‹ H. Taine: sa vie et sa correspondanceChapitre 97 sur 104 · U. TAINE. — CORRESPO>DANCE. III · texte numérisé non relu

U. TAINE. — CORRESPO>DANCE. III

moyens de parvenir, un emploi, une retraite en cas de maladie ou d'âge.

11 faut qu'il supprime l'intérêt de l'argent, qu'il fournisse des capitaux aux travailleurs, qu'il rende tout le monde heureux.

Mais la pire de toutes les idées est celle qu'exprimait M. de Lamartine en disant : « La France s'ennuie ». Cela signifiait : « Il faut que le gouvernement occupe et intéresse le public, par des innovations, des actions grandes et bril- * lantes », — sous-entendu qu'elles coûteront peu et réussiront bien toujours.

Une pareille thèse a pour soutien le raisonnement intérieur suivant :

Moi, particulier, je ne veux pas donner d'argent, prendre de la peine; tout au plus je consens à donner i, 10, 20, 50 francs par an de plus au percepteur. — Cela donné, mon -

imprésario, qui s'appelle le Gouvernement, me fournira tous \ les matins par le journal une nouvelle intéressante, qui I

défraiera ma conversation et m'occupera comme un roman !

ou un acte d'opé». — De plus, comme Français, je serai fier de son héroïsme.

De même l'homme qui prêche le socialisme (supposé qu'il ne soit pas lui-même un pauvre avide ou un ambitieux détestable, ou un théoricien infatué) laisse au fond en luimême et à l'état latent le raisonnement suivant : « Il est très fâcheux, très injuste que des ouvriers soient sans ouvrage, que des pauvres soient sans pain, que le peuple ait tant de peine à vivre. — Moi, je n'ai pas trop, je ne veux pas donner un quart de mon gain ou revenu, je charge le gouvernement d'être généreux et fraternel à ma place, en oubliant qii'il ne peut l'être que par les contributions qu'il m'imposera. »

S'il était fortement et sincèrement fraternel ou héroïque, il ferait à l'instant une petite société où il verseroit sa cotisation, pour des fusils aux Grecs ou des secours aux

APPENDICE pauvres. Il aime mieux se décharger a l'État.

Note.

A partir de 1815, c'est surtout la lltlérature document essentiel, qui dénote exactement l'é gique.

1° Le bieu : Elle a fait abstraclion de l'inléi la morale. De là des comtiiiuisons absoluraeii philosophiques (les drames d'Hugo], et surtoi: d'espèce supérieure (Balzac, Stendhal)tn'ayaiit la grande Térité. (Voir mon étude sur Thacker avec l'époque de Shaliespeare.

2° Le mal : Même cause. Elle est presque t< raie, parfois immorale, et habituellement anli' analogue de la grande peinture italienne, fondée principe et provoquée par des circonstances prédominance de l'individu, dans la dissolutior Le dernier symptôme, c'est Dumas fils et Flau

Au point de vue littéraire, dans la poésie pu manqué, ils sont tous skalhvi, ce sont des m exécutants plus ou moins habiles sansconvictioi sans profondes réHeiions ou études à la Schillc Uugo n'est qu'une cymbale, une grosse cloche, une harpe éolienne. Musset seul est vrai, mais

Conclusion : notre état social, intellectuel e semble beaucoupà celui de l'Italie en 1550. Ha en plus la science, avec la contagion scientifiq Il s'agit de ne pas subir la restiuralion cathol ciie de Trente el de saint Pie V.

La règle est de faire comme George Saiid qui est arrivée à la morale, ou Sainte-Beuve qui est arrivé à la science, après avoir été, l'une, une révoltée, l'autre, un dilettante.

Idées pour le livre.

Les lois et les institutions doivent être considérées à doux points de vue.

1" Dans leur principe et leur but apparent : par exemple le suffrage universel ou très étendu a pour but de donner le pouvoir à la majorité numérique.

2* Dans leur effet réel : par exemple le même suffrage, surtout s'il est accompagné du scrutin de liste, a pour effet d'écarter les gens délicats, bien élevés, qui répugnent au charlatanisme grossier, seul moyen d'être le candidat des foules, et de donner le pouvoir aux politiciens bruyants et intrigants.

Le point de départ vrai est que, dans l'intérêt bien entendu de la communauté, le pouvoir doit être aux mains des plus capables et des plus honnêtes. Le but des lois et nislilutions est donc de provoquer ceux-ci à chercher le pouvoir, de leur donner le moyen de l'obtenir, d'attirer sur eux la confiance publique pour qu'ils le conservent. Et par pouvoir, j'entends non seulement le pouvoir central, mais aussi les pouvoirs locaux (maires, juges de paix, conseillers généraux et municipaux, préfets, sous-préfets, juges au civil et au criminel, percepteurs, receveurs, directeurs d'administration, aussi bien que le Roi, le Président de la République, les sénateurs et députés). Ainsi pour juger, dans un pays et un temps donnés, la façon dont les chefs

deviennent chefs (élection par suffrage plus ou moins large ou restreint, hérédité, achat, tirage au sort, concours, etc.), il faut regarder uniquement Teffet utile, l'effet le plus utile étant la nomination des plus capables et des plus honnêtes, avec cette seule considération que par effet utile on entend non seulement l'effet actuel, mais l'effet pendant une

i longue suite d'années; car il se pourrait que tel mode de

désignation, le meilleur en ce moment, pût être très mauvais à la longue, tant à propos des gouvernants qu'à

\ propos des gouvernés.

