L'Intelligence
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école; voilà du moins comment je in'e:iplique un reproche qui, de votre part, m'est fort sensible. Vous m'attribuez un o grand dédain pour 1 enidi et 3' article) et vous me blâmez de n'avoir puisé les monographies. Cela est vrai si vous monographies anatomiqucs et physiologlqu sont point de mon ressort. Mais pour les mo de psychologie saine ou de psychologie moi tout le contraire; j'ai dépouillé notammen collection des Annales médico-psychologique veauté de mon livre est d'être enlièremeut t petits faits, cas signidcatifs, observations in( descriptions de fonctions psychologiques, ou hypertrophiées; c'a été là ma méthode ex la préface, suivie jusqu'au bout dans tout l'i c'est surtout par cette méthode que le lîvrt ceuï de Bain, de Spencer et de Mill. — E générale je crois, non seulement qu'il n'y science sans érudition, mais encore que les petits faits, les expériences et observutioi sont la partie ia plus solide de la science el souvent aux théories qu'on édifie d'après el dédaigne est un simple rhéteur ou un faiseui talions vides; jugez si je puis accepter un rc impliquerait un pareil nom.
Quant aux livres d'anatomîe et de physic ouvrage a paru au commencement de 1870 crois, suffisamment étudié ce qu'on sa va temps-là; les livres ou éludes que vous cite
téricurs; Ticonographie de Luys*, qui est votre principale base, est de i872. — Pour son traité, je Tai entre les mains, et certes, j'aurais bien voulu qu'il fût vrai; car au lieu de quelques notions incomplètes, on avait une théorie rigoureuse et claire, la carte détaillée d*un pays dont jusqu'alors on ne connaissait que deux ou trois sommets. — Seulement il- fallait savoir si le géographe nouveau avait de bons yeux et si le voyage qu'il disait avoir fait était possible.
Pour ma prochaine édition, j'y regarderai encore. Mais vous savez que, lorsqu'on emprunte des documents, il faut sévèrement les contrôler : un très habile anatomiste, un micrographe très expert peut seul faire ce contrôle par lui-même. Ne Tétant pas, je me suis adressé à trois hommes du métier, tous célèbres, et connus de moi presque intimement : l'un admettait, les deux autres niaient : le premier est un systématique, un croyant; les deux autres sont des chercheurs indifférents; je devais donc me fier davantage aux deux derniers. — Personnellement, je pouvais juger de la qualité de l'esprit de M. Luys ; son livre est aussi d'un systématique, presque d'un voyant; Gall jadis parlait de même, avec le même ton absolu ; si mes souvenirs lointains sont exacts, il admet presque que son traité est un schemat à la manière allemande. — Enfin, la partie physiologique et expérimentale de ce traité était
1. Le docteur Luys (Jules-Bernard), médecin aîiéniste, 1828-1897. M. Taine le fréquenta surtout ultérieurement lorsque le docteur Luys poursuivit ses études sui* l'iiypnolismc.
L'AnCIEN RÉGINE très faible; trois ou quatre obeervatioi lui suftisaient pour faire des couches o[ des perceptions brutes; il ne discutait traires; il ne tenait pas compte des ex hémisphères, les corps striés, les c( étant étés, la protubérance intacte si tenir les sensations de douleur, de sa Bref, rien ne m'autorisait â considérer !
un résumé accepté de la science, et je d'hui encore il est accueilli par les mai de confiance que de curiosité.
Voilà mon cscuse. Pour le fond di sommes fort séparés; je vois que vous la psychologie à titre de science indé[ yeux, elle est tout à fait distincte de 1 constitue, avec les sciences historiques, sion à part, celle qu'Ampère appelait sciences néologiques ». Il est probable mènes mentaux peuvent se ramener a cérébrauï, comme il est probable que I à des phénomènes chimiques et physiqi tinction entre le chimiste et le biologi moins essentielle; de même la distinct!
