CHAPITRE V
Le travail du fer caractérise une nouvelle époque qui pré* senle des degrés de développement très divers et embrasse des siècles nombreu7[. Pour classer les produits de cette industrie» il faut nécessairement établir des subdivisions, mais encore celles-ci ne peuvent-elles pas être les mêmes pour tous les pays.
Les antiquaires danois distinguent le premier et le second âge du fer ^ ,^ qui , d'après leurs appréciations, comprennent à peu près les dix premiers siècles de notre ère. La limite de ces deux ftges répond ainsi à l'introduction du christianisme dans les pays du Nord.
En Suisse , le premier âge du fer, déterminé par les tumulus helvétiens et par les antiquités lacustres , est anté-
* Aftnldmnger fra det Kongelige Muséum for NorSske Oldioger i Kjàben-^ kavn^ ordnede og forkiarede af J.-J.-A. Worsaae, 1854.
rieur à notre ère. Les quatre siècles de la domination romaine constituent une nouvelle période , pendant laquelle on voit, à cAté des restes remarquables de l'art du Midi , les traces non équivoques d'une industrie nationale qui reproduit les principaux types de t'âge précédent. Plusieurs de ces types reparaissent dans la période helvéto-burgonde ou helvéto-allémanique , qui s'étend de la chut^ de Rome à Chartemagne, et s'associent aux divers étëmenls qu'on trouve à la base des origines du monde moderne. Les antiquités de cette dernière époque présentât une grande analogie dans la plupart des pays qui ont fait parUe de l'empire romain', et, malgré l'influence incontestable; du christianisme * , elles ne sont pas sans quelque rappoiit avec celles des derniers temps païens chez les Scandinavei *.
Les habitations lacustres se retrouvent dans plusieurs pays de l'Europe, pendant le premier âge du fcr ; toutefois elles sont loin d'avoir été d'un usage aussi géné^nl que précédemment, i en juger, du moins, par ce qui s'est passé dans
• Les Bgrafei en fer, damuquinéea d'argent, particulièrement riehei dam le Bourgogne, se retrouvent en Italie. On peut comparer à ce sujet
le» d^fiiuYcrlcs <ie Bf 1-Air aitr Lausanne; (l'Anpsl pW's Je Bile, par ». St^lim
PilElil£R AGK DU FER. 184
raDcieone Helvéiie. Durant Tàge de la pierre, elles étaient fépandues sur tout le pays. Dans celui du bronze, elles ne s'élevaient guère que sur les bassins de la Suisse ocddentaie; mais, après l'introduction du fer, ces constructions paraissent n'avoir subsisté qu'en fort petit nombre sur les lacs de Bienne et de Neuchàtel seulement, car c'est à peine si l'on peut rattacher aux découvertes qui nous occupent quelques objets en fer provenant de l'Uot du petit lac d'Inkwyl '.
A mmns de connaître tout ce que la vase recouvre sur chacun des emplacements de pilotis, on ne saurait indiquer rigoureusement la durée de leur occupation et distinguer avec certitude ceux qui ont été abandonnés dans le second âge de transition ou plus tard seulement ; cependant on peut envisager comme ayant cessé d'exister avant l'emploi général du nouveau métal, les habitations dont les débris ne renierment que peu d'objets en fer, surtout quand ils sont aocpmpagnés d'un plus grand nombre d'instruments de la période précédente.
SUISSE
Lac de Bienne.
L'emplacement deMœringen, riche en objets de la seconde période, a subsisté quelque temps encore après l'introduc-
' Ces objets, dont je n*ai vu ni les originaux ni les dessins, sont attribués, parM. leDrFerd. Keller, à l'époque romaine. L'îlot d'Inkwyl a dû être visité dans tous les ft|^, en sorte qu'on peut y avoir laissé des débris ép^rs, desquels on ne saurait conclure à une occupaiion permanente.