Révolution française. C'est la révolte des ânes et des chevaux contre l'homme. 11 est vrai que pendant deux siècles ils avaient été traités comme des ânes et des chevaux.

Deux altérations essentielles de l'homme, produites par la monarchie de Louis XIY et conduisant à la Révolution.

j 1" Elle a détruit partout la faculté congrégative : Port-

Royal*; les Protestants et leurs assemblées poursuivies par les dragons jusqu'en 1755 et au delà; petits groupes féodaux. (Le père de Saint-Simon et le grand-père de Mirabeau).

\ 2* Elle a détruit la volonté, l'initiative originale et per-

sonnelle par la vie de salon et les modèles de salon. (Voir Stendhal, Racine et Shakespeare, contraste de Dumouriez à Cherbourg et du duc de Brissac).

^ 1. Voir, daas le troisième volume de Sainte-Beuve, la visite de

y (larlay.

526 CORRESPONDAINCE

Utilité morale des petites sociétés subordonnées* surtout libres ou demi-libres : les types sont Port-Royal, la terre de Mirabeau, et à l'étranger les mœurs anglaises, hollandaises, américaines, celles de Venise et de Florence en 1300 et 1400.

.1* L*iiidividu prend intérêt à quelque chose de plus large que soi, sa confrérie, sa junte, son Verein, sa vicomte. — Dans une trop grande société comme la France, l'intérêt national est trop rarement senti et par trop peu. Il aboutit à l'égoïsme pur, avec patriotisme intermittent et de tête.

2" La sphère d'action étant proportionnée aux facultés d'un individu ordinaire, il a une passion de plus et très ntense. Preuve, FAméricain qui laisse le tiers de sa fortune à son association, au détriment de ses enfants.

5*" Par la même raison, il a un champ d'activité nouveau et reçoit une culture bien plus ample. Opposition du charpeutier anglais à un paysan français, habitude de la parole publique, etc.

4* Les classes se rapprochent.

5* Acquisition d'expérience, en fait de société, de gouvernement, d'argent, etc. D'où, préparation politique.

O** Il y a emploi de plusieurs éléments moraur annulés autrement, l'orgueil, la générosité, le besoin d'agir et de se perpétuer.

Du suffrage universel et de la volonté

nationale.

Deux sortes d'états de la volonté. (La volonté en psychologie est la tendance résultante définitive.)

1. Omettant la question de bonne adminisli^ation, de moindre dépense, etc.

APPEISDICE 327

1" état : La volonté s'exprimant par un vote, une action précise, un oui ou un non, par la nomination de tel individu. C'est la pointe de la pyramide.

2* état : La pyramide moins sa pointe, c'est-à-dire les tendances ou désirs profonds, intimes, qui, lorsqu'ils sont éclaircis, conscients, aboutissent à telle volition, nomination, vote qui les exprime, mais qui souvent n'y aboutissent |)ns.

Par suite, lorsqu'on parle de la volonté nationale ou générale, il faut distinguer entre les deux états de la volonté. Vous pouvez avoir un vote (1" état), très différent du 2* état. Surtout quand il s'agit d'un engagement à long terme, comme l'acceptation de telle dynastie ou constitution.

Il y a deux sortes d'associations.

1" Les associations artificielles, ordres religieux, sociétés de commerce, d'industrie, de bienfaisance, etc. Dans cellesci, point d'engagement antérieur, inné ; l'engagement est tout arbitraire ; on n'y entre que par la volition expresse (1" état).

2** Les associations naturelles, famille, état, religion. Dans celles-ci, il y a un engagement antérieur, inné, parfois (famille) indestructible, en tant que physiologique. Engagement signifie tendance et désir à y rester, devoir d'y rester, en vertu d'une dette contractée par les bienfaits reçus.

Dans l'association naturelle, les règles sont autres que dans l'artificielle.

1° L'engagement n'a pas besoin d'y être exprimé par vote, suffrage ou écrit. Il est tacite.

2" Il est indéfini en étendue, car le but n'est pas nettement indiqué par un contrat précis, écrit; de plus, la grandeur de la tendance ou passion à maintenir l'association, comme la grandeur de la dette contractée envers elle, sont presque infinies.

o° Il est indéfini en durée; mômes raisons.

4* La volonté qui le constitue est principalement la volonté du 2* état.

328 COUtlESPONDANGE

5* La majorité des personnes qui y sont comprises ne peuvent avoir à son endroit que des volontés du 2* état. Ordinairement c'est une minorité (Sénat romain, aristocratie vénitienne), parfois un seul individu (monarchie héréditaire féodale) qui aux volontés du 2* état, peut joindre dos volontés du 1" état. Le principe régulateur est de fait que cette minorité ou cet individu soit obligé par situation à avoir des volontés du l" état concordantes avec celles du 2' état, qui sont celles de la majorité.

Tout cela conclut contre le Contrat Social de Rousseau et la Déclaration des Droits de Thomme.

