Le roman de M. de Lamartine, qui venait de paraître
LtCOLE NORMALE 05
raisons différentes, j'ai été fort ému^ laissons de côté le mauvais style et tous les ridicules d'exécution; à mon avis, le fond, l'idée, l'esprit du livre sont excellents, îl a bien compris l'amour ; l'amour est une faculté et non pas un besoin ; l'amour vrai se suffit à soi-même et est heureux par sa seule activité, comme la pensée ; il est dévoué; il n'est point accapareur et destructeur, comme l'amour sensuel et les amours de convoitise; il n'aspire pas à faire de l'objet aimé une simple dépendance de soi-même; il ne se considère pas dans ce qu'il ressent, et dans ce qu'il fait pour l'objet aimé ; mais il vit en lui et double ainsi sa propre existence ; c'est la conservation parfaite de deux personnalités dans l'union absolue de deux êtres; il n'est point égoïste et jaloux ; il souffre que l'objet aimé aime d'autres personnes; il n'a qu'un objet, s'unir davantage à lui et le rendre plus parfait ; il est comme un sculpteur qui, les yeux fixés sur le modèle idéal, corrige et embellit tous les jours ses divines statues. 11 n'est pas languissant, rêveur, mélancolique, prompt aux larmes; il est fort, sensé, raisonnable, courageux ; il n'est pas une passion, mais une activité ; l'homme n'est pas possédé, asservi, amoindri, mais fortifié, exalté et divinisé, comme il l'est par l'exercice assidu et sublime de la pensée et de l'action.
Heureux, ceux qui peuvent trouver dans leur vie
1. Gréard, ibid.t p. 145 : « Rien de nouveau dans ma vie, sinon la lecture de Raphaël qui m'a singulièrement ému : lis-le et tu sauras pourquoi. »