182 AMIQDITte LACUSTRES
tton du fer. M. le notaire Muller y a découvert une fourche en fer, de 8 '/■ pouces de longueur (PI. XIV, 23), avec une ipée du même métal, longue de 3 pieds 2 pouces, d'une conservation admirable. (PI, XV, K, a, b.) La lame, à deux tranchants, large, fort peu épaisse et arrondie à son extrémité inférieure, porte les restes d'un fourreau en fer. La soie de la poignée, autrefois revêtue de bots ou de quelque autre matière décomposable, est surmontée d'un petit pommeau circulaire. Ce genre d'épée, tout à fait distinct par sa forme de l'épée de bronze, ayant été découvert sur divers points, fera plus tard l'objet d'une étude spéciale. Une autre pièce en fer des pilotis de MOringen (PI. XIV, 19) est une lame longue de 7 & 8 pouces, large de 12 lignes, dentelée ctHunie une étrille et munie, sur le milieu de sa longueur, d'une pointe recourbée k angle droit, qui devùt entrer dans une poignée '.
M. Muller a aussi recueilli, avec les objets en bronze de Sati, diverses pièces en fer. Une espèce de crochet, long de 6 pouces, est armé de 3 dents, comme quelques dek antiques. (PL XV, 10.) Un poignard et un petit eoutelai sont lieiit'être d'une époque postérieure. Deux mimes e
Le Steinberg , près Nidau« dont rimportance a déjà élé constatée, possède plusieurs objets de la troisième période, parmi lesquels on peut citer une fourche, pareille à celle de Môringen, et des fers de pique, comme les pointes coniques de Sutz. Des pierres brutes ont été entourées d'une tige de fer, munie d'un anneau, de manière & pouvoir être suspendues ; elles ont peut-être servi à ancrer les canots, toutefois leur destination est encore problématique.
Des grains de collier, en verre coloré, cylindriques, elliptiques, cannelés ou torses (PI.XIY, 43, 14), rappellent la fabrication du verre, dans laquelle, d'après Pline l'Ancien \ les Gaulois avait acquis une certaine habileté. Ces grains sont les mêmes que ceux qu'on trouve dans les tumulus belvétiens, dans quelques ruines romaines et dans les tombeaux belvéto-burgondes. Un fragment d'anneau en verre a fait partie de l'un de ces bracelets fragiles, découverts plus d'une fois en Suisse avec des monnaies gauloises*. D'autres grains de collier, en jais, sont d'une matière qui a souvent été utilisée à l'époque belvétienne pour des bracelets de grandes dimensions.
C'est au premier âge du fer qu'il faut attribuer des vases d'argile de la forme de grands plats, ornés à l'intérieur de
• Pline. Lib. XXXIV, C. 12.
' Voir ma description de quelques BraceleU et agrafes antiques du canton de Vaud, PI. II, flg. 7 et 8, Zurich, 1842. -— Beschreibung der helvetischen Heidengrëber und Tadtenhugel, von D' Ferd. Relier, Taf. 1, flg. A, B, H. Zurich, 1845. — Der ICantotiBem, von Alb. Jahn. Berne, 1850. — Ces bracelets en verre se retrouvent parfois, en France et en Angleterre dans des ruines romaines. M. Tabbé Cochet m'écrit qu'on en découvre en Normandie, avec les antiquités mérovingiennes. Ils sont encore en usage, de noii jours, dans TUe de Pathmos, sur quelques points des bords de la mer Noire et en Palestine, surtout à Jéricho. Il est assez remarquable de voir ces anneaux modernes reprodoirs les principaux types de ceux de l'antiquité.
181 ANTIQUITfo LACUSTRES
peiatures rouges et noires, disposées avec assez de goAt, en triangles, en carrés et en bandes horizontales. (Pt. XVI, I, 8, Ko)*. Les cannelures prennent une plus grande place que précédemment, et l'ensemble des figures géométriques offre un caractère sensiblement différent. Les triangles, les carrés et les losanges présentent de nouvelles combinaisons {PI. XVI, A, 6, 7, 9, 40), que reproduisent les lamelles en bronze, bosselées ou h jours, découvertes dans plusieurs tombeaux de la même époque. La collection de la Société des antiquaires de Zurich renferme des poteries du même genre, trouvées avec divers objets en fer dans les tumulos de Dôrflingeo et de Treiliikon *. L'apparition de ces nouveaux éléments de l'art est importante à constater ; mais, d'autre part, on ne doit pas oublier qu'un grand nombre de vases, identiquement les mêmes que ceux de la période précédente, sont encore d'un usage fréquent.