Rousseau considère toujours TÉtat comme une association artificielle, n'existant et n'ayant de droits que par la volonté expresse (i" état). Il ignore la psychologie de la volonté, et l'histoire réelle politique. En dehors de la volonté expresse, il y a les volontés tacites, tendances, désirs, dont la volonté expresse n'est que la résultante; en dehors de l'association artificielle, il y a la naturelle, et l'État en est une.

De même pour les Droits de l'homme. En dehors de ses droits 011 créances, il y a ses devoirs ou dettes par lesquelles • il débute. A 20 ans, il a des dettes par rapport à toutes les associations naturelles, entre autres envers l'État, grâce auquel il a vécu. Il a de plus, en qualité de Français, une volonté passionnée dont souvent il n'a pas conscience, et dont une guerre, une invasion, un séjour à l'étranger lui donnera conscience, volonté qui est un attachement à la France. Il est engagé envers la France, de volonté et de devoir. 'Quant aux droits positifs, par exemple celui d'accepter par oui ou par non la Constitution, de nommer directement les députés ou le chef du pouvoir, etc., ils sont hmités par ce principe qu'on n'a pas le droit de faire ce qu'on est incapable de faire, par exemple de voter sur une question qu'on n'entend pas, sur des candidats qu'on ne connaît pas. C'est le principe qui exclut les mineurs, les déments, les femmes.

Qu'est-ce que l'État?

Question fondamentale sur laquelle, à chaque instant, on est censé avoir une théorie, pour juger les théories et actes supposant des théories :

Qu'est-ce que l'État en fait et que doit-il être?

Par exemple, Rousseau (Contrat Social) pose ainsi le Contrat Social :

(11-178). (( Aliénation totale de chaque associé avec tous ses droits à toute la communauté. »

(179). « Chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance, sous la suprême protection dç la volonté générale, et nous recevons en corps chaque membre, comme partie indivisible du tout. » — La seule raison qu'il donne, pour justifier une pareille forme de société, est celle-ci : (( Trouver une forme d'association qui défende et protège, de toute la force commune, la personne et les biens de chaque associé et par laquelle chacun, s'unissant à tous, n'obéisse pourtant qu'à lui-même et reste aussi libre qu'auparavant. ))

(196). « Il importe donc, pour avoir bien l'énoncé de la volonté générale, qu'il n'y ait pas de société partielle dans IKlat, et que chacun n'opine que d'après lui-même. Telle fut l'unique et la sublime institution du grand Lycurgue. »

(197). (( Comme la nature donne à chaque homme un pouvoir absolu sur tous ses membres, le pacte social donne au corps politique un pouvoir absolu sur tous les siens. »

Mon point de vue est absolument contraire. Dans l'Ëtat, comme dans toute Association, on n'aliène qu'une part limitée de sa personne et de son bien. Il est bon qu'il y ait à côté de rÉtat toutes sortes d'associations indépendantes :

églises, sociétés de commerce, de charité, de science, de propagande politique ou autre.

En fait, chaque État, ayant une forme, une constitution, des lois spéciales, a un but spécial. Reste à savoir, en droit, s'il a raison d'avoir ce but. — Y a-t-il une méthode qui nous montre TÉtat idéal, ce que doit être TÉtat? C'est une association et une association est d'autant plus parfaite qu'elle atteint mieux son but.

Donc, qu'est-ce que le but de l'État ? Est-ce le bonheur de ses membres? Est-ce leur noblesse morale? Est-ce la possibilité de jouer un rôle important, dominateur, d^effectuer | quelque grande œuvre dans l'histoire? (Juifs).

Chacun peut répondre d'une façon différente, selon ses préférences intimes. Veuillot répond : c'est de faire que tous les citoyens soient bons catholiques, serviteurs de TÉglise et du Pape.

Renan répond : c'est que chaque citoyen ait la plus haute noblesse morale possible.

En somme, ces réponses ne signifient rien, chacun répondant d'après ce qui lui semble le plus important.

L'avantage pour les autres sociétés, c'est qu'elles ont un but très déterminé, et que chaque membre est libre d'y entrer ou non. Ainsi la Société médico-psychologique, telle société de bienfaisance, telle compagnie de chemins de fer. Pour l'État, il n'en est point du tout de même ; le but est vague et l'on y entre de force, dès qu'on naît, avant de se connaître et de rien savoir. D'autres sociétés sont pareilles à cet égard, par exemple l'Église, la famille.

Nous pouvons donc diviser les sociétés en deux classes : 1% celles qui sont formées volontairement, par un acte d'adhésion expresse de chaque membre, avec intelligence nette (lu but à atteindre ; ce but étant bien déterminé et défini. (^e sont les sociétés artificielles ; 2"*, celles qui sont dans le cas contraire et qu'on nomme naturelles.

Dans les naturelles, par exemple dans la famille et l'État,

ïidu pendant toute son enfance contracte une dette, on urrit, on l'élève, on lui fait part d'un trésor de bonnes s matérielles et morales accumulées, souvent (Ëtït) par longue série de générations. Probablement le droit de et de la famille se réduit à exiger le paiement de celte

ir bien raisonner sur cette matière, il faudra prendre ociétés aussi éloignées que possible : l'État du Dahomey :s États-Unis contemporains, Genève sous Calvin ou îse au ivn* siècle et la France conlemporaine, la faféodale avec ses sentiments héréditaires et [a famille , ^aise moderne, les flibustiers eu ivn' siècle, les Mormons, et l'ancienne Compagnie anglaise des Indes.

