‹ Habitations lacustres des temps anciens et modernes (volume 2)Chapitre 15 sur 94 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Les recherches scientifiques confirment les traditions grecques d'après lesquelles le bronze a été employé antérieurement au fer. Les raisons de cette priorité tiennent essentiellement à la nature et aux propriétés des minerais. Celui du cuivre, lourd et coloré en jaune ou en vert, attire bien plus Tattention que le minerais du fer, qui, par sa teinte brune ou rougeàtre, répandue dans beaucoup de terrains, laisse moins soupçonner la présence d'un métal '. La fusion du cuivre n'est pas plus facile que celle du fer, mais le cuivre allié à l'étain se prête très bien au moule, genre d'art qui

* Celle obsenralion, qui a été faite plus d*une fois, 8*applique plus particulièrement encore aux métauk à l'étal natif. D'après Alex, de Humboldt, l'or des monts Ourals était primitivement répandu en grande abondance à la surface du sol, ce qui explique la profusion avec laquelle il a été employé dans les pays du Nord pour les ornements de l'Age du bronze.

104 AGE DU BBONZE.

parait avoir précédé celui du martelage que réclame le Ter, surtout pour de petits objets comme les iD&trumeols tranchaols. Enfin le cuivre, allié A l'élain dans certaines proportions et soumis à un refroidissement lent, acquiert une dur^ assez grande pour en faire des instruments tranchants, U est môme supérieur au fer par sa dureté aussi longtemps qu'on ne sait pas combiner celui-ci avec le carbone pour oUentr l'acier.

On ne peut cependant admettre qu'on ait passé immédiatement du travail de la pierre à celui du bronze, qui est un métal composé. Diverses traditions attribuent & l'incendie de forêts la fusion de minerais que l'homme aurait ain» appris à traiter par le feu. Quoi qu'il en soit, l'aniuage du cuivre demande plusieurs opérations qu'on a sans doute découverlea par le l&loonemenl. U a fallu en outre un certain temps avant qu'on ait su l'allier à l'élain pour obtenir le bronze, et cela d'autant plus que les mines d'étain ne se retrouvent que sur un très petit nombre de points de la surfoce du globe, tandis que le cuivre y est répandu en assez grande abondance, il doit ainsi s'être écoulé une époque pendant laquelle les instruments encore imparfaits étaient en cuivre.

cise. 11 en résulte évidemment que cette industrie été importée en Europe.

C*est dans l'Asie qu'il faut chercher un âge du cuivre, introduisant à celui du bronze. On découvre dans THindoustan, entre le Gange et la Jumnah, dans la province A'Etaweh S de nombreuses armes, consistant en pointes de flèches et en poignards de formes très primitives, qui, soumis à l'analyse chimique, ne présentent que du cuivre pur sans aucune trace d'alliage d'étain*. Il esta présumer que des armes du même genre n'ont point été étrangères au nord de l'Asie, puisque le Bulgare, venant du fond de la Sibérie, portait encore un coutelas de cuivre rouge *.

Dans l'Amérique du nord, cet ftge du cuivre a été nettement constaté le long de la vallée du Mississipi, par les savantes recherches de MM. Squier et Davis. Longtemps avant que les anciens Américains aient su allier ce métal à l'étain, on utilisait le cuivre natif des bords du lac Supérieur pour des anneaux et des hachettes^ et ce n'est que plus tard que les Mexicains et les Péruviens fabriquèrent des instruments tranchants en bronze.

L'âge de cuivre manquant à l'Europe, on peut déjà conclure de cette circonstance que l'art de produire le bronze a

* Une eampaf^e de la commune du Mont, sur Lausanne, porte depuis plu- «eun siècles le nom d*Etttve%,

* Le musée d'antiquités de Copenhague possède deux de ces pièces. — Voir dans les Mémoires de la Société des antiquaires du Nord le rapport du 81 janvier 1889, écrit à ce sujet par M. C.-C. Rafn.

* Filt et tuceesteun d'Attila, par Amédée Thierry. — Revue des Deux- Mondes, 1*' novembre 1854.

* Ces instruments de cuivre natif n'ont pas été produits par la fusion, mais simplement par le martelage. — il nctenl monuments ofthe Missitsipi Valley, by E. G. Squier and E. H. Davis, 1847, chap. XI.

106 ANTIQl'IT^:S LACUSTRES

été importé. L'examen de nouvelles découvertes montrera que cette iin|;>ortalion provient de l'iovadon d'un nouveau peuple, mais on ne saurait admettre que la population primitive ait été complètement recouverte ou détruite, aussi U't-elle dû sur plus d'un point être au bénéfice de la nouvelle industrie, soit en recevant par le commerce des objets fabriqués, soit en e'appropriant les connaissances nécessaires à leur production. On verra plus loin quellesont été les desliiiccs de l'Helvétie à cette époque, mais il importe auparavant de recueillir les renseignements que présentent les «aplacements de pilotis du deuxième iige.

SUISSE

Lac L^man..

Les rives du Léman ont été occupées dès tes temps les plus reculés par une population qui a laissé, comme traces

lement partout les mêmes caractères d'antiquité, ce qui permet de les classer dans la même période. De nouvelles recherches pourront rectifier ou compléter Tappréciation de quelques détails, mais elles ne modifieront guère les résultats historiques, pris dans leur ensemble.

On ne connaît encore à la tête du lac qu'un petit nombre d'emplacements à pilotis, ce qui provient de la nature rocheuse des rives et des modifications du littoral, apportées par les cours d'eau. Les alluvions de la Yeveyse ont recouvert fort anciennement les pieux au-dessus desquels a été construite la station romaine de Vibiscum, mais il subsiste à peu de distance de là, entre Yevey et les Gonelles, un nombre assez considérable de pilotis sur le point de la rade, appelé le Creoz de Plan. Ces pilotis sont surtout visibles par les basses eaux ' .

Au-dessus de la petite ville de Cully, est un emplacement caillouteux, qui présente l'aspect d'un cône de déjection inondé, d'où sortent des pieux recouverts de 10 à 15 pieds d'eau, au milieu desquels je n'ai encore su voir aucun objet d'industrie.

Vis-à-vis du hameau de Cour, situé sous la ville de Lausanne, est la Pierre de Cour, connue de tous les baigneurs de la contrée. C'est un grand bloc erratique dont la partie supérieure est à découvert par les basses eaux '. Non loin de ce bloc, on voit sous 13 pieds d'eau des rangées de pieux

' Cet emplacement, situé au nord- ouest de l'Arabie, m'a été indiqué par N. D. Doret. L'élévation des eaux et leur peu de transparence no m'ont pas permis, lorsque je me suis rendu sur ce point, de l'explorer de manière à ajouter de nouvelles observations.

* L'époque des basses eaux, sur le Léman, a lieu en hiver. La hausse de 6 pieds, en moyenne, est essentiellement due à !a fonte des glaciers des Alpes et le fait surtout sentir en été.

108 AMTIQl'ITES LACtSTHES

disposés parallèlement k la rive, sur une étendue de 60 à 70 pieds de longueur, et à une distance de 880 pieds du riragc. Vers cette station, se trouvent de nombreux ossements, entre autres de bœuf et de cheval, dont plusieurs portent des en* tailles qui ont été évidemment faites avec ua instrument en métal.

Un peu plus bas, est un second emplacement, en face du point où vient aboutir le chranin qui passe derrière la campagne de M. Francilien. L'espace occupé par les pieux est à une profondeur de S & 6 pieds par les basses eaux et mesure 6k pieds de largeur sur 463 de longueur. L'extr^nilc orientale est à ttikS pieds de la rive, et l'extrémité ocddenlaie à 604. Lm pieux, distants les uns des autres d'environ 6 pieds, sont disposés en S rangées, à peu près parallèles à la rive; plusieurs, usés par l'action de l'eau, disparaissent sous le limon'.

La rade du Léman qui s'avance dans la pleine deTidi, où s'élevait la cité de Lousonnium, baigne aussi les pilotis d'babilations lacustres. Ceux-ci sont nombreux près de St. Solpice, où l'on voit entre autres, vis^-vis de l'ancienne Abbayc, de grands troncs d'arbres avec une partie de leurs

les rameaux entrelacés d'un arbre. On ne peut y arriver, vu Tabsenee de plateformes et leur élévation souvent assez considérable au-dessus de l'eau, qu'à l'aide d'écbellcs dont les rayons sont fixés aux pieux. Au couchant du port de SI. Sulpice, non loin de l'embouchure de la Yenoge, de nombreux pilotis se dirigent depuis la rive jusqu'à plusieurs centaines de pieds en avant dans le lac. Les pieux rapprochés du bord sortent à peine du fond caillouteux où se fait sentir l'action destructive des vagues, tandis que plus en avant, ils ont encore 4 à 3 pieds de longueur au-dessus du limon. Quelques débris de poterie de l'âge du bronze et un peson de fuseau en argile sont les seuls objets découverts jusqu'à présent sur ce point.

L'une des bourgades les plus considérables des bords du Léman est celle dont on retrouve les restes vis-à-vis de la ville de Morges, localité que M. Forel, président de la Société d'histoire de la Suisse romande, a tout particulièrement explorée avec son fils, qui met un grand zèle à ces recherches ^ Les pilotis disposés parallèlement à la rive, dont ils sont distants d'environ 600 pieds, occupent, à une profondeur de 8 à 42 pieds par les basses eaux, un espace de 4200 pieds de longueur, sur 480 de largeur en moyenne. La plupart des pieux sont en chêne et mesurent de 3 à 8 pouces de diamètre; plantés irrégulièrement, ils sont éloignés les uns des autres d'un à quelques pieds, et s'élèvent encore d'un à 3 pieds au-dessus du limon ou du fond pierreux ; leur extrémité inférieure, taillée en pointe, descend dans le sol de 4 S pouces à 5 pieds et porte généralement des entailles qui paraissent avoir été faites avec la petite hache de bronze. Quel-

* Voir sur cette découverte la note t de la pafl;e 8.

no AMIQtITKS LACtSTRIM

ques-uns traversent une plancbeltc que M. Forel suppose avoir été adaptée h la partie iaférieure du pieu, pour empêcher qu'il ne s'eiifonçftt trop profondément dans le sol. Une jilaacbetle d'un pouce d'épaisseur, sur 13 '/, de longueur et A de largeur, est percée de 3 trous carrés, distants de 4 {wuces l'un de l'autre, et qui mesurent 48 lignes de diamètre. Au milieu de ces pilotis, ou voit de nombreuses pièces de bois de grandes dimensions et divers débris, plus ou moins carbonisés, qui témoignent d'une destruction par le feu et d'un afTaissement des constructions dans les eaux.

Les nombreux objets découverts sur l'emplacement de Morges étaient presque tous k la surface de la vase et du cailloutis, aussi est-il probable que des fouilles entreprises avec la drague offriraient d'intéressants résultats.

Quarante-trois cells ' ou bachettea en bronze (PI. X, 6, 10) ont été retirées çà et là du milieu des pilotis. Leur longueur varie de 4 à 7 pouces, et leur tranchant, généralement arqué, ne mesure que 1 à S pouces. Le trancbant était souvent rafraîchi k l'aide du auirteau. L'un de ces celts, à la suite d'un long usage, a été diminué de moitié environ. Plusieurs sont munis d'une oreillette fixée sur le flanc de

DE l'âge du bronze. 114

entrait dans un manche fendu ou entaillé el disposé comme la hampe d'une lance, mais, dans la plupart des cas, il devait être coudé. Le manche était consolidé par les ailerons du ceit repliés sur le bois et parfois aussi avec des ligatures. Les 45 pièces découvertes à Morges ne présentent pas les variétés qu'on peut observer dans la plupart des collections. Aucune n'a la forme de la spatule ; toutes ont exigé des manches fendus, à l'exception d'une seule (PI. IX, 5), munie d'une douille longitudinale.

La destination la plus ordinaire du ceit a certainement été celle de la hache, dont l'usage occupe longtemps encore la première place, comme c'était le cas dans l'âge de la pierre. II faisait cependant aussi l'office de ciseau, et l'on ne peut douter qu'il n'ait servi comme arme de chasse et de guerre. Enfin des celts découverts sous des autels recevaient en outre une destination religieuse, sans que rien -dans leur forme ne fasse soupçonner leur consécration au culte. Ce n'est pas, du reste, dans les premiers Ages de l'industrie que le même genre de pièce revêt une forme particulière, appropriée à chacune de ses applications.

