‹ Habitant de la planète MarsChapitre 10 sur 34 · LETTRE VLI · texte numérisé non relu

LETTRE VLI

Promenade dans les cieux. — La pluralité des mondes. — * Qu’est-ce que le soleil ? Ballon de vapeurs surchauffées. — D’habitants du soleil, point. — Découverte de mines à 38 millions de lieues de la terre. — Pourquoi rTy voit-on pas dans l’obscurité? Opinion de M. Ziegler. — Héméra- # lopie. — Mercure est-il habité? — Un mot sur Vénus.— Des hommes interplanétaires. — De ceux qui ont été ou ne sont plus. — Station sur terre. — La lune. — A-t-elle une atmosphère?— Où M. Greenwight tranche la question. —

Les Sélénites.

La parole est maintenue à M. le vice-président.

m. greenwight. Si je ne craignais d’abuser des moments de rassemblée, je passerais maintenant en revue les principales planètes de notre système. (Parlez! Parlez!)

J ai fait concevoir précédemment, messieurs, que le groupement des atomes et des

molécules, non-seulement était lié à laperte

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de quantité de mouvement de chaque astre, mais qu’il dépendait aussi d’autres éléments, tels que les variations de la pesanteur, de la force centrifuge, etc.

Les combinaisons, l’aspect de la matière varieront dans chaque planète d’après la valeur de ces éléments; nous verrons tout à l’heure dans quelles limites. Examinons chaque astre avec quelque soin, et commençons ' par le pivot de tout le système, par le Soleil.

Lorsqu’on jette les yeux sur les éléments solaires, on se convainct facilement que le Soleil doit être le plus jeune, le moins avancé de tous les astres; son évolution commence à peine; il a à peine perdu de quantité de mouvement, il est tout au plus dans la seconde phase de son existence, encore tout en enfance. S il était permis de comparer la durée de sa vie à celle de l’homme, je dirais qu’il doit avoir de six à sept ans au plus. Sa matière est à peine condensée, les atomes primitivement en liberté se sont toutefois assez rapprochés pour se grouper et

former déjà des gaz et des vapeurs. Il est vraisemblablement partout encore à Tétât gazeux. Le noyau est sans doute seul à Tétât de matière dissociée. Nous ne sommes pas encore arrivé au temps où la masse deviendra liquide. C’est un simple ballon, une sphère de gaz surchauffée renfermant des particules solides au moins dans les régions superficielles que sont les plus refroidies 1 .

Les recherches faites en Europe au moyen de l’analyse spectrale ont démontré dans le

L Cette opinion est entièrement conforme à celle que vient d’émettre, à 1 l’Académie des sciences de France, un astronome très-estimé, M. Faye. En étudiant les apparences des taches solaires sur les 5000 et quelques photographies recueillies par M. Carrington, M. Faye est arrivé à conclure que le soleil n’est nullement, comme le voulaient Wilson, Herschel, Arago, un globe solide recouvert d’une couche nuageuse, puis d’une atmosphère lumineuse; ni comme le veut M. Xirchoff, un globe liquide entouré d’une seule atmosphère. C’est encore une sphère gazeuse dont les parties superficielles tendent à se combiner chimiquement. Les parties associées deviennent plus lourdes et tombent au fond ; elles sont remplacées à la surface par de la nouvelle matière qui s’agrège à son tour et qui retombe. De là des courants verticaux. La matière en s’élevant chasse sur son trajet les parties superficielles seules lumineuses et l’habitant de la terre aperçoit un creux sombre entouré de bandes brillantes. Aiosi, on pourrait expliquer les différentes apparences des taches.

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soleil 1 existence de plusieurs des métaux terrestres réduits en vapeur. Ceci tendrait à prouver, et je signale cet exemple à M. Rink, que les atomes adoptent certains groupements partout, malgré les différences de masse, de pesanteur, etc.

Ceci démontrerait en outre que la formation de certains composés se produit à des températures énormes et que les chimistes, à moins de trouver les moyens de créer une semblable température, n’ont aucune chance d’arriver à isoler les atomes, à décomposer les corps réputés simples.

Enfin, il est permis de conclure de là aussi que les mines, les filons qui traversent les roches terrestres ne sont bien réellement que des infiltrations de la matière centrale encore en ébullition. Je n’insiste pas sur ces conséquences, elles sont plus familières qu a moi aux savants chimistes qui composent cette assemblée.

