‹ H. Taine; sa vie et sa correspondance (volume 3)Chapitre 58 sur 140 · A J.-J. WEISS · texte numérisé non relu

A J.-J. WEISS

Paris, 25 janvier 1838

Mon cher Weiss, M. Robinet* m'a montré le passage de ta lettre qui a rapport à moi. Je suis si peu choqué que je te remercie. Quoique rangé dans la littérature brutale, je suis traité honorablement, et avec un bon vouloir visible, de façon à donner envie de te serrer la main. J'avais bien compris la note surX., et tu peux croire que je fais la différence grande entre la loyauté de ton article et la malignité du sien. Si la compagnie de M. Baudelaire est mauvaise, celle (Je M. Flaubert est très bonne; je ne connais pas de plus beau roman* depuis Balzac.

Je regrette seulement ce que tu as dit sur Renan ; le connais personnellement; je sais que ses mains sont un peu trop gantées, et à l'ecclésiastique; mais il est très ardent, très convaincu, très dévoué à ses idées, immensément savant, très riche en idées générales, ayant avec cela la finesse d'un artiste et d'un homme du monde; ce sera un des hommes supérieurs de ce siècle. Je serais fâché de voir un homme comme toi, si vif, si brillant, si érudit, en guerre avec un homme comme lui. Qu'importe une différence de philosophie? J'adore Balzac qui était chrétien, absolutiste, mystique,

1. Robinet (Edmond), littérateur (1811-1864), dirigeait alors Ja Revue de t Instruction publique et M. Weiss venait d'y publier un article sur M. Taine.

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