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ce n'est pas par préjugé français, car Tourguénief, le Russe, me parait aussi un écrivain de premier ordre. On pilerait ensemble tous les auteurs allemands dans un mortier sans en tirer une goutte de son suc et de sa sévc; en général, voilà ce qui me dégoûte d'eux; sauf en vers et notamment dans la poésie lyrique, ils ne savent pas écrire. [,e Wilkem Meisler de Gœthe n'est pas, pour le style, supérieur à Mme Coltin.
Mais je m'amuse à bavarder avec vous. Pour vous montrer que mes félicitations sont sincères, je vous soumets une critique. Vous meltcz presque toujours ta biographie et le portrait moral d'un auteur après l'examen de ses écrits; il me semble que l'inverse est meilleur. Hais ceci n'est qu'un détail de plan, pour le reste, je comprends votre succès; l'ouvrage achevé sera la psychologie de tout notre siècle; cela est aussi grand qu'intéressant. Permettez-moi de vous conseiller, en un sujet si brûlant, l'altitude du spectateur abstrait; vos coups seront d'autant plus perçants que vous paraîtrez au-dessus de toute polémique ; il faut partir de ce principe que vos adversaires n'existent pas, ou mieux encore, que voire domicile est dans une autre planète.
Acceptez, mon cher Monsieur, avec mes remercîments sincères, l'assurance de toutes mes sympathies.
ez sur le ime pos- Philarêli!
Chastes; mais après avoir réfléchi, j'ai perdu tout d^sir d'avoir celte place'. — Elle est bonne quand il s'agit d'hébreu : Renan pense à sa leçon une demi-heure avant de la faire, et passe son temps h expliquer vingt lignes de texte. Pour les chaires de litlérature moderne, il en est autrement. Ce sont des conférences littéraires, des articles de revue, à débiter devant des oisifs du monde ou des étrangers curieux; il y a cinquante leçons par an, et tous les ans le sujet doit être nouveau. — On s'y absorbe; impossible de faire aulre chose, et Ton dépense toute sa force pour occuper agréablement des désœuvrés. L'esprit actuel de l'enseignement est tout à fait faux et dévoyé. — De plus, personnellement, j'ai donné en ce genre le meilleur de ce que j'avais dans l'esprit, je ne veux pas ressasser encore une fois l'Histoire de la litlérature anglaise. Un pareil cours n'est nléressant à faire que lorsqu'on prépare un livre : or, le mien est fait, et je n'ai pas envie d'en entreprendre
1. Quelques amis de II. Taine Eongeaient i le présenler au Collège de France pour la cliatre Tacaiitc de Littérature étrangère, qui fut allribuée à II. Guillaume Guizot.
un autre de môme espèce, par exemple une histoire de la littérature allemande ou de la littérature italienne; je suis entré dans une autre période de mon développement; je ne pense plus qu'à la politique et à la philosophie ; je ne veux pas me détourner de ma Révolution française. Il y a quinze ans j'aurais aspiré à cette chaire; maintenant, il est trop tard.
A M. JULES SOURï
Le Thoron, 15 août 1873
Mon cher Monsieur,
Vous avez fait dans le Temps une étude considérable et bien intéressante, et la fin, comme le commencement, montre le poète qui complète en vous le savant. Vous avez mis en tête le titre de mon livre* et vous avez eu Tobligeance d'en faire mention plusieurs fois ; c'est beaucoup d'honneur pour un ouvrage psychologique d'être cité dans un exposé physiologique; d'ordinaire les biologistes nous ignorent et ne supposent même pas que nos recherches puissent avoir quelque utilité.
A cet égard, malgré toute votre bonne volonté, vous avez, ce me semble, suivi sur un point la pente de votre