L'un des objets les plus remarquables est un moule de celt en bronze, formé de deux pièces, longues de 6 pouces 3 lignes sur 4 pouce 9 lignes de largeur ^ (PI. X, 45.) Le pourtour intérieur de l'une des moitiés porte un cordon saillant qui entrait dans la rainure correspondante de l'autre pièce pour maintenir en place les deux parties du moule et empêcher la fuite

' Ces deux pièces, qui gisaient sans doute l'une auprès de l'autre, n'ont pas été retrouvées en même temps. M. Forel a découvert celle qui porte le cordon saillant le 28 février 1855, et c'est seulement le 18 octobre 1859 que son fils a eu le bonheur de repêcher l'autre partie qui s'adapte parfaitement à la preirière.

m ANTiQUITÉS LACU8TRRS

du métal en fusion. Une défectuoùté a élé réparée avec beaucoup de soin en rajuslant une pièce sur la partie «!• dommagée. La confection générale de l'instrument montre que l'arL du niouleur était déjà très développé'. L'ouverture du moule donne sur L'extrémité opposée au tranchant du celt. Les ailerons sont droits de manière & pouvoir dégager plus facilement l'instrument de la matrice, plus lard on les repliait sur le manche qu'ils servaient & consolider. Le celt sortait du moule avec un trancbant assez obtus, mais qui s'affilait à l'aide du marteau dont on voit la marque des coups sur beaucoup de pièces. Il est assez curieux que, malgré le grand nombre des hachettes découvertes i Morges, aucune n'ait été coulée dans ce moule qui porte comme marque caractéristique une petite croix en creux entre les ailerons.

Cette pièce n'est pas seulement intéressante par les procédés industriels qu'elle révèle, mais elle fait voir que les Lacustres de l'âge de bronze fabriquaient eux-mêmes knn instruments, comme le faisaient déjà ceux de l'flge de b pierre ».

H est difficile de dire d'où l'on se proctirail le cuivre; dans

DE L*A6B DU BBONZE. 143

des mines de la Gaule et de la Germanie, exploitées dès une haute antiquité. Quant à Tétain, rien ne permet d'affirmer qu'on ait déjà connu les mines de la Saxe. Les anciennes traditions le font venir des Iles Cassitérides, c'est-à-dire de l'Angleterre.

La découvre d'une fonderie de l'âge du bronze, à EchaK» lens, montre que l'alliage de ces deux métaux se faisait sur place '. Un ceit de Moines, analysé par M. Biscboff, professeur de diimie, donne la composition suivante : 89,88 parties de cuivre, 8,3K d'étain, 4,0K de plomb, 0,78 de nickel et des traces de fer, mais aucune de zîbc. Ce dernier métal ne paratt pas avoir été allié au cuivre avant l'âge du fer, ce qui s'explique par la difficulté que présente cette opération, qui doit être faite à l'aide de vases clos, condition sans laqudle le zinc se réduit en flocons sur le métal en fusion. D'après l'analyse cbimique de monnaies rMiaines, l'alliage du zinc avec le cuivre n'a été connu en Italie que fort peu de temps avant le siècle d'Auguste. La présence du plomb, do nickel et du fer doit être envisagée comme provenant du minerai de cuivre, dont l'affinage n'a pas été complet, et non point comme les éléments d'un alliage produit par l'industrie.

On a souvent attribué la dureté du tranchant des instru-

lens. L'antique fonderie de Wulflingen, prôs de Winterthour, est de la mêma époque. On en a pareillement constaté plusieurs en France, en Angleterre, en Allemagne, en Danemark et en Suéde. Ces découvertes sufAraient, à elles seules, pour montrer que les instruments de l'âge du bronze n'ont point été répandus depuis le midi de l'Europe dans les autres pays, comme on l'a a^> Armé plusieurs fois.

* Les culots découverts à Echallens sont en cuivre rouge, tandis que les eelts trouvés auprès et qui portent encore les bavures du moule sont en bronze.

MtM. ET OOCUM. XVII. S

114 ANTIQUITÉS I^CUSTBtS

ments ea bronze de l'antiquité à une trempe parUculiëre, et à un alliage (ait dans des proportions déterminées. L'alliage a été en moyenne de 8 à 10 parties d'étain sur 90 A 93 de enivre, on a cependant trouvé par l'analyse des instromeats tranchants qui contenaient de 3 & 4 6 parties d'étain sur 98 à Si de cuivre. On comprend qu'il y ait eu des tfttonnements et que les proportions n'aient pas été toujours rigoureuses. Quant à la trempe, elle agit sur le bronze d'une manière toute différente que sur l'acier. On sait que la dilatation et lacontrac* tion de ces deux métaux, placés sous la même action, se fiùt en sens inverse ; aussi faut-il plutAt attribuer la dureté du bronze antique à un rebvidissement lent et au martelage à froid du tranchant, ce qui rendait le métal plus dense et par conséquent plus dur.

Les coutemx. tous en bronze, sont au nombre de 13 (PI. XI, 3, 6) ; la longueur de la lame mesure de t pouces à 6S lignes, sur une largeur moyenne de K à 8 lignes. Le trandiant, concave vers le manche, devient convexe ven la p<Hnle, plus ou moins acérée, ce qui donne à cet instrument une forme assez élégante. Quatre couteaux ont une douille dans laquelle titrait le manche, et 9 sont munis d'une soie

as

l.|Ms de leur attribuer une destination purement religieuse, ;, s'il faut en croire Pline, la faucille des Druides était en or. Il est difficile d'indiquer la destination de 3 crochets, longs mie 8 à 9 pouces et formés d'une mince ti<!;e de bronze carrée, , parait avoir été arquée intentionnellement. Une pièce mrcille, longue seulement de 3 '/, pouces, trouvée dans les ruines romaines de Cheseaux, pourrait être envisagée comme me pointe de trait faussée, maïs la courbure de celles de ïTges est trop rcgiière pour être accidentelle. D'entre les armes provenant du milieu des pilotis de Mor- , il faut citer deux ipéet, dont l'une n'est qu'un tronçon elame, long de 75 lignes sur 16 de largeur. L'autre (PI. IX, , intacte, mesure 19 pouces B lignes de longueur, y commis les 3 pouces de la poignée, qui était primitivement re- ' Têtue d'une garniture en bois ou en os, assujellie par des clous rivés. I^a lame, large de 43 lignes vers la poignée, 8e rétrécit sur le premier tiers de sa longueur et se rélargit jusqu'au second tiers, d'où elle se termine en pointe. La forme ondulée du tranchant de la lame et les petites dimensions de In poignée caractérisent les épêes en bronze de l'antiquité, s sud comme dans le nord de l'Europe. La population e cette époque avait une main plus effilée que celle de» failles postérieures, ce qui est encore le cas de quelques peus de l'Orient, ainsi des Hindous.

Deux lam^» de petites épécsnu poignards (PI. IX, 10) ont lacune 13 pouces de longueur. Elles se distinguent des Mgnards proprement dits de l'âge du bronze par leur peu ''4e largeur h la naissance de la lame.

Kx pointes de lance ou de javelot (PI. IX, 12), munies d'une douille, mesurent de 3S k SS lignes de longueur. Ijes objets en bronze qui ont servi comme ornements per-

lis ANTIQUITÉS LACUSTRES

sonnels sont essentiellement les épingles et les anneaux.

Les 18 épirtgle$ découvertes ont de & à 8 pouces de longueur. (PI. XII, t, 3, 13.) Elles coHMSIent en fils de bronze légèrement renflés vers la tête, qui a la forme d'un disque, d'un bouton sphérique ou d'un cAne, à moins que le 61 n'ait été «mplement recourbé en anneau, mais quelquefois il traverse un petit globe évidé, décoré de jours et de fines gravures.

Les anneau» , h part S à 6 qui ont pu servir de bagues, sont essentiellement des bracelets entr'ouverts, formés d'une tige circulaire, parfois lourds et massib ou coulés en lamelles bombées. (PI. XJ, 30, 31.) Des stries, des torsades et des disques ont été gravés sur la plupart. Deux sont composés d'un triple fil élastique. Un autre est remarquable par ses pointiUages et ses dessins en entrelacs anguleux d'un fort joli effet. Ces anneaux, au nombre de 33, mesurent de 3 à 3 pouces de diamètre. Quelques-uns, assez massifs, sont de si petites dimensions qu'ils ne peuvent avoir été portés que par de jeunes enfants. (PI. XI, 37.)

Une espèce dedû9u«àjours(Pl. XI, 16), en bronze coulé, de IS lignes de diamètre, représente 3 cercles concentriques, unis par dee portions de rayons. Ce genre de pièces se re-

DE l'âge du bronze. 117

16 pouces de hauteur sur 3 pouces à 2 pieds de diamètre. Les uns ont la forme de tasse (PI. XIII, 13) avec ou sans oreille ; d'autres, évasés dans le bas, sont surmontés d'un col étroit et cylindrique, plusieurs ressemblent à des urnes au col plus ou moins rétréci , muni parfois de deux anses. Les vases de petites dimensions et de grandeur moyenne, se terminant souvent en pointe ou en surfaoe convexe dans leur partie inférieure, ont exigé des supports. Les ornements consistent en quelques lignes horizontales, en petits creux, en lignes obliques et en espèces de cordons adaptés à la naissance du col, dont le bord a souvent été pincé ou travaillé en torsade. Le potier a laissé plus d'une fois l'empreinte de ses doigts sur ces ornements et sur les flancs du vase. La composition de la poterie est assez pareille & celle de l'âge de la pierre ; on retrouve la même pâte, plus ou moins fine et compacte ou pétrie avec de petits cailloui siliceux. Ce* pendant l'art du potier a fait des progrès incontestables ; la tour était souvent employé, la variété des formes est plus grande et les ornements sont plus nombreux et mieux finis. Le graphite a même été employé comme vernis. Toutes les bourgades de quelque importance avaient leur fabrique de poterie, ce dont il est facile de se convaincre quand on trouve des échantillons déformés par la cuite qui n'ont pu avoir cours dans le commerce.

On a découvert un grand nombre de lourds anneaux en argile (PI. XIU, 11), du diamètre de 3 à S pouces. Ils ne peuvent être que les supports des vases sans pied dont il a été fût mention. (PI. XDI, 17.) On en emploie encore de pareils, pour le même but, dans la Catalogne, et cet usage s'est con« serve jusqu'à nos jours dans les Indes orientales, ainsi aux environs de Madras. Quelques-uns de ces supports, noircis

118 A>TIQUITé8 LACUSTRES

par le feu, élaient évidemment déposés sur le (oyw, taudis qoe les autres étaient réservés pour la table ou le trono d'arbre qui eu tenait lieu, ce qu'on est en droit de conclure des coutumes modernes.

D'autres pièces en ai^le, de forme spbérique, percées d'un trou et de la grosseur du poing, peuvent être rapprodiées des projeetilet incendiaire! menUoaoés plus haut.

Une douzaine de pêtom de fuwau, aussi ni ai^le, mesurent de 8 & 18 lignes de diamètre.

On n'a pas encore retrouvé, au milieu des pilotis de Morges. des marteaux en bronze. On y suppléait à l'aide de pierres dures, le plus souvent quartzeuses, dont la forme arrondie a généralement pris par l'usage celle d'un oube aux angles émoussés. (PI. Xlt, kZ.) D'autres pierres étaient employées comme pierres A broyer et h aiguiser. L'une en grès, de forme conique, percée vers son sommet, parait avoir servi de poids. Elle pèse 2 */« livres.

Des pitrrei discofdes, de 3 à 4 pouces de diamètre, sont munies d'une rainure sur leur pourtour comme une poulie, et leurs faces convexes présentent généralement de Itères cavités sur leur centre. Il est probable que ces pierres ont

DE l'Âge du brokzi. 119

encore dniis le jeu qu'ils appellent chungkc. Les joueurs, au 'Dombre de deux, ont chacun une perche munie de bandelettes de cuir portanl des marques, l'un Tait router le disque, 'puis tous deux se mettent à courir et tancent à la fois leurs perches sur le sol de manière à ce que la pierre s'arrête sur l'une des bandelettes. Suivant la position du disque, celui qui •a l'avantage a le droit de commencer la partie suivante. Les Indiens conservent ces pierres avec un soin religieux, et, •contrairement aux anciens usages, ils sont dispensés de les enterrer avec leurs possesseurs, se les transmettant ainsi de génération en génération *, Il est à remarquer que jusqu'à '.présent on n'a pas retrouvé ces pierres dans les anciens itombeaax de la Suisse, mais seulement avec les débris d'hatU talions.

