‹ H. Taine; sa vie et sa correspondance (volume 4)Chapitre 95 sur 162 · About · texte numérisé non relu

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Peul-ôlre, mon cher bonhomme, aurai-je dans cinq 3

semaines le plus grand plaisir que je puisse espérer. Le recteur, à ce qu*il paraît, a eu Tobligeance et le bon goût de ne pas noter au ministère mon refus de signer Tadhésion que tu connais et de plus il désire que j'achève Tannée ici ; lu sais que ma commission n*est !

que de six mois ; il va donc demander au titulaire de prolonger son congé de six mois encore. Si je reste ici, et que je ne sois pas obligé de courir au diable, je profite des vacances de Pâques, et je vais voir ma mère en passant un jour à Paris ; je te donnerai rendez-vous, tu me mèneras à l'Exposition, et nous bavarderons ensemble; car j'imagine que ton vieux camarade n'est pas tombé dans le même malheur que le pauvre N..., et que tu ne fuiras pas un pédant provincial.

Quoi que tu dises, si tous les deux nous étions agrégés, la vie universitaire serait supportable. On ne nous jetterait pas dans un trou de collège communal comme Nevers. (N'écris plus « lycée » sur tes lettres.) Et alors il y aurait chance de rencontrer un ami. Un ami d'École, la solitude, assez de loisir, plus d'agrégation, de la philosophie et de l'histoire naturelle, y penses-tu? Voilà ma terre promise ; je bâtis là-dessus des milliers de châteaux en Espagne, tout seul malheureusement, sans un Gréard. Que je vous comprends et qu'Edouard, mon patient consolateur, m'a fait du bien, en première année surtout, dans mes rages noires I

Pauvre Edouard, je l'aime à distance et en silence. Lui aussi m'a-t-il oublié ?

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Je relis Musset et Harc-Âurèie pour me consoler. Sin^ gulier assemblage, n'est-ce pas? Hais je trouve dans le premier tous mes ennuis, et le second me parle du remède universel, de la grande pensée antique, rh [XY|oèv elvat.

Voilà, mon cher, ce que j'ai trouvé encore de plus efficace contre le spleen. Gela repose et assoupit l'âme, comme l'espoir du sommeil pendant la fatigue de la journée. Ajoute le travail machinal qui tue la réflexion et absorbe l'ennui dans l'épuisement. Je sais qu'on trouve ici que je mène la vie la plus bizarre, nuit et jour enfermé, sans société, ni plaisirs. Mais c'est la seule que je puisse supporter.

J'attends le printemps pour revoir une chose belle ; depuis cinq mois je n'ai sous les yeux que la laideur; un pays fangeux, des rues étroites et sales, ni musique, ni tableaux, ni jolies figures. Le soleil et les arbres verts me tiendront lieu de tout cela.

J'ai écrit à N..., parce que je lui avais promis. 11 a été plus qu'amical pour moi lors de ma non^agrégation et je lui devais au moins cette politesse. Mais je sens bien comme toi que la sympathie ne pourra jamais aller bien loin.

Je suis seul ici pour expliquer, et je ne puis m'argumenter moi-même; c'est un grand inconvénient, mais enfin il y a neuf places et... je ne veux pas penser à l'horrible nécessité de préparer l'an prochain une troisième agrégation. Si tu peux, donne-moi quelques détails sur la bibliographie de l'agrégation.

Je vais tâcher de me procurer le numéro dn 12 féviier^ L'auteur est-il donc de toutes les publications? Quand Bernardin sera-t-il couronné?

Edmond* ne t*a pas remis en partant un travail sur la Grèce de moi et pour moi? J'écrirai un de ces jours à Ed. Que Crouslé me réponde, dis-le lui.

A EDOUARD DE SUCKAU

Nevers, 25 février 1852

Cher Ed., ta dernière lettre était du 8 janvier. Qu'oscs-tu répondre à cette éloquence des dates? Parce que vous êtes. Monsieur, un illustre professeur dans un illustre lycée national ou royal, vous croyez-vous en droit d'oublier le cuistre nivernais que vous avez honoré de vos bonnes grâces? Apparemment, ma dernière réponse n'a pas été interceptée. Messieurs de la poste ou de la préfecture n'ont pas dû être fort pressés de lire les abstractions psychologiques que je t'envoyais. Ce n'est pas le temps qui te manque ; tu n'as pas comme moi deux classes par jour, et une agrégation à préparer. La soupe stéphanoise aurait-elle le privilège des eaux du Léthé?

Prévost me dit que votre commerce est interrompu» par suite de curiosité gouvernementale. Il t'a écrit au

i. Numéro de la Revue de C Instruction publique où Prévost- Paradol avait publié un article anonyme sur la réception de H. de Montalembert à l'Académie française.

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