Le principe me semble celui-ci : 1*, que chaque membre, au moment où il entre dans la société ou à l'âge de raison, y entre librement par un acte tacite ou exprès de sa volonté; 2°, que dans la sphère ou il est contraint, il reconnaisse qu'il paie justement une dette contractée par lui, el qu'ainsi son adhésion autorise la contrainte; 5*, que le but de la société soit très déilni et assez peu complexe pour que, s'il y en a plusieurs, arriver à l'un n'empêche pas d'arriver à l'autre (Principe de Hacaulay, On Gladilone). {k mon gré, ce but est de se protéger contre les bandits du dehors et du dedans. L'instruction, les cultes, la charité, l'opéra sont en dehors, (ktte protection implique l'armée, la gendarmerie, la police, les tribunaux, l'impâl, rien de plus et tout au plus en outre, des encouragements aux autres sociétés qui, indirectement, aident â atteindre le but indiqué.)

Vous m'opprimez el me volez si, considérant l'Élat à la façon d'une aristocratie ou de Louis XIV, vous vous proposez comme but de jouer un grand rôle éclatant, prépondérant en Europe. Moi, Pierre ou Paul, je ne souhaite pas de rôle, je ne donnerais pas un écu pour que ma nation l'ait. — (La seule eicuse est quand la majorité de la nation, comme l'F^spiigne en 1600 et la France en 1S7S, aime passionnément

la gloire de son roi et ce rôle. — Mais la minorité qui n*y tient pas est volée.)

De même, si aujourd'hui tous allez rétablir le pape, si vous entretenez Topera. De même, si vous payez les cultes (la seule excuse est que vous muselez ainsi le clergé catholique). De même pour l'instruction, sauf les excuses suivantes : Pour l'instruction primaire, vous diminuez par rinslruction plus générale les crimes et les vols. Pour l'instruction supérieure, je ne trouve de légitime qu'un encouragement, des subventions à des universités indépendantes comme fournissant les découvertes, les méthodes, et augmentant le nombre de gens capables, ce qui sert indirectement le but de l'État.

Même règle pour les lois civiles ; vous pouvez tolérer les substitutions, et prouver qu'elles vous fourniront une pépinière d'hommes d'État, etc.

Le principe universel est l'État limité par un but visiblement et forcément désiré au plus haut chef par tous, but palpable, visible aux plus grossières intelligences, et n'élar gissant son action que progressivement, à mesure que lea intelligences élargies comprennent l'utilité des buts subsidiaires comme moyens d'atteindre le but principal.

De cette façon nous aurons la société la plus juste, c'està-dire la plus consentie par une adhésion plus universelle et plus répétée par chacun, à chaque instant de la vie, celle qui respecte le plus la volonté de l'individu. — De plus aussi la meilleure, en ce sens qu'on atteint mieux un but que plusieurs, par la subordination des moyens à la iin et de l'accessoire au principal. — Enfin, la plus propre à exciter l'initiative et l'activité de l'individu, puisqu'elle lui remet le soin de créer toutes les autres associations.

Ceci posé comme idéal, il faudra voir la conception de la société en 8,9, 92, 1804, 1815, 1830, chez les socialistes, sous

Napoléon 111, aujourd'hui, et en général l'idée régnante du Français sur l'État, n faudra marquer la ditFérence entre cette idée et l'idéal.

Raisons pour notre définition du but de l'État.

!• Dans ce qu'elle affirme, elle est acceptée par tous les théoriciens; ce qu'elle nie n'est affirmé que par quelquesuns et nié aussi par Locke et toute l'école libérale individualiste.

2* Ce but a une chance presque infaillible d'être toujours accepté par presque tous.

3* Ce qu'elle aftirme (protection contre les brigands du dehors et du dedans) a toujours été en effet son but, ci historiquement, les sociétés à mesure qu'elles sont devenues plus florissantes, l'ont eu toujours pour principal objet. Les plus florissantes sont aujourd'hui celles qui n'ont que cet objet principal. Ruine ou stagnation de celles qui! en ont un autre parallèle (l'Espagne, l'ancienne Rome, le judaïsme, les Etats mahométans).

4° Tout autre but est rejeté par une minorité ou a chance de l'être, au bout d'un temps (jouer un grand rôle, TElatsœur.de charité, là religion-but).

5° Raison de Macaulay : on fait mieux quand on n'a qu'un Lut.

6° Si l'on admet aussi un autre but, chaque secte ayant un idéal peut imposer le sien et faire insurrection.

7" Initiative plus grande si les autres buts sont laissés à d'autres sociétés.

Deux idées fausses sur l'État en France.

!• Il doit jouer un rôle glorieux, faire de grandes choses, être civilisateur, chevalier errant (Conquête de l'Algérie, expédition d'Italie, guerres de Chine et du Mexique).

554 CORRESPONDANCB

2* Il doit pourvoir au bonheur, au bien-être de tous, être sœur de charité pour les pauvres, Mécène pour les artistes. — Tort énorme de ceux qui lui imposent ces sortes d'emplois, Juin 1848, mai 1871.