Deux des canots employés par les anciens habitants de la bourgade lacustre de Morges ont subsisté jusqu'à nos jours. L'un, transporté sur le rivage, il y a une quarantaine d'années, n'a pas tardé à être détruit. Il était formé d'un tronc de chêne creusé comme un bassin. L'autre gtt encore auprès des pilotis sous ik à IS pieds d'eau. Une partie est prise dans le sable, celle qui n'a pas été recouverte mesure envi- -ron 10 pieds de longueur sur 2 de largeur. Elle se termine f en pointe et a été taillée de manière à ménager une espèce l 'de fiége, pris sur l'épaisseur du bois à l'extrémité du canot. Les ossements découverts sont assez nombreux. On rettrouve le cerf, le sanglier, te cheval, le bœuf et le mouton. Ijlais cette liste est loin d'être complète, faute de détermina- Vlions suffisantes.

Cet emplacement, situé au levant de l'embouchure du

incient nunumcnlf of Iht Maaiinpi Vailey, hy E.-G. Squier and E.-B. s. chap. Xtil.

120 ANTIQUITES LiCUSTRES

torreot de la Morges, qui a donné sod Dom i la villo actuelle, était protégé par une double rangée de pieux [daatés plus en avant dans le lac, au sud-ouest des balùtations. Ces pilotis présentent tes mêmes caractères d'antiquité que les autres, mais il n'est pas facile de se faire une idée parfaitennflnt exacte de la destination de cette enceinte, qui avut peut-être pour double but de protéger les habitatuHis contre les surprises par eau et contre l'action des tempêtes. Dans ce dernier cas, les pienx auraient dû former ooe espèce de digue capable de réuster au roulis des vagues. . D'après l'ensemble des objets découverts, le seul métal employé étant le bronze ', il en résulte que i'oocupalîoa de cette twurgade a cessé avant l'âge du fer. Les iMHDbreax instruments trouvés à la surface du fond pierreux ne penveat provenir d'un abandon volontaire, et les pièces de bois carbonisées indiquent une destruction par le feu. On recherohva plus tard si l'incendie fut accidentel on s'il se rattache à des scènes d'hostilité.

La rade située entre le cdoe de déjection du BtHron et l'antique village de Saint-Prex a aussi été occupée par des constructions lacustres. On voit, près àGFraidaigtut, un em-

au LAOS DU BHOMB.

cbé sur ce lieu, recouvert depuis peu d'années par l'île que les habilaots île Rolle y ont construite et sur laquelle ils ont élevé un obélisque â la mémoire de leur combourgeois, Frédéric-César de la Ilurpe. Ce bas-Tond , entouré de pleut, n'étfiit pas sans rapports avec les crnnnoges de l'Irlande, muis l'esplanade s'étendait fort au delà, i!t droite et h gauche, supportée par des pilotis planlés dans un sol inégal, recouvert de 5 à là pieds d'eau en biver. Au couchant de l'île, plusieurs pieux sont disséminés sur un assez long espace ; beaucoup plus nombreux au levant, ils sortent parfois du limon, disposés en groupes; les plus longs mesurent Z à h pieds, et d'autres, de même essence, sont usés jusqu'à la surface de la vase où ils présentent l'aspect d'un disque noirâtre, La différence de conservation montre que cet emplacement a été occupé pendant des siècles nombreux, et que les pilotis ont été renouvelés à des époques diverses. L'extrémité prise dans le sol porte encore les entailles de la bacbe, et celle baignée par l'eau a toujours perdu de son épaisseur. Quelques pieux sont même usés de telle sorte qu'il ne reste plus sur le disque entouré de vase qu'une tige •mincie en aiguille de quelques lignes d'épaisseur, résultat de l'action destructive de l'eau, lente, mais continue. (PI. U. k.)

I^es fragments de poterie sont nombreux el présentent les mêmes caractères qu'à Morges. Un morceau, engagé dans l'argile, a conservé son vernis primitif, de couleur noirâtre, tandis que la partie restée dans l'eau est rugueuse, les cailloux mêlés à la pâte faitutnl saillie. Il n'est du reste guère d'emplacement où l'on ne puisse faire la même observation, suivant que le vase est plus ou moins pris dans le limon. C'est l'action corrosîvc de l'eau qui iiltèrc peu ii peu la sur-

iSi ANTIQUITÉS LACUSTRES

liu» de la poterie, de même qa'dle soumet à une dégradation ÎDcessaate les pilotis, dont la différenoe de coaservatioQ répond cerlainement à une différence très marquée d'andquilé.

Deux pierres diteotde*, avec rainure sur le pourtour, le trouvaient au milieu des pilotis de Rolle. L'une (PI. Xll, iO), sans dépressions sur ses faces convexes, a la fwme d'une lentille; l'autre (PI. Xn, 41) est lég^ement elliptique*.

Les marteaux et 1m pierres à aiguiur sont les mimes qu'à Horges. Un seul instrument en bronze, découvert au levant de nie, est une faucille très arquée dont la corde mesure 4 pouces de longueur '.

La ville de Nyon, connue par les ruines de la colonie équestre et par son ancienne dénomination celtique de iVoviodunwn, recouvre des débris d'Ages très divers. C'est aussi à des époques différentes que remontent les pilotis baignés par les eaux du lac. Plusieurs sont évidemment étrangers aux constructions lacustres, il est possible qu'un certain nombre soient les restes d'un port de la cité romaine, mais il en est d'autres qu'on ne saurait attribuer qu'à des étaUiisements sur les eaux. Ces derniers pilotis sontûtuésau levant

DE LàGE aV BRONZE.

iprufondeui' de IS pieds par les basses eau\. En admettant I^Qe les pieux pénètrent de A à S pieds dans le sol et qu'ils laûnt été élevés d'environ 5 pieds au-dessus des liautes eaux, kde manière à laisser passer les vagues sous le plancher qui ■portait les habilallons, ils doivent avoir eu primitivement une Irenldine de pieds de longueur. Je n'ai découvert sur ce kfoint que des fragments de la poterie caractéristique des lacs (et des cailloux utilisés comme marteaux.

A Tersoix, les pilutis sont disséminés sur un grand espace Bâe la rade, comprise entre le bourg el le port inachevé, dont ■le duc de Cbolseul avait entrepris la construction dans le liriècle passé. Les pieux, de conservation inégale, baignés en hiver par 10 à ii pieds d'eau, mesurent encore jusqu'à !t et 6 pieds de longueur au-dessus de la vase. La poterie n'y est point rare. Plusieurs fragments ont appartenu fk des vases ■d'ungranddiaraèlre, munis d'un rebord évasé el ornés parfois, i la naissance du col, d'un cordon en relief; d'autres fragments rougeàlres portent des ornements en creux. Une pierre de jeu , semblable à celles de Morges , provient aussi de cet , emplacement.

Génère. L'extrémité inférieure du lac a été couverte d'hall Iritations lacustres dont on retrouve les pilotis sur plusieurs È points. En face des Pâquis, ils sont particulièrement accomtpagnés de débris de poterie dont l'argile est pleine de pierrettes Esiliceuses. Plus d'une fois, en creusant le sol dans les partie* r hasses de la ville de Genève, on a trouvé des pieux pareils à I ceux qu'on voit dans le lac. D'autres sont disséminés le long L des Eaax-Vives. Les registres du Conseil d'Etat de la répu- I biique de Genève mentionnent une rangée de pieux, n noirs L Comme ébène, u qui allait de la ToTir de l'Ile jusques à Coi logmj. On les envisageait alors comme fnisant partie d'un

pont attribué à César *. Les bateliers désignent sous le nom de TVotwrs les pilotis qu'on voit dans la direction de Sècheron ft Frontenex, et qui traversent ainsi la partie inf&ieure du lac. Sur quelques points, les pilotis des eavirons de Geaève ne sont baignés que par 3 à 4 pieds d'eau en hiver, il est difficile de dire si ces constructions étaient continues ; dans tous les cas, elles ont dû s'élever en grand nomlnre à partir de rile de Rousseau ou de de la Tour de l'Ile, d'une part jusqu'à Sécheron, et de l'autre jusqu'à Colojrny, cette partie du lac étant particulièrement propre à des constructions lacustres. U est fort possible aussi qu'un pont ait été jeté d'une rive à l'autre, la profondeur des eaux n'y mettant point obstacle, toutefois on ne saurait affirmer que ces pilotis remmtait tous à l'âge du Iwonze. Malgré l'étendue de cet emplacement, je n'u trouvé que des fragments de poterie et je n'ai pas appris que M. Hyp. Gosse, qui a beaucoup exploré les eavirons de Genève, y ait découvert des objets en métal, mais il est &pré-

' Cm regiitrai ripportMit, tous la dati du i" au 6 fËTrler de l'an ItSt, que la baiue dei eaui fui eitraordinaire. < Le lac (ela à tel point que la |jan repoiant >ur la tarre, le Rhllae fut ii[tË(£, et qu'oD traversait i pied lec défi Sècheron. H qu'un fut otilïgé d'uugnienlpr la garde

DR LAGK DV BRONZK.

jmer que la vase recouvre encore de nombreux débris 'industrie. Une lame en bronze, trouvée récemment dans I porl de Genève, provient sans doute de ces habitaiioDs.

Les piirrês à Niton, que la tradition envisage comme des iSutels païens, étaient sans doute l'objet d'un culle de la pnrt des habitants de la partie inférieure du lac. Ces autels consiailent en deux grands blocs erratiques, formant deux îlots, Ifitués entre les Eaux-Vives et la ville. L'un est à bO toises, l'autre à 90 environ de la rive orienlale. Au pied du plus î^rand de ces blocs, on trouva, vers le milieu du XVU* siècle, des celts ou liacheUes avec un couteau en bronze ', conservés dans le musée de Genève '. (PI. X, 17, XI, 5.) Les pierres & Niton, entourées d'eau, devaient être choisies de préfé- ■ rence comme autels par une population qui avait l'habitude ■de vivre sur les eaux et qui parait même avoir consacré des ^nnaisons ou temples lacustres à ses dieux topiques *. ^p Entre Genève et Hermance, on trouve des pilotis prés de

^" ' Co couleau idenliquem^nl pareil â celui qui provienl de In Pierre ù Niton. trouté dsns let enviranide Gen^Te. Tail pnrUe de la follectinn ilc M, KriiPsl Griolet.

* Dacriplion de queiqiiet moiiurnen/i etUtqurt siluèi àatu lei fniitrani ife Ct»ii!t, par Blavi|;iinr;, archilecle. — On a vu dam l'exiirestion de Nilon le Doro du Neilh dei Gaulois, mait Mton esl ausii l'un des noniB du démon, el l'on Mil que les premiers chrétiens appelËrenl souvent pietrei du £able le* aalels consacrés aux faux dieux, el qu'ils les sunuontèrent iiarroii de la croix pour amener  l'adoration de ce sjmbole chrétien les adbRrenla de l'ancien culle. Le «ammel de la petite pierre à Niton porte un creux carré qui pnut aïoir été taillé pour l'érection d'une croix. Il mesure 1* pouces de profondeur et 1 pied tur chaque cdlé. Sur l'aulre bloc, est aussi un creux à peu prit circulaire ds l pouces de diamètre sur 9 ■/■ <1e profondeur.

■ fiJiai sur quelque» iiueriplwiu ta latigue gauhnie , par Adolphe Piclel.

r Ceoève,

IHI9.

126 ANTIQUITÉS LACUSTBES

La Balotte, oix l'on a découvert la ch&taigne d'eau {trapa natant) ', aa Creoz de la Gabionle et près de Baaqr.

Au-desBus d'Hermance, il eiiste quatre emplaoemeots. Le premier est sous le MottHn, nom donné & une source qui sort de la colline des Forches, sur laquelle on a découvert, en 18S4, une grande urne d'une poterie pareille à celle des lacs. Le second point se trouve vis-à-vis de la Fabriqiie Canton, le troisième est au Creux de ta Toitga», et le quatrième , peu considérable , en foce du chfttean de Baon- Regard.

Le plus important est celui du Creux de la Tougue, où les pilotis, fort nombreux, mais diversement conservés, dépas> sent la vase de deux pieds en moyenne. La poterie est particulièrement riche sur ce point ; elle recouvre aitièrement certaines places, et les vases intacts ne sont point rares. Leurs dimensions sont très variées ainsi que leurs formes. (Pl.Xni, 4, 6,7,8, «, IS.) Une tasse, de 1 4 lignes de hauteur seulement, sur 19 Ugnes de diamètre, munie d'une petite oreillette, parait avoir été un joujou d'enrant(Pl. XIII, 8), ainsi qu'un anneau-support en argile du diamètre de 23 lignes. De petites soucoupes accompagnaient ces pièces (H.

[H. XllI, IS.)Cetle forme reparaît fréquemmenl, mais avec

* un pied, daos les tombeaux helvéto-burgondes '. Ces poteries

ont été parfois vernies en noir avec le graphite ou ornées

de fines stries.