La pierre ollaire, employée pour de petits ornements, ■ aussi été utilisée pour des vases qu'on fabriquait à l'aide du tour. Leur forme est généralement celle d'un c6ne tronqué. Il n'est pas rare de les trouver dans les ruines romaines de la Suisse et dans tes tombeaux helvéto-burgoodes ou alterna-
des grains quartzeox, à rexœptioo d'un seul, qui esl en pierre. Les cornes sont peu dâiées. Le cAté convexe du croissant est applati dans le bas ou muni d'un pied. Ces pièces (PI. XVI, % 3, 8), larges de 8 à 12 pouces d'une pointe à l'autre, sur une hauteur de 6 à 8 pouces de la base au sommet, présentent deux surfaces planes et ne portent que d'un cAté des ornements en lignes disposées comme dans les gravures de l'Age du bronze. La figure 8 se rapproche cependant davantage du genre de dessin qui caractérise la poterie de la troisième période.
Cette dernière circonstance serait insuffisante pour classer ces croissants dans le premier ftge du fer, et cela d'autant plus que la bourgade du Steinberg, ayant été occupée dès les temps les plus reculés, il n'est pas toujours facile de distinguer à quelle période appartiennent les objets tombés à l'eau. Toutefois, si ce symbole religieux avait été d'un usage général chez les peuplades lacustres de la Suisse, antérieurement à l'introduction du fer, on devrait le retrouver quelque part sur les nombreux emplacements où sont accumulés les débris de Tindustrie de la pierre et du bronze, ce qui n'a pas été le cas jusqu'à présent, du moins à ma connaissance.
Il est vrai qu'on peut appliquer la même observation aux emplacements du troisième âge, puisque le Steinberg est le seul sur lequel on ait observé le croissant ; mais le nombre des établissements de cette dernière époque, qui ont laissé les traces d'une occupation de quelque durée, ne s'élève guère au delà de deux ou trois; tandis que, durant l'Age du bronze, on peut en compter plus de soixante dans la Suisse occidentale. Il semble donc que si le croissant avait été l'objet d'un culte général chez les Lacustres, on aurait du le ver sur d*autres points.
Une découverte faîte, en I8S1, sur l'Ebersberg, non loin de Berg, dans le canton de Zurich, parait, au premier abord, renverser les observations qui précèdent. M. G^vod Eschcr a en effet constaté sur ce mont les traces de constructions primitives^ dont il a retiré de nombreux fragments de poterie, des coins en pierre, des instruments en bronze, une pierre de jeu et les fragments de 3 croissants en pierre, semblables à ceux du Sleioberg '. D'après l'ensemble des objets décoaverts sur l'Ebersberg, le culte de cette image est ainsi plus ancien, en Suisse, que la troisième période ; mais on verra plus tard que la population de l'&ge du bronze, groupée dans les bourgades lacustres de l'Helvétie occidentale, était autre que celle qui, à ta même époque, conslruisùt ses habitations sur lerre ferme, à l'orient du même pays; on verra en outre que l'une et l'autre sont antérieures à l'invasion des Helvétiens. Le culte du croissant s donc pu exister, dans la Suisse orientale, avant de se répandre chez les Lacustres du [ried du Jura, c'est du moins ce qui me parait résulter de l'examen des découvertes faites jusqu'A ce jour.