Limitation des droits de l'État.

Ordinairement un gouvernement limite les droi(s qu'i s'arroge.

Même les gouvernements despotiques comme Louis XIV, Napoléon, le Czar.

Même les gouvernements en danger, Cromwell, Frédéric 11.

Même les barbares conquérants ou fanatiques, les Sultans arabes ou turcs.

Motifs de cette limitation spontanée :

Quelquefois un reste de sentiment de la justice : Louis XIV consultant des docteurs et théologiens pour savoir s*il a le droit de mettre Timpôt du dixième. — Plus souvent un sentiment de prudence; ne pas vexer les gens inutilement: les Sultans laissant aux chrétiens leur culte moyennant un tribut; Cromwell protégeant les Cavaliers et churchmen dans la vie privée; Napoléon prenant arbitrairement des fils de légitimistes, mais pour Saint-Cyr, non pour être simples soldats. — Leur but est de ne pas ajouter gratuitement au mécontentement.

Dans le contrat social au contraire, théorie de TÉtat absolu : rhomme idéal constitué d'après Thomme abstrait admis au commencement, des unités égales et réduites a un minimum, par suite lois civiles, éducation, culte, fortunes, conditions. (Voir Robespierre et Baudot.)

Motifs des gouveraanls égoïstes, même dre leur but qui est de garder leur pouvoi:

révolter en blessant inutiEenienl des points i

Motifs des politiques désiuléressés : lu donner plusieurs buts égaux et distincts à li lion et notamment d'assigner au Gouvernei protéger les personnes et les propriétés, un 1* Si le second but est égal, en beaucou] ntteindra moins bien le premier. Parexempti île propager une religion, il persécutera (i posilivemenl) ceux de ses sujets qui ne la p partant les blessera dans leur personne ou partant manquera sur ce point à son offlce même, s'il institue un genre d'éducation même s'il se fait industriel ou commerçant i ses rivaux privés. S° Son mode d'action est sa structure : d'une pari son mode d'action commande par règles universelles, de loin; moins propre que l'individu à savoir ce l'individu; le père s'entend mieux que lui ; son enfant, le commerçant à son commerce, affaires locales. —D'autre part son mode d'a( exercée par ses gendarmes; à ce titre, il i aux elTets qui se produisent par ta persuasi par force une religion, il fera des hypocrit s'entendait mieux que les individus à leurs i l'inconvénient linal et lolal serait énorme, ca universelle et absorbante réduirait les ir d'automate; or, l'initiative et la volonté valeurs de premier ordre.

L*État limité.

Une fois posé le désir historique de limiter le domaine de rÉlatS voici les avantages qui rendent supérieure la société où rÉiat est limité.

(a) L'Ëtat, c*est par définition la communauté employant la force physique pour imposer ses volontés^. Mais il n'y a là qu'une définition théorique. £n fait, ce n'est jamais la totalité de la communauté, mais seulement une portion ou mieux la majorité, parfois la minorité, parfois un seul individu, le reste étant violenté. Et, si Ton prend une période un peu longue, comme le parti régnant change, chaque portion de la communauté, chaque individu est violenté à son tour.

(b) Avantages de TÊtat limité sur TÉtat illimité.

(I) Plus le domaine de TÉtat est étendu, plus il lui faut de fonctionnaires, de gendarmes et d'impôts; chaque branche d'ingérence nouvelle nécessite un surcroît d'employés et de dépense. — Donc économie d'autant, s'il est limité, et économie maxima s'il e;it Umité le plus possible, cela pouvant être fait sans l'État.

(II) Agir de loin, par règles générales, et extérieurement. — Dans tous les systèmes d'action (sauf la protection des personnes et des propriétés), à savoir agriculture, industrie

i. Procédé: Montrera chaque paragraphe les tnconvèments de l'Élat illimité et les avantages de l'État limité, les deux croissant à mesure qu'il s'agit d'une société plus complexe.

2. Application de ce besoin moderne : la Hollande en i572,rAngleterre de 1640-1689, les États-Unis en 1773.

et commerce, relations de famille et de société, éducation et mœurs, religion, art et philosophie, l'individu, étant plus près de lui-même, sait mieux ce qui lui convient, y est poussé par des besoins ou affections plus fortes, partant est plus propre à exécuter bien la fonction. — Cela est d'autant plus marqué, que le système d'action est plus compliqué et que l'individu est d'une nature plus riche et plus développée, ce qui est le cas dans la civilisation moderne. — L'Etat illimité, à la façon des Anciens ou du Paraguay, suppose des individus très simples engagés dans des systèmes d'actions très simples.

Bref le fonctionnaire, faisant exécuter une loi générale, envoyée de haut et de loin, sait moins bien que l'individu ce qui est bon à Findividu en fait de travail, échange, gain, relations de famille et de société, œuvre d'art, de philosophie, de religion, surtout si l'œuvre et l'individu sont compliqués. Au contraire, il y a invention si l'individu est libre, en dehors des cadres si lourds à changer ; de là, le progrès.

(III) Agir par contrainte. — Le fonctionnaire étant substitué à l'individu, celui-ci n'agit que par crainte, puis mécaniquement, d'où suppression en lui de rinitiativn,soit intéressée, soit généreuse.