^^ Les anneaux circulaires d'argite, employés comme sup-

H^rts, sont tout pareils à ceux de Morges. Deux fragmenta,

* (lislanls d'environ 3 pieds, appartenaient à la même pièce;

les cassures parfaitement anguleuses, laissant A peine un

léger joint quand on les rapproche, montrent que ces deux

morceaux sont restés dans une immobilité parfaite depuis

qu'ils sont tombés à l'eau. Mentionnons en outre un peson

»de fuseau verni en noir (PI. XII, 33), des pierres b, broyer et kpierres discoïdes avec rainure.

L Les objets en métal découverts dans le Creu x de la Tougue sont tous en bronze: ce sont U celts, 3 couteaux gracieusement arqués et munis d'une douille pour recevoir le manche, dont une partie du bois subsiste encore (PI. XI, 7), h faucilles (PI. X, 2), une épingle à cheveux de 72 lignes de longueur, et 3 bracelets en bronze, dont l'un porte de fines

I gravures. (PI. XI, 26.) i En cfttoyant la rive de Savoie, on rencontre un nouvel llBblissement près de Hesseri, où se trouvent plusieurs Ipgmenls de poterie au milieu de nombreux pilotis de 2 A I pieds de lonf^ueur, sous 12 pieds d'eau en hiver. Un des r* Deteriplîon det tombtaux dr Bel-Air. pi, II, tig. 11. La rorme de la coupo ■ lerre, )lg- li, e>t aussi reproduite dans Ica poleriei lacuslros. Elle n'eat PHDt rare, de même que la préeâdenle, en France el en Angleterre, du V ■u rx> tiède de notre ère.— Sipulluns gnuloati, romninet, franquet tl normandet, par M. r»bM Cothet. pag. 19«, îfiî. Parii. 1857. — Rrmaim ofpagan Saiondom, ofL-ï. Akerman, pi. XVlt, 1. London, la5S.~ /nufnfurium leputekralt, by Ihe Hev. Rryin Fannet, edited bjC. RoachSmilh, pl.KlX, 1, London. ISSA.

128 A!(T10i;iTés LACUSTRES

pieux arraobés de la vase portait des entailles évidemment foites avec la hache de brome, et leur àegré de coDserration répond k cette période.

Les pilotis de Nernier ont déjà été mentionnés dans la description des habitations lacustres de l'Age de la pierre. Un autre établissement existfùt près de la pointe dTTOire, à en juger par les pieux qu'on y voit encore.

11 est & remarquer que, dans la contrée d'Y voire h Hermance, les riverains attribuent les pilotis du lac à d'andennea habitations construites au-dessus de l'eau, dans le but de se mettre à l'abri des bétes fauves dont le pays était couvert. Quand ou s'informe de l'origine de cette explication qui pourrait avoir été' popularisée par des publications récentes, la réponse constante est que « les anciens disaient déjà cela. » Etait-ce une supposition qui devançait les inductioDs scientifiques, ou bien la tradition est-elle règlement antique? c'est ce qu'il serait difficile de décider. Cette tradition serait d'autant plus surprenante que toutes ces balûlations paraissent avoir été détruites pendant l'àgo du bronte. Je n'ai encore trouvé nulle part ailleurs, dans la Suisse ocddenlule, cette opinion répandue chez les riverains des lacs,

rive et s'éleodent à droite et à gaacbe de la ville actuelle. On y retrouve la poterie des lacs et les anneaux-supports en argile. M. Ford a péché sur ce point 3 bracelets ornés de stries et un fort beau couteau en bronze, d'un pied de longueur, y compris les 38 lignes du manche, qui n'est pas sans âéganoe. Gdui-ci est d'un bronze plus rouge que la lame, dans laquelle l'étain est en proportions plus fortes.

On voit aussi plusieurs pilotis près d'Amphion, d'après le rapport d'un pécheur de la contrée, mais je n'ai pas encore pu m'assurer de l'exactitude de ces renseignements. En se rapprochant de la tête du lac, les débris d'habitations lacustres deviennent beaucoup plus rares, ce qui s'explique par le petit nombre des blancs-fonds et par les rives rocheuses sur lesquelles on ne pouvait pas planter des l»eux. D'antre part les alluvions du Rhône et des torrents alpestres ont dû recouvrir les restes des demeures qui auraient été construites vers l'embouchure des cours d'eau, car les rives ont été sensiblement modifiées sur différents points, depuis l'apparition 4e l'homme dans ces contrées, comme on peut s'en convaincre par les découvertes faites à Villeneuve et à Vevey, ainsi qu'on l'a vu plus haut.

Dans le nombre des emplacements qui viennent d'être énumérés, il en est plusieurs où l'on n'a pas encore découvert d'objets caractéristiques quant à l'époque de leur occupation, mais il suffit de rappeler que l'état de conservation des pilotis permet de les grouper dans la même période. C'est en partant de ce moyen de détermination que plusieurs points du lac de Neuch&tel seront mentionnés comme appartenant à l'ftge du bronze, en attendant que de nouvelles recherches complètent ces premières données.

D'après l'ensemble des observations faites sur les bour-

UtU. ET DOCUV. XTII. 9

J30 ANTIQUITÉS UCimTRES

gadcs lacustres du Léman, on voit qu'elles étaient en général A plusieurs centaines de pieds de la rive, et que les pilotis soDt baignés en hiver par 8 & 13 pieds d'eau en moyenne. !l est évident que ces habitations se sont toujours élevées au-dessus de l'eau; s'il en eût été autrement, les débris tombés à leur pied auraient été dispersés par les vagues et soumis& l'action du roulis, de même que les galets de la rive; or rien de pareil ne s'est passé, les fragments de la même pièce gisent souveut les uns à cAlé des autres, et les cassures de la poterie sont tellement anguleuses qu'on ne saurait admettre le moindre frottement. Cependant le niveau moyeu des eaux a-l-il toujours été ce qu'il est actuellement?

Sans aborder la question des barrages du BhAne & Genève, on peut dire que depuis plusieurs milliers d'années la varia- Uon n'a pas été très sensible, car, autrement, les pilotis auraient été sur le sec, oe qu'on ne saurait admettre, ou bien ils se seraient trouvés à une profondeur qui aurait exigé des bois de construction de dimeosions plus considérables que ceux qui existent encore dans le limon. Dans ce dernier cas, OD trouverait un cordon littoral au-dessus de la grève actuelle, ce qu'on n'a observé nulle part, pour autant qu'on

DE l'âge du bronze. 431

à'Ouchy, près de Fraidaigues, au levant de Saint-Prex, vers la campagne du Rivage, près de Genève, et en-dessous de Nemier, sur la rive de Savoie. Ces exploitations faites à des profondeurs diverses sembleraient exiger en effet un niveau du lac moins élevé qu'il ne Test de nos jours, mais cette baisse n'aurait plus permis à Genève d'être un port, ce que les chroniques n'auraient pas manqué de mentionner. On sait d'ailleurs que l'usage des batardeaux est fort ancien, en sorte qu'il est infimment probable que c'est à l'aide de ces digues ou cloisons qu'on a fait ces exploitations de molasse, et non point à la suite d'un niveau sensiblement moins élevé qu'il ne l'est actuellement.

Depuis 48Kft, 26 emplacements à pilotis ont été constatés sur les bords du Léman, sans compter les points indéterminés de la tète du lac. Plusieurs de ces bourgades étaient fort considérables, et, en général, la durée de leur existence pa* ratt avoir été fort longue, à en juger par les dépôts et la différence d'usure des pieux sur le même emplacement. Si l'âge de la pierre n'est pas encore constaté par quelquesunes de ces découvertes caractéristiques qui se multiplient chaque année, celui du bronze est en revanche largement représenté. On ne peut dire quels nouveaux éléments seront mis au jour par des fouilles ultérieures, mais, dans l'état actuel des recherches, on ne connaît aucun point qui ait été occupé après l'introduction du fer. Tandis que la plupart des habitations lacustres de la Suisse orientale ont été détruites pendant la première période, celles du Léman ont cessé d'exister dans l'âge du bronze. Avant de rechercher quelles peuvent être les raisons de l'abandon des bourgades lacustres à ces moments divers, il faut compléter la liste de ces découvertes

pour s'entourer de tous les faits propres & jeter quelque lumière sur ces questions historiques.

Lac du Luissel,

dini le canton de Vand.

Entre Bexet Lavey, est un conlr^ort des Alpes sur lequel prospèrent les forêts de cb&taigniers. Dans un vallon mystérieux, situé sur la hauteur du cdté de Bex, se trouve le petit lac du Loissel , desséché & la fin du siècle passé pour Hsciliter l'exploitation de la tourbe. L'ancienne rive était entourée d'un double cercle de chênes séculaires dont quelques-uns subsistent encore. Le 34 mars 4791, on découvrit en creasant le canal de dessèchement, au nord du bassin et à. une profondeur d'environ 6 pieda, divers débris de conBlmctiMis lacustres. La tourbe recouvrait de nombreuses pièces de hMS, entreautres deux fortes poutres, des grains de Iroment tsMi abondants, des ossements humains et beaucoup d'ossements d'animaux qu'on a pris pour ceux du cheval. Avec ces débris se trouvaient, en outre, plusieurs petits anneaux, une

DE l'agb du bronzé. 433

(PI. IX, 7, 9.) Ces épées, remarquables par leurs poignées, sont surmontées d'une espèce de pommeau orné de deux élégantes Tolutes, entre lesquelles se prolonge la soie de la lame. La croisière, très rare à cette époque, est nettement accusée sur la figure 7. Bien que cette forme de poignée ne soit point commune, on en retrouTe cependant quelques-unes de ce genre, en Italie, en France, en Allemagne et dans le Danemark. On prétend dans la contrée que le Luissel s'appelait autrefois le he du Désert. La tradition rapporte qu'il existait au milieu du lac un château opulent, habité par des maîtres inhospitaliers. Un mendiant, « qui savait beaucoup, i» disent les habitants du voisinage, apparut un soir et demanda qu'on lui mit au four un petit cre$sin ou gâteau, qui prit de telles proportions qu'on l'échangea contre un plus petit. Le mendiant frustré se retira en prononçant une malédiction, puis le chftieau s'abîma dans les eaux, dont la profondeur est réputée insondable' . Cette tradition ne saurait cepeudantétreenvisagée comme conservant le souvenir confus d'habitations lacustres. Le petit lac de Yersvex, entre Aigle et Villeneuve, est l'objet du même récit. On raconte aussi que le lac de Bret, sur les hauteurs de Lavaux, retrace les contours d'une ville, affaissée sur elle-même pour avoir refusé Thospitalité au Sauveur du monde, transformé en mendiant. Dans les Alpes, on cite plus d'un chalet inhospitalier recouvert par les glaciers ou emporté par les éboulements. La plupart des pays possèdent les mêmes traditions, qui étaient déjà répandues dans l'antiquité.

années» Tun des ouvriers <iui a trouvé ces objets, et par les fouilles que j*ai faites récemment dans cette localité.

* Des enfants qui assistaient aux dernières fouilles disaient entre eux: tOn cherche les restes du château. »

134 ANTIQUITÉS L&CUSTBBS

11 ne reste du Luissel qu'une Baque entourée de roseaux et d'un sol fangeux. Aucune source ne se jelle dans ce basno, d'où l'esu surgit depuis.la profondeur, mais sans mouvement sensible, et s'écoule du cAlé de Bex par le canal de dessèchement. L'ancien bassin, de forme ovale, s'élève au midi en peole douce et régulière, mais, au nord, il est aecidenlé par des cbalnes de collines onduleuses, qui étaient submergées avant le dessèchement du lac. Le fond primitif est un schiste feuilleté, généralement recouvert d'une couche de tourbe ou d'un terreau noirâtre sur quelquea-UDS des points les moins profonds. J'ai fait creuser H tranchées, dans le mois de juillet, en 18S9, sans retrouver l'emplacement dont parle M. Wild. Bien que les fouilles n'aient pas amené de riches découvertes, elles confirment cependant las données précédentes.

Une tranchée de 7E( pieds de longueur, ouverte perpoidiculairement sur la droite du canal, à S3 pieds du point où celui-ci commence à être couvert, descendait de 6 & 9 pieds dans la tourbe, qui contenait des faines, beaucoup de feuilles de hêtre et une grande branche de chêne. A H pieds du ca-

l et à 3 pieds de profondeur, se trouvait un manche de

DE l'âge du bronze. 13S

poriaît aussi les entailles distinctes de deux coups de hache.

