CHAPITRE III
Retour à CbSIcna;. — II. Premières éludes pour les Origines de la France contemporaine. — 111. Traduction du Séjour en France. — IV. L'ËcoIe des sciences politiques. — V. Brochure sur le Suffrage universel. — VI, Les Nûtet lur l'Angleterre. — VII. Recherches aus Archives nationales. — VIII. Articles divers. — IX. Correspondance.
H. Taine, â son retour d'Angleterre, s'était remis immédiatement au travail: il compléta d'abord la série de ses leçons il l'Ëcole des Beaux-Arts, qui avaient été interrompues par la Commune; puis, ayant arrêté a peu près détlnitiveinent dans son esprit le plan de son œuvre future, il commença â la Bibliothèque et aux Archives nationales la série de longues et laborieuses recherches qui devaient fournir les matériaux des Origine/ de la France contemporaine. Il faisait un véritable sacrilice en renonçant à poursuivre ses travaux philosophiques et à écrire cette théorie de la Volonté qui devait être pour lui le complément de l'Intelligence. Mais, en présence des ruines amoncelées par la guerre et la Commune, et du désarrei des esprits devant l'oeuvre de
156 CORRESPO>DA>'CE
reconstitution nationale, il lui sembla que Theure n'était plus aux spéculations pures et que le penseur, comme Thommc d'action, devait à son pays toutes ses forces vives. — Il sentait que beaucoup de nos maux venaient de la rupture de notre société moderne avec les traditions de la race : avant de construire à nouveau, il fallait sonder le sol sur lequel nous campions, connaître les causes de notre déracinement, et pour cela remonter jusqu'à l'époque où s'était produite la scission définitive entre le passé et le présent, à la Révolution française. Quatre-vingts ans de perturbations périodiques indiquaient un vice fondamental dans l'œuvre de reconstitution du Consulat. Il fallait rechercher ce vice et en suivre les conséquences pour notre société contcMTiporaine. En entreprenant son ouvrage, M. Taine ne croyait pas assumer une tâche aussi lourde que celle qui occupa les vingt-deux dernières années de sa vie; il pensait d'abord écrire un seul volume d'idées générales*; puis, devant l'accumulation de faits nouveaux et la nécessité de rendre sa pensée plus claire, il se décida à diviser l'œuvre en trois parties : l'Ancien Régime, la Révolution, le Régime moderne ; et encore croyait il nous conduire pour ce dernier volume jusqu'au seuil du second empire : en 1871-72, ses recherches à la Bibliothèque et aux Archives embrassaient la Restauration et le règne de Louis-Philippe*; ce n'est qire beaucoup plus tard qu'il restreignit son plan et l'arrêta à la grande reconstitution de 1800.
Ce fut au cours de ses premières explorations que
1. Il songea presque tout de suite à en faire deux : nous trouvons dans une lettre du 23 octobre 1871, à M. Alexandre Denuelle : « J'ai passé la journée aux Archives et j'y retourne demain; il y a là des trésors ; j'y ai lu la correspondance des préfets de trois déparlements pendant huit ans. J'y ai vu des naïvetés sérieuses qui sont du plus haut comique. — Je crois que j'aurai deux volumes et que je ne pourrai commencer à écrire qu'après mon cours aux Beaux- Arts. •