Voir Gréard, id., p. 181, lettre du 17 décembre
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moi, puisque nous sommes fonctionnaires au même titre.
Âs-tu voulu seulement me faire connaître une belle action * ?
Soit, mais observe pourtant ; 1» qu'un professeur n*est pas un préfet, qu*il est un fonctionnaire de TEtat, non du gouvernement, et que ce n*est pas se rallier au pouvoir que d'enseigner Fhistoire de Sésostris et de Darius. M. Thomas * pouvait à la fois garder son honneur et sa place; 2<> que ce pouvoir, illégitime aujourd'hui, deviendra légitime dans huit jours, étant confirmé par six millions de suffrages ; 3^ que M. Thomas est rédacteur de la Politique dans la Revue des Deux- MondeSf et que son article du i^' décembre contenait la plus violente attaque contre le pouvoir. Cette démission ne serait-elle qu'un refuge contre une destitution?
Je fais de laides suppositions, n'est-ce pas ? Hais en principe je crois que l'espèce des Regulus est rare, et je ne les admets que sous bénéfice d'inventaire.
Je maintiens toute ma dernière lettre. Je ne donnerai pas d'adhésion à une action que je regarde comme
1. M. Taine avait reçu, écrite de la m^in de Prévost-Paradol, une lettre que M. Thomas, professeur démissionnaire du lycée de Versailles, avait envoyée à l'École normale avant de partir pour l'étranger, avec prière de la répandre dans l'Université.
2. Thomas (Alexandre-Gérard), professeur et publiciste, né à Paris en 1818, mort à Bruxelles eu 1857, accompagna en Belgique le comte d'Haussonville es décembre 1851 et rédigea avec lui une feuille politique, le Bulletin Français^ qu'on introduisait clandestinement en France. M. d'Haussonville rentra à Paris en 1852. M. Thomas demeura en Belgique, exilé volontaire jusqu'à sa mort.
malhonnête ; mais je crois pouvoir en conscience continuer à professer la théorie de Tassociation des idées ou du jugement comparatif.
Sois franc, et réponds-moi autrement que par la lettre d*un autre. Blâme-moi, je suis l'être le plus calme du monde et je discuterai ton blâme avec toi.
Pas un mot sur Edmond S ni sur Planât?
Que fait Planât maintenant que ses journaux' sont à moitié supprimés ?
Tout à toi quand même, courtisan ou non-courtisan, comme tu voudras.
A MADEMOISELLE VIRGINIE TAINE
Nevers, 18 décembre 1851
Tu peux lire de Voltaire Charles XII^ le Siècle de
Louis XIV 9 V Essai sur les Mœurs. Ce sont ses trois grands
ouvrages d'histoire. Si tu veux rire, cherche à la table
la diatribe du docteur Akakia.
Quoique tu ne lises pas la politique, tu sais que M. Bonaparte, violant son serment, a confisqué les libertés publiques et fait tuer ceux qui défendaient la loi. Le recteur (un prêtre) nous a envoyé, il y a deux jours, la circulaire suivante : « Les soussignés, fonctionnaires de renseignement public à Nevers, déclarent adhérer aux mesures prises le 2 décembre par Monsieur le Président