‹ H. Taine: sa vie et sa correspondance (volume 2)Chapitre 58 sur 131 · Par Gustave Doré · texte numérisé non relu

Par Gustave Doré

2. Templier (Emile-François), gendre de M. Louis Hachette et associé de la maison (1821-1801).

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toute conversation le semblera lourde et toute vie insociable auprès des nôtres; je juge d'après quelques Allemands et Allemandes que je vois ici. Mais leur idée s'exprime ailleurs, notamment par la musique ; en Tétudianl bien, on y voit tout le cœur et Tesprit de TAllemagne; on m'a joué et fait jouer du Bach, du Schumann, du Mendelssohn qui valent tous les entretiens du monde; l'animal, là^bas, rêve et sent, et pénètre les ensembles, au lieu de causer, préciser, juger, découper comme ici. Puis, tu as les journaux et revues, on doit y apprendre le goût public. Qu'est-ce que l'administration, comment rend-on la justice, quel est le degré de coquinerie dans ton petit État? Gomment une fille se marie-t-elle? Quelles sont les carrières pour les jeunes gens? Il y a énormément à remarquer, tu te plains d'aise; j'espère que tu vas arriver avec un chariot de faits.

Je n'ai reçu que les trois premiers numéros de la Revue germanique; je n'y ai encore rien vu de toi; n'y signe pas, prends un pseudonyme; elle est mal vue; son exégèse, sa philosophie, sentent le fagot.

Politiquement, rien; les gens d'opposition attendent; le maître est un homme d'esprit, de sang-froid, mais mal entouré de coquins qui volent et le poussent en avant n'importe où et comment. On lui a fait faire une faute par ces adresses contre l'Angleterre ; il l'a effacée tant qu'il a pu, mais l'irritation reste, témoin le procès Bernard. Le gros mal, c'est l'argent; le quart d'heure de Rabelais viendra; on en jette par les fenêtres, le

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budget croît, tout est imposé, à la moindre secousse il faudra se serrer le ventre; puis, dans renchérissement imiverï:*)!, les employés commencent à mourir de faim; k ville de Paris s obère; il faudra un Jour augmenter les oolrois; les capitalistes, gênés partout, restreindront leurs dépenses; alors que dira le peuple, les ouvriers, pour lesquels on est censé faire tout cela?

Rf^viena et accroche quelque place fixe Tan prochain; dans notre beau pays, il faut se tenir ferme sur ses pieds, t!L s'attendre aux secousses.

Cher Ed, j'ai repris ma littérature anglaise, c'est une lourde besogne, et je vais bien lentement; je viens puui'lfiiii d'achever un long article sur Swift que je porte a Buloz. 11 est fort tracassé. « Nous ne souffrirons u pas, a dit le Ministre, que nos professeurs écrivent a cil ex cet homme-là. »

Je in habitue à vivre, même souffrant; je deviens pîïlienL je courbe le dos, j'ai la trentaine; ma vie, mon travail» mon avenir sont tout dessinés; je suis un soldat h sa Iraîsième étape; je vois d'avance en imagination la poussiùre, les durillons, la cantinière, et le grade de caporal, et j'emboîte le pas. — Et toi?

Je vais chez ma sœur à la campagne passer l'été, pour avancer ma guérison; je viendrai deux fois par semaine à Paris, comme l'an dernier.

Kcrii^-moi, n'est-ce pas? Morin*, que j'ai rencontré tâwi IWbinet, me parle d'une nouvelle tendance phi-

1. Moi in (Frédéric), philosophe et littérateur (1823-1874). Entré a rÉcolf normale en 1844.

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ANNEES 1857-1859 1ft7

losophique allemande, une restauration de la volonté à la Maine de Biran. Tâche de voir Michelel' de Berlin.

Les Mémoires que publie M. Guizot sont très beaui.

J'ai parcouru Richard Owen*, naturaliste anglais. Très fort; c'est du Geoffroy Saint-Hilaire remanié ci dû plus haut. Qu'est-ce qu'on dit chez toi en histoire naturelle? Moleschotf^ et Forscher font du bruit; j'ai lu aussi un bon livre de Kuno Fischer^, sur la logique de Hegel.

Dis-moi franchement ce que tu penses et penseras de Balzac, Marc-Aurèle, Swift.

A SA MÈRE

Anvers, 29 août 1838 ... Mon voyage est agréable, cette Flandre a de heinm paysages et me fait pousser des idées. Je ne m'ennuie point, et j'évite de me fatiguer.

A Bruxelles, M. Deschanel m'a reçu à bras ouverts; il m'a fait dîner avec Hetzel, le libraire artiste, l'auleur de Bêtes et Gens. J'ai passé une soirée bien amusante. Voici un journal horriblement griffonné sur papier

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