Le Soleil continue son évolution à travers les temps. Il vieillira et se refroidira comme

les autres astres; mais il restera certainement le dernier du système, et quand tous les centres de mouvement de notre système refroidis seront morts, il aura encore de la vie et survivra seul longtemps encore dans F immensité.

Il n'est pas habité en ce moment, trèscertainement. Concevez-vous des organismes vivant à la température de vaporisation de l’argent? Des organismes en vapeur?

Un organisme, et c’est là peut-être une dé- . finition, exige l’assemblage d’éléments solides, liquides, gazeux, en continuel état de réaction; or, le Soleil ne possède encore qu’un seul de ces éléments nécessaires; ses organismes sont en voie d’élaboration; rien de plus.

Apparaîtront-ils? Pourquoi non? La vie semble résider dans une quantité de mouvements donnée, absolument comme la chaleur et la lumière.

Trop de quantité de mouvement et la chaleur devient lumière; pas assez, et la

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lumière reste seulement la chaleur; trop dç quantité de mouvement, et vous empêchez la matière de s’organiser ou de refléter ellemême cette quantité de mouvement; trop peu, et le but à atteindre est encore manqué. 11 faut la quantité voulue exactement. C’est pourquoi vous verrez la vie se manifester à certaines températures seulement et disparaître de même; M. Ziegler, qui m’a développé ses idées à cet égard, partage mon opinion; il abordera ce sujet beaucoup mieux que moi; je passe donc et je me contente de dire que je ne vois pas pourquoi le Soleil ne recevrait pas plus tard des habitants.

m. newbold. M. Greenwight songe-t-il que le soleil conservateur et régulateur de la force n’aura, lui, à recevoir de lumière ni de chaleur d’aucun astre voisin et que ses habitants vivraient dans l’obscurité la plus grande?

m. greenwight. Je suis peut-être peu compétent pour répondre à mon honorable président; mais je demanderai aux physiologistes, à M. Rink, à M. Wintow, à M. Ziegler,

s’il n’est pas parfaitement admissible que certains êtres, même d’un ordre supérieur, y voient dans l’obscurité?

m. wrNTOw. Je suis parfaitement de l’opi nion deM. Greenwight; nous avons sur terre des animaux qui n’y voient que la nuit; c’est une affaire d’adaptation de la rétine. La plupart de nos animaux sont conformés de façon à ce que la lumière solaire ne les gêne pas; c’est un peu comme s’il s’agissait d’un ressort à mettre en mouvement. On a tendu beaucoup le ressort ici, parce que la force est «

grande, mais il peut se faire qu’une force beaucoup moindre puisse le mettre en mouvement si on le détend. Le ressort, c’est le nerf de la vision; la force, c’est la quantité de mouvement. La quantité de mouvement, le calorique inhérent au soleil lui-même, suffira sans doute pour ébranler la rétine, pour que les organismes de cet astre voient.

m. zieglek. A l’appui de ce que vient de dire mon savant confrère, j’ajouterai que sur terre, lorsque la lumière solaire a agi trop vio-

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lemment, lorsque la force a par trop ébranlé la rétine et modifié 1 élasticité du nerf, les hommes n y voient plus du tout, quand le soleil a disparu de l’horizon; la sensibilité est émoussée. Cette affection, que les médecins nomment héméralopie , se rencontre surtout chez les soldats, chez les factionnaires obligés de rester longtemps exposés à l’ardeur du soleil. On les guérit en rendant au nerf son élasticité, et pour cela on garde le malade dans une chambre obscure pendant plusieurs jours. Cet exemple, joint à bien d’autres, ne laisse pour moi aucun doute. Des organismes peuvent y très-bien voir dans des conditions physiques autres que celles que présente notre planète.

M. greenwight. Je conclus donc de là, messieurs, que, selon^ toute probabilité, le soleil sera habité un jour. Mais il se passera encore des milliers d’années avant que la quantité de mouvement que l’astre possède soit abaissée au point de permettre à la vie de s’y développer.

Le premier astre projeté dans l’espace en allant du centre à la périphérie, c’est Mercure. En suivant l’ordre des masses, c’est le huitième; c’est un des astres les plus avancés dans son évolution; il y a longtemps déjà qu’il n’est plus ni vaporeux, ni liquide; sa surface solidifiée doit même avoir une épaisseur assez grande.