Conditions de la Société en général.

Être en société permanente avec d'autres individus (quelle que soit la société: famille. État, Église, commune, Association volontaire privée, etc.), est à plusieurs égards, pénible; il y a contrainte, répression de soi par soi ou par autrui, sacrifice d'argent, de temps, etc.

U faut donc, pour que la société dure, un motif, un besoin

H. TAINE. — CORRESPONDANCE. II f. 22

permanent plus fort que la peine et la répugnance indiquées. — ElTecti veinent, on voit les sociétés naître et durer sous la pression sensible, éprouvée par tous les membres, d*un besoin permanent', notamment, dans les États nouveaux, le besoin d'être protégé dans sa vie et sa propriété. — De même, dans la société la plus naturelle, la famille, besoin physique sexuel, services spéciaux de lliomme et de la femme, tendresse pour Tenfant, helplessness de l'enfant, etc.

Toute société comprenant des gouvernants et des gouvernés, un chef et des subordonnés, ce besoin fondateur et conservateur prend deux formes, l'une chez le chef, l'autre chez les subordonnés. Chez le chef, il faut qu'il y ait en dehoBs de Tégoïsme auquel il est enclin, en dehors de la tendance à exploiter à son profit l'obéissance des subordonnéS) l'idée permanente et dominante du but social, le désir de parer au besoin en vertu duquel l'Association s'est construite. Tel le vrai père de famille, le bon pontife, le bon roi, le bon gérant ou administrateur d'une compagnie. Chez les subordonnés il faut qu'il y ait, non seulement une inclination à se sacrifier plus ou moins pour la communauté, mais encore de la confiance pour le chef, de la déTérence, de la loyalty. — Bref, pour que la société dure et atteigne son objet, il faut dévouement plus ou moins grand du chef et des subordonnés à la communauté, et de plus confiance et déférence des subordonnés au chef.

La difficulté consiste donc à produire et à maintenir ces sentiments. Comment ils se produisent, cela se yoit tout de suite; il suffit que quelque danger extrême et prolongé, quelque besoin sensible éprouvé tous les jours, montre l'association comme indispensable, tourne incessamment les yeux vers le salut commun, prouve quotidiennement à l'individu que son salut individuel ne peut être obtenu que

1. Ensuite l'expérience manquante dure à l'état de souvenir, tradition, préjiip:é héréditaire, plus ou moins fort selon la tournure de l'imagination.

APPENDICE par son déTouenient à la société. — Reste à main sentiments. Or. précisément au bout d'un teinp:

social, par exemple la sécurilé étant obtenue, la s dévouement semble devoir larir; ni le cher, ni 1 donnés ne voient plus quotidiennement la nécess: dévouer les uns aux autres ; le chef est tenté de de exploiteur, et les subordonnés sont tentés de le comme tel, même quand il ne l'est pas.

Jusqu'ici les meilleuis procédés employés pour r les dévouements sont ;

1* Dans te chef, la propriété béréditatre ou tran: à sa volonté de son office de chef. Plus la commui prospère, plus il est grand et puissant; son iutérè fond pour lui avec l'intérêt commun; on disait q: contracte mariage avec la France. — Autre procéi parer le chef pour aon orfite en le prenant tout dirigeant t ule son edutaljon dans ce sens; par exi petit gmlilbomme de douze ans préparé à èlre i ou I II ntiir du domame et de I atelier, préparé par tiuD avec 'ton pc e à être agriculteur et patron.

S Dans les subordonne I imagination respect ciithou''[asIe conrondant le chef avec la commu fusant de lui plus ou moins une idole; parexeinplt le roi de Prussi I empereur d Autriche, l'anciei fiince De même le père dans la famille; le Ps r£glise; le nolîle héréditaire dans son canton.

Ce sont là les moyens de l'Ancien régime: pour e le chef de tomber dans l'égoîsme, on avait invrnic en Angleterre, le contrôle d'autres pouvoirs coiisid l'imaginalion populaire comme aussi légitimes qui le Parlement, elc. Le procédé moderne consiste à que le sentiment de la communauté nationale p sisler, sans l'attache idolâlrique à un individu c» une famille héréditaire, et s'attachera des chefs c

tout (fuand ils sont distants et que Thabitude d'obéir est très ancienne.

Au total, le système d'association, sous FAncien régime européen, était fondé sur les principes suivants :

1" Adaptation des sociétés ^ proportionnées à la limitation de rimagination et de Texpérience de l'individu, en sorte qu'il avait quotidiennement le sentiment social, par suite du danger visible de se trouver seul. (De là l'autorité paternelle et la discipline domestique, la vie municipale, les corporations). Formule : proportion de la société à V individu,

S" Procédés pour attacher l'individu à son rôle social et l'y approprier, entre autres, l'office devenu propriété et objet d'intérêt privé (royauté, rang nobiliaire, domaine et atelier héréditaire), et de plus préparation de l'héritier dès l'enfance. Formule : privilège prix de la fonction, ou plutôt : situation privilégiée spécialisant et préparant à la fonction. Ces principes ont été altérés et détruits en partie en France, avant 1789, par l'exagération du pouvoir royal et de la vie de cour. — Ils sont attaqués directement dans le régime moderne, par les tendances suivantes ;

1" Exagération du rôle de l'État que l'on charge de tout faire et auquel, en raison de sa grandeur, l'imagination quotidienne ne s'intéresse plus.

