‹ Habitant de la planète MarsChapitre 6 sur 34 · LETTRE IV · texte numérisé non relu

LETTRE IV

Mise en scène.— Suite. — Les journalistes. — William Seringuier. — L’abbé Omnish. — Williamson. — N'oirot de Sauw. — De la difficulté de commencer par le commencement. — Discussion. — L'inflnimont petit et l’infiniment grand. — Astronomie moléculaire. — Ce que c’est que la matière.— Danse diabolique de tout ce qui nous entoure. — Étoiles lilliputiennes. — Deux cent cinquante mille ans pour compter ce que renferme d’astres la pointe d’une épingle. — L harmonie dans l’univers.

Nous sommes en nombre, vous le voyez, et nous avons encore derrière nous les correspondants de nos principaux journaux.

William Seringuier, malgré sa paresse traditionnelle, a fait le voyage. L’abbé Omnish, t sans contredit notre premier vulgarisateur scientifique, est à son poste. Aussi, A. Williamson, le prétentieux rédacteur du Strand de Washington, puis Noirot de Sauw, un médecin de Molière, ressuscité au dix-neuvième siècle.

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Quelques mots bibliographiques encore, et j en finirai avec cette trop longue mise en scène.

Je suis bien forcé de vous dire en effet que Haugton, que j ai mis en tête de la liste, passe à notre époque pour un des premiers paléontologistes. Il est à peu près jeune, et, à l’inverse de S tek, il ne sort jamais que le stik en main et que la main dans des gants ajustés. Sa taille serrée indique un ancien militaire. Je crois qu’il a servi autrefois. 11 est très-bienveillant, dit-on, en tous cas, très-indulgent; peut-être un peu trop à l’eau de rose, malgré sa tournure militaire.

C’est lui, qui en présentant à l’Académie de Boston, il y a deux ans, un des ouvrages blafards de William Seringuier, s’écriait dans un mouvement d’éloquence comique :

« Enfin, que dirai-je de plus à l’Académie?

1 auteur, avec son habileté ordinaire, a su retirer toutes les épines de la science pour n’en laisser que les roses. »

Le mot est devenu historique, et, quand

on veut désigner Haugton , on ne manque pas de dire : Le paléontologiste aux roses sans épines. 11 est de fait que M. Haugton est un gentleman dans toute L acception du mot.

Vous signalerai-je Liesse, professeur à Albany, ingénieur des mines, élu il y a deux ans déjà membre de l’Académie ? Il est long et maigre, il a beaucoup travaillé le métamorphisme, cornu * son confrère l’ingénieur , Vanbrée, qui moins heureux que lui, attend .encore un fauteuil. Liesse a fait des aérolithes, sa spécialité académique. Il était* ici l’un des premiers. — Oupeau, un médecin de Baltimore reconnaissable dans tous les pays du monde à sa cravate blanche qui lui monte au-dessus des oreilles et à la roideur de son torse. Ce n’est pas un orateur, il s’en faut. — Owerght, professeur d’astronomie physique à Richmond, un ami de l’astronome Grcenwiglr, bon mathématicien.

11 faut bien s’arrêter : je n’en finirais jamais, et mon papier diminue à vue d’œil. Je

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dépeindrai, s’il y a lieu, au fur et à mesure de la discussion.

C’est mercredi, 22 juin, que la commission a tenu sa première séance, et quelle séance!

Ouverte à une heure, elle n a élé levée qu’à sept heures; il n’en est resté pour moi cette première fois qu’un fait parfaitement acquis : c’est qu’il n’y a rien de si difficile que de commencer par le commencement.

C’était à qui prendrait la parole et réglementerait la marche de la discussion. Newbold suait à grosses gouttes à force d’agiter la sormette et ses mains se croisaient et se décroisaient comme une bielle de machine à vapeur.

Commencerait-on par discuter la possibilité de la chute sur la terie des corps célestes? question avant tout astronomique et sur laquelle Greenwight insistait tout particulièrement. Ne se préoccuperait-on, au contraire, tout d’abord que d examiner 4a momie au point de vue physique, physiologique? Ne serait-il pas préférable d’exa-

miner le sujet au point de vue chimique?

Et la sonnette s’agitait, et MM. Wintow et Rink faisaient grincer leur voix; MM. Sawton, Davis, Murchison, tapaient du poing sur la serge verte; M. Stek fermait les yeux; Newbold essayait de parler; William Seringuier criait tout haut de sa place que Newbold n’avait, pas de sens commun, et que s'il était à sa place, le silence se rétablirait vite :

Quel bruitI vous n’en auriez guère l’idée qu’en vous reportant aux beaux jours de vos * débats parlementaires.

Greenwight finit néanmoins par conserver la parole.

« Messieurs, dit-il en se ravisant, il me semble que le débat s’égare et que ni l’astronomie, ni l'anthropologie, ni la physiologie, ne doivent «.voir le pas ici. Tout doit être repris avec ordre. Or, d’abord de quoi «’agit-il? d’un aérolithe. Donc, la parole revient de droit et de fait aux géologues et aux chimistes : une fois ce point éclairci, je pense qu’il sera convenable de voir de quel

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coin du ciel cette masse nous arrive, si elle ri est pas d’origine terrestre; ceci regardera les astronomes et les physiciens ; enfin viendra le tour des physiologistes, des paléontologistes, etc. Le hasard, du reste, messieurs, nous a montré le chemin. N’avezvous pas pris pour président un géologue, pour vice-président un astronome et pour secrétaires un zoologiste et un anthropologiste?

m. newbold. M. Greenwight. me semble avoir raison/et si la commission n’y voit aucun inconvénient, je résumerai l’ordre du jour ainsi : discussion géologique, discussion astronomique, discussion anthropologique. »

Personne ne demande la parole.

Toute la salle l’avait prise sans la demander.

Un coup de sonnette prolongé.

« La décision est adoptée, » murmure le président en se croisant les mains.

La parole est à M. Paxton d’abord et à M. Davis ensuite.

Ils racontent dans tous leurs détails les différents incidents de la découverte de l’aérolithe. Vous les connaissez.

M. Davis montre ensuite les analyses qu’il fit de la surface du bolide. M. Paxton, qui les a reprises depuis, donne les siennes. L’accord est à peu près parfait.

m. siEM.\N , professeur de docimasie à l’École des mines, petit, railleur, et trèssceptique. — M. Sawton pourrait-il me dire s’il est bien sûr d’avoir constaté la présence du cæsium? L’analyse porte traces. Comment a-t-on opéré? Je demande pardon d’insister, mais la commission se rappellera peut-être que j’ai trouvé le cæsium, il y a deux ans déjà, dans plusieurs espèces minérales :

Vaphanise , le nickelocre*, la triphyline % la panabase , la bournonite 8 , et ceci a pour moi un intérêt direct.

1. Minéraux formés, l’un d’arsenic et de cuivre ; l’autre d’arsenic et de nickel.

2* Minéral composé de phosphore combiné à du fer et à du manganèse.

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