Mlle Eugénie Tainc (Voir p
Prévost a lro.ivé deux lettres de moi en rentrant à l'École, et m'écrit qu'il regrette celle que tu m'as envoyée. J'ai une polémique avec lui sur le suffrage universel. Comme tu dis, il est anglais et aristocrate, d'où sa politique ; puis il est trop passionné pour obéir à de pures déductions. Il me fait peur : qu'est-ce qu'il parle d'un licenciement possible à l'Ecole, et d'une loi organique sur l'enseignement? Cher Ed., avec lui et About, on est toujours sur le qui-vive; l'amitié est presque militante; avec toi, je suis comme dans la cour de l'Ecole, aux récréations d'été, t'en souviens-tu? la tête sur ta poitrine, tranquille et heureux.
Il serait bien long de t'analyser mes petits papiers. J*ai rédigé un grand diable de cahier sur les Sensations'. Voici en gros ma doctrine : le moi sentant, ce sont les nerfs et le cerveau; il est leur unité, leur cause finale, leur principe de durée, leur détermination. Chaque sens contient dans son essence une relation avec un mode d'être déterminé de l'Extérieur, l'œil avec la vibration de l'éther, l'ouïe avec l'ondulation de l'air, etc., et sa fonction est de recevoir et de reproduire le mode d'action particulier de cet Extérieur. Par là les individus constitués, séparés et opposés, s'unissent, et le moi forme une unité avec le non-moi. Tu sais que, depuis la matière indéterminée et diffuse. Je mouvement de la nature est vers l'individualité, et la séparation. L'essence de l'animalité est de rétablir cette unité primitive par une unité supérieure. Mais la sensation, se transmettant