‹ H. Taine; sa vie et sa correspondance (volume 4)Chapitre 5 sur 162 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

La famille et la première éducation.

Hippolyte-Adolphe Taine naquit à Vouziers le 21 ayril 1828, de yieille souche ardennaise. Sa famille était originaire du village de Barby, arrondissement de Rethel; un de ses ancêtres, Joseph Taine S vint s'établir à Rethel vers 1675 et y remplit les fonctions d'échevin gouverneur. Pendant plusieurs générations, ses descendants menèrent dans la petite ville la vie honorable et modeste de la bonne bourgeoisie provinciale. L'arrière-grand-père d'Hippolyte Taine, Pierre Taine', homme d'une haute intelligence, avait été surnommé le philosophe par ses concitoyens, et nous ferons remarquer pour les adeptes de la théorie de l'hérédité que, par suite des mariages consanguins de sa lignée, il est représenté plusieurs fois parmi les ascendants de M. Taine. Son grand-

1. Taine (Joseph], maitre-serger, fils de Gérard Taine, laboureur, et de Geneviève Yaucher, né à Barby en 1645, décédé à Rethel en 1732. — Beaucoup des détails ci-dessous sont dus aux recherches de H. Hippolyte Billaudel,.inspecteur général des Ponts et Chaussées, cousin de M. H. Taine, et de M. P. Pellot, archivisie à Rethel. Une généalogie complète de la famille Taine, due aux patientes recherches de M. Pellot, va paraître prochainement dans la Revue historique ardennaise. L'auteur nous apprend qu'au XTH* siècle les actes authentiques orthographiaient le nom : ThènCf Thaine, ou Tène.

2. Taine (Pierre), manufacturier, arriére-petit-fils du précédent, fils de Joseph Taine et de Jeanne-Françoise Fournival, né à Rethel en 1736, décédé en 1784.

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père maternel, M. Bezanson*, ayait un tour d'esprit très scientifique ; il s'était beaucoup occupé de magnétisme avec le docteur Chapelain, et son petit-fils a gardé soigneusement des traités de philosophie, de mathématicpies et d'algèbre, écrits par l'aïeul dans les dernières années de sa yie. Enfin les tantes paternelles* d'Hippolyte Taine, vieilles demoiselles de province, menant dans leur petite ville natale la vie la plus pieuse, la plus retirée, la plus étroitement austère, n'en avaient pas moins le goût héréditaire pour les idées abstraites et nous trouvons les lignes suivantes dans la correspondance de leur neveu, alors professeur à Nevers : (( Ma tante Eugénie m'a écrit une lettre dans laquelle elle me donnait des conseils sur la manière de diriger mes études métaphysiques, avec une argumentation en forme pour soutenir le système philosophique qu'elle me proposait. »

Le père' d'Hippolyte Taine, décédé quand son fils entrait dans sa treizième année, était un homme d'un esprit cultivé, plein de verve et de talent naturel, composant de jolis vers et de joyeuses chansons qu'on redisait encore chez ses compatriotes plus de cinquante ans après sa mort. Il aimait passionnément la campagne et emmenait

1. Bezanson (Nicolas), sous-préfet de Rocroy sous la Restauration, fils de Jean-Baptiste Bezanson, ayocat au Parlement et de Harie-Anne-Ângélique Quinart, né à Reims en 1774, décédé à Poissy en 185G. Voir p. 161, lettre du 25 novembre 1851. — Son neveu, M. J.-B.-B. Billaudel, ingénieur des plus distingués, père de M. Hippolyte Billaudel, écrivait en 1823 : a Personne n'avait des idées plus philosophiques que mon oncle Bezanson ; c'est lui qui m'a fait balbutier les premiers éléments d'algèbre.

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