‹ H. Taine: sa vie et sa correspondance (volume 2)Chapitre 38 sur 131 · Stendhal, Correspondance^ t. II, p · texte numérisé non relu

Stendhal, Correspondance^ t. II, p

AKXÉES 1855-1856 99

avec un rhumatismtî pour sauver un imbécile qui se noyait, etc. Une foule d'idt'^es sur l'Italie et l'Angleterre, sur tous les littérateurs de 1820; partout des paradoxes vrais, qui font crier le public, ou l'aveuglent. Cet homme est divin, il a aulaiit d'esprit que Voltaire. Personne n a inventé davantage. Mais il a écrit pour n'être pas lu, et ne sera pas lu.

A EDOLAHD DE SUCKAU

Paris, 25 mai 1855 ... J'écris tout le cours de la Salpêtriére, et notamment toutes les réponses des folles. Une d'elles, voisine de Donrémy, reproduit exactement les débuts de Jeanne d'Arc. Elle est venue quatre fois à Paris à pied, pour sauver la France des puissances étrangères. Elle veut aller à Sébastopol. Elle fait tout haut des prières enthousiastes à Dieu. Je te ferai lire son interrogatoire. Elle a un frère crétin. Il y aurait un livre curieux à écrire là-dessus: prendre les inspirés modernes, les Quakers, les prophètes des Cévennes, les hallucinés d'Amérique, enfin tous ceux dont on a les procès-verbaux authentiques, comparer point par point leur élat à ceux des fous de la Salpètrière et de Bicêtre, et en conclure rigoureusement Télat des fondateurs de religions. L'hallucination et l'extase étaient l'état normal pendant les trois premiers siècles après Jésus-Clirist. — 11 me sem-

\m CORRESPONDANCE

blc i(iie la folie a joué un très grand rôle dans le monde. K propos de Shakespeiare, je viens de lire d«s documenU sur les sorciers au moyen âge; dans natre siècle raisonnable, nous ne pouvons imaginer Tabsurdilé de nos prédécesseurs. Mes cours de physiologie m'enseignent l'histoire.

,,. J'ai le prix sur Tite-Live. Gela n'est pas annoncé oftkitîl le j lient, mais un membre de l'Académie m'a dit qu'on avait voté, comparé les devises aux billets cachetés, ta i|iie mon nom avait été glorieusement proclamé devant les quarante grands hommes. — Je vais négocier avec la jn udence du serpent, pour vendre le bouquin en qu*»slion. Vois sur quoi se fondent mes espérances : le libraire pourra le débiter comme ouvrage propre à être donné en prix! Cela flatte l'orgueil, n'est-ce pas?

Miï lillèrature anglaise m'assomme. C'est énorme. Pout* ne pas être superficiel, ou inexact, il faut lire elfroyableraent.

Je doute que je puisse entrer à la ^evue des Deux MondcA. \h sont tyrans : « Cette phrase est trop louangeuse, ci^le-ci est trop sévère. Vous inquiétez ici la religion, Taccent de cette phrase alarme la philosophie, etc. u Ils voudraient être la main et le cerveau, et moi. In plume. J'ai fait sur Jean Reynaud les correclious qu'ils m'ont demandées, ils en veulent d'autres. Ae ne leur proposerai plus d'articles que sur des sujets anciens, il est probable qu'ils me refuseront. Je vais jue retouiuor d'un autre côté.

Tu verras de jeudi en ^ huit un article dans la Revue

d*Hachetle sur La Romiguière*. C'est mon premier coup de patte à H. Cousin, coup de palte bien doux et Lien inonensif. Encore j'ai peur de fâcher M. Simon. — On ne sait comment marcher, on rencontre à chaque pas un philosophe qu'il faut piétiner. Cela est désagréable faute d'habitude, et puis les gens crient. Commnnt faire, mon doux Teuton ?

A SA MERE

Eaux-Bonnes, 26 juillet 1855

Je suis arrivé à deux heures, j'ai couché la nuit dernière à Pau ; le reste du temps en voiture. Cela fait deux jours pleins de route; du reste la machine va bien. Point de place ici; l'impératrice est partie; on m'a offert des mansardes au 4"** abandonnées par ses courriers. J'ai fini par trouver une chambretteau S"*; mais on y respire; point de bruit. Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possible. Je vais recommencer mes grandes courses et mes petites lectures, écouter mes voisins de table et regarder le ciel.

Rien du tout d'intéressant dans mon voyage. Mais le paysage me plaît toujours. Je dirai entre autres choses que j'ai vu deux effets de ciel superbes. Un peu après

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