‹ H. Taine: sa vie et sa correspondanceChapitre 52 sur 104 · Voir appendice, p · texte numérisé non relu

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I M. Taine découvrit à la bibliothèque Richelieu le livre d'une ^ darne anglaise qui avait été retenue en France de 1792 à 1795 et qui, après son retour en Angleterre, avait confié à M. John Gifford ses lettres et son journal, qu'il publia en 1796. M. Taine trouva que le document méritait d*étre mis sous les yeux du public français et il fît entreprendre sous sa direction une traduction révisée par lui qui parut en feuilletons dans le journal le Français, pendant les derniers mois de 1871. Lors de la publication en volume (1872), il y eut de violentes clameurs dans les journaux avancés, les uns disant que ce n'était qu'un mauvais pamphlet d'un écrivain à la solde de Pitt, les autres, plus nombreux, prétendant que l'œuvre était une pure invention de M. Taine, et lé traitant presque de faussaire. 11 dut, dans la 2* édition, donner la référence exacte au catalogue de la Bibliothèque nationale, ce qui répondait victorieusement à la seconde accusation; mais pour anéantir la première, il eût fallu connaître le nom de l'auteur anonyme. Malheureusement, la librairie Longway, où le' livre avait été publié, avait été incendiée avec toute sa comptabilité et ses archives. Mais M. Taine connaissait assez cette époque de la Révolution pour ne pas révoquer en doute que l'auteur ne fût un témoin très sérieux et très bien informé.

Ce fut dans ce même été de 1871 que M. Boutmy entretint pour la première fois M. Taine du plan généreux que lui avaient inspiré nos malheurs et qui devait aboutir à une des œuvres les plus fécondes et les plus accompUes dont la France puisse s'enorgueillir : la fondation de V École libre des sciences politiques. Conçu pendant les jours cruels du siège de Paris, mûri par des conversations avec M. Vinet*, le projet de l'École future, tel qu'il fut exposé pour la première

1. M. Boutmy avait parlé pour la première fois à M. Vinet de ce projet d'enseignement libre dans une lettre datée du 25 février 1871. Le premier programme d'appel dont nous parlons plus loin est signé de MM. Boutmy et Vinet.

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Tois à H. Taine, le C3|itiva immédiatement et il se mit de tout son cœur au service de son jeune ami pour aider à sa réussite. D'autres hommes distingues se groupèrent également autour de M. Boulmy, tout d'aliord Victor de Champlouis, qui venait de quitter l'année', puis HH. Edouard André* et Jacques Siegfried'. Pendant tout l'été de 1871. ils se réunissaient fréquemment' pour essayer de résoudre les dinicullés que les mœurs françaises autant que les dispositions légales opposaient à la création nouvelle. On se souvenait des écueils sur lesquels avait sombré l'Ëcole d'administration de 1S48; il fallait les éviter et préserver la nouvelle Ëcote de toute immiition gouvernemenlale. On devait trouver les premiers fonds, réunir un groupe de professeurs indépendants, préparer les programmes des études, donner un statut légal à la jeune fondation. L'intelligence si élevée et si lucide de M. Boutmy éclairait tous les points obscurs et srs amis l'aidaienl de tout leur cœur à surmonter les obstacles. Au mois de septembre, le plan était assez élaboré pour que H. Uoutmy put adresser â un certain nombre de personnalités un programme qui était aussi un appel. Beaucoup y répondaient, entre autres UU. Guizot et Laboulaye, dans deux lettres remarquables*.

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