‹ H. Taine: sa vie et sa correspondance (volume 2)Chapitre 55 sur 131 · Madame Bovary · texte numérisé non relu

Madame Bovary

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|j« COHRESPONDANCE

et Boyle qui était libéral, matérialiste et athée. Je voudrais que tous les hommes loyaux et qui pensent pus- Si»nt se serrer la main à distance et dans tous les camps.

Je sers la tienne et j'espère que ce sera pour longtemps.

A M. EMILE DESCIIANEL

Paris, 22 février 1858

Cher Monsieur, je n'ai pu encore vous remercier de

votre bon souvenir* ; croyez que je suis sensible à votre

obligeance; je reconnais le maître de l'École normale

qui de loin tend encore la main à ses élèves.

Vous voyez un convalescent qui recommence à peine à travailler quelques heures par jour. J'ai passé un an entier inerte dans un fauteuil, ou bâillant au soleil dans la campagne, incapable d'écrire et môme de lire. La pauvre machine devient patraque dès qu on la pousse un peu vite.

Écrasé dans ce monde Faute d'être assez grand.

Là-dessus, on grimpe; ajoutez quelques chagrins; arrivé aux premières branches on se trouve les reins malades et les mains en sang.

1. M. Deschanel avait publié dans l'Indépendance belge un article sur les Philosophes français.

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ANNEES 1857-185Î) i:»<>

Toul k* iiiond*-* Hi'a parlé de vos succès de parole. J en savais quelque chose par la façon dont vous nous aviez traduit le discours d'Ulysse. Que n'étes-vous ici? Sauf M. Ilavet qui a le cœur et le souffle d'un orateur, nos cours sont des hôpitaux de vieux imhéciles qui se chaufl'ent ou de jeunes niais qui prennent leurs grades. Le beau temps que le bon temps!

La librairie Hachette vous envoie au bureau de Vlndépendance les Essais de critique et d'histoire que je viens de publier. Si vous leur faisiez le même honneur qu'aux Philosophes y ayez, je vous prie, l'obligeance de m'averlir; je n'ai pu lire votre article, et croyez-moi, personne plus qu'un critique n'a besoin d'être critiqué.

Vous êtes venu une fois à Paris, il y a deux ans, je pense; Michel Lévy me donnait votre adresse, mais il ajouta que vous partiez le jour même. Serais-je assez heureux, si votre voyage se renouvelait, pour pouvoir vous serrer la main.

A M. EMILE DESCIIANEL

Paris, 2 avril 1858

Je vous remercie vivement, mon cher maître, de votre article* si obligeant, si aimable. Puisque vous me faites l'honneur de vouloir bien lire le yoyacfe aux Pyrénées,

\, Sur les Essais de critique et d'histoire.

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faites-moi la grâce d'attendre encore deux mois; je l'avais mal fait, dans de mauvaises conditions. Il y avail tout au plus une soixantaine do pages que j'aurnîs signées volontiers; je n'osais encore, el puis c'êlail un Guide, On le réimprime, et je l'ai refait de fond en comble; aussitôt publié, j'aurai grand plaisir à vous l'offrir et à mettre TUe-Live dans le paquet.

Les articles sur Fléchier et Platon n'ont point été faits ni préparés à l'École; mais Platon est extrait en grande partie de ma thèse latine. Tile-Live est neuf, les beaux yeux de l'Académie l'ont seuls inspiré.

Merci de vos conseils et de votre discussion, quoique à demi indiquée. J'y pense, et pour vous le prouver, je vais vous marquer en deux mots comment j'essaierais de me défendre.

Si par système on entend une hypothèse. Voltaire a mille fois raison; supposer quelque chose de non observable, la matière annelée de Descartes, ou la monade de Leibnilz, est ridicule, et la science tous les jours se purge de ces belles choses indigestes.

Mon système, si l'on veut lui infliger ce nom, n'est qu'une loi, c'est-à-dire un fait général, observé un grand nombre de fois sur plusieurs siècles, nations ou individus. Selon toules les règles de l'induction scientifique, on peut l'admettre pour les autres cas non étudiés encore. Ce n'est pas là une supposition, une hypothèse gratuite, une invention.

Toute mon ambition est de demander pour cette méthode une place au soleil; j'admire les peintres, je n'ai

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|fflis le latent do Tétre ; je ne suis qu*anatoiniste, et je soutiens seulement qu*à côté des pinceaux on peut tolérer les scalpels.

Pour ce qui est de mes sympathies, je n*aime point à crier mes confidences comme M. de Lamartine, en plein vent, avec tambours et trompettes. Trente millions de confidents sont trop pour mon goût; voilà pourquoi je fais, dans ce que j'écris, abstraction de ce que j*aime; la dernière page du livre n'était point ironique, mais sincère. Cette manière de s'abstraire console; on oublie le présent et beaucoup d'autres choses. Je vous jure qu'on a souvent besoin d'oublier.

A propos, me permettez-vous de réparer un oubli de votre part? Je n'étais point élève à Charlemagne; l'élève dont vous me décrivez la figure n'était point moi; j'y perds sans doute, mais tant pis. Votre serviteur, cher Monsieur, était à l'École Normale en deuxième année, au coin du banc à votre droite et regardait votre cravate blanche, pendant que ce pauvre Rieder, qui croyait n'avoir sur le dos qu'une seule rédaction, s'en trouva vingt-trois à propos de Wolf et d'Homère. Moi, je fis un travail sur le l^** livre de V Iliade; j'ai encore vos coups de crayon; j'avais alors, et j'ai encore un grand nez, des lunettes bleues, et un ardent amour pour les raisonnements philosophiques. Une fois, en pleine conférence, j'ai discuté avec vous sur la liberté 1

Reconnaissez votre homme à son signalement, et si jamais une permission de quelques jours vous ramène à Paris, soyez assez bon pour m'en avertir; j'irai me

H. TAINE. — CORRESPONDANCE. H. il

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faire vérifier par vous, et j'aurai le plaisir lûugtemptj attendu de vous serrer bien affectueusement la main.

A EDOUARD DE SUCKAU

Paris, 21* avril 1858 Mon cher Edouard, jl^ t'ai pardonné ton silence de quatre mois, pardonne-moi mon silence de six mois. Je suis fort loin d*être guéri, comme tu Tas cru ; je travaille deux à trois heures par jour, le matin, et avec de grandes précautions; le reste du temps, je me frotte d'eau froide, je dors, je digère longuement à table, je fais quelques visites, et je donne quelques rares leçons; je nie couche à neuf heures, et je ne vais dans le monde qu'en cas d'extrême nécessité. Voilà ce qui m'empêche d'écrire; encore une fois pardonne-moi.

J'ai présenté Marc-Aurèle* à M. Yillemain et à M. Guizot; je tâcherai par M. Meissonier* de le faire présenter à M. Emile Augier; M. Simon parlera à M. de Rémusat. Je compte sur Prévost pour d'autres académiciens. Malheureusement, M. Yillemain n'a pas l'air bien disposé. Il m'a dit qu'on n'avait jamais couronné qu'une thèse, celle de Kastus^, à cause du travail énorme (ajoute la volonté de Cousin), et que d'ailleurs tu n'avais pas parlé des gens du xvi« siècle qui ont parlé de Marc-

1. Le livre de M. de Suckau, présenté pour un prix d'Académie. '2. Le peintre Ernest Meissonier.

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