Voir, p. 139, lettre du 22 octobre
au cerveau, y produit son image ; de sorte que la voilà capable de durer après que Taclion de TExtérieur a cessé, de se réproduire, de subir l'action de la pensée et de fournir à la science. — Ce mouvement est la solution de ce problème : Intérioriser l'Extérieur. — Alors commence le rôle de la pensée, qui n'a d*autre objet que le moi, et qui, grâce au curieux mécanisme de la perception extérieiu'e, aperçoit le non-moi dans le moi. Ce nouveau mouvement est la solution du problème : Extérioriser l'Intérieur. — Mais ceci n'est qu'un cas d'une loi plus générale : la fonction du cerveau dans la mémoire est de reproduire les images passées, et de rendre ainsi le passé présent; la fonction de l'Esprit, grâce à une théorie que tu avais déjà vue esquissée à l'École, est de considérer cette image présente comme passée. Ces deux mouvements, (apposés comme ceux de la perception extérieure, constituent la mémoire. Si je développais, je montrerais comment ceci s'applique à 'Induction, à la raison, comment l'esprit aperçoit le futur dans le présent, l'universel dans le particulier. — La nature du moi est en général d'individualiser l'universel, et d'universaliser l'individuel; il est l'abrégé du Tout, et il a par la Pensée relation avec tout. Le mouvement de la nature consiste à quitter son indétermination, ce qu'elle opère par des séparations, des oppositions, des limitations réciproques, et à supprimer ces limitations par un Être à la fois universel et individuel, qui ait l'unité du premier moment et la détermination du second.
Je passe une foule de recherches et de théories particulières sur les couleurs, saveurs, contacts, odeurs, surtout sur les sons, d'autres sur les sensations musculaires, les différents modes de Timagination, la relation du langage à la pensée, etc. Je te parlerai d*Hegel mais pas avant les vacances?
Quel malheur pour moi! mon cher ami; je courais comme un vaisseau lancé sur la pente psychologique, je trouvais toutes sortes de choses, je comprenais M. Jouffroy qui voyait un monde dans Tâme, j'avais commencé des applications à la philosophie de l'histoire S et me voilà retombé dans les hémistiches latins, et l'accentuation grecque. Je me console pourtant un peu, en songeant que se sera pour moi une occasion de me faire un cours d'esthétique. J'ai déjà écrit diverses choses sur le Drame et l'Épopée*. Mais quand serai -je libre de tout cela et entrerai-je en pure métaphysique? Magna mater\ C'est l'océan de la Beauté dont parle Platon, qui est fermé aux profanes. Comme dit Louis XI, je n'ai d'autre paradis en tète que celui-là.