INTRODUCTION
Nous n'avons pas l'intention de présenter au public une biographie détaillée d'Hippolyte Taine ; nous désirons seulement lui fournir des points de repère qui faciliteront la lecture des lettres et fragments inédits, objets de cette publication. — Beaucoup d'amis de sa pensée ont déjà parlé de lui en meilleurs termes que nous ne le pourrions faire*. D'autres en parleront sans doute encore,
1. Citons en première ligne la belle étude de BI. Emile Boutmy : Taine, Schérer, Laboulaye; les livres de M. G. Monod : Renan , Taine, Michelet; de M. de Margerie : H, Taine; de M. Barzellolli : La Phiiasophie d*Hippolyte Taine ; les articles de Sainte-Beuve : Causeries du Lundi, l. XIII, et Nouveauaf Lundis t. YIII; de M. Paul Bourget : Essais de psychologie; du vicomte de Yogûé • Devant le siècle; de M. André Chevrillon, en tête du volume posthume des Origines de la France contemporaine; les Discours de M. A. Sorel et du duc de Broglie à l'Académie française; des articles de HU. Bourdeau, Faguet, Anatole et Paul Leroy-Beaulieu, etc., et surtout l'excellent et consciencieux travail de M. Victor Giraud : Essai sur Taine^ où l'on trouvera, outre une biographie très fidèle, la bibliographie des œuvres de M. Taine (1~ édition), et une liste des principaux articles écrits sur lui de son vivant et après sa mort.
B. TAINI. — CORRESPOKDASCK. i
lorsque les documents que nous donnons aujourd'hui permettront une étude plus complète sur l'li{)::ime et sur l'œuvre; ils rempliront cette tâche avec un esprit plus dégagé que le nôtre; notre devoir à nous est de leur en faciliter l'accomplissement tout en restant fidèle aux instructions laissées par M. Taine.
C'était un des traits dominants de son caractère que l'horreur de la publicité et des indiscrétions sur la vie intime ; il dérobait aux étrangers, avec un soin jaloux, l'existence la plus digne et la plus noble. Il ne pouvait souffrir la pensée qu'une photographie, une interview donnant une idée de son foyer domestique, pourraient s'étaler aux yeux du public. Il refusait toutes les autorisations d'éditer son portrait dans les journaux illustrés * ; ce fut un grand sacrifice qu'il fit à ses confrères des Débats
1. Lettre à M. Emile Planât [Marcelin) à propos d'un article de la Vie parisienne dont on lui soumettait le texte : c Mais, mon cher Emile, est-ce que nous n'étions pas convenus que non'i Cela est tout physique de ma part, tu le sais bien. Tout ce qu'on voudra sur récrivain, l'être abstrait composé d'idées et de phrases, qui se donne au public. Rien, rien du tout sur le reste, sur l'homme cela, je t'en prie instamment. Je viens de relire l'article ; si aimable qu'il soit, c'est la môme chose. Je souhaite avant tout que le moi, la personne vivante avec son ton de voix, son geste, ses meubles, échappe au public! Et ce n'est pas toi, mon meilleur ami, qui me donneras le désagrément de m'étaler devant lui. Tu sais bien que je n'ai pas même voulu laisser vendre ma photographie, ni faire ma charge. Ainsi rien, rien, encore une fois, tout à fait sérieusement; rien ne me contrarierait davantage. »