M. le D' Ferd. Keller donne, dans son rapport de 1858, les explicolions suivantes sur ce symbole retis:ieux :
nettemeDl exprimé, César ne le mentionne point en parlant de la religion des Celtes^ Quant aux monuments représentant les druides avec le croissant, on a depuis longtemps prouvé leur fousseté, et les inscriptions des temps galloromains ne fournissent pas de données auxquelles on puisse se fier. Il existe cependant des preuves suffisantes du grand rôle qu'a joué la lune dans les mystères des druides, qui l'envisageaient comme sacrée et lui rendaient un culte. Le croissant apparaît distinctement à côté d'autres symboles sur les monnaies gauloises et surtout sur celle que nous regardons comme helvétienne ^ Le passage de Pline, XVI, 95, décrivant les fêtes religieuses dans le nombre desquelles le gui de chêne était cueilli, est le plus significatif. Voici ce passage rétabli par Sillig : Est autem id (viscum) rarum admodum tfit;en(tt et repertum magna religione petitur et ante omnia sexta luna, qtêœ prindpia mensum annorum que his facit^ et $œculi post tricesimum annum, quia jam tnrium abunde habeat nec sit sui dimidia, omnia sanantem appelantes suo vocabulo. — Le gui se trouve très rarement, mais, quand on le découvre, l'action de le cueillir est une grande fêle religieuse, qui a lieu, avant tout, le sixième jour de la lune, époque à laquelle commencent chez eux les mois, les années et les divisions du temps en 30 ans, parce qu'alors a elle déjà assez de force et n'est cependant pas encore au milieu de son cours; ils nomment la lune celle qui guérit tout. — Cette indication, d'après laquelle les Gaulois attribuaient à la lune des vertus médicinales mystérieuses et lui rendaient un culte sous le nom de celle qui guérit tout, explique bien clairement la signification des images du croissant, découvertes
' Mitth, der Ant, Gtt, in Zurich. Band III, Hen. 4.
188 ANTIQUITES LACUSTBB8
sur le Steiiiberg et l'Ebersberg. Ce sont des symboles sacrés, au moyen desquels cette nation, particulièrement adonnée aux choses religieuses, gens admodum retigionibua addUa, croyait pouvoir, comme avec la branche de gui, détourner et guérir les maladies. On plaçait cette panacée en un lieu découvert, peut-être au-dessus des portes des maisons, de manière & ce que le c6té orné s'offrit aux regards. Nous pouvons conclure de la circonstance qu'on en a trouvé trois sur le petit espace de l'Ebersberg, et un si grand nombre sur le Steinberg, qu'on en découvrira sur les villages gaulois, et qu'aucune maison n'élait privée de cette amulette imputante. »
■ La coltecUoQ de M. le colonel Schwab renferme un objet en bronze de la forme d'un croissant, muai, sur le calé convexe, d'une large poignée à jours. (PI. X, 8.) L'une des faces est plate, et l'autre porte des nervures de même que les foucilles. Quoique cet instrument ait été coulé , il est très mince et incapable de résister à une pression. U serait difficile de dire s'il a pu servir comme instrument tranchant, mais il peut, de même que les images du croissant, avoir éti; employé comme une sorte d'amulette ou comme instru-
DU PRKMIKIi AGE DU FER. 489
Lac de Neuchâtel.
L'an des groupes de pilotis qu'on voit près de CheTronz , sur la rive droite du lac, a été occupé postérieurement h rège du bronze. Un trident en fer, provenant de cette localité, est muni de fortes barbes sur ses pointes (PI. XV, 4) et peut avoir servi de harpon.
En fiice de Ghevroux, sur l'antre rive du lac, la population lacustre de Cortaillod a laissé , comme débris de l'ftge du fer, des pointes de traits, un poignard, une lame de couteau et des faucilles. La faucille de cette époque est sensiblement différente de celle de l'âge précédent ; la lame, quoique moins large, est beaucoup plus grande, la corde de l'arc qu'elle décrit mesure en moyenne un pied de longueur. (PI. XIV, 22.) C'est bien la véritable faucille, telle qu'on la retrouve dans les ruines romaines et même de nos jours. Des pièces pareilles ont le tranchant dentelé comme une scie (PI. XIV, 20); elles reproduisent exactement la forme d'ustensiles du même genre qu'on découvre fréquemment dans les tumulus de la Norvège, et qui sont encore en usage en Islande.
