‹ H. Taine; sa vie et sa correspondance (volume 3)Chapitre 102 sur 140 · L'Intelligence · texte numérisé non relu

L'Intelligence

sur les raisons qui t'ont empêché de faire Schopenhauer, sur tes lectures, sur ta vie. Prends ton courage à deux mains et écris-moi avant ma venue.

A SAINTE-BEUVE

La Flèche, 14 août 1865 Mon cher Maître,

M. Charles Robin, Tanatomiste, croit avoir besoin d'une lettre de moi pour vous être présenté, comme s'il avait besoin de quelqu'un pour être présenté à quelqu'un, comme si tout le monde, et nous le premier entre tous, vous ne connaissiez pas ses grands travaux micrographiques, et surtout sa méthode originale, la logique et la portée de ses vues biologiques. Lés physiologistes et les anatomisles sont nos maîtres à tous, et la critique morale a pour point de départ la critique physique. Vous, ancien interne, vous l'avez prouvé mieux que personne. Jetez les yeux sur son cours publié celte année dans le journal de Germer Baillère, et vous verrez que, pour chercher des modèles d'investigation raisonnée et de classification méthodique, c'est là que tout historien de l'âme doit puiser. Comme Claude Bernard, il dépasse sa spécialité, et c'est chez des spécialistes comme ceux-là que la malheureuse philosophie» Uvrée aux mains gantées et .par fuméos d'eau bénite, va trouver des maris capables de lui faire encore des

enfants, opération inusitée et scandaleuse en France. En ce moment, cet indécent mari qui depuis vingt ans fait in petto des enfants à sa femme, voudrait Tépouser publiquement, officiellement, académiquement, bref, pour parler sans métaphore, entrer à l'Académie des sciences. MM. Milne-Edwards et de Quatrefages le trouvent trop parent de M. Littré et tâchent de mettre à sa place M. Lacaze, un homme de leur bord. On lui objecte qu'il est professeur à la Faculté de médecine, et qu'on le nommera à la prochaine vacance de la section de médecine. On oublie qu'il a travaillé toute sa vie dans l'anatomie et la physiologie générale. Claude Bernard et Joseph Bertrand sont ses champions, et peutêtre pourraient savoir si la princesse veut bien dire un mot dans les élections académiques. Vous êtes plus à même que personne de juger ce qui est opportun et possible. Mais voici encore un de ces cas sensibles qui nous touchent au vif. Un homme supérieur dans sa spécialité, un anatomiste qui est en anatomie ce que Littré est en philologie, attaqué parce qu'il porte dans sa science des vues philosophiques et qu'il n'a pas trouvé la petite monade appelée âme, dans un recoin de la substance grise! Qui nous délivrera des Épigones, fils d'Épigones, dont la Sorbonne, le Collège de France, les Académies et les salons sont sanctifiés,! Ce sera vous, j'espère; pour cela ménagez-vous, et gardezmoi pour mon retour de tournée ce sourire auquel vous nous avez habitués chez Magny.

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A EDOUARD DE SUCKAU

Paris, 27 novembre 1865

Depuis que tu m'as quitté, j*ai travaillé d'arrachepied. Je viens justement de finir mon second article qui est trop long, et encore j'ai écourté plusieurs passages. Florence est un monde, ce qu'on peut voir en quinze jours est surprenant. Je vais raaintement préparer mon cours, mettre à jour ma correspondance, finir l'article Graindorge* que tu as vu commencé et faire un autre article * sur un romancier du premier mérite, Hector Malot, peu connu, et qui a tant de talent que, sans le connaître, je veux, si je puis, lui rendre service.

Prévost va bien, sa figure est florissante, je l'ai vu. About est à Paris, je vais tâcher de l'avoir à dîner ou à déjeuner. Renan publie le 15 décembre ses Apôtres.

Lis dans la Revue contemporaine une série d'articles de Sainte-Beuve sur Proudhon', du plus grand intérêt, avec toutes sortes de lettres inéilites, etc. Sainte-Beuve n'a rien fait de mieux.

J'ai trouvé un docteur allemand fort aimable et fort instruit qui traduit ma Philosophie de VArt. On vient

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