COUPE DES BOIS. S
lieux occupés par les populations lacustres n'ont pas cessé de l'être jusqu'à nos jours. Des ruines romaines, d'anciens bourgs et de nombreux villages existent encore sur les rives des lacs de la Suisse, en face des restes de pilotis baignés par les eaux. Quelques poipts, cependant, font exception à cette règle générale.
Coupe des bois et pilotage.
Après le cboix de l'emplacement, il fallait faire les abatis de bois nécessaires aux constructions; mais, quand on ne disposait que de bacbes de pierre, on comprend combien ce travail était long et difficile, lors même qu'on recourait au secours du feu à la manière des sauvages ^ Quand le tronc, moitié cbarbonné, moitié entaillé, se détacbait des racines, il restait à le dépouiller de ses rameaux, puis à préparer ces pieux nombreux, de 3 à 9 pouces de diamètre, dont quelques-uns étaient parfois refendus à l'aide de coins. L'épaisseur des bois employés montre qu'on ne s'attaquait guère aux arbres les plus considérables, à moins qu'on n'eût à creuser des canots. Les pilotis, entrant dans la vase de 1 à K pieds et devant dépasser les bautes eaux d'au moins & à 6 pieds, avaient une longueur de 15 à 30 pieds, suivant la profondeur des blancs-fonds. L'extrémité pointue qui entrait dans le limon conserve encore les entailles de la hacbe en piètre ou la carbonisation produite par le feu.
Les pieux ainsi préparés devaient être transportés et plantés sur l'emplacement cboisi pour les demeures. Peut-être
* On a retrouvé, dans les tourbières de l'Ecosse et du Danemark, des canots qui portaient encore intérieurement les traces du feu et de la bâche en pierre, à l'aido éaïqueto on les creusait sur un tronc d'arbre.
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3SS ' PILOTAOK.
èommençait-on psr le pont étroit qui mettait les habitations en communicatioD avec la rive. Les premiers pieux, enfoncés sur le bord et surmontés de traverses, permettaient de s'avancer peu k peu dans les eaux, surtout quand le blancfond suivait une inclinaison régulière, mais si l'emplacement choisi occupait un bas-fond séparé de la rive par une trop grande profondeur pour établir un pont, des radeaux devenaient indispensables pour l'opération du pilotage, et encore fallait-il construire sur le radeau un échatTaudage suffisamment élevé pour dominer la partie supérieure des pieux qui, une fois dressés, dépassait la surface de l'eau d'une dixainc de pieds. Comme il est fort douteux qu'on connût le mouton, plusieurs hommes devaient prendre place sur l'échaffaudage, de manière à soulever et & laisser retomber en cadence la masse, vraisemblablement en bois, sous le choc de laquelle le pieu pénétrait dans le sol. Des pierres recouvertes par le limon obligeaient parfois de choisir un point moins résistant. C'est sans doute à ces obstacles qu'il faut attribuer l'irrégularité qu'on remarque dans la disposition des pilotis, dont l'ensemble, généralement parallèle à la rive, ne présente, le
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que les Pasoniens plantèrent d'abord à frais communs, et dont ils firent plus tard l'objet d'une imposition prélevée sur chaque mariage de ces polygames. Dans quelques localités, les pilotis extérieurs étaient reliés par des branchages entrelacés, ainsi à Robenhausen , sur le lac de Pfeffikon , et en Irlande» sur le pourtour de plusieurs crannoges.
Ajustement de l'esplanade.
Pour ajuster l'esplanade sur laquelle on construisait les cabanes, il fallait que les pilotis fussent d*égale hauteur afin de servir d'appui aux pièces de bois horizontales sur lesquelles reposait le plancher ; peut-être utilisait-on , dans les parois des habitations, quelques-uns des pieux qui faisaient saillie. La variation du niveau des lacs exigeait que la plateforme fdX assez élevée , non-seulement pour n'être pas atteinte par les hautes eaux , mais encore pour laisser passer les vagues soulevées par les tempêtes, de manière à ne pas inonder les cabanes. L'assemblage des traverses ne se faisait pas toujours au moyen de mortaises, de tenons et de chevilles; il est probable que les liens d'osier en tenaient souvent lieu et que les perches ou bois ronds destinés au plancher étaient fréquemment reliés, de même que chez les Papous, par des branchages entrelacés.
On retrouve cependant sur quelques points des restes de plateaux, formés de troncs d'arbres refendus avec des coins, et l'on a vu que, dans la tourbière de Wauwyl , l'esplanade consistait en plusieurs lits de pièces de bois horizontales, séparés par des couches d'argile, de sorte qu'elle présentait une masse compacte particulièrement solide. Cette plate-forme
n'était pu CMitiniie sur tout remplacement ooeapé par 1« cabanes. Des canots pouvaient circuler entre les divers quartiers de la tmurgaiie, qui étaient sans doute réunis par dei ponts légers, assez pareils à ces planches sur lesqndles on passe d'une case à une autre dans la cité lacustre de Hle Solo'.
Les plate-formes de Wauwyl , prises plus lard dans la tourbe, ne s'élevaient peut-être pas autant au-dessus des eaun que dans la plupart des autres constructions. Sacs les pilotis découverts , on pourrait voir dans ces planchers, formés de couches de bois et d'argile, des radeaux quelque peu pareils k ceux des Chinois et des Mexicains.
