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que, s'il n'y a pas eu de nomination, c*est seulement parce qu'il n'y a pas eu de vacance. Je tiens tous ces faits de M. Duruy, inspecteur général, et de M. le général Blondel, chef du personnel.

Cette année, ces Messieurs, dont la bienveillance pour moi est extrême, ont d'eux-mêmes pensé à moi pour une autre place actuellement vacante, celle d'examinateur d'histoire et d'allemand pour l'entrée de Saint-Cyr. Ils ont présenté mon nom au maréchal, qui ne lui a point fait le même accueil que l'an dernier. Il paraît que, dans ces derniers temps, quelque personnes fort passionnées ou médiocrement sincères m'ont représenté comme un homme dangereux et imbu d'opinions perverses. Quoique l'emploi vacant soit simplement une vérification toute matérielle de l'instruction acquise, le maréchal s'est inquiété, et ma candidature est compromise.

Vous me connaissez, Monsieur, j'ai pensé tout haut devant vous dans la conversation familière ; j'ose dire que j'ai toujours pensé aussi loyalement, la plume à la main, et devant le public; je persiste à croire que les écrits sont libres, et que c'est faire une action honorable que de chercher, de toute sa force et n'importe où, la vérité. Mais je comprends les convenances d'un cours, à plus forte raison celles d'un examen, et il me semble qu'il faudrait être bien sot pour faire de la propagande ou afficher du scepticisme dans un interrogatoire sur les dates de l'histoire de France, ou sur les règles de la grammaire allemande.

Si vous croyiez à propos de présenter ces raisons au

maréchal, et si vous jugiez, comme je Tespère, que la libre recherche historique el philosophique n'est paî^ incompatible avec un emploi public, ce serait, Mim* sieur, un nouveau service ajouté aux obligations que je vous ai déjà, et que je suis heureux de vous avoir*

Agréez, je vous prie, Monsieur, l'assurance do uinii attachement et de mon respect.

A EDOUARD DE SUCKAU

Paris, 22 févrifi- lSt»5 Mon vieil Edouard,

Merci de ton souvenir et de tous ces détails; j't'tiiis bien sûr que tu ferais ton trou à Aix, mais je croyais que par Prévost tu aurais quelques relations. A propos, lu ne me dis rien des chances de son élection à Aix.

Pour mon compte, tu sais mes malheurs; j'ai érhouc à l'École polytechnique de bien peu; le général était pour moi, c'est M. Leverrier qui, par sa véhémence contre les dernières pages de mon Lord Byron^ a entraîné deux voix flottantes. Il y a eu outre cela une intrigue de femme, entends de femme calhoUque. — Une autre candidature pour la place de professeur d'histoire m l'École des Beaux-Arts a échoué également. Kii ce moment, M. Duruy, le général commandant de l'École el le général chef du personnel à la Guerre me patronnent

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pour la place d'examinateur d'histoire et d'allemand, vacante à Sainl-Cyr. Ce serait une manière de compensation. Par malheur, au moment décisif, le maréchal a été prévenu contre moi ; je suis décidément un monstre. L'affaire va se décider dans quelques jours : je ne sais pas du tout ce qui arrivera.

J'ai voulu me mettre en règle vis-à-vis de moi-môme; sans cela je n'aurais pas tenté ces trois candidatures; je voulais savoir si j'étais possible ou non, si définitivement mes opinions m'excluaient de toute place publique. Si cela est, je rentre dans ma vie de moine, et je renonce à toute carrière d'argent.

J'ai beaucoup travaillé depuis quatre mois, et sans trop de fatigue. J'ai fait un article de quatre-vingt-dix pages sur la Renaissance en Angleterre, un autre de quatre-vingts sur le drame, et la moitié d'un autre long article sur la Réforme. C'est mon dernier. J'aperçois donc la fin, mais on rencontre des trous sur sa route; j'aurai encore un grand bout d'article à faire sur Milton et trois petits sur Temple, Otway, Sheridan.

Que de temps j'ai mis à ce livre! Ai-je eu raison? J'y ai appris beaucoup d'histoire. Mais la philosophie valait mieux, et certainement je vais y revenir.

J'ai connu assez intimement cet hiver Renan et Flaubert, Flaubert surtout, qui est un bien brave et loyal garçon. Mais je ne vais guère plus que toi dans le monde, à cause de la fatigue. Juges-en : je suis allé trois fois en tout aux Italiens, et j'y ai mes entrées !

Tu ne me dis rien du travail que tu fais ou que tu

Teuï faire eu dehors de ton cours. Et Cowperl ïmagme que tu vas trouver des sujets d'articles dans ton xvr siècle.

A SA MERE

Marseille, septemhrc iMTi Je SUIS à Mar&cJll**, occupé en ce moment à faire passer des examens. Le métier est toujours le même, machinal, un peu fatigant à la fin de la journée par la continuité d'attention qu'il exige. Le grand jioinbi'e d'objets que nous voyons, la variété des paysage!^, les changements d'hôtels, tout cela lasse vite dos uciTs faibles. Mais en somme je vais bien.

Je trouve assez souvent d'anciens camarades ; il v eu a un à Marseille, Ponsot*, un brave garçon, professeur de philosophie; j'ai dîné hier chez lui, il dîne demain chez moi. — J'apprends beaucoup de choses sur les luœurs de chaque ville; ils me content tout ce qu'ils oiit vu, tout ce qu'ils savent; cela les intéresse et cela m'iiilëresse aussi. Je prends des notes. Je vous en enverrais, si cela n'élait trop spécial et destiné à me fournir pUiB tard des matériaux*.

Je n'ai pas lu un journal ; je ne sais ce qui se passe en politique. — Le bon de l'affaire, c'est que ce grand

i. Ponsof, Francis, 1829-18C8; entré à TÉcole normale eu 1841*. 2. Ces noies ont été publiées en partie, après la înoit de M. Taine, sous ce titre : Carnets de voyages.

changement et cette forte absorption me rendront probablement des forces pour mon travail de tête de l'an prochain. Mais il me faudra travailler ferme et tout de suite à mon retour ; rirapriraerie va lentement, et je ne suis pas là pour la presser.

Marseille est une ville énorme, avec des maisons plus grandioses et plus magnifiques dans les principales rues que la rue de Rivoli à Paris. On y gagne énormément d'argent dans le négoce et les spéculations, et la ville grandit à vue d'œil. Beaucoup de luxe; mes amis disent qu'il, n'y a pas de ville plus matérielle et plus grossière. — J'ai été tellement pris jusqu'ici que je n'ai pas eu le temps de visiter le port. — Nous aurons une journée libre samedi, je projette une excursion avec Ponsot, mais le soleil est accablant

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