M. le colonel Schwab possède une ancre d'une forme très curieuse, trouvée au milieu des pilotis de Cortaillod, mais dont l'antiquité est difficile à constater. Elle consiste en un bloa de calcaire jurassique, taillé à & pans, avec les angles abattus, ce qui lui donne l'aspect d'un prisme à 8 faces; sa longueur est d'environ 14 pouces sur & à S de diamètre. Ce bloc était armé, vers le quart de sa hauteur, de 4 fortes pointes en fer, forgées en feuilles de saule, longues de 7 à 8 pouces et adaptées obliquement au prisme, de manière à former un angle d'environ 50 degrés avec la par-
190 AHTIQUITÉS UCUSTIieS
lie supérieure du bloc ; sar son sommet est ud trou, dus lequel devidt itre scellé im anneau. Cette ancre a perdu deux de ses pointes et pèse 30 '/i livres dans son état actod.
Vers le Biad, entre Cortaillod et Colombier, est une double rangée de pilotis, disposés eo arc de cercle, dont les extrémités se dirigent sur la rire. Deux pointes de pique en fer (PI. XV, 14, i S), EatHÎquées avec peu de soin , provienoent de cette localité et sont paràlles à celles qu'on a recadllicK sur d'autres emplacements. Ce point, peu à peu envahi par les dépAts de la Reuse, a été occupé dés une haute antiquité; des pilotis se trouvent, ainsi qu'on l'a vu, sous les alluvioas de la plaine, i une distance assez considérable de la rive actuelle du lac.
' L'emplacement d'Anveriiier, remarquable par la richesse de la poterie, a d(t subsister jusqu'à l'introduction du fer, pointe de lance de ce métal, effilée et d'un caractère ai
les eaux ne disparut pas tout à fait, et peut-être trouvera-t-on quelques nouvelles localités qui serviront & caractériser plus complètement le pranieràge du fer, dont les sépultures offrent déjà d'importants spécimens.
Les pilotis de LaTàne, au milieu desquels on voit de grandes traverses en bois, restes des constructions, occupent une surface d'environ 80000 pieds carrés, sur un sol incliné, recouvert d'un à 14 pieds d'eau. Les objets en fer recaeillis sur cet emplacement sont très nombreux ' et diffèrent en général des antiquités de Tàge précédent, ainsi que de celles qu'on trouve dans les ruines romaines, tandis qu'ils présentent des rapports frappants avec les pièces qui proviennent d'un certain nombre de tumulus de la Suisse.
Quelques haches en fer reproduisent les contours et les dimensions du celt en bronze muni d'une douille (PI. XIY, 18) ; d'autres, dont le tranchant mesure de 3 à 4 pouces, ont une ouverture carrée et longitudinale qui exigeait l'emploi d'un manche coudé. Deux de ces dernières pièces sont unies Tune à l'autre par l'oxydation. (PI. XIV, H, 12.) Bien que ce genre de celt ne soit pas commun, on le retrouve quelquefois dans les pays du Nord *. Une hache, de forme moderne, pourrait être envisagée comme ayant été perdue récemment dans les eaux, si Ton n'en découvrait pas de pareilles dans les ruines romaines. La forme réputée moderne existait déjà dans rège du bronze, au nord et au midi de l'Italie, ainsi qu'en Suède et en Sibérie.
Les couteaux se distinguent de ceux de la période précé-
« Ces objets se trouvent dans les collections de MM. Schwab et Desor, chez lesquels j*ai pu les examiner en détail.
* Afbildninger fra det Kongeliye Muséum for Norduke Oldaager i KjôbetUiam, af J.-J.-A. Worsaae. Fig. 260. 1854.
dente par leur lame droite. (PI. XV, 8.) — Les etieaux h tiges élastiques (PI. XV, 13), conservés jusqu'à nos jours pour la tonsure des moutons, étaient déjà connus. Cette forme, qui n'est point étrangère à l'époque romaine, appartient aussi aux anciennes populations du Nord, diez lesquelles ces ciseaux sont parfois en bronze.