2' Influence prépondérante du nombre, suffrage universel, autorité légale et effective de l'ignorance, de la légèreté d'esprit, du charlatanisme, des courtes vues de l'individu se bornant au présent, à son intérêt personnel viager.

3" Par suite, aff"aiblissement du sentiment social quotidien, l'individu, enfant, femme, domestique, ouvrier, natif résidant d'une commune, gouvernant élu, riche en valeurs mobilières, étant dégagé de l'engrenage intérieur et pro-

1. Le fait essentiel, c'est que ces sociétés dans l'ancienne forme sont natoi-elles, créées par tàtonnemenls.

voqué, par la facilité des communications et du déplacement, par réducation publique mise à portée de tous, par l'intervention de FËtat dans la vie privée et locale, à se faire une vie individuelle à part.

Principes sur les sociétés.

Une Société ou Association est un concours de plusieurs individus coopérant pour atteindre un but déterminé.

Il y a deux mécanismes extrêmes d'association : V Celui dans lequel Tautorité vient d'en haut, le chef supérieur nommant les inférieurs qui commandent aux particuliers.

— Elle est au maximum, quand le chef supérieur n'est nommé par personne et est perpétuel (autocrate), et indique le maximum de confiance des administrés. (Infaillibilité papale; Czar autocrate père des Russes, droit divin).

— 2" Celui dans lequel l'autorité vient d'en bas, les particuliers nommant le chef supérieur et les chefs inférieurs; elle est au maximum quand les chefs inférieurs et supérieurs, nommés pour le moins de temps possible, sont restreints le plus possible dans leur autorité, par une constitution préalable qui leur interdit de légiférer sur tels et tels sujets, par référendum (Suisse) ou décision directe des citoyens (États-Unis). — Elle indique alors le minimum de confiance des administrés. — Entre ces deux mécanismes, il en est un troisième (Monarchie constitutionnelle, certaines formes républicaines), qui est mixte; le chef supérieur héréditaire ou h long terme, nommant une grande portion des chefs inférieurs, mais étant contrôlé par une ou plusieurs assemblées électives.

542 CORÎIESPONDÀNCÊ

Toute société peut être comparée à une machine, loc6molive, moissonneuse, presse à imprimer, etc., laquelle est d'autant plus parfaite en son espèce, qu'elle atteint le plus sûrement et le plus complètement un but déterminé. — C'est pourquoi aucun mécanisme n'est bon en soi, mais seulement par rapport au but à atteindre.

Dans une agglomération d'hommes, plusieurs buts sont donnés. — Il faut donc, si Ton veut les atteindre, qu'il y ait plusieurs machines coexistantes distinctes, chacune avec son mécanisme approprié.

Pour construire une machine, il faut des matériaux préexistants. — De même pour une association. Ces matériaux pour une association sont des volontés humaine^, et par suite des ressorts de volonté humaine, lesquels sont des intérêts communs, des croyances communes, des situations communes. De là, des groupes naturels préexistants qu'il faut, non détruire, mais utiliser. — Parmi les groupes naturels préexistants, il y en a de tout formés, et 1

qui constituent des sociétés existantes et anciennes^. i

Les caractéristiques de Toeuvre de l'Assemblée Nationale |

ont été les suivantes :

i" Détruire autant que possible les sociétés préexistantes; ne pas utiliser les groupes naturels distincts de volontés, et même tâcher de les détruire. (Lois contre les Corporations,

i. De là le plan : Quand on construit une constitution, il faut utiliser les matériaux existants.

Loi du passage des états féodaux à la monarchie absolue, puis parlementaire, avec République à Thorizon.

Cause : La transformation des volontés, capacités, habitudes, est graduelle et lente.

Kon seulement ils ne les utilisent pas, mais- ils les détruisent autant que possible et les rendent réfractaires.

i» En général, destruction des groupes anciens. Abolition de la *■

noblesse ; les nobles seront abandonnés à la mob,

2» Le Clergé • Ordres monastiques. Biens du Clergé. Constitution civile.

abolition de l'Université, des provinces, des Parlements, des ordres monastiques et de chevalerie, spoliation de rÉglise); l'aire eirort pour uniformiser tous ces matériaux, par suite rendre hostiles à perpétuité certaines tendances et groupes.

2" Ne pas admettre d'autres sociétés que l'État, collatérales à lui, distinctes.

5" Imposer à celles de ces sociétés qu'il est forcé de tolérer, son propre mécanisme qui lui paraît le seul bon.

4* Adopter comme mécanisme le plus faible de tous, relui qui atteint son but le moins sûrement et le moins exactement (2* espèce) et l'introduire dans toutes les sphères de son action (par exemple dans l'armée et la gendarmerie). Faiblesse particulière de ce mécanisme pour atteindre le premier et principal but de l'État, à savoir la protection des personnes et des propriétés. — Faiblesse excessive dudit mécanisme dans la Jacquerie générale existante.

Cela posé, il faut regarder de près la machine, c'est-à-dire une association quelconque, et les conditions générales qu'elle doit remplir pour être efficace. Les principales sont :

I. Une seule tête dirigeante, sans quoi point de cohérence ni de suite dans les mesures prises pour atteindre le but. — Il faut un ^général en chef à toute armée, un directeur à toute entreprise.

