‹ Habitations lacustres des temps anciens et modernes (volume 2)Chapitre 18 sur 94 · AGE DE TRANSITION DU BRONZE AU FER · texte numérisé non relu

AGE DE TRANSITION DU BRONZE AU FER

D'après Tétade des antiquités et les traditions historiques, le travail du fer a été postérieur en Europe à celui du bronze. De même que ce dernier métal remplaça la pierre employée primitivement pour les instruments tranchants, il vint aussi un moment où le fer prit la plac« du bronze. Il va sans dire qu'une matière nouvelle acquise à l'industrie ne fait point disparaître les matières utilisées auparavant, mais leur api^ication se restreint nattirellement, sinon dans la quantité mise en œuvre , du moins dans l'universalité de leur emploi. Plus les matières se multiplient, plus les produits de l'art sont nombreux et variés. Le fer, en particulier, devait amener toute une révolution industrielle ; mais, dans quelques pays , son introduction a été tardive et son application générale assez lente. Il devait en élre ainsi, aussi longtemps qu'on ne possédait pas l'acier, sans lequel le fer

n'a pas de supériorité, pour les instruments tranchaDts, sur le broDze de l'antiquité. La tranùtion de la pierre au bronze s'effectua d'abord par te cuivre , dont on retrouve des armes et des ustensiles en Asie et en Amérique ; celle du bronze au fer dut se prolonger jusqu'au moment où l'on sut produire l'acier. L'étain allié au cuivre ouvrît une période nouvelle i le fer combiné avec le carbone fut l'une des plus grandes conquêtes de l'industrie. Il est à remarquer cependant qu'on obtint l'acier longtemps avant de se rendre compte de ses éléments consti^tib, mais il suffisait qu'on parvint à le reproduire pour éÙe au bénéfice de ce métal, le plus précieux de tous '.

D'après l'observation qui précède, le passage d'un métal à l'autre ne saurùt être limité par l'apparition de l'acier, mais bien pIutAt par une extension suffisante du fer pour devenir d'un usage général. Plusieurs découvertes récentes reproduisent cette transition , en présentant sur le même point un mélange d'instruments tranchants en bronze et en fer, où l'on voit, d'une part, l'introduction du nouveau métal, et de l'autre, la continuité de l'ancienne industrie, caractérisée par les formes et l'ornementation de l'flge pré-

prié, mettant parfois plusieurs siècles à conquérir cette industrie, dont l'importation n'est pas étrangère à toute invasion.

La tradition grecque, qui attribuait la découverte du fer aux Dactyles idéens , a fait confondre le mont Ida de la Pbrygie avec celui de l'ilc de Crète. La date de l'an 1^32 avant notre ère, à laquelle les marbres de Paros font remonter cette découverte, montre que les Grecs l'envisageaient comme très ancienne, bien que ce chiffre, par trop précis, soit certainement fort au-dessous de la réalité , pour autant qu'il se rapporte à l'Orient. Quoi qu'il en soit , Homère décrit la guerre de Troie comme une époque de transition , car, malgré les armes en bronze de ses héros, il ne mentionne pas moins de trente-deux fois le fer dans ses poèmes, qui ont été certainement composés dans un siècle postérieur à la deuxième période. Hésiode parle de l'emploi général du bronze comme d'un usage ancien et il déplore d'être né dans \'âge dt fer. Artstole cherche k expliquer comment on obtient l'acier, connu certainement avant lui ; aussi , dans les beaux temps de la Grèce, le bronze n'était-il plus employé pour les armes offensives.

En Italie , les anciens Etrusques ont laissé de leur industrie des instruments tranchants en bronze, bien que le fer paraisse ne pas leur avoir été enUèrcment inconnu. L'ilgc du bronze était une tradition déjà antique chez les Romains, devenus maîtres du monde. Leur littérature , où l'on retrouve si fréquemment l'expression de mourir par le fer. détruire par le fer, dirait assez, en l'absence d'autres documents, quelle était la matière des armes romaines,

L'Espagne, dont les mines abondantes ont été exploitées successivement par les Phéniciens , les Grecs, les Carthagi-

Kis et les Romains, a clé au bénéfice des connaissances

métalluipques de ceux qui l'exploraient. IjCB Romoias re-

connaissaiMit eux-mêmes la eupériorité des glaives oeltibériens , et ces glaives n'étaient poiat en bronxe.