Les faucilles, k tranchant uni ou dentelé comme une sde, sont semblables & celles de Cortaillod, mentionnées plus haut. — Entre les instrumenta aratoires, la pièce la plus remarquable est une /aulx en fer , légèrement arquée. (PI. XIV, 45.) Le talon, de 4 pouces de loi^eur, n'est point disposé comme dans nos f&uU modernes. Plat et muni d'un crochet sur sa partie inférieure, évidemment pour le fixer à un mancbe en bois, il forme un angle très obtus avec le tranchant. Celui-ci, mesuré en ligne droite, a 44 pouces de longueur, et la largeur moyenne de la faulx est d'environ 13 lignes. Pour lui donner delà consistance, elle a été fortifiée par une nervure sur le bord opposé au tranchant. Une seconde nervure, qui rappelle la faucille de bronze, part du lalon et s'arrête sur le milieu de la longueur de la lame. Oo pourra, sans doute, conslaler un jour à quelle époque œl
La moitié d'un mors de ckeMl en fer reproduit nettement la forme de ceux qui ont été découverts sur le champ de hàtaille helvétien de la Tiefenau S près de Berne, avec de nombreuses armes et une fiiulx semblable à celle du lac de Neuchàtel.
Des chaînes étaient composées de gros anneaux circulaires en fer, de 3 pouces de diamètre, reliés par d'autres anneaux plats, cannelés, longs et larges d'un pouce. (PI. XY, 3.) Ce genre de chaîne se retrouve déjà sur quelques emplacements de r&ge'du bronze, bien qu'avec des dimensions beaucoup moins fortes, et dans les sépultures non moins anciennes de Charpigny, près d'Aigle*. Quelques anneaux épars, de forme ovale ou resserrés sur le milieu de leur longueur (PI. XY, 7), ont aussi dû faire partie de chaînes, et être réunis par des liens, au lieu d'avoir été passés les uns dans les autres, avant d'être fermés et soudés. Un anneau granulé en fer, de 2 pouces de diamètre à peine, orné sur l'une des faces seulement et non point sur le bord extérieur, était sans doute une boucle fixée sur une courroie de cuir. (PI. XV, 12.)
Le fer a aussi été employé pour des fibules formées d'un fil dont une extrémité est disposée en aiguille, au-dessus de laquelle il s'enroule en spirale et trace ensuite un arc de cercle termin^ par un tenon, qui reçoit la pointe de l'épingle. (PI. XY, 9.) Ce type, susceptible d'une grande va-
* Notice êur des arme» et chariots de guerre découverts à Tiefenau, près de Berne, en 4854, par G. de Bonstetten. — Z>er Kanton Bern,yon Alb. Jahn.— Abhandlungen des hist. Ver. des Kant. Bem, II Hefl, 2, S. 850>856.
* La chaîne de Charpigny a été trouvée avec de nombreux bracelets, des celts et des poignards en bronze. Elle se compose de six anneaux circulaires de 8 à 9 lignes de diamètre, réunis par 5 liens plats, striés, de 4 lignes de longueur sur 2 à 3 de largeur.
194 ANTIOVITÉS LACUSTRES
riété de formes par l'ornenientation de l'arc de cercle» est reproduit Tort imparraitemeot dans nos imperdables modernes. 11 a été très répandu dès le prmiier ftge du fer et pendant la période romaine, mais le plus souvent ce genre de broche est en bronze ; cependant les fibules de la Tiefenau sont du même métal el de la même forme que celles de La Tène.
Des fragmentsdecfuet, présentant les caractères de la poteriedel'àgcprécédent, appartiennent, sans doute, enpartiedu moins, à la période qui nous occupe. Un couvercle en ei^île rappelle la forme des vases ovoïdes, employés dans le Nord pendant l'âge de la pierre. J'ignore si l'on a trouvé des poteries comme celles du Sleinberg.
Les armes, toutes en fer, consistent essentiellement eo armes de jet et en épées. Dès que le fer commence à se répandre, il remplace le bronze pour les instruments tranchants, et plusieurs ustensiles reçoivent des dimensions plu: grandes. Il en est généralement de même pour les armes. On retrouve h La Tène les pointes de piqve, lourdes et coniques, mentionnées précédemment, des pointe» de trait et de pique, à 4 pans, de 3 pouces & 1 pied et plus, de longueur
DU PREBilBR AGE DU FER. 495
conserver sa forme conique entre les ailerons, présente, dans sa coupe, celle d'un losange dont les côtés seraient concaves. (Fig. 15, 16 et 47.) On peut observer les mêmes particularités sur les pointes de lance du premier âge du fer, découvertes dans les pays Scandinaves, entre autres dans les tourbières du Danemark * .