IL La tête dirigeante, son état-major et son conseil s'il y en a un», tous capables, ayant la spécialité, l'éducation, l'honorabilité, l'intelligence au maximum, c'est-à-dire l'élite de l'association.

m. Des contrepoids ou répressions contre l'omnipotence

1 Fautes essentielles. 1» Avoir détruit l'autorité centrale. — 2» Avoir créé l'oinnipotence locale.

qui en toutes mains, dans celles d'un individu, d'une assemblée, d'une majorité conduit aux folies ou aux vices (de là entre autres la nécessité d'association collatérale indépendante ou à peu près).

Aucune de ces conditions n'est remplie dans la Constitution de 1791. Pour la première, point de tête dirigeante par l'affaiblissement du roi, qui n'a pas l'initiative des lois; de plus point de ministère effectif ralliant la majorité de la Chambre, puisqu'un député ne peut être ministre ; point de direction par le roi, ni les ministres, ni l'Assemblée, puisque les fonctionnaires sont élus.

Pour la seconde, tous les chefs et sous-chefs locaux et généraux (sauf le roi et ses ministres si nuls), à l'élection, choisis presque sans conditions d'éligibilité parla multitude, restant très peu de temps en placç ; nulle indépendance, ils sont nommés par coteries grossières, leurs places sont peu désirables aux gens d'élite.

Pour la troisième, l'Assemblée presque sans contrepoids par l'affaiblissement du roi; dans chaque département ou commune, faible contrepoids aux abus du pouvoir des administrateurs, puisque le roi ne peut que suspendre leurs arrêtés. Contrepoids nul à la majorité (ou minorité) bruyante et active qui vote seule, et choisit à son goût tous les administrateurs et magistrats disposant de la force armée.

Au total la Constitution établit l'omnipotence de la portion fanatique, agissante, grossière de la nation.

Stipulations du pacte social.

Des associés étant donnés, expérimentalement, si Ton regarde dans Thistoire les différentes sociétés humaines et notamment les primitives, on trouvera qu'ils ne s'associent qu'en présence et sous l'impulsion d'un danger, et à l'effet de s'en préserver. En général et dès l'origine, il s'agit pour eux : 1° de n'être pas tués, pillés, emmenés en captivité par un ennemi extérieur : donc il faut une armée; 2* de n'être pas tués, pillés, blessés, battus par un brigand intérieur : donc il faut une gendarmerie ; 5" un peu ultérieurement, de couper court aux différends des associés, lesquels différends, non apaisés, amèneraient entre eux des voies de fait et des violences : donc il faut des tribunaux.

Armée, gendarmerie, tribunaux plus ou moins réguliers, improTisés, temporaires, voilà les organes essentiels élémentaires de l'Association.

(Exemples : Formation des États-Unis d'Amérique contre l'Angleterre.

Formation de la bande féodale contre les Normands et les brigands.

Formation des royaumes espagnols contre les Maures.

Formation de la France une contre les Anglais.)

Plus généralement, on peut réduire les organes élémentaires de la société civile à deux successifs :

1* Une force publique, troupe armée contre les ennemis du dehors et les brigands du dedans.

2' Ultérieurement des tribunaux pour apaiser les différends entre associés.

Je me trompe. Il y a d'autres buts primitifs, même dans

S46 COimESPONDANCE

Tassocialion civile, par exemple, chez les Arabes de Mahomet, établir par la conquête le règne d'Allah, chez les Grecs et les Romains primitifs, adorer ensemble des dieux communs. — En fait, les stipulations réelles varient suivant le but qu'on se propose; ce but varie selon le besoin du temps, selon ce que les associés en question trouvent le plus désirable, ce qui signifie qu'il varie arbitrairement et infiniment.

11 semble donc qu'on ne puisse trouver un but général commun à toutes les sociétés. Quant au but idéal, ce n'est pas la peine de le chercher, le désirable en soi n'étant qu'une généralité vague et variant selon toutes les circonstances de temps et de lieu. — Pour un Thug, le but idéal était de tuer le plus possible; pour un nihiliste, il est de démolir le plus possible.

II faut donc faire abstraction du but, comme chose arbitraire, dans l'examen de l'association. Si au lieu d'association, je dis association civile, j'exclus simplement le but religieux, je ne précise pas ; pour préciser je suis obligé de restreindre arbitrairement ce mot civil, à ne l'employer que pour signifier la protection des personnes et des biens.

Reste l'essence de l'association, quel que soit son but; c'est une fourniture de services (quelle qu'en soit respèce), par chacun des associés, pour obtenir un but désiré par tous. Ainsi chacun gagne à cela et énormément. C'est donc un marché avantageux pour chacun, partant désirable, désiré par lui, voulu par lui. Ce marché sera (T autant plus avantageux, désirable, désiré et voulu par chacun quil lui prendra moins et lui donnera plus^. Voilà l'idéal du marché ou échange, abstraction faite du but que les contractants se proposent en le faisant.

Supposons maintenant que le but désiré et voulu soit la sûreté des personnes et des propriétés, ce qui est effectivement le plus grand désir parmi les peuples civilisés mo-

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