‹ H. Taine; sa vie et sa correspondance (volume 3)Chapitre 13 sur 140 · Voir p. 23, lettre du 2i décembre 18S · texte numérisé non relu

Voir p. 23, lettre du 2i décembre 18S

A MADEMOISELLE SOPHIE TAINE

9 octobre 1853

J'ai la tête cassée de mon Tite-Live. Je ne peux pas Tachever ; je maudis le temps que j'y ai mis, le jour où je Tai conçu, le jour où j'en accoucherai. — J'ai fait beaucoup de visites. Je suis le reste du temps dans ma chambre, occupé à mon exécrable chose d'Académie.

Voyons ton œuvre*. Ta critique est très juste. Le Socrate est faux, ni historique, ni réel. Le pis est que M. de Lamartine l'abaisse; d'abord par les vers que tu cites : à quoi servirait d'êfre honnête homme si l'on n'était pas récompensé?... Toute la philosophie et la vie de Socrate tendent à prouver que rhonnôteté, comme la santé, est un bien excellent par soi-même, non comme moyen, mais comme fm. — Ensuite par la faiblesse des preuves qu'il lui fait trouver : Socrate est un raisonneur très rigoureux, très subtil, qui traite la question en géomètre avec une netteté, une précision qui montrent le calme de son esprit. — Enfin par l'exaltation qu'il lui donne : être exalté, c'est être faible. Celui qui est brave parce qu'il est hors de soi n'est pas brave. Socrate a l'air de se battre les flancs pour mourir convenablement; dans Platon il fait la chose tout simplement, comme s'il allait dîner ou dormir.

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