Quatre tranchées faites au nord du bassin, des deux cAtés du canal, à partir du point où il est couvert, ont mis à jour des noisettes, des faines et de nombreuses pièces de bois essentiellement en chêne, dont l'une mesurait 4 * /, pied de diamètre. A 4&0 pieds au nord de la première tranchée, des branches de chêne se croisaient en tout sens dans une couche de tourbe sèche, épaisse de & pieds, au fond de laquelle étaient de nombreux charbons de bois. Un pieu pointu indiquait aussi l'industrie de l'homme, ainsi qu'une pièce de bois, revêtue de son écorce, et percée d'un trou de 5 lignes de diamètre.

Des sondes pratiquées sur divers points, vers l'ancienne rive ou au sommet des collines autrefois submergées, montrent partout la couche schisteuse du fond primitif, recouverte de tourbe ou d'un terreau noirâtre fort peu épais sur les monticules, dont le plus élevé devait former un bas-fond ou peut-être même un Ilot, mais on ne retrouve à sa surface aucune trace de l'industrie humaine. Il n'en est pas de même en descendant vers la profondeur du bassin, entre la colline la plus élevée, le canal et la flaque d'eau, c'est-à-dire à peu près au centre de l'ancien lac. Une couche de tourbe de 6 pieds d'épaisseur recouvre de nombreuses pièces de bois et des charbons déposés sur le fond schisteux. Non loin de là, à 45 pieds au nord de la flaque, des ossements d'animaux et des vertèbres de cheval étaient pris sous 2 pieds de tourbe. Un pied plus bas, venait une couche limoneuse, blanche comme de la chaux, pleine de coquillages microsco-

piques et qui contenait divers débris de grands poissons. Sous ce limon, se trouvaient des bois carbonisés par le feu, gisant

à 4 pieds de profondeur sur les couches feuilleta d'une mousse fine et jaun&tre.

La partie méridionale du bassin contient aussi des ^Htees de Ikhs et des débris de roche exploités en partie par les habitants du voisinage, qui les considèrent à tort comme dea restes de constructions.

La tourbe recouvre d'une manière géoénde te fond primitif du lac , en couches de I & 9 pieds d'ipaisseur dans les parties fouillées, qui n'ont cependant pas atteint U plus grande profondeur. Les tranchées ouvertes près du canal descoidaient de S & 8 pieds ao-deseous du niveau actuel des eaux, sans être envahies par celles-ci ; mais, dès qn'oo arrivait sur le fond schisteux, l'eau jaillissait dans tes tranchées, qui ne tardaient pas h se remplir. On voit ainsi qu'une nappe d'eau est répandue entre la tourbe et le schiste dans toutes les parties plus basses que le oanal.

Des coléoptères nombreux ont péri dans le lac pendant la formation des tourbes qui contiennent beaucoup d'élilTea de grandeurs diverses et d'un vert cbfttoyant, pareil i celui de la cantharide ; mais, après avoir été exposées à l'air, eUes prennent une couleur brune ou noiritre. Les bines se trou-

DE l'âge du bronze. 437

des autres par des lits noirâtres. Le nombre de ces couches doit indiquer celui des années pendant lesquelles a eu lieu bt formation tourbeuse. Chaque automne» le petit lac était couvert de là dépouille des hêtres de la rive. Les feuilles, après s'être affaissées dans l'eau, se chargeaient du dépôt noirâtre sur lequel l'automne suivant jetait un nouveau lit * de feuilles. U aurait ainsi fallu 6 ans pour la formation d^ln pouce de tourbe et 60 ans pour une couche d'un pied. U ne sciait pas sans intérêt d'appliquer ces observations dans d'au- . très localités, mais encore fout>jl distinguer la tourbe sou* lacustre des autres, et ne pas oublier qu'il peut y avoir des temps d'arrêt, comme on l'a vu â Moosseedorf.

La découverte faite â la fin du siècle passé ne permet pas de douter que des constructions lacustres n'aient existé sur le Luissd pendant l'âge de bronze. Le manche trouvé l'année dernière peut même appartenir â l'âge de la pierre. Quoi qu'il en soit, les soHves, les armes, le blé et les ossements enfouis dans la tourbe reproduisent les traits caractéristiques des dépôts constatés en grand nombre ces dernières années. Les traces de l'industrie humaine ont subsisté sur divers points du Luissel. Les charbons et les pièces de bois carbonisées se retrouvent au nord et au centre de l'ancien bassin. Le manche de hache et le copeau entaillé sont aussi tombés dans la profondeur des eaux. Si ces débris n'étaient pas auprès de pilotis plantés verticalement, ils peuvent avoir Dotté un certain temps loin des demeures avant de descendre sur la tourbe. On doit cependant remarquer que les ossements enfouis près de la flaque actuelle n'ont pu ni surnager, ni avoir été poussés par les vagues sur le point où ils gisaient, en sorte qu'ils doivent être tombés à l'eau depuis le milieu du bassin. C'est au-dessous de ces ossements que se trou-

136 ANTIQUITÉS LACl'STRES

valent aussi des pièces de bois carbonisées, dont quelquesunes, reposant sur la couche schisteuse, sont antérieures k la formation de la tourbe dans cette partie du basun. Cet ensemble de débris provenant nécessairement du séjour de l'homme sur ce lac, il en résulte qu'il a dû résider sur ce point & une époque où l'absence de tourbe n'aurait point permis d'y planter des pieux, vu que la couche schisteuse aurait présenté trop de résistance. D'autre part, la profondeur du lac sur cet emplacement était trop considànble pour atteindre le fond avec des pilotis. Il est donc probable que les cabanes étaient construites sur des radeaux, comme c'est encore le cas chez quelques peuples. Les nombreuses pièces de bois retrouvées ç et là dans la tourbe ea sont peutêtre les débris. Toutefois l'existence de radeaux n'exclut point celle de conslructions sur pilotis dans telle partie du bassin où la couche de tourbe était suffisante pour y planter des pieux , sans être à une trop grande profondear dans les eaux.

' M. Wild, frappé de l'aspect de ce vallon et de la double rangée de chênes qui ombrageaient la rive, d'où l'on ne voit que les cimes majestueuses des Alpes environnantes, croyait re-

prétation fort plausible et la découverte des habitations lacustres ajoute à cette vraisemblauce. Celui qui vivait sur les eaux devait aussi adorer ses (Ueux sur les eaux. Les pierres à Niton de Genève nous apparaissent comme des autels lacustres» et Ton ne saurait méconnaître que le Luissel convenait, par sa situation pittoresque, aux cérémonies d'un culte empreint de mystères.

On ne peut cependant affirmer avec certitude que les constructions qui s'élevaient sur ce lac aient été consacrées à quelque divinité. Les ossements d'animaux- découverts ne désignent pas nécessairement un sacrifice ; les épées , les javelots et les squelettes humains peuvent provenir des mœurs guerrières de l'époque ; la présence du froment dans la tourbe s'explique par un simple approvisionnement ; mais il est aussi permis d'évoquer les traditions qui parlent de sacrifices humains , de l'immolation d'animaux nombreux et de l'usage de jeter, comme offrandes dans les eaux, des produits des récoltes , des armes , des vêtements et des trésors.

Le Luissel est l'un des plus petits lacs de ceux de la Suisse dans lesquels on ait retrouvé les restes de constructions lacustres , et l'on doit s'attendre à découvrir sur bien des étangs naturels des débris du même genre. 11 serait donc fort possible que les rives beaucoup plus étendues du lac de Bret, situé sur les hauteurs de Lavaux , eussent aussi été occupées. On n'y a cependant rien trouvé de pareil jusqu'à ce jour, mais nous ignorons ce que peut recouvrir la tourbe du rivage.

Les lacs de la Vallée, dans le Jura vaudois, ne présentent pas d'indices suffisamment positifs d'habitations sur les eaux. Leurs rives rocheuses ne se prêtaient guère à ces constructions. Il existe cependant dans le lac de Joux une dizaine

de collioes soulacustres, connues sous le nom de Jfonlt. Trois portent des pieux et s'appellent Mtmt-Bond, M<mtchez-Gro^ean el Mont-la-Capile. Le premier, situé près de la rive droite , en face du lac Ter, est couvert en été de 6 k 7 pieds d'eau , tandis que tout  l'entour la sonde descend jusqu'k 300 pieds. Sur son sommet marneux, sont groupés une cinquantaine de pieux au moins , d'un diamètre d'environ 3 pouces et saillants d'un & 8 pieds. Les uns sont droits, d'autres inclinés, quelques-uns conservent des traces d'écorce ; le bois devenu noir est entouré d'une incrustation blanchâtre de calcaire. On voit , en outre, sur le Mont-Bond deux perches plantées récemment pour la pèche, ce qui pourrait faire croire que les autres pieux ont servi au même usage , aucun objet d'industrie n'ayant encore été découvert'. Le nom du troisi^e mont, La CapiU, est assescurieux , cette expression désignant en patois une petite maison ou espèce de cabane qui , si elle a existé sur ce point, est sans doute d'une origine relativement récente *.

Lac de Neuchâtel.

DK L*AGE DU BRONZB. 441

une ^)oque postérieure, caractérisée par l'introduction du fer ; toutefois c'est dans Tàge du bronze qu'elles ont occupé le plus grand nombre de points.

L'emplacement de Corcelletiea , situé à une demi-lieue en dessous de Grandson , est couvert de nombreux pilotis qui s'étendent surtout en foce de la campagne de M. le colonel Bourgeois ; quelques-uns s'approchent de la rive sous 2 à 3 pieds d'eau seulement , tandis que les autres s'en éloignent jusqu'à une profondeur de 40 à 12 pieds. La conser* vation des pieux est très inégale ; les uns, fort usés^ sortent à peine de la vase , mais le plus grand nombre mesurent d'un à 3 pieds au-dessus du limon. Clair-semés sur quelques points , ils sont beaucoup plus serrés sur d'autres. Ici , comme ailleurs , on trouve des pièces de bois carbonisées de grandeurs diverses.

Les objets en bronze découverts jusqu'à présent sont peu nombreux ; il faut cependant mentionner un petit anneau du genre de ceux, du Luissel, un grand bracelet et un celt. En revanche la poterie est très abondante. Plusieurs vases ont été retirés parfaitement intacts. Leurs formes et leurs dimensions présentent une grande variété. (PI. XIII, 2, 47.) Les uns paraissent avoir été de vrais joujoux d'enfants , d'autres n'ont pas moins de 2 pieds de diamètre. Un fort petit gobelet, terminé en pointe dans sa partie inférieure, a la forme d'un cdne renversé. (PI. XllI , 6.) Des soucoupes, ornées sur le rebord comme la pièce précédente, ont été travaillées soit à la main, soit à l'aide du tour. Plusieurs vases ressemblent à des gamelles, d'autres à des soupières ou bien à des urnes. Le vernis noir est quelquefois produit par le graphite. Les ornements, parfois d'une grande finesse, consistent en chevrons , en zigzags, en stries et en pointillages

ikii ANTIQUiTÉa LACUSTRRS

semblables & ceux des bracelets. Les anneaux-supports sont les mêmes que ceux des babilaUons du Léman et les ossements d'animaux ont été découverts en assez grand nombre*.

Je ne sais si l'on doit rattacher à ces débris les pilotis qu'on voit sous 3 à 4 pieds d'eau , vis-à-vis du village de Corceilettes. Us sont plantés sur 2 ou 3 rangs qui forment un carré avec une ouverture sur l'un des angles. Des caillonx roulés remplissent l'intervalle entre les rangées de pieux, tandis que l'espace intérieur est couvert d'un fin limon, dans lequel je n'fù trouvé aucun objet d'industrie.

Peu au delà de Corceilettes, est une rade, désignée dans la localité sous le nom de Chandron. Des pieux nombreux, baignés par 8 à 40 pieds d'eau, proviennent d'habitations lacustres.

Concise était déjà connu par ses pilotis de l'époque du bronze, longtemps avant la découverte faite en 18K9. Les pieux peu nombreux , mais saillants au-dessus de la vase , ont été souvent arrachés comme bois à brûler ; j'en ai vu un en chêne, de plus de S pieds de longueur, devenu complètement noir, fort dur et d'ime certaine élasticité. Ceux de l'emplacement voisin, enUërement couverts de limon, étaient

DE l'àge du bronzb. 143

de Neuchàtel , rappelle celles du Luissel par les volutes de son pommeau. De même que le manche du couteau de ThonoDi la poignée de l'épée de Concise est d'un bronze plus ronge que celui de la lame dans lequel l'étain entrait en proportions plus fortes , afin de rendre le métal plus dur.