Les pièces les plus importantes de La Tène sont les épées qui diflèrent entièrement de celles en bronze par leur forme et leur fabrication. Elles sont le produit d'un genre d'art tout à fait nouveau, et l'état de conservation de plusieurs d'entre elles, encore revêtues de leur fourreau en fer, permet d'apprécier le degré d'babileté des forgerons de cette époque. M. le colonel Schwab en a recueilli huit (PI. XIY, 1, 4, 8, 9, 40), et M. le professeur Desor, une. (PI. XIV, 6.)L'épée découverte précédemment par M. Muller, à Môringen, est identiquement du mémegenre. (PI. XIV, 5,) Il ne sera pas sans intérêt de reproduire les principaux détails de l'excellente description que M. le docteur Relier a donnée de ces pièces, a La longueur des épées varie de 28 à 35 pouces. Il ne reste de la poignée que la soie, d'une longueur moyenne de &5 lignes, passablement large à sa naissance et terminée par un bouton rond, sphérique ou plat. La lame, plafe et d'une ligne d'épaisseur seulement, mesure de 45 à 25 lignes de largeur vers la poignée ; ses deux tranchants sont en ligne droite et sa largeur va en diminuant jusqu'à la pointe arrondie de l'épée. La lame de Môringen fait seule exception, étant évidée de chaque côté de l'arête, qui court sur toute sa longueur, et pointillée en creux dans les deux rainures. Ces épées n'ont pas de croisière, mais la poignée est séparée de
* Aflnldmnger^ af J.-l.-A. Worsaae, Fig. 269.
la lame par une petite tige en fer, arquée de maaiire & iœiler la coupe d'une cloche, figure reproduite par la partie supérieuredu fourreau . Celui-ci s'adapteétroitement ila forme de la lame et consiste en deux feuilles de fer, dont l'une dépasse l'autre d'une demi-ligne et bc replie sur le bord. Us borxls de la partie inférieure sont protégés par deux étroites bandes de fer, reliées à leur naissance au moyen d'une traverse ornée et fortifiée vers la pointe par de petits renOemeau et un bourrelet. La partie supérieure du fourreau est aussi consolidée, soit par des bandes sur les borda, soit par des brides ou bracelets. Le cAlé tourné contre le guerrier poite une boucle ou espèce de tenon fixé par deux clous et desUné & suspendre l'épée au ceinturon. T^eplussouvent des agrafe* ou des brides fortifient cette partie du fourreau. La face opposée a été ornée avec un art et un soin surprenants. Des traits en creux ou en relief, gravés ou ciselés, tracent sur la partie supérieure des lignes ondulées tout A fait étrangères & la période précédente. Au-dessus, la surface entière du fourreau présente un autre genre d'ornementation qui varie presque avec chaque pièce : ce sont de petits cercles parsemés ou frappés, ou bien le fer a tout à fait l'aspect
M. le docteur Keller, tout en suspendant son jugement sur l'origine de ces épées, fait observer avec justesse que leur ornementation n'est pas moins étrangère à Fart celtique qu'à celui des Romains, et il les rapproche des nombreuses épéea découvertes sur le champ de bataille de la Tiefenau (PI. XIY, 47) et de 3 autres épées : l'une, trouvée à Ingel* heim , portant les lettres romaines C. S. et publiée par M. Lindenscbmidt, l'autre provenant du pied de l'Alp souabe, et la dernière, de la forêt de Basadingen, en Thurgovie. H ajoute que des parcelles de charbon étant prises dans la rouille d'une paire des épées de La Tène, elles doivent être tombées à l'eau à la suite de l'incendie des habitations. Il est vraisemblable que c'est à cette circonstance qu'il faut attribuer le grand nombre des objets découverts sur ce point.
Je ne puis dire si les lames sont aciérées, mais, dans tous les cas, la ciselure du fourreau permet de supposer l'emploi de quelque instrument en acier. J'aurai à revenir plus tard sur ces épées et sur celles du canton de Vaud (PI. XIV, 16, ii), en recherchant les divers éléments qui constituent ce premier âge du fer.
