‹ H. Taine: sa vie et sa correspondanceChapitre 39 sur 104 · Aux élections législatives de · texte numérisé non relu

Aux élections législatives de

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LA GOMMUiNB 121

actionné le chef détective et reçoit quatre cents livres sterling de dédommagement. Meeting en faveur de la République sociale; les orateurs disaient que la reine est une femme usée, un vieux rouage social rouillé, qu'il faut mettre la magistrature suprême eu élection. Les policemen faisaient cercle et empêchaient qu'on ne troublât les orateurs.

Deux principes inconnus en France, admis universellement et appliqués fidèlement dans tous les pays libres . i^ Quand la majorité a prononcé, se soumettre franchement, sérieusement, ne pas garder Tarrière-pensée de la violenter par un coup d'État. 2° Permettre à la minorité de dire et imprimer tout ce qui lui convient. Voilà les droits de la majorité et de la minorité; ni l'un ni l'autre ne sont respectés en France.

Tous espèrent fermement qu'aussitôt l'ordre établi, le travail et la prospérité recommenceront chez nous, et qu'il suffira de quelques années pour réparer les désastres. — Mais aucun d'eux ne voit un avenir stable, l'affermissement-d'une forme politique. Provisoirement, la République prolongée paraît la moins impossible, quoique par tempérament, éducation et sentiments réciproques des classes, la République soit moins possible en France qu'ailleurs.

Je compte toujours partir mercredi matin pourOxford ; on me dit que le français est généralement entendu, et notre dix-septième siècle très goûté. — M. Russel me conseille de parler beaucoup plus lentement qu'à l'Ecole des Beaux-Arts.

122 COItRESPONDANCf

Vous saurez les nouvelles avant anglais sont mieux informés que l de la coopération prochaine des Prussiens du côté de Saint-Denis.

A MADAME II. TAINE

Londres, lundi 33

Enfin l'armée est entrée dans Paris ; les nouvelles que je vous envoyais de Versailles étaient vraies, — 11 semble que la résistance ne se prolongera pas longtemps.

Je suis ici dans un liAtel où Mme Alboni habite depuis huit mois. Tngliafico y est avec sa femme et sa fille, — autres musiciens et peintres; on entend des roulades dans les escaliers.

Ce matin visite chez M. Haye qui est barrister e occupe deux chambres d'étudiants; quarante ans, fali gué, très nerveux et timide, ne parlant pas français nous avons travaillé une heure ensemble, il a tou traduit, le livre paraîtra le mois prochain.

De là à la National Gallei-y. 11 y a des chefs-d'œuvre un rabbin juif de Hembrandt, un doge de Giovann Bcllini, un portrait admirable de négociant italie debout avec sa femme, par Van Eyck, une Vénus ave l'Amour, et un Christ présenté, de Corrège ; la fleur de préraphaélites : Bordognone, Carpaccio, Pérugin Francia ; les plus exquis petits flamands, une leçon à musique de Jean Stecn, une grande allée d'arbres pa

Hobbéma, de purs diamants; — mais je n'ai pu que faire une reconnaissance *, un Musée me tue maintenant. D'ailleurs la moitié des tableaux sont sous verres; il est presque impossible d'en voir un d'ensemble à cause des reflets.

Je vais m'habiller pour dîner chez Clark; j'espère ne pas aller en soirée avec lui ; Londres et sa prodigieuse activité m'accablent ; je souhaite la campagne, et Oxford en attendant.

Demain après déjeuner, M. Arthur Russel me conduit chez M. Grote*, l'historien, qui désire faire ma connaissance.

Petits faits : à Ghelsea, George Claude* rencontre très fréquemment des ouvrières soûles ; nous avons enjambé un ivrogne endormi dans le ruisseau. — M. Van de Weyer nous disait hier qu'un jeune Anglais bien élevé, au sortir de l'Université, ignore sa littérature. Un jour avec Macaulay, ils en firent l'expérience. Deux jeunes gens d'Oxford venaient les voir; on leur demanda à brûle-pourpoint : « Avez-vous lu Sterne? — Sterne, l'auteur de Tristam Shandy?Non. » Cette ignorance est choquante; mais en revanche cette sincérité est très belle; M. Van de Weyer disait qu'un Belge, un Français ne l'auraient pas eue.

1. H. George Grote (1704) mourut quelques semaines après cette entrevue.

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