Il a pour densité 6, la plus grande; pour pesanteur 5, plus forte que celle de la terre. La chaleur solaire y est représentée par 7 en • viron, celle de la terre étant 1. Si nous prenons toujours pour type la vie de l’homme, Mercure doit bien avoir trente-cinq ans.

La matière s’y est condensée plus vite qu’ailleurs; les combinaisons doivent y être moins nombreuses que dans les autres astres.

Quant aux organismes, il est très-certain qu’ils existent et qu’ils existent même depuis longtemps déjà ; ils doivent différer des organismes terrestres ; mais dans des limites assez restreintes. A l’inverse de ce que nous avons dit pour les organismes solaires, il

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n’y a qu’un instant, il nous faudra ici invoquer une rétine beaucoup plus résistante pour permettre aux organismes d’y voir au milieu d’une lumière aussi intense que celle que possède Mercure.

Les êtres doivent être également d’un ordre inférieur par rapport à ceux de la Terre, plus petits. Les liquides ont dû se former à des températures plus élevées que sur terre; la pression y étant supérieure; peut-être les organismes ont pu se développer dès 200 degrés; en tout cas les êtres plus élevés dans l’échelle n’ont pu apparaître qu’ultérieurement. Mercure est assez avancé pour que l’on puisse dire que l’espèce homologue de l'homme a dû déjà exister sur cette planète; elle doit être maintenant habitée par les homologues de l’espèce humaine destinée à nous remplacer sur terre.

Il n’y a pas de raisons, en effet, pour refuser d admettre que toutes les espèces se remplacent parallèlement dans chaque astre, selon les conditions biologiques qui se succèdent; par conséquent dans tout astre en

avance, s’il était possible de creuser un puits à travers la série des terrains qui le composent, on retrouverait la série des êtres qui ont existé à la surface, et de pms l’espèce qui a son pendant et même son analogue sur l’astre en retard. De même sur tout astre en retard, la sonde ferait découvrir le passé de l’astre en avance. Question de phase et d’évolution toujours. —Passons 1 .

Vénus est sans contredit l’astre qui se rapproche le plus de la terre par toutes ses con- . ditions physiques. Si une conviction profonde pouvait être un argument en matière scientifique, je n’hésiterais pas à prétendre que le voyageur transporté tout à coup de notre globe dans Vénus ne s’y trouverait pas plus

1. Quelques personnes pourraient objecter que la pesanteur très-différente dans les astres entraîne une constitution par suite essentiellement différente. Ainsi sur le Soleil, un homme fait comme nous, au lieu de peser 70 kilogrammes pèserait 2000 kilogrammes. Il n’aurait donc pas assez de force musculaire pour se relever lui-même, s’il venait à tomber. Cette objection est illusoire, car la vie et la force musculaire dépendent de la force d’agrégation sur l’astre considéré et cette force d’agrégation est proportionnelle à la pesanteur elle-même. La proportionnalité subsiste en tout et si le poids est pins grand, la force musculaire croît en conséquence.

désorienté que si on l’avait conduit, les yeux bandés, dans une autre région de la Terre.

Même quantité de vie, à très-peu près, partant même matière, même nature, mêmes habitants, peut-être un peu en avance sur la Terre.

Voici ce que dit la théorie; or, l’observation le confirme de tous points. On découvre des montagnes, une atmosphère absolument comme sur notre globe des vents alizés comme dans nos régions équatoriales. Les habitants doivent donc présenter une identité à peu près complète avec nous, et si l’on creusait Vénus, on y retrouverait vraisemblablement la même série d’êtres que dans la Terre. Les organismes s’y sont développés parallèlement. Nées et vivant en même temps, Vénus et la Terre mourront en même temps.

La Terre, comme la planète précédente, est encore dans les premières phases de son évolution; elle est jeune, elle est adolescente; peut-être n’a-t elle que vingt à vingt-cinq ans. C’est à peine si la quantité de mouvement qu’elle possédait est devenue assez petite pour

permettre l'existence d'êtres supérieurs; la série de ses êtres ira encore longtemps sans doute en se perfectionnant, car, il est bon de le dire en passant, quand un astre s’est assez refroidi pour que la solidification de sa surface ait eu lieu, la déperdition de calorique n’a plus lieu qu'avec une extrême lenteur, et l’on peut même ajouter, pour ce qui nous concerne, que, depuis les temps historiques, la Terre n’a pas perdu de chaleur.