M. le îy Clément m*a montré , près de St. Aubin , plusieurs lignes de pilotis usés jusqu'à la surface de la grève et disposés en doubles rangées qui pénètrent dans le rivage sous d'anciennes alluvions.

On découvre vis-à-vis du Moulin de Bevaix, au milieu de pilotis d'un à 3 pieds de longueur, des celts avec d'autres pièces en bronze, des anneaux-supports et plusieurs vases intacts. L'un , de grandes dimensions , était brisé en deux morceaux qui gisaient sur le limon l'un à côté de l'auti'e et qu'il m'a été facile de remonter.

La poterie est moins abondante sur l'emplacement caillouteux, «tué en face de l'Abbaye de Bevaix, d'où proviennent divers objets en bronze : un bracelet , 3 faucilles (PL X, 5), 2 celts (PI. X, 16), qui conservent encore des restes du manche en bois , et une espèce d'ornement de la forme d'un entonnoir (PI. XI, 12), haut de 26 lignes sur 24 seulement de diamètre. Cette pièce , surmontée d'une pointe cylindrique et tubulaire , épaisse de 3 lignes , conserve à l'intérieur les bavures du moule dans lequel elle a été coulée.

Quelques toises au delà du Grain , à une cinquantaine de pieds du bord, est un emplacement dont les pieux peu nombreux, saillants d'environ un pied, sont à une profondeur de 3 pieds par les basses eaux. Une traînée de cailloux , allant obliquement de ce point à la rive, forme une espèce de

^^^ antiquités Lici-STim

jetée qui teoait sans doute lieu du pont sur pilotis , commf c'est pftrfois le cas en Irlande.

L'une des bourgades lacustres les plus importantes da lac de Neuchftlel s'élevait devant U> Attw, soos Cortaillod*. Elle existait déjà vers la fin de l'ftge de la pierre et elle a encore été occupée après l'introduction du fer. La période du bronze y est représentée par des celts , des pointes de lance , des couteaui , des faucilles , des épingles à dieveux, des boucles d'oreille formées d'un fil délié (H. XI. 39), des bracelets fort nombrmx et des anneaux de dimensions assez grandes pour les passer aux jambes. L'un ne mesure pas moins de 4 '/i pouces de diamètre. (PI. XI , 28.) Quriques bracelets ont été brisés anciennement. La plupart wat formés de larges lamelles bombées, produites par le moulage (PI. XI, t8, 23) et ornées de torsades ou de stries parallèles, tracées en losanges dont les angles aboutissent à des cercles concentriques. Une épingle , de 49 pouces de longueur, est munie d'une tige, accidentellement reoooibée, qui a été torsée en-dessous de la tète, de forme sphérique. Celle-ci ( PI. XII, 1 ) , du diamètre de 1 6 lignes, consiste en une mince feuille de bronze , ornée de lignes pointilléee et

DE l'âge du bronze. 145

verte par M. le D' Otz , dans un vase d'argile avec 2 fouciiles et 5 bracelets. — Une feuille circulaire (PI. X, 42), des mêmes dimensions que la pièce précédente, porte sur le bord extérieuriine tige de. 5 lignes de longueur, terminée en forme d'anneau ; le centre de cette feuille est percé d'un trou de 9 lignes de diamètre. — Un cylindre creux , renflé sur le milieu de sa longueur, est muni à ses deux extrémités d'un rebord évasé pareil à celui d'une bobèche (PI. XI, 41 ); la hauteur totale de cet instrument est de 14 lignes, et son plus grand diamètre, de 2 pouces.

On découvre au milieu des pilotis de Cortaillod , distants de quelques centaines de pieds de la rive , de nombreux débris de poterie, quelques vases entiers (PI. XllI, 16), des anneaux-supports , des pesons de fuseau , des pierres discoïdes avec rainure , des marteaux en pierre , des broyons , des meules , des pièces de bois carbonisées , des noisettes , des noyaux de prunelles et des quartiers de pommes sauvages de la même espèce que celles de Wangen.

Des fragments d'argile cuite , restes du revêtement des cabanes , méritent une mention particulière. Les auteurs anciens parlent des demeures des Gaulois comme étant construites de pieux plantés en cercle entre lesquels on croisait des branchages qu'on garnissait ensuite intérieurement avec de l'argile. Les maisons lacustres ne paraissent pas avoir été construites autrement. Lors de l'incendie, cette argile a souvent été cuite de manière à pouvoir se conserver dans l'eau. Ces fragments portent en creux l'empreinte des branchages entrelacés (PI. XII, 37) et parfois des montants. Plusieurs de ces morceaux, passant de l'action du feu à un refroidissement subit, se sont déformés en tombant dans l'eau , mais d'autres sont restés parfaitement

146 ANTIQUITÉS LACl'STItES

intacts, ce dont il est facile de se convaincre quand l'une des faces de la pièce de revêtement reproduit un arc de cercle régulier ; on en peut même conclure que les cabanes étaient circulaires, et, d'après quelques fragments, elles doivent avoir mesuré îDlérieurement de 10 à IS pieds de diamètre.

Les ossements d'animaux ne sont point rares , de même que sur les emplacements précédents. Faute de déterminations suffisantes, je ne puis encore indiquer que le cerf, le bœuf et le mouton. Une forte tâte de fémur, taillée en gobelet , remonte peut-être & l'âge de la pierre , tandis que d'autres pièces, qui seront mentionnées plus loin, appartiennent & la période du fer.

Un second emplacement , qu'on peut rattadier au PsUt Cortaillod, n'est séparé de celui qui vient d'être décrit que par une zone de limon sans pilotis. La profondeur à laquelle il se trouve rend les recherches difficiles, en sorte qu'on ne saurait dire s'il a été occupé simultanément avec le précédent ou h une autre époque.

Vers le Bied , entre la Beuse et Colombier , une double rangée de pieux assez serrés part de la rive et s'étend sons les eaux en arc de cercle ; l'autre extrémité , actuellement

oot occupé peu à peu Tespacc intermédiaire, à mesure que la plaine s'avançait dans les eaux.

Vis-à-vis des avenues du ch&teau de Colombier, on aperçoit , à une assez grande distance du bord , sous 1 5 à 20 pieds d'eau , de nombreux pilotis , dont plusieurs se perdent vers la profondeur. Deux rangées , formées chacune d'une double ligne de pieux , se délachent de cet emplacement , Tune se dirigeant à gauche vers le bord et disparaissant sous le limon , l'autre allant à droite et aboutissant sur le port de Colombier. L'espace entre ces deux lignes de pieux parallèles mesure de 4 à S pieds et donne approximativement la largeur du pont qui conduisait au rivage.

Une autre rangée de pilotis , semblable aux précédentes , part du port de Colombier et met en communication avec la rive un second emplacement , situé près d'Auvernier. Des pièces de bois carbonisées témoignent d'une destruction par le feu , plusieurs sont recouvertes par le limon ; l'une , de grandes dimensions , est peut-élre un canot tourné sens dessus dessous. Non loin de cet emplacement , on voit , au milieu des galets de la rive, vers les premières maisons d'Auvernier, des pilotis disposés en carré, comme ceux de Corcellettes, et qui sont en partie à sec par les basses eaux.

Le groupe le plus important est celui d'Auvernier, d'où proviennent un bracelet et un beau celt en bronze. La poterie y est tout particulièrement abondante. Beaucoup de vases, pris en partie dans le limon, sont intacts ou à peu près et contiennent parfois des noisettes'. La variété des

* MM. L. Vou^a-Vou^ et Ch. Fauguel ont repêché, en un jour, une centaine de ces vases avec un grand nombre d'anneaux-supports. Quelques-uns ont été déposés dans le musée de Neuch&tel , les autres sont dans ma collection.

148 ANTIQUITÉS LACI3STIIEB

formes et des dimensions n'est pas moins grande qu'an Creux de la Tougue et à Corcellettes. Un vase, pareil à ceux de l'Age de la pierre daos les pays du Nord , est muni de trois petites oreillettes dans lesquelles on ne peut passer qu'une ficelle; d'autres vases sont ornés de proéminences comme on en voit fréquemment sur la poterie des Wendes répan> dus dans le nord de la Germanie. Quelques-uns portent une ou 3 anses. (PI. XIII, 3, 44. ) nusieurs ont conservé leur vernis noir, produit quelquefois par le graphite. Les ornements consistent aussi en cordons saillants, adaptés sur les flancs du vase, ou en stries d'une grande finesse (PI. XllI, l ,10), disposées en lignes parallèles, en cbevrons, en triangles ou bien en lignes ondulées. Divers A^ments déformés par la cuite indiquent que la labrique de poterie n'était pas éloignée. De nombreux anneaux en argile, servant de support, de ^'j, kS pouces de diamètre (PI. XUI, 12) .accompagnent ces vases dont plusieurs, faute de pied, devaient être posés sur ces anneaus.

Une pointe de lance en fer 1res effilée, provenant de cette localité, montre que la bourgade d'Auvernier a dik subsister 1 l'introduction de ce mclal. On est loin du

quelques-UQS pour s'assurer s'ils ne recouvrent point des objets d'industrie ou même des sépultures. On attribue à quelques Indiens de l'Amérique l'usage de descendre dans les eaut le corps du défunt, qu'on recouvre ensuite de pierres ou de gravier. Toutefois il serait assez surprenant qu'un mode funéraire de ce genre eût été limité à Âuvcmier , s'il a jamais existé en Suisse, car je n'ai encore observé nulle part ailleurs ces monticules. Il est probable aussi que les sépultures étaient moins rapprochées des habitations. Quoi qu'il en soit, il suffira de faire quelques tranchées pour élucider cette question.

On trouve encore, sur la rive neucbàteloise du lac, des emplacements à pilotis , au Crèt près Neucfaàtel , vis-à-vis de Hauterive et à La Tène , non loin de Préfargier. L'em<> placement de Hauterive , occupé par les pieux , pesure à peu près 120000 pieds carrés de surfoce, sous 4 à 6 pieds d'eau ' . Celui de la Tène, éloigné d'environ 300 pieds de la rive et profond de 4 à 15 pieds, a près de 80 000 pieds carrés de surface. Quoique moins grand que le précédent, il est infiniment riche en débris d'industrie dont la plupart , appartenant à la période du fer, seront décrits plus loin.

La rive droite du lac n'a pas été moins habitée que celle qui vient d'être parcourue. En passant vers le pied du Vully, on trouve, à la Sauge, non loin de l'embouchure de la Broie , des pilotis distants d'environ 1000 pieds de la rive et recouverts seulement par 7 pieds d'eau. Bien qu'on y découvre des objets de l'époque romaine, il est à présumer que l'occupation de ce point remonte à un âge plus reculé.

* Ces dimensions et celles des emplacements suivants, prises par M. le colonel Schwab, ont été publiées par M. le Dr Ferdinand Keller: Pfahlbauten Ih* Bericht, 1858.

180 ANTIQUITÉS LACDSTRBS

D'autres pilotis existent près de Cadrefln et de Champmartin. Ce dernier emplttcemeot , de 80 000 pieds carrés de surface, est éloigné de t à SOO pieds de la rive et recouvert de 4 à S pieds d'eau. On y a pédié des pesons de fuseau en argile.

Les pilotis de Cbabrey, du milieu desquels provient un peson de fuseau en pierre , sont à la même profondeur et à Id même dislance de la rive que les précédents. Us occupent un espace de 160 000 pieds carrés.

Des habitations lacustres s'élevaient aussi près de Fort- Alban et de Gletterens. Elles étaient à 600 pieds de la rive, au-dessus de 7 à 8 pieds d'eau. Les dernières, qui paraissent avoir encore subsisté pendant l'époque romaine , recouvraient un espace d'environ 80 000 pieds carrés.

Il n'existait pas moins de trois bourgades ou villages prés de Cbevronz, oix se trouvaient déjà des constructions sur pilotis dans l'^e de la pierre. Le premier emplacement , éloigné d'à peu près 600 pieds du rivage et baigné par 5 à 8 pieds d'eau , avait une étendue d'environ 60 000 pieds carrés. On y a découvert des bracelets, des épingles à ebeveux, des faucilles, des couteaux , deux épées en bronze et quel-

Il existe près de Corbière deux emplacements à pilotis. Le premier, appelé Tineviires de la Craza, remonte à l'âge de la pierre; le second , celui de la Craza, est à environ 700 pieds du bord^ et mesure, sous 8 à 9 pieds d*eau , près de 60 000 pieds carrés de surface. On y découvre des débris de poterie romaine , mais MM. de Vevey et Rey y ont aussi trouvé des objets de Tftge du bronze, tels que couteau, épingles et petits anneaux de la grandeur de bagues. Une double rangée de pieux qui se dirigent sur la rive indique les restes d'un ancien pont. La côte rocheuse, sur laquelle on voit plusieurs cavités, porte le nom de La Creuse.