FRANCE
D'après le passage de Suidas, rapporté plus haut*, on voit que les Âllobriges avaient encore des cités lacustres, lorsqu'ils furent soumis par les Romains ; or, à cette époque, la Gaule en était au premier âge du fer. Suivant l'opinion de M. Delacroix, de Besançon, ce serait dans la Fran-
' Pag. 168, note 8.
49S ANTIQUITÉS LACusmes
che-Comlé, el non point en Savoie, qu'il foudrait cbercher les resles des Allobriges.
Les maisons lacuatres, consacrées à des dîeut topiques, doot M. Adolphe Piolet retrouve la menUoD dans deux inscriptions d'Autan etdeTolnay, prèsdeBaune', remontent A une époque où les Gaulois cohnaissaient l'écriture, et celle-ci, d'une manière générale, ne pénètre pas chez un peuple avant la conoaissaDce du fer. On ne saurait conclure de lA que l'origÂne de ces constructions religieuses ne soit pas antérieure h cette époque ; mais, dans tous les cas, les inscriptions qui ont conservé le souvenir des maisons lacustres, consacrées au culte, sont contemporaines de l'àge du fer dans les Gaules. Il est possihle qu'il s'agisse de constructions élevées sur des étangs naturels ou le long de cours d'eau , et Don pas nécessairement sur des lacs proprement dits.
d On sait d'une manière générale, dit M. Pictet, que le culte des eaux, des sources, des lacs, était commun aux Gaulois, aux Germains et à d'autres peuples ; mais les détails manquent à cet ^ard chez les auteurs anci^s. Ce n'est que dans le moyen Age que nous trouvons, ici et lA, quelques indications sur le culte des eaux chez les populations de la
apporUiiest en offrande des vêtements, des peaux de mouton, des fromages, des gâteaux de cire, des pains, etc. Ils apportaient des vivres avec eux, immolaient des animaux, et passaient trois jours en fête. Au quatrième jour, il s'élevait on ouragan furieux , accompagné d'une pluie torrentielle d'eau et de pierres, qui les forçait à se retirer précipitamment. Ce phénomène ne cessa que lorsqu'un prêtre chrétien eut construit une église près du lac, et que le peuple fut converti.
» Dans la vie de St. Sulpice de Bourges {Acta Bened., sect. 2, pag. 172), il est dit qu'il y avait à Vierzon, chez les Bituriges, un gouffre rempli d'eau et consacré aux démons. Si quelqu'un s'avisait d'y entrer, il était saisi subitement par des cordes démoniaques et périssait misérablement.
» Gervasius Tilberiensis (Leibniz, I, 982) rapporte aussi que, dans la Catalogne, sur le mont Cavagum, il se trouvait un lac sans fond, avec un édifice ou palais des démons, invisible toutefois pour les yeux vulgaires. Si l'on y jetait une pierre ou tout autre corps solide, il s'élevait à l'instant même une horrible tempête par la colère des démons*.
» Il faut ajouter que Grégoire de Tours {Miracul., II) fait mention d*une source sacrée et d'un lac à Brioude sur l'Allier, dans les eaux duquel lac on jeta les idoles après la conversion au christianisme.
» On voit que dans ces divers lieux, les lacs étaient censés habités par des puissances supérieures et redoutables que l'on devait chercher à se concilier ; et dès lors Tétablis-
* • Grimin observe que la tempête excitée par le jet d'une pierre dans un lac, se retrouve dans les traditions germaniques et finlandaises. • {Deuische Mythol. 338, !'« édition. )
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aement d'édifices consacrés sur les bords des lacs et des éUap s'explique nalurellemeot.
» On peut croire aussi que la coutume des établissements lacustres, dont on a retrouvé de si curieux débris daas plusieurs lacs de la Suisse, et qui paraissent remonter aux pre* miers temps de l'arrivée des Celtes, a contribué è. faire naUre et à propager ce culte des eaux, sur lequel nous savons trop peu de chose. Les indications fournies par nos deux inscriptioDS ont bien quelque importance sous ce rapport et pourront conduire A de nouvelles découvertes. •