‹ H. Taine; sa vie et sa correspondance (volume 4)Chapitre 142 sur 162 · Chez Alexis, voir p. 350, note · texte numérisé non relu

Chez Alexis, voir p. 350, note

durant à ne pas faire tourner des tables et des chapeaux; mon scepticisme a gâté toutes les expériences.

A EDOUARD DE SUCKAU

Paris, 11 avriri853

Hon cher Edouard, que fais-tu? J*ai sur le cœur ton histoire*; f es-tu mis à étudier quelque chose pour l'oublier? Hon pauvre ami, nous sommes deux tomes du même ouvrage ; j*ai eu de plus que toi le malheur d'avoir fait en vain une thèse latine, et il faut pour te consoler que tu trouves comme moi une thèse littéraire. Et encore que de chicanes, d'ennuis! M. Saint-Marc- Ciirardin m'a fait ôter la comparaison du Lion et de Louis XI V^ les Amourettes de La Fontaine , etc. 11 tolère, mais tolère seulement la partie philosophique.

Enfin c'est un homme poli, spirituel, et il y a quelque plaisir à être griffé par lui. Mais H. Le Clerc! Conseils contraires à ceux de M. Saint-Marc-Girardin. Le chapitre des portraits est d'un ton trop léger, supprimez la moitié de vos citations enchâssées, etc. Le mot grivois n'est pas français. Prenez garde de scandaliser les enfants et les demoiselles qui lisent La Fontaine, etc. — J'essaie de corriger et je gâche. Le texte français ne m'est pas encore rendu, je ne sais quand viendra rimpression, en attendant je suis lardé de coups

1. M. de Suckau ayait dû renoncer à présenter à la Sorbonné une thèse philosophique sur la Liberté.

d*épingles. De plus il faut être modeste, humble, docile, obséquieux, flatteur, quand au fond du cœur on envoie les gens au diable. Prie Dieu pour moi, comme je le prie pour toi.

Cher Ed., il faut nous enfoncer dans notre science et mettre le moins possible le nez à la fenêtre. Je lis Gall, et Je réfléchis sur les caractères. Quelles sont leurs causes, et les causes des passions? Spinoza a montré que ce sont les idées ; alors pourquoi certaines gens ont-ils une prédisposition à nourrir exclusivement une série d'idées, par exemple Favare à considérer dans les choses le gain, Thomme bon à songer en tout au bonheur des autres, etc.? Faut-il croire aux types? Qu'est-ce que nos analyses nous disent là-dessus? Qu'est-ce que tu dis toi-même? Je n'ai guère le temps d'y travailler; les heures passent trop vite. De la langueur, de Tennui, puis des bouffées de passion et de volonté, voilà ma vie, notre vie, je crois. Tu vas voir, heureux homme, le premier sourire du printemps, et je vais jouir du plâtre chauffé, et des rues poudreuses de notre bien-aimé Paris. Réfléchis à ma demande, et tâche de trouver quatre jours aux vacances pour aller avec nous faire le lézard à Fontainebleau.

As-tu vérifié si la dame, ton hôtesse, était à sa toiîette au moment indiqué par Alexis*?

Je suis décidé pour Tite-Live, j'ai commencé à le lire

1. Alexis était un célèbre somnambule que M. Taine ayait été fÀv. M. de Suckau dit, dans sa réponse, que le fait mentionné e ^ exact.

aujourd'hui; il faudra que je parcoure une série d*horreurs allemandes, et que je m*aveugle sous ce poudreux pédantisme. Enfin, puisque je suis un out4aw^ il faut bien que j'accepte les bénéfices de mon métier. Ce Tite-Live n'est guère amusant; c'est un phraseur, qui ne cherche ni le vrai, ni la vie, mais qui est moraliste et orateur. 11 va falloir le louer plus qu'il ne le mérite. Toujours se contraindre! Qyel divin mot que celui-ci : a La parole a été donnée à l'homme pour cacher sa pensée I »

Encore a-t-on l'air casseur de vitres. M. Le Clerc m'a fait entendre que je passais pour révolté, et son rire académique m'a fait l'honneur de s'exercer sur mes aventures. Je suis en négociations pour avoir le droit de dédier ma thèse à M. Yacherot.

On ne peut être reconnaissant qu'avec patente. Au diable la vie, et vivent les amis! Mon bon Ed., une réponse et un bon serrement de main.

AU MÊME

Paris, 25 avril 1853

Mon cher Edouard,

Voici, ce me semble, un beau sujet de thèse et philosophique. Il faudrait demander auparavcint à la Faculté si elle permettrait de le traiter d'une manière purement historique.

La Physique (TAristole»

Le livre n*estpas traduit en française Personne n'y a touché, sauf quelques mots de Ravaisson. Je Fai lu à l'Ecole; il est magnifique, c'est une simple généralisalion de l'expérience, avec interprétation des généralisations. Une simple exposition tendant à le rendre clair. C'est un service rendu à la science, sans danger pour ces messieurs.

Si cela te plaît, écris-m'en, je leur en parlerai.

Cela sera plus amusant qu'une insipide analyse de quelque imbécile inconnu du Moyen âge, ou uno thèse sur Florian. Tu restes dans le cercle de tes études et tu combats avec toutes tes forces. Et surtout c'est nouveau.

On imprime mon bouquin. Que de courses, visites à M. Le Clerc, corrections! Enfin J'approche du port, j'espère. Demain on doit m'apporter les premières épreuves. Je suis si chargé d'occupations, que je ne sais si j'aurai le temps de t'emplir ces trois pages. Ma mère est encore à Paris, j'ai fait plusieurs voyages avec elle à Poissy; je suis intermédiaire dans une affaire délicate et importante*; je passe mes soirées avec elle; le reste est pris par mes leçons et mes cours.

On m'a [fait] sentir indirectement que je ne devais pas dédier ma thèse à M. Vacherot. En conséquence je ne la dédie à personne, et je lui en ferai l'hommage de vive voix, puisque cela est impossible autrement. J'ai appris bien des choses dans mes entretiens avec M. Le

1. La traduction de M. Barthélémy Saint-Hilaire n'a paru qu'en

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