Estavayer possède , de même que Corbière, deux emplacements, l'un , de rage delà pierre , et l'autre de la période suivante. Ce dernier, situé en face de la ville , à environ &00 pieds du rivage , et baigné par 6 à 7 pieds d'eau , ne mesure guère que 8000 pieds carrés de surface. Malgré son peu d'étendue, les objets d'industrie y sont nombreux. La riche collection de M. le colonel Schwab renferme des meu^ les , des broyons , des vases , des anneaux-supports et des pesons de fuseau en argile , ainsi que des bracelets , des épingles à cheveux , des faucilles et des couteaux en bronze, qui proviennent de ce point que MM. de Vevey et Rey, d'Estavayer, ont particulièrement exploré*. Outre des poteries et de nombreux ossements, ils y ont recueilli plus de 200 objets en bronze. Les épingles, au nombre de 129, présentent d'assez grandes variétés. L'une, de 76 lignes de longueur, est ornée d'une tète sphérique de 11 lignes de diamètre, percée de 8 trous circulaires et couverte de gravures en cercles concentriques, en lignes droites et en pointillages.

* C'est à leur obligeance que je dois les renseignements suivants sur les emplacements d'Estavayer, des Etangs et de Font.

1K3 AKTlQniTÉS LACCSTBtS

( PL XII, 6. ) Dans le nombre des ornements, sont 11^ bracelets , les uns richement gravés , une bague de la forme d'une feuille de saule cannelée sur sa longueur (PL X], 19), 2 boutons bombés, pareils à celui de Concise (PL VIU, 12), 6 peUtes spirales en lire-bouchon (PL XII , 35) qui ont été passées dans le lil d'un collier ' , et 2S petits anneaux de 3 à h lignes de diamètre ; 2 sont encore unis par une lamelle de bronte, repliée de manière & servir de lim, en sorte qu'oa peut envisager ces petits anneaux comme les débris de chaînettes (PL XI , 9) dont on retrouve les analogues dans les sépultures *. — Les armes ne consistent encore qu'en une pointe de javelot et une charmante tête de Qèche en bronze avec douille. (PL IX, k.) — Dans le nombre des objets d'usage domestique se trouvent : un celt avec douille et oreillette, un petit ciseau, long de près de 3 pouces , dont le tranchant n'a que 3 lignes de largeur (PL X, 3), th couteaux, K faudlles, 2 hameçons, l'un double (PL XII, 2S) et l'autre simple, d'une forme pareille aux hameçons de dos jours. Une petite barre d'étain , longue de h pouces , et du poids d'environ demi-once , était sans doute destinée à être travaillée sur place*. Le moule découvert i Morges et les

emplaoemeots de fonderie constatés en Suisse ont déjà fait voir que la population de l'Helvétie connaissait l'art de travailler et d'allier les métaux , mais il n'en est pas moins fort intéressant de retrouver l'une de ces barres d'étain qui devaient être un article important du commerce de l'antiquité.

Un canot git encore au fond du lac près de l'emplacement d'Estavayer. Des pécheurs en ont sorti un autre, ces derniers temps , qui mesurait environ 10 pieds de longueur sur 2 de largeur, et dont l'extrémité conservée est taillée en pointe légèrement relevée.

En amont d'Estavayer, près de l'embouchure du ruisseau des Etangs, des pilotis sont en partie recouverts de sable.

rais voulu vous donner les proportions, mais l'essai de dosaf^e que j*ai fait n'a pas réuni : c'est une des séparations de métaux les plus difficiles.

> Il peut y avoir approximativement 10 pour 100 d'antimoine. Un alliage dans ces proportions, que j'ai préparé, m'a donné un métal très ressemblant au vôtre. On utilise des alliages de ce genre dans l'industrie.

> Vous m'avez posé une autre question : Cet alliage est-il naturel ou bien a-t-il été fabriqué ? Je ne pourrai vous fournir à cet égard que des conjectures.

> Les anciens ont dû exploiter surtout les minerais d'étain d'alluvion, comme ceux de Comouailles et des Indes, qui donnent un métal sans antimoine ; le minerai en filon, comme celui de la Saxe, fournit un métal allié d'antimoine, mais dans des proportions bien plus faibles que 10 pour 100, et l'extraction du métal exige dés traitements très longs, ce qui pourrait faire penser que les anciens n'exploitaient pas les minerais analogues. Cependant il n'est pas impossible qu'on ait exploité quelque part un minerai fournissant un alliage d'étain et d'antimoine. Je n'ai pas la prétention de vouloir prononcer sur ce point, mais je pencherais à croire que votre métal est un al* liage fait intenlionnellement. >

Il est à remarquer que l'antimoine ne se retrouve pas dans le bronze du celt de Morges analysé par M. le professeur Bischoff. Je ne le vois mentionné sur aucune des tables d'analyse chimique des bronzes de l'antiquité que j'ai tous la main.

199 ANTIQDITË8 LACUSTRES

Uo peu au delù, du cAté de Font, on voit, & peu de distaace du rivage, sous 2 à 3 pieds d'eau seulement, quelques restes de pieux du milieu desquels liIM. de Vevey et Rey ont sorti une navette à filocher, consistant en une longue aiguille de bronze, fendue à ses deux extrémités de manière à recevoir le fil. Près de cet emplacement, se trouvent le Port det Sarrazint et un bloc erratique connu sous le nom de Pierre du tmaiage. Les traditions qui se rapportent aux Sarrazins sont très répandues dans la Suisse occidentale, où il existe aussi des autels païens vers lesquels des fiancés ont continué, jusque dansie siècle passé, à se jurer fidélité réciproque.

Il reste h mentionner deux emplacements & pilotis, ceux de Cheire et de Clendy. Ce dernier, k peu de distance d'Yverdon, est couvert de cailloux au milieu desquels j'ai trouvé des marteaux en pierre de la forme de cubes aux angles émoussés.

Si l'on ajoute à ces différents emplacements ceux de l'&ge de la pierre, y compris Chamblon et le pont de la Thiële, on voit que le lac de Neuch&tel ne compte pas moins de 37 bourgades ou villages lacustres, mais encore ce cliiffie est-il

DE l'âge du bronze. IS5

été abandonna pendant Tàge de la pierre. Cinq de Tâge du bronze paraissent, d'après les instruments en pierre décou* yerts, remonter à la période primitive, et la plupart ont été détruits avant Tintroduction du fer. On retrouve cependant des poteries romaines sur 7 à 8 localités, comme on le verra plus tard; mais les restes de beaucoup les plus nombreux , découverts jusqu'à présent, remontent à la période du bronze pendant laquelle les habitations lacustres de THelvétie occidentale ont eu le plus- haut degré de prospérité.

Lac de Moral.

Le lac de Morat, voisin de celui de Neuchàtel avec lequel il formait autrefois un seul bassin , n'en est séparé que par des marécages et par le mont Yully, qui s'avançait comme un cap au milieu des eaux, hà proximité de ces deux lacs ne permet pas de douter que celui de Morat n'ait eu aussi ses habitations lacustres , mais ses bords n'ont pas encore été suffisamment explorés, et il est probable que la tourbe recouvre les restes de plus d'une ancienne construction.

On voit, sur la rive voisine d'Avenches, du côté deFaoug, des rangées d'anciens pilotis qui s'avancent dans les eaux , jusqu'à une profondeur de 7 à 8 pieds , où ils se groupent en grand nombre *. Ce point ne tardera pas à être examiné de plus près.

Lac de Bienne.

Le lac de Bienne est particulièrement riche en antiquités

** Communication de H. Ch. Renaud, concierge du musée d'Avenches.

186 A^TIQUITÉ3 UCUSTBES

provenant des constructions lacustres '. Avant qu'on se rendit compte de la présence de ces débris dans les eaux , M. Albert Jahn avait déjà recueilli plusieurs objets intéressants. En ISSt, M. le notaire Muller, de Nidau, commença à se former une précieuse colleclioo, devenue plus tard la propriété de M. le colonel Schwab, qui , par ses nombreuses explorations , a créé le plus beau cabinet d'antiquités lacustres qui existe en Suisse.

L'emplacement à pilotis le plus important du lac deBienne est celui de Steinberg, près de Hidan. Gomme son nom l'indique, il consiste en un mont recouvert de pierres, mais c'est un mont submergé dont le sommet est baigné par 7 à 8 pieds d'eau. La surface, d'une étendue d'environ 3 arpents, est chat^ de cailloux roulés, jetés en grande abondance par la main de l'bomme sur ce point, pareil au basfond de Rolle, et qui n'est pas sans rapport avec les crannoges de l'Irlande. Il est cependant à présumer que le Steinberg ne s'est jamais élevé au-dessus de l'eau d'une manière permanente , car rien n'autorise à admettre un exhaussement de 7 à '8 pieds du niveau moyen ; les nombreux pilotis qui sortent encore de 3 à 3 pieds de la surface du mont,

DE l'âge du bbonze. 457

Le chêne, le héire et le sapin ont été employés pour ces pilotis de 3 pouces à un pied de diamètre. Plantés sans ordre , ils sont clair-semés sur quelques points et groupés ailleurs, de manière à n'être distants les uns des autres que d*un à 3 pieds. Un canot et plusieurs pièces de bois, restes des constructions , gisent au milieu de ces pieux , avec des massues en chêne et de nombreux débris d'industrie , dont quelques-uns remontent, comme on l'a vu, à l'âge primitif; tandis que d'autres sont postérieurs à la deuxième période. Des lances de chêne , longues de 6 à 8 pieds , ne paraissent pas avoir été armées de pointes en métal, et des massues du même bois , semblables à celles de Wangen , ont pu être employées à des époques diverses.

Les pierres discoïdes à rainure, pareilles à celles du Léman, n'étaient point rares sur le Steinberg. La plupart sont en pierre quarlzeuse et quelques-unes seulement , en calcaire jurassique. Que leurs faces soient plates , concaves ou convexes, elles ont toujours sur le centre un petit creux, mais ces disques ne sont jamais percés de part en part. Le plus remarquable a été taillé de manière à présenter sur chacune de ses faces 4 degrés circulaires dont le diamètre va en se rétrécissant. (PI. XII, 42.)

Sur d'autres pierres, de la forme des galets de rivière, on a taillé une rainure, non point sur le pourtour, mais en travers (PI. XII, 38), de manière à pouvoir y adapter solidement un manche fendu ou y attacher une corde. Dans le premier cas , la destination pouvait être celle des casse-tête, et Ton sait d'autre part que les peuples du Nord ont long-

Chamblon répond à la hauteur de la rive actuelle, louant à l'exhaussement qui a eu lieu dans les premiers siècles de notre ère, on verra plus loin qu'il a été produit par un barrafi^e fait de main d'homme.

temps ulilisé dans la guerre des cordes à l'eitrémilé desquelles était fixée une pierre qui, lascée avec dextérité, faisait enrouler la corde autour des membres de l'ennemi qu'on enveloppait ainsi de cette espèce de lacs.

Des pierres •percée» . de S à 6 livres de pesanteur, ont eu sans doute des destinations diverses.

Les marteanx en pierre, de la forme d'un cube aux angles émoussés, sont nombreux. — Des cailloux plats, avec des creux irréguliers, mais artificiels , paraissent avoir été de véritables enclamei.

hcipierretàaigaiser, les frroi/oru, les moujin* ou meutes avec une surface parfaitement plane rappellent les occupations inhérentes à la vie domestique. — D'autres pierres portent de petits bassins, de 2 à 3 pouces de diamètre sur S & S lignes de profondeur, destinés sans doute à broyer des grains , mais dont l'usage a pu être fort varié. Ces bassins sont pareils à ceux qu'on voit sur les autels appelés dans divers pays, Pierre$aux Ectiellei '. Des mortiers d'un genre analogue ont été employés par les anciens babilants de l'Amé-

* Le premier autel de ce (enre que j'ai découvert daiu lecantoD de Vaud, en 1S49. eat la PieTre-aaX'Eeu^la de Honl-la-ViUe, ru pied dn Jura. BUb

DE l'âge do bronze. 159

rique du Nord et soDt encore en usage chez quelques Indiens ' .

La poterie du Steinberg présente la même variété et les ménages caractères que celle des autres emplacements de Tàge du bronze. Plusieurs fragments de vases , ornés d'un vernis rouge et noir , me paraissent appartenir à la période suivante, dans laquelle il en sera plus particulièrement fait mention , ainsi que de l'emploi de la pierre ollaire. — Les anneaux-supports sont nombreux, de même que les débris de revêtement en argile, qui, comme ceux de Cortaillod , conservent en creux Tempreinte des brancbages entrelacés , dont on formait les parois des cabanes. — Les pesons de fuseau d'argile , souvent colorés en noir avec le graphite , mais quelquefois aussi en pierre, se distinguent des grains de collier en ce qu'ils sont aplatis d'un côté , tandis que l'autre est convexe et fréquemment orné. (PI. XII, 32, 39.)