D'après César, les Gaulois et les Bretons connaissûeot le fer; mais ces derniers l'enoployaient pour des anneaux et des ornements personnek , ce qui a fiût supposer qu'il devait être encore rare. Cette conclusion est moins rigourease qu'on ne l'a supposé, ce dont il est liacile de se convaincre quand on examine de près quelques découvertes où l'on découvre , avec des armes et d| nombreux ustensiles en fer, des ornements divers et même des broches du même métal. L'époque h laquelle les Gaulois commencèrent k travailler le fer n'est pas fàdle à déterminer , cependant les Phocéens qui vinrent s'établir à l'embonchore du RhAne , six siècle* avant notre ère, possédaient depuis longtemps ce métal, aussi durent-ils contribua* à le répandre , au moins dans le midi des Gaules, à supposer que ces contrées fussent restéei tout k foit étrangères aux arts métallurgiques dçs CelUbériens. D'autre part, c'étmt vers la même époque que les Kimris , qui déterminèrent les émigrations de Ségovèse et de BcUovtee . entraient dans iea Gaiilca . et , comme ils vt-

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lac Mélar, apportèrent avec eux l'art de travailler le fer , mais encore n'est-il point certain qiie ce métal n'ait pas été connu dans les pays Scandinaves avant leur arrivée.

Hérodote rapporte que les Scythes rendaient un culte à un glaive en fer. Cet usage était sans doute déjà ancien du temps de l'historien grec. On sait combien la matière consacrée aux instruments du culte reste longtemps la même, malgré les progrès de l'industrie. C'est ainsi que chez les Romains, les féciales avaient conservé l'usage d'immoler les victimes avec une pierre siliceuse. — Le pays des Scythes, en nous reportant vers l'Asie, nous rapproche des contrées où les arts métallurgiques prirent naissance.

Il n'est guère possible d'indiquer par des chiffres précis , pour chacun des pays de l'Europe, le moment où le fer devint d*un usage général ; mais il y a lieu d'être surpris combien longtemps on a attribué aux Romains les épées de l'âge du bronze. Ces armes sont aussi plus anciennes chez les Gaulois que plusieurs savants ne le pensent. On voit chaque année se multiplier des découvertes qui prennent nécessairement place avant les conquêtes de César, et reculent d'autant les périodes antérieures. L'examen des faits justifiera ces indications préliminaires, qui feront cependant comprendre comment l'âge du fer peut remonter, en Suisse, avant la domination romaine.

Ce troisième âge n'a point commencé & la même époque dans les divers pays de l'Europe , ainsi qu'on vient de le voir. En Grèce, le fer est antérieur à Hésiode; dans quelques contrées du Nord, il était encore rare du temps de Tacite. La durée de cette transition a nécessairement varié d'après le développement des peuples et selon que l'art de travailler le fer était introduit par une invasion ou conquis

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peu à peu par l'industrie nationale. Dans le même pays , telle contrée peu ouverte aux communications devait présenter la même disparate qu'à la fin de l'âge de la pierre, et, lorsque le fer fui généralement en usage , l'épée en bronze put encore se trouver dans la main de plus d'un guerrier. Dans le moyen Age, on vit même sur des champs de bataille le casse-téte armé d'une pierre et la pointe de lance en bronze , d'où l'on ne saurait conclure qu'on en était alors à une époque de transition. Enfin , dans les cérémonies religieuses, la matière col jacrée par l'usage prend un caractère sacré, en sorte que les instruments du culte furent longtemps encore en pierre ou en bronze , après l'introduction générale du fer.

Si ces faits exceptionnels doivent rendre circonspect quand il s'agit de la classificaUon des antiquités, on peut cependant procéder avec une assez grande certitude dès qu'on découvre un ensemble d'objets qui fournit des données pofiitives sur la matière prédominante dans l'industrie , et lorsque les formes , les ornements et le genre de travail caractérisent une manière de faire propre à tel peuple ou à telle période. Les données historiques, qui, d'une manière générale.

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