‹ H. Taine: sa vie et sa correspondanceChapitre 4 sur 104 · Officier d'artillerie de marine · texte numérisé non relu

Officier d'artillerie de marine

U. TAINK. CORRESPONDANCE. III. 1

2 CORRESPOStt.lNCE

presque tous les Français, que nos généraux seraient à la hauteur de leur lâche et que la préparation matériette était complùle; cependant, même a?ec cette espérance, il connaissait assez le sérieux et la ténacité de nos adversaires pour n'être pas entièrement rassuré sur l'issue finale. Surtout il redoutait l'instabilité de nos institutions politiques ; l'hisloirelui avait appris à discerner les élémentsde désordre, contenus avec peine par un gouvernement fort, et prêts à faire irruption aux premiers revers ou au moindre signe de faiblesse.

lors de son retour à Chdtenay', il était rentré dans une famille plongée dans le deuil; lui-même était épuisé, presque malade à la suite dun voyage trop rapide; outre ses ansiétés patriotiques, il avait aussi le chagrin de voir son travail sur l'Allemagne interrompu dans des conditions telles qu'il devait renoncer dérmitivement à traiterle sujet. — Tl était, de plus, si inquiet des nouvelles de la frontière que, pendant ces derniers joui-s de juillet, il allait presque chaque après-midi de Châlenay à Paris. II en revenait écceuré par le spectacle des boulevards, par tes bandes de gamins soudoyés criant : « A Berlin i), par le grossier chauvinisme des olTicieux.par la légèreté impudente de certains journalistes; d'un autre cAté, presque tous ses amis, doués de la perspicacité que donne une haute culture, tous les rédacteurs des Débats et du Temps, les seuls journaux infonnés et sincères, étaient comme lui très attristés : il était visible que, dan monde des affaires et parmi les gens laborieux, la déclarât de guerre était accueillie comme une grave imprudence m^me comme une véritable calamité. Dans les salles d'attej dans les voilures publiques, les bourgeois, rendus si [ dents par dix-huit années de police impériale, traitaient I haut le souverain de « brigand »; les artisans et les gens peuple se servaient d'expressions plus énei^iques enci

i. Où était Eiluée la maison de campagne de M. Denuelle.

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Tous. CCS syroptômes rendaient chaque jour M. Taine plus soucieux; bienlét des nouvelles alarmantes commencèrent à fillror à travers les mailles du mensonge officiel, et enfin les tristes journées de VVissembourg et de Reichsoflen* ouvrirent les yeux aux plus optimistes. En apprenant ces désastres, la première pensée de M. Taine fut de rentrer à Paris avec tous les siens, pour y subir le sort commun; il alla se présenter à la place pour demander, malgré sa mauvaise vue, à être incorporé dans la garde nationale ; mais il était en ce moment tellement souffrant que le médecin-major refusa de le prendre et l'engagea à s'éloigner de Paris. Cliàtenay n'élait pas possible comme séjour délinitif; en cas de siôge, on y était pris entre les lignes ennemies et les feux du fort de Châtillon; de plus, le village est dans le département de la Seine: tous les hommes vaHdes' reçurent bientôt l'ordre de rentrer à Paris pour la garde nationale, et leurs familles les suivirent; le pays fut complètement déserté et devint inhabitable vers la fin d'août. Cependant M. Taine et son beaupère, qui avaient offert à la Croix-Rouge la maison de Châtenay et leurs services personnels, songèrent un moment à y revenir; mais la Croix-Rouge, elle-même, renonça à toute installation hospilalière de ce côlé, par suite de l'évacuation générale.

Dans les derniers jours d'août, après la capitulation de Vitry-lc-François (25 août)* ces messieurs décidèrent de conduire les femmes de leur famille à Tours, où un proche parent de Mme Taine, M. Le Libon*, allait prendre, sous les ordres de M. Steenackers, la direction du service des postes^. M. Taine pensait revenir à Paris pour essayer de s'y rendre utile, malgré le triste état de sa santé; la maladie d'un membre de sa famille le retint, et quand il partit enfin le

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