‹ H. Taine; sa vie et sa correspondance (volume 4)Chapitre 141 sur 162 · Bernardin de Saint-Pierre · texte numérisé non relu

Bernardin de Saint-Pierre

pepseif sans s*inquiéter de le dire bien ou mal. Pour le YÔtre, je dirais plutôt qu'il mérite le reproche contraire à celui du mot souligné. Il me semble quelquefois voir plutôt la main d'un homme que d'une femme et quelques personnes le trouveraient peut-être un peu trop expressif, parce qu'il est convenu qu'une jeune fille doit avoir des manières de sensitive et une âme de soie et de satin. Il est probable que cette franchise un peu vive et un peu originale de langage a frappé votre oncle et vous a valu le jugement favorable et les quelques restrictions que vous savez. Ma pauvre amie, qui crois n'avoir montré aucun bout d'oreille, sois sûre qu'on en laisse toujours passer. Une phrase est une révélation. En voici une de ta lettre : « Il faut te forcer à t'amuser; c'est un travail comme un autre. Enfin il faut se conserver jeune le plus longtemps possible ». — Trois ou quatre mots comme ceux-là tranchent sur le ton ordinaire à notre âge. Mais tant pis. L'affaire est d'être le moins bête, le moins ennuyeux, le moins ennuyé possible. — Il faut prendre garde à l'opinion, mais ne pas se mettre à la torture pour elle.

Mon feu va I gloire et victoire 1

A SA MÈRE

Paris, 17 mars 1853

Ma thèse latine* m'est rendue avec un permis d'imprimer. M. SaintrMarc-Girardin a la française et me

i. De personis Platonicien

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promet de m'en rendre compte avant la fin du mois. — Rien d'intéressant nulle part; je donne pacifiquement mes leçons. Je vais aux bibliothèques, je travaille le soir chez moi, je m'ennuie parfois quand j'ai mal à la tête. J'ai été cinq ou six fois au théâtre* depuis six mois; tout est donc passable si tout n'est pas bien. Je vois quelquefois l'avenir en noir, mais une tasse de café ou une petite trouvaille médicale ou philosophique le rassérènent. Somme toute, je suis plus heureux que l'an dernier. — Au fond, le grand mal de la vie est l'ennui; quand on l'échange contre des occupations sérieuses, et sans chagrins, on a tout gagné. Peut-être même, quand on a un talent certain, est-ce un tort de sortir des voies communes; le coin du feu est le meilleur siège, et, si j'avais en ce moment devant moi une place universitaire supportable, même en province, je l'aimerais mieux que ma vie de chevalier errant. CiCUe-ci sera cependant la plus heureuse si vous venez habiter ici. Qui sait l'avenir? Et quels singuliers changements peuvent se faire! Je ne compte plus sur mes combinaisons. Le hasard fait plus que le calcul et si je réussis un jour ce sera peut-être parce que je serai sorti de l'Université.

Probablement la semaine prochaine j'irai à une consultation de magnétisme*. — Hier, en soirée chez Mme Seillière, nous nous sommes amusés deux heures

1. Billet à Edouard de Suckau (i853) : « Rends-toi libre ce soir pour venir voir Adrienne Lecouvreur avec Rachel. Je l'ai vue, c'est admirable. Nous bavarderons à la queue, n

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