‹ H. Taine; sa vie et sa correspondance (volume 3)Chapitre 65 sur 140 · A J. J. WEISS · texte numérisé non relu

A J. J. WEISS

Paris, 20 décembre 1859 Mon cher ami, je te remercie et je te félicite bien sincèrement de ton article*. C'est de la critique définissante. Tu as trouvé le moyen de plaire aux gens et de leur dire des vérités, d'être agréable et indépendant.

Au fond, je pense à peu près comme toi sur tes reproches. Je ne suis pas un artiste, je n'y ai jamais prétendu. Je fais de la physiologie en matières morales, rien de plus. J ai emprunté à la philosophie et aux sciences positives des méthodes qui m'ont semblé puissantes, et je les ai appliquées dans les sciences psychologiques. Je traite des sentiments et des idées comme on fait des fonctions et des organes. Bien mieux, je crois que les deux ordres de faits ont la même nature, sont soumis à des nécessités égales et ne sont que l'envers et l'endroit d'un même individu, l'Univers. Voilà tout, les défauts sortent ici de la même donnée que les mérites ; j'accepte très bien lès premiers; toute mon ambition est d'écrire mon idée. Quant à la forme, ce n'est qu'un moyen de me faire mieux comprendre. J'en fais aussi bon marché qu'on voudra.

Cet article et celui sur Prévost me semblent si excellents que j'ai envie deleslireàM.Bertin;situ veux, j'en

1. M. Weiss avait publié dans la Revtie de V Instruction publique (lu 15 décembre un article sur les Essais de critique et d'histoire.

parlerai à M. Cuvillier-Fleury. Il ne s'effrayera pas de lire deux articles seulement, et sur deux de ses rédacteurs. Tes deux gros paquets étaient peut-être trop gros.

En tout cas, je crois pouvoir te répondre que ton entrée aux Débats ne peut être que retardée. 11 y a de vieux fruits passés qui tomberont, il y a une ou deuxplaces actuelles mal remplies. Je vois d'avance ta case; elle te reviendra.

Je vais beaucoup mieux, et je travaille quelques heures par jour.

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