lessing, de Winckelmann pour croer la théorie, puis par contre-coup la pratique, i*iiti dans le théâtre, l'autre dans l'art. Voyez les anacréontistes, les gottschediens*, Gœthe et Schiller eux-mêmes.
Ils se disent : « Nous ne sommes pas cullivos, cuUivons-nous : créons chez nous des artistes, des écrivains, des poètes, un état unitaire, etc. » — Et âvec des réflexions et des systèmes infinis, ils opèreiït dans ce sens, parfois avec succès, mais sans fruit suffisant quand il s'agit d'art et d'artistes. On ne fait pus pousser
i. Disciples de Gottsched (Christian), critique et professeur allemand (1700-1766).
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des oranges sur une ferre bonne pour des sapins.... Voyez les Anglais aujourd'hui avec leurs efforts pour faire des peintres (Ruskin et les exhibitions, sociétés, etc.), ils prennent la peinture à rebrousjse-poil.
Encore les Anglais ont-ils le bon sens de s'abstenir sur certains points; ils ne songent pas à déplorer le vide de leur théâtre.
L'Allemand se dit : « Je veux un théâtre, j'en aurai un. )) — Le vice de toute notre renaissance du xix® siècle a été aussi de vouloir créer de parti pris des choses qui ne peuvent naître que spontanément.
Partir de ceci : l'Allemand est une tête raisonnante, réfléchissante, ayant le goût de l'abstraction, du système, de la science, des livres, et d'après ses convictions élaborées, dirigeant sa vie. — On ne fait pas des artistes avec ces données-là.
Il y a quelque chose de parfaitement ridicule dans l'histoire de toute cette littérature, c'est comme un contre-sens continu : fabriquer un art au moyen d'une esthétique préconçue.
Lu le journal philosophique de Fichte et Ulrici. Zur Logischen Frage.
C'est la même faute et la même direction générale qu'en littérature. Us commencent par la théorie : que doit être la science absolue? Partant de là, ils la construisent. Il faut faire une découverte, une étude de détail; fichte, Hegel, Schelling, Schopenhauer, Hartmann, commettent tous la même erreur.
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Le principe de leur logique et de leur métaphysique est depuis soixante ans ceci : Faire la science de la science, chercher comment doit être la nature pour que l'esprit puisse connaître.
Il vaut beaucoup mieux chercher avec Sfuarl Mill comment l'esprit humain connaît, prendre comme exemples telles sciences et portions de sciences faites et définitives, puis là-dessus généraliser. Ils font le contraire; toujours la charrue avant les bœufs.
Si je veux raisonner sur la pensée et la connaissance, je dois d'abord étudier des pensées et des connaissances, admettre qu'en fait nous connaissons telles et telles choses. — Impossible d'examiner a priori si nous pouvons connaître. Le mot connaître ne signifie rien pour moi, tant que je n'ai pas observé, comparé des connaissances. Le fait seul, le tout petit fait 'bien uel, fournit les idées générales.
Il est certain que par cette méthode je n'arriverai pas à la preuve absolue. Je n'aurai que des concordances, mais c'est tout ce que je puis avoir.
Étudier la méthode d'abord est une sottise. — Pratiquez et de votre pratique extrayez des règles. ^ Nous avons fait la même faute, et d'après leur exemple, en philosophie.
Voyez Joufîroy et Cousin et leurs leçons préalables sur la méthode. C'est une poétique avant la poésie» comme les préfaces de Victor Hugo.
Ce qu'on appelle le talent original, ce n'est pas seu-
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Icment une manière d'être agréable ; c'est une méthode pour penser et imaginer, méthode que l'auteur ne pourrait pas toujours expliquer, qu'il pratique involontairement et qui prêle tout son prix aux idées qu'il exprime. C'est cette méthode, ce procédé inné, qui fait tout le mérite d'un grand orateur, dramatiste, etc., de Hacaulay, de Shakespeare, de Courier, de Balzac, de Flaubert, de Mérimée, etc.
En l'étudiant, on voit à nu les grands procédés de la logique et de la psychologie.
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