TURQUIE D'EUROPE
Le lac Prasias, situé dans l'ancienne Psonie, soit dans la Itoumélie moderne', n'a pas encore été l'objet de recb«-. cbes archéologiques; mais tous ceux qui s'occupent des antiquités lacustres connaissent le passage d'Hérodote (Liv. V, cbap.XVI), d'après lequel on voit que les Pœoniens construisaient leurs demeures sur les eaux, de la même manière que
truites sur le lac de la manière suivante : Ils fixent sur des pieux élevés, enfoncés dans le lac, un échaffaudage bien lié, qui n'a d*autre communication avec la rive qu'un seul pont ^oit. Autrefois les habitants plantaient à frais communs les pieux sur lesquels repose l'échafaudage ou la plate-forme; mais, dans la suite, ils firent une loi d'après laquelle on planterait trois pieux, apportés du mont Orbelus, à chaque femme qu'on épouserait, la polygamie étant en usage chez eux. Voici quel est leur genre d'habitation. Chacun, sur cette plate-forme, a sa cabane, où se trouve uâe trappe qui donne sur le lac, et, de peur que leurs petits enfants ne tombent h l'eau, ils les attachent par le pied avec une corde. Ils nourrissent leurs chevaux et leurs bétes de somme avec du poisson en place de foin. Le lac est si poissonneux qu'en y descendant un panier par la trappe, on le retire peu après plein de poissons. »
Cette description, malgré son laconisme, indique tous les principaux éléments des constructions lacustres. Le village ou la bourgade s'élevait au-dessus de la surface des eaux à une distance de la rive qui n'est pas indiquée, mais qui variait sans doute d'après l'étendue du blanc fond, car c'est bien sur celui-ci que les demeures étaient construites, puisqu'un pont, certainement supporté par des pieux, conduisait des habitations à la rive. Les pilotis sur lesquels reposait l'esplanade devaient être aussi fort nombreux, chaque homme étant tenu d'en fournir trois à chaque femme qu'il épousait, et cela dans une contrée où existait la polygamie. L'esplanade reposait sur des pieux élevés, afin que, lors des tempêtes par les hautes eaux, les vagues ne vinssent pas heurter et inonder les habitations. Hérodote nous apprend que chaque Pseonien avait sa cabane, dont les dimensions devaient
élre d'une cerlaine étendue pour pouvoir loger une faoùlle, souvent assez nombreuse, vu la pluralité des femmes. Rien ne dit si ces demeures étaient de forme carrée ou circulaire. Quant à la trappe dont parle l'historien, il est à peine nécessaire d'ajouter que son usage n'était pas limité & la pëcbe. Enfin, la manière de nourrir les chevaux et les bétes de somme peut surprendre , & cause de leur répugnance naturelle pour l'odeur du poisson, mais que ne peut l'empire de l'usage, et, s'il fout en croire quelques voyageurs, il est encore des peuplades qui nourrissent leurs chevaux de la même manière* . Si les habitations sur le lac Prasias favorisaient la pèche, elle ne présentaient pas des avantages moins réels pour la défense. C'est bien par leur position sur les eaux que le» Peeoniens échappèrent aux armes de Mégabyie et à la domination de Darius, mais l'histoire ne nous dit pas jusqu'à quelle époque subsistèrent ces bourgades lacustres, ni depuis quand elles existaient, ni enfin si elles se retrouvaient sur d'autres lacs de la Thrace ou de la Macédoine. Des exploralions pourront fournir plus tard une réponse & ces questions. Dans tous les cas, il est probable que ce genre de construction n'était pas moins ancien au pied du mont Orbelus qu'au
l'Irlande. Ceux-ci n'avaient le plus souvent que des canots pour atteindre la rive» parce que la profondeur des eaux ne permettait pas toujours de jeter un pont. L'ilot remplaçant la plateforme ne laissait pas circuler les eaux sous l'habitation » dans laquelle il ne pouvait y avoir de trappe pour la pèche. Les pieux» moins, nombreux, entouraient ces constructions» bien plus qu'ils ne les supportaient. On comprend du reste que la difierence de configuration du sol et des bassins d'eau devait apporter des modifications dans la manière de satisfaire à des besoins analogues. Il était naturel qu'on utilisât les ilôts» submergés ou non» des petits lacs de l'Irlande» et la difficulté de les aborder rendait leur position préférable pour la défense à celle des habitations construites plus près de la rive. Il est possible aussi que le peu d'étendue des blancs-fonds n'offrit pas d'emplacements convenables. D'autre part» le manque d'ilôts dans la plupart des lacs de la Suisse conduisait naturellement à adopter le genre de construction usité chez les Pœoniens.