‹ H. Taine; sa vie et sa correspondance (volume 3)Chapitre 59 sur 140 · A M. EMILE DESCHANEL · texte numérisé non relu

A M. EMILE DESCHANEL

Paris, 22 février 1858

Cher Monsieur, je n*ai pu encore vous remercier de

votre bon souvenir*; croyez que je suis sensible à votre

obligeance; je reconnais le maître de l'École normale

qui de loin tend encore la main à ses élèves.

Vous voyez un convalescent qui recommence à peine à travailler quelques heures par jour. J'ai passé un an entier inerte dans un fauteuil, ou bâillant au soleil dans la campagne, incapable d'écrire et même de lire. La pauvre machine devient patraque dès qu'on la pousse un peu vite.

Écrasé dans ce monde Faute d*être assez grand.

Là-dessus, on grimpe; ajoutez quelques chagrins; arrivé aux premières branches on se trouve les reins malades et les mains en sang.

1 . M. Deschanel avait publié dans l'Indépendance belge un arlicle sur les Philosophes français.

Tout le monde m'a parlé de vos succès de parole. J'en savais quelque chose par la façon dont vous nous aviez traduit le discours d'Ulysse. Que n'êtes-vous ici? Sauf M. Havet qui a le cœur et le souffle d'un orateur, nos cours sont des hôpitaux de vieux imbéciles qui se chauffent ou de jeunes niais qui prennent leurs grades. Le beau temps que le bon temps !

La librairie Hachette vous envoie au bureau de V Indépendance les Essais de critique et d'histoire que je viens de publier. Si vous leur faisiez le même honneur qu'aux Philosophes, ayez, je vous prie, l'obligeance de m'avertir; je n'ai pu lire votre article, et croyez-moi, personne plus qu'un critique n'a besoin d'être critiqué.

Vous êtes venu une fois à Paris, il y a deux ans, je pense; Michel Lévy me donnait votre adresse, mais il ajouta que vous partiez le jour même. Serais-je assez heureux, si votre voyage se renouvelait, pour pouvoir vous serrer la main.

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