Ici, pour la première fois, nous trouvons un satellite, la Lune. La Terre fut pour la Lune ce que le Soleil est maintenant pour la Terre. A l’origine, la Terre était le soleil de la Lune, et la Lune une petite planète éclairée par ce soleil secondaire. Depuis, la petite planète a vécu, elle a traversé une partie des phases de son existence, et quand la Terre est descendue au rang de planète, elle est descendue elle-même au rang de satellite.

La Lune est vieille; sa masse est 4/80 de celle de la Terre; elle a donc vécu à peu près 80 fois plus vite; elle doit être solidifiée

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en grande partie et très-refroidie. Nous placerons ici une observation qui a son importance et qui a trait au meilleur indice peut-être de l’âge avancé d’un astre; nous voulons parler de l’atmosphère.

Qu’est-ce que l’atmosphère des astres? — Messieurs, je considère cette enveloppe fluide comme le résidu, la fumée des réactions chimiques internes qui ont formé l’astre ; au moment de la solidification, les vapeurs les plus légères s’échappaient par les fissures et s’élevaient au-dessus des vapeurs susceptibles de se condenser et de produire le sol primitif.

L’atmosphère a dû être constituée à l’origine par des composés complexes qui, à mesure du refroidissement, se sont agrégés davantage et sont devenus ou solides ou liquides.

11 s’est produit ainsi progressivement un triage, une épuration, et il n’est plus resté au- dessus de l’écorce que les composés les plus élémentaires, que ceux qui étaient en excès pour entrer en combinaison rapide, ou que leur faible densité éloignait de la sur-

face. Ces composés fluides se condensent tous les jours un peu, en raison du refroidissement, mais si peu que nous ne saurions encore nous en apercevoir.

En outre, ils pénètrent insensiblement du dehors au dedans par un phénomène d'endomose, et ils se combinent lentement avec les matériaux intérieurs, si bien que toute atmosphère est destinée à se condenser, à se réduire de plus en plus et à disparaître tout à faità lalongue. Donc, tout astre jeune a une atmosphère complexe et dense ; tout astre vieux n’en doitplus conserver que des traces.

Ne vous étonnez donc pas de rencontrer dans Vénus et la Terre une atmosphère assez pure et peu dense ; ne vous étonrfez pas davantage de n’en plus trouver trace dans la Lune; elle doit être.si peu dense et si peu haute qu’elle peut échappei à nos observations. Du reste, un calcul approximatif et grossier peut tout au moins nous fournir sur ce point quelques éclaircissements.

On peut admettre, sans s’éloigner beau-

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coup de la vérité, que quelles qu’eussent été au début les atmosphères lunaire et terrestre, leurs hauteurs respectives sqnt restées proportionnelles aux rayons de chaque astre et inversement proportionnelles à leur pesanteur, à leur densité et à leur masse.

En soumettant au calcul ces données, on trouve que la hauteur de l’atmosphère lunaire doit être à peu près quatre-vingt fois moindre maintenant que celle de l’atmosphère terrestre*.

Or, la hauteur de l’atmosphère terrestre est évaluée à environ 30 lieues au moins *. L’atmosphère lunaire aurait donc encore environ 1500 mètres. Il n’en est pas moins tout simple que nous n’en apercevions plus trace. La densité doit être si faible en effet, qu elle doit correspondre à celle de l’air qui

2. On avait admis jusqu’ici que l’atmosphère de la terre ne s élevait pas au delà de 18 lieues ; mais les astronomes européens tendent en effet à en porter les dernières limites beaucoup plus haut.

reste dans nos machines pneumatiques quand nous y avons fait le vide.

L’atmosphère de la Lune baigne la base de ses hautes montagnes comme la mer baigne nos côtes. Encore des milliers d’années et tout gaz lunaire aura été absorbé dans la masse de l’astre.

La vieillesse de la Lune est encore attestée par sa densité. La force d’agrégation sur notre satellite est, à quantité de mouvement égale, beaucoup plus petite que celle de la Terre, et cependant sa densité est trois quand celle de notre planète est cinq. Ceci résulte du grand refroidissement, de la grande quantité de perte de mouvement.

La Lune est-elle habitée? Je ne le pense pas. L'a-t-elle été? J’en suis convaincu. Les organismes ont toujours dû y être soumis à des pressions plus faibles que sur terre; ils ont dû apparaître plus tard que sur terre à refroidissement égal; ils ont de même dû

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