Racine, Esther, acte II, scène vu
2. Gréard, t6irf., p. 195 : « Si tu le permettais, je parlerais bien à M. Garnier et je serais au courant. C'est un homme très ai^ mable. j>
H. TAI>'£. — CORRBSPONDA!«CB«
chaque lettre haute comme une maison. Ce qui fait que tes épîtres sont d'une brièveté fâcheuse, et que mon Prévost me manque presque tout à fait. Je ne sais ce qu*il fait. Va-t-il dans le monde, dans le grand monde universitaire, puisqu'il rencontre M. Garnier chez les dames ? Où en est-il de son histoire? Je viens de lire la Philosophie de r Histoire de Hegel, et c'est une belle chose, quoique trop hypotliélique, et pas assez précise. Je rumine de plus en plus cette grande pâtée philosophique, dont je t'ai touché un mot, et qui consisterait à faire de l'histoire une science, en lui donnant comme au monde organique une anatomie et une physiologie.
Qu'est-ce cette peine qui t'a rendu malade * ? Si je suis indiscret, gronde-moi, quoique, à vrai dire, il y ait peu de questions entre nous qui soient des indiscrétions. — Enfin je ne te vois pas, je ne sais pas ton intériefir, tu t'enfonces dans un nuage, tu deviens un mythe. Es-tu par hasard resté à Pékin, ou à Bombay? Es-tu mandarin ou fakir? Tu m'oublies, mon cher, et dans quelques années d'ici, nous signerons nos lettres : J'ai l'honneur d'être. Monsieur, votre très humble et très dévoué serviteur.
Imagine-toi que j'ai fait toutes sortes d'efforts ici pour me procurer la Revue de V Académie des sciences morales, où est cette question du sommeil. Aucun moyen de la trouver. Te voilà ma seule ressource, et con-
1. Prévost-Paradol, ibid.j p. 195 : a Je viens d'être un peu malade, moitié du temps, et moitié d'une vive contrariété. »
damné à me la transcrire. Tu vois que les lauriers de Hiltiade ne me laissent pas dormir.
Si tu sais aussi Tadrésse de M. Magy, tu me la donneras; après sa destitution, je lui dois au moins une lettre. N*as-tu rien appris sur la cause qui a éloigné Planât de Y Illustration et sur ses moyejis de vivre ?
Pourquoi ne ferais-tu pas Duclos*? Personne n'y a touché que je sache, et TAcadémie ne Ta pas proposé en prix. Tu es alléché du côté des portraits, comme ce bon La Guéronnière, et tu veux battre la Sorbonne avec les mêmes armes que l'Académie.
Edmond * vient de faire un voyage en Morée, il récrit. Son ambassadeur suit les processions un ciergô à la main, un des attachés est secrétaire de M. de Hontalembert, un autre vient de faire le pèlerinage de Rome, et s'est fait dominicain au retour. Il n'y a que des guenons à Athènes, mais en Morée les formes sont magnifiques. Malheureusement les beautés sont crasseuses. — Francisque' remue une thèse sur Macrobe (quel SLJetI) et fraternise avec Dottain*. — Quinot^ est heureux comme un lézard à Alger, et travaille depuis six mois à vouloir songer à apprendre l'arabe. Edouard* dis-
i. Prévost-Paradol avait consulté M. Taine sur un sujet de thèse. Ibid.j p. 195 : « Je veux : i" La littérature française; 2" Un homme; 3* Le ivm* siècle; 4* Que ce soit court. » La thèse de Prévost-Paradol est sur un sujet historique : Elisabeth et Henri lY.