Entre les instruments en bronze, découverts sur le Steinberg, plusieurs sont remarquables par leurs ornements ou l'originalité de leurs formes. — Les pointes de lance et de javelot (PI. IX, 15) mesurent de 3 à 11 pouces. L'une (PI. IX, 6) , ornée sur sa douille de lignes ondulées et de pointillages, peut prendre place à côté des plus belles pièces Scandinaves de ce genre. Des têtes de flèche avec ailerons prolongés en pointe le long de la hampe, à la manière des harpons (PI. IX, 1, 2, 3), sont intéressantes à cause de leur rareté dans Tûge du bronze '. — Les celts portent généra -

* Ces mortiers, d'une contenance d'un demi-boisseau, sont parfois taillés sur de grands blocs faisant saillie sur le sol. Ancient monuments of the Mistissipi Valley^ by E.-G. Squierand E.-H. Davis, chap. IV.

* On découvre bien en Crimée, surtout dans les environs de Kerlsch, de nombreuses pointes de flèches en bronze, mais qui proviennent de tom-

160 ANTIQOITËS UC0STRB8

lement une oreillette sur le cdté. — De véritables eUtamx ea bronzé, de 3 & S pouces de longueur (PI. X, t), sont munis d'une douille opposée au trandunt, et n'ont pn être employés que coDiDoe le ciseau du ebarpeatier. — Un autre genre d'instrument que je n'ai encore vu qu'A Bienne, est une espèce de fflurfeau formé d'une pièce de bronze à 6 laces, longue d'environ 2 pouces sur un diamètre de 12 lignes en moyenne (PI. X, 4) ; il recevait un manche en bois, qui, tixé à l'une des extrémités, devait être coudé. — On p«it envisager comme des limei, d'un geore primitif sans doute, des pièces de broute, longues de 33 à A6 lignes , dont l'une des faces ou les deux faces opposées sont couvertes de cannelures transversales et parallèles. (PI. X, 9.) Elles pouvaient servir à donner un certain fini à des objets d'une matière peu dure. — Les faucille» , for^fiées par deux ou trois nervures, ressemblent k celles des autres emplacements lacustres. — Les amteaux ont une lame gracieusement arquée , parfois avec un manche en bronze de forme élégante (PI. XI, 1), d'autrefois le manche se fixait dans une douille, ou bien enfin la soie de la lame pénétrait dans le bois. (PI. XI , 3. ) — La variété des pièces qu'on peut envisager comme des tranchett est assez grande. Ce sont des lamelles de bronze arquées , dont le tranchant est sur le bon) con-

HMlai

nt été formés de ûls de bronze, le plus souvent carrés, longs i 4 pouces, dont une extrémité est pointue, tandis que Biutre s'élargil et se termine en forme de petit oiseau. (PI. , 44.) D'autres piècee d'un genre pareil, mais plaies aux deux exlrcmilés (PI. XII, 8) , servaient peut-éire de perçmr en les fixant à un instrument qui permit de les mettre en

rMlation. — Des fils de bronze, bifurques sur les deux bouts, pDt pu être employés comme navettes pour la maille du filet ^1, XII, il); d'autres, munis de cette petite fourchette à un bout seulement (PI. XII, 19), se rapprochent de l'aiguille. — La variélé des aiguilles ou aiguillettes est remarquable. Elles mesurent de iS lignes à 6 pouces de longueur. Quand l'œil se trouve sur le milieu de l'instrument, les deux extrémités de celui-ci sont pointues (PI. XII, 22), comme onadéji ■ ju le remarquer sur les aiguillettes en os de Concise ; mais ^■t plos souvent I'œII circulaire, carré ou en losange, est sur ^M bout opposé à la pointe. (PI. XII, 15, 16,17, 18,21.) — ^Bbe petits crochets sont pareils à ceux que les dames em- Hyloicnt de dos jours pour crocheter. (PI. XII, 20.) — Celte ^ ^nière forme conduit assez naturellement à l'hameçon , en recourbant la lige de bronze, et il est possible que ces crochets aient été destinés à cet autre genre d'objets. Les nombreux hameçons découverts sont le plus souvent formés de fils de bronze carres, terminés en pointe c»mme une aiguille

»(PI. XII, 23, 28) ou munis d'une petite barbe. (PI. XII, 24, M, 37.) L'extrémité où se fixait le fil de la ligne est en- HUée DU repliée en anneau . D'autres fils de bronze forment rbameçon double. (PI. XII, 29.) Ces diverses variétés nous montrent combien les formes encore usitées de nos jours remontent à une haute antiquité.

- Lee ornements en bronze du Steinberg méritent aussi une

I6S ANTIQUITÉS UCUSTRK8

mention ^«éciale. Les ipingte$ , de dimensions et de TomMS très diverses , sont souvent ornées avec beaucoup de goût. Une partie de ta tige est parfois toraée ou couverte de fines gravures et se termine par uD anneau , par un renflement du métal , ou par un bouton plat ou de forme ovoïde , à moins qu'elle n'entre dans une léte sphérique finement striée, percée de jours circulaires et quelquefois incrustée de pierres rouges ou d'autres matières. (PI. XII, 3, h, 8, 7, 9, 40, 42.) — Les anneaux sont représentés par des pièces de tontes formes et de toutes dimensions. Quelques-uns sont assez grands pour avoir jêté des ornements de jambe. Les bracelets , souvent lattes et bombés , portent les gravures propres à ce genre d'ornement. On peut prendre pour des boucles d'oreille, de simples fils de bronze, repliés en cercles d'un & 2 pouces de diamètre. Drâ anneaux, de la même ùmplidté, ont la grandeur de nos bagnes. Les dimensions de plusieurs autres , beaucoup plus peUts , laissent leur destination incertaine , & moins qu'ils n'aient fait partie de cfaalnetles semblables à celle d'Estavayer. Quelques-uns, snrmontés d'une tige en forme de T (PI. XI, 13), ont peut-£tre été employés comme agrafes, en passnnt la tigetransversale

t>i l'acc du bhon». <63

partie inférieure (PI. XI, 14, IS), sont les mêmes que celles qu'on voit à l'extrémilé de chamelles déposées dans les anciens tombeaus. — Des boulons, doubles ou simples, bombés et munis d'une queue droite ou d'un petit anneau (PI. XI , 2S , 30) , ont pu être fixés aux vêtements , aux ceintures ou sur des courroies de cuir. On parait avoir

[ nltlisé comme objets de parure des cristaux el des pétri ficais, entre autres des lérébratules et de petites ammonites. U est possible aussi qu'on ait attaché h ces pièces quelque ; superstitieuse , d'après les préjugés populaires qu'on Hrouve plus tard. — Une ou deux lamelles cannelées, eo

L or, et une fort petite spirale en tire-bouchon (PI. XII, 30), sont les seuls objets de ce métal découverts jusqu'à présent dans les lacs de la Suisse. La rareté de l'or, pendant la période du bronze, contraste avec son extrême abondance dans les pays du Nord, à la même époque. — Des lamelles en bronze, d'environ demi-ligne de largeur, enroulées en tirebouchon comme la pièce précédente , ont été des ornements de collier, ainsi qu'on l'a vu à Eslavayer. Une perle cylindrique, en serpentine, a eu la même destination. EnBn des grain» de collier, en verre et en jais , peuvent appartenir & cette période. J'en ai trouvé en pâle vitreuse dans une tombe de l'âge du bronze, prés d'Aigle , et M. le D' Liscb a découvert, dans le Mecklembourg, des grains en verre bleu, Iransparenl, dans des tumulus contemporains. Toutefois il se peut que ces verroteries lacustres , daus tous les cas fort rares & celle époque , appartiennent à l'fige suivant.

Un genre de pièce particulièrement intéressant est le croissant, auquel se raltacbaicnt des idées religieuses particulières ; mais il est vraisemblable que ce symbole ne re-

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monte, chez les L«ci»b«s, qu'au premier âge du Ter, dans lequel il en sera bit une mention spéciale.

Les oBsements d'animaux retrouvés sur le SteJnbei^ sont fort nombreux. Les anintaux domestiques paraissent avoir été l'un des moyens importants de subsistance, et 11 est A remarquer que le cheval n'est point . rare dans l'Age du tvonze.

Il existe près de Tingeli, sur la rive gauche dn lac de Bienne, A peu près en fiice de Nidau, un emplacement A plotis de ko 000 pieds carrés de surface , recouvert par <S pieds d'eau. On y trouve des débris de poterie, des meules, des broyons et dés disques en pierre avec rainure.

Vers Ugen, vis-à-vis de l'tle de Saint-Pierre, on voit des pieux épars sur un espace d'environ AOOO pieds carrés, distant de AO A 80 pieds du rivage, et A une profondeur de 8 pieds en'moyenne.

En redescendant la rive droite du lac , on rencontre, A une demi-lieue de Nidau, les pilotis de Snta, éloignés de iOOA IKO pieds de la cdte , sous 6 pieds d'eau environ.Q u^ques poteries, un ceit et une belle lame d'épée en bronze proviennent de ce lie» , reeowvert de nombreuse» traces d'in-

DB L*AGK OU IA01«ZS. IW

aa-dessus du sol , la yase Q*a guère permis de pAcher autre chose que de la poterie.

Les pilotis de Monimgen occupent une petite éléyation , située au milieu d'uoe anse du lac et baignée par 6 pieds d'eau. Cette élévation , couverte de pierres entessées par la main de Tbomme, à environ 300 pieds du rivage, porte ausai le nom de Steinberg. De grandes pièces de bois gisent au milieu des pieux. De nombreux débris carbonisés sont évidemment des restes d'incendie. Avant qu'on connût les habitations lacustres , M. le notaire Muller, de Nidau , avait déjà retrouvé sur ce lieu plusieurs objets intéressants, enlre autres des bracelets , des celts en bronze, des anneaux-supports en argile, des pesons, des vases, des plats et des coupes, une foule d'ossements et 3 canots, formés chacun d'un tronc de chêne, taillé dans le genre des pirogues.

L'emplacement de Hagaeek, exploré par M. le professeur Desor, remonte à l'âge de la pierre et possède ausri des débris de la période suivante.

Plusieurs celts en bronze , découverts dans un terrain tourbeux, près deCerlier, paraissent, d'après les renseignements que je dois à M. Desor, provenir d'habitations lacustres , dont l'emplacement aurait été envahi par la teurbe. Une étude plus complète de ce point pourra fournir des données intéressantes sur l'accroissement de cette formation.

Deux lies d'inégale grandeur, séparées par un bas fond, s'élèvent sur le lac de Bienne. Leur exposition a dt attirer de bonne heure les habitants de la contrée , aussi la population lacustre a-t-elle laissé quelques traces de son séjour vers la petite Ue des Lapins, où d'anciens pilotis, fort usés par les eaux, sortent encore de la vase.

A l'orient de l'Ile de SaintrPierre, des rangées de pilotis

IM ANTIQUITES UCUSTRU

ft'itendeat parallèlement à la riv6, & une distance de 30 à 40 pieds de celle-ci et sur une largeur & peu près pareille, la profondeur des eaux n'ayant pas permis de les planter plus en avant. Les pieux , très rapprochés les uas des autres , sortent encore d'un i 2 pieds du limoa et recouvrent un espace d'environ 2 arpenta. A l'angle septentrimal de i'Ue, est un canot de cfaène d'une seule pièce, de grandes dimensions, qui ne mesure guère moins de KO pieds de longueur SOT une largeur de 3 V, à 4 pieds. Ce canot , pris dans b vase, est en outre rempli de cailloux.

Lac de Sempach,

CMitoD de Lseeine.

Les explorations faites ces dernières années dans la Suisse de langue allemande, montrent que la plupart des habitations lacustres y ont été détruites pendant l'âge de la pierre ou à la fin de cette période. Il est k, présumer cqteadant qu'après avoir été répandues en si grand nombre , plusieuis ont subsisté plus tard. C'est en effet ce qui a eu lieu sur

DE l'âge du bronze. 167

furent mis à sec. Les pieux arrachés du sol doivent avoir eu un pied de diamètre sur 12 de longueur. On a trouvé sur cet emplacement des armes celtiques , des épingles et divers objets en bronze, décrits dans le VII^ volume du GisckkhU' fntmi.

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