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quelques traits de cet amour! Hais le mal est que Tiniperfection de tous les êtres nous force à né Iqs aimer que partiellement, et qu*ainsi ce feu intérieur qui pourrait allumer un si grand incendie s*éteint en se dispersant, ou tout au moins s'affaiblit I L'homme n'est pas ne pour vivre seul ; le besoin d'amitié le tourmente sans cesse ; je le sens ici plus que jamais ; seul, sans personne pour me guider et m'encourager, je suis quelquefois très malheureux; tes lettres me rendent bien heureux, et me consolent fort de toutes ces misères ; écris-moi souvent; j'en ai besoin; mais surtout tâche dem'aider en me redressant, en me disant en quoi il te semble que je pèche, ce qu'il faudrait corriger dans ma pensée, dans ma manière de voir la vie, dans tout enfin ; je t'écris avec tant de liberté, et nous nous sommes vus si longtemps, que tu dois me connaître comme moimême; songe que je fais la même chose pour toi; qu'est-ce que cette propagande philosophique que je te fais par écrit, sinon un désir de corriger ce que je crois être faux dans tes opinions? Ehl mon ami, il n'y a personne au monde qui nous dise le vrai; presque personne ne nous connaît ; ceux qui nous ont vus nous connaissent incomplètement ou nous jugent avec leurs préventions, ou leurs amitiés ; nous-mêmes nous ne pouvons rien dire de bien certain sur nous-mêmes; avec la meilleure foi du monde, nous ne voyons rien ; la proximité nous crève les yeux. C'est bien le moins que les amis soient des confesseurs les uns pour les autres. A quoi servirait l'amitié sans cela? Oé flalte les indifférents, on
se tait avec ses ennemis ; on sourit aux personnes du monde; on parle tout haut un langage de convention; avec ses amis on parle tout bas et à Toreille le langage de la bonne foi; il n'y a qu'eux qui se connaissent assez pour savoir s'ils ont l'estomac assez robuste pour digérer ce mets rude et désagréable, cette nourriture virile qu'on appelle la vérité. — Adieu et écris-moi sur les quatre pages.
AU MEME
Paris, 30 mars 1849
Je relis ta lettre* et j'y trouve une phrase qui m'inquiète. Tu parles de publier un écrit ^ sur tes convictions philosophiques.
Penses-tu vraiment à celte folie? Tu m'avoues toimême que tes opinions ne te semblent que probables. Et tu vas engager ta vie entière, à dix-neuf ans, par un écrit public, lorsque tu ne sais pas si dans, un an le mouvement de ton esprit ne t'aura pas jeté dans d'autres pensées? C'est une témérité inexcusable. Tu joues avec ton avenir; je t'en prie, réfléchis, et songe quelle chose c'est qu'imprimer.