logiste et le psychologue : procédés, édu d'esprit, tout est spécial et distinct poi pour cela que je vous suis obligé de n'a nié la psychologie, et que je vous ser
A M. JOHN DURAND
Paris, 20 décembre 1873
Mon cher ami, j'ai reçu votre première lettre et je me suis réjoui que vous soyez arrivé à bon port.... Je souhaite fort que les circonstances vous permettent d'écrire les lettres dont nous avons parlé; à mon sens, le meilleur procédé est d'avoir des petits cahiers distincts chacun avec son titre, sur lesquels au fur et à mesure, tous les soirs vous noterez des petits faits significatifs, les anecdotes, les traits de mœurs que vous aurez observés dans la journée ou qui vous reviendront à la mémoire. Par exemple les titres de ces cahiers pourraient élre les suivants :
1® Le sol et le climat, avec leur influence sur le tempérament physique des habitants et par suite sur leur caractère moral. — Vous revenez d'Europe, vos yeux sont neufs, vous devez être frappé de beaucoup de différences dans l'aspect extérieur. Vous pouvez voir des Allemands, des Irlandais de sang pur, établis depuis deux ou trois générations ; examinez si les changements brusques et extrêmes de température, si la surabondance d'électricité n'est pas une cause de la restlessness américaine par opposition à la sluggishness anglaise et hollandaise.
^^ La famille. Rapports du mari et de la femme (avant et après le mariage), des parents et des enfants.
3<* La société et le gouvernement. — Prendre pour
type une tott»n«ftip, indiquer la profession, les antécédents des principaux magistrats élus, le salaire et les profits extrinsèques de leur place, le degré d*exactitude et de probité avec lequel ils remplissent leur emploi.
¥ L'éducation.
5" La religion.
6® Les mœurs, c'est-à-dire Tidéal que se propose chaque individu (faire fortune, emploi de la fortune acquise) etc., etc.
Ne vous croyez pas obligé de rédiger tout de suite; jetez au hasard vos documents et vos jugements sur de petites feuilles de papier isolées, en les rangeant sous les titres que j'indiquais, ou sous d'autres qui vous conviendront mieux. Une remarque, une lecture en amèneront d'autres. — Dans six mois, quand vos cahiers seront pleins, vous écrirez les lettres qui en seront le résumé. — Il est clair que vous ne pouvez pas exposer à un Européen votre administration ou votre politique avant de lui avoir dit, en manière d'introduction, ce qu'est : 1® le sol et le climat; 2<» l'homme; 5<* la vie ordinaire d'un homme individuel aux États-Unis.
Ce que vous me dites de vos administrateurs et législateurs est tout à fait conforme aux précédents connus et à la nature des choses ; dans la monarchie ceux qui réussissent sont les intrigants fins; dans la république, les intrigants grossiers. — Jugez par là de notre avenir, si, nous aussi, nous arrivons à la république démocratique; la multitude est chez nous bien plus ignorante que chez vous, l'envie est plus forte parce que les con-
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ditions sont plus distantes, et le bon sens est moindre, parce que nous sommes Français de race et non Anglais.
J*ai écrit une centaine de pages de mon premier volume, VÀncien régime, J ai été arrêté par les événements domestiques dont je vous ai parlé, par Tobligalion de préparer mon cours, par ma candidature à l'Académie. Je ne reprendrai mon travail qu*à la ûd de février. — Si j'achète une maison de campagne en Savoie, ce sera encore un retard. Mais, comme je veux faire de mon mieux, je prendrai tout le temps nécessaire. — Je crois que j'aurai quatre volumes. Le second exposera la période aigué de la Révolution, jusqu'au 9 thermidor (mort de Robespierre).
J'en publierai deux à la fois. Tout cela, sauf réserve de la santé et des circonstances.
J'espère que celles auxquelles vous faites allusion ne sont pas des entraves à votre liberté intellectuelle. Vous savez combien je m'intéresse à tout ce qui vous regarde. Tâchez de connaître à New-York M. Wallace Wood; auteur de ChronoSy Mother Earth's biography. C'est un homme instruit, ?élé et européanisé, avec lequel vous aurez plaisir à causer. A vous.
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