Le grand nombre d'emplacements recouverts de pilotis sur toute leur étendue, sans interruptions appréciables, montrent que le plancher continu employé par les Papous, a été fort en usage sur tes lacs de l'ancienne Helvétie, ce qui n'exclut point des variétés de construction dans le mtmt pays.
11 n'est pas impossible que les pieux , diversement inclinés , qu'on voit en face de St. Sulpice, dans les eaux dn
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aussi en Savoie, dans la Franche-Gomté, dans le Hanovre, en Angleterre et probablement en Ecosse, indépendamment des Ilots fortifiés, semblables à ceux de l'Irlande.
Quand on examine attentivement la manière dont les objets d'industrie sont disposés dans la tourbe ou dans la vase des laps, sur les emplacements occupés par des habitations, on voit qu'ils sont généralement répandus au milieu des pilotis, c'est-à-dire immédiatement au-dessous de l'esplanade. Cette dissémination des poteries, des ossements, des armes et des divers instruments en usage dans l'antiquité, s'explique assez naturellement par l'incendie des habitations qui s'afiaissaient sur elles-mêmes avec toutes les matières incombustibles qu'elles contenaient. Toutefois cette explication ne rend compte que de la disposition des derniers objets tombés à l'eau et nullement de celle des nombreux débris étages, sur tout l'espace occupé par des pieux, dans des couches de tourbe en formation sur une épaisseur de quelques pieds. Pour que ces objets, évidemment accumulés peu à peu dans la tourbe, et, le plus souvent, sans trace de carbonisation, se soient ainsi tassés sous la plate-forme, il a fallu que dans la plupart des cas le plancher eût des interstices par lesquels se perdaient les instruments de petite dimension , mais encore ne peut-on guère admettre que ces interstices aient été assez grands pour laisser passer les fragments de poterie d'un certain volume. Il est donc évident qu'il a dû exister sur les plandiers qui recouvraient tout l'emplacement, des trappes pareilles à celles dont parle Hérodote, par lesquelles on jetait journellement tout ce qu'on fait disparaître d'une habitation. Quant aux pièces intactes qui tombaient entre les pieux, il n'était pas facile de les repêcher, pour peu que l'eau masquât de transparence ou que le fond fût limoneux. Si
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l'esplanade eùtétégénéralemeotsaDsintersticea et saiioQt sans trappes, ces débris divers seraient essentiellement accomulés sur le pourtour des bourgades, ce que je n'ai encore vu nulle part, tandis qu'ils sont essentiellement répandus et lassés entre les pieux innombrables destinés & supporter la plate-forme, du moins sur les nombreux points que j'ti explorés.
Formes et dimensions des cabanes.
Après la conslruclioD de l'esplanade, venait celle des cabanes qui devaiml être assujetties solidement au plancher pour n'être pas emportées par les coups de vent. Quelques pilotis étaient peut-être ménagés, comme on l'a vu plus haut, de manière & entrer dans les cloisons des demeures, peutêtre aussi que les pieux de la cabane employés comme mon- Unis, descendaient au-dessous de la plaie-forme et s'assujettissaient avec des liens contre les pilotis.
Hérodote ne décrit pas les maisons construites sur le lac Prasias; il dit seulement que chaque Pœonien avait la sienne, tandis que nous voyons sur quelques îles de l'Océanie le lystème cellulaire adapté à de loii°s bfltiments carrés, ren-
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étaient rondes, couvertes de chaume et construites de claies, revêtues d'argile intérieurement, précaution indispensable dans des contrées exposées à des hivers rigoureux. Des données d'un âge bien plus reculé proviennent de la découverte déjà mentionnée, faite sur plusieurs points de l'Italie, d'urnes cinéraires qui reproduisent la forme de l'habitation du défunt. Ces urnes cylindriques sont surmontées d'une espèce de cône, imitant la toiture avec des chevrons en relief; elles n'ont qu'une ouverture, généralement carrée, pratiquée sur le flanc du vase. Parfois la porte est fixée dans la battue par une tige en bronze qui se glisse horizontalement comme un long verrou dans les ouvertures des montants disposés en saillie de chaque côté de la porte. Ce genre de fermeture, placé à l'extérieur du vase, s'adaptait sans doute à l'inlérieur de l'habitation , en modifiant toutefois la longueur du verrou que la forme circulaire de la cabane n'aurait pas permis de glisser, à moins de pratiquer des ouvertures dans la cloison. Ces urnes, d'un art très primitif, se retrouvent dans la Campanie, sous plusieurs couches de lave ; d'autres, provenant des environs d'Albano , étaient accompagnées de divers objets en bronze, d'un art très peu développé, et de poteries grossières dont les ornements striés sont identiques à ceux qu'on attribue généralement aux Celtes. On voit de ces urnes dans le Musée britannique, à Londres, et dans la collection de M. de Bonstetten, à Thoune. On découvre aussi sur les bords du Bas-Rhin et dans le nord de l'Allemagne, des poteries du même genre avec l'ouverture latérale, ce qui montre que l'habitation de forme circulaire a été très répandue en Occident dès une haute antiquité.
On peut inférer de ces détails que les cabanes lacustres de THelvétie étaient pareilles à celles des Gaulois du temps de
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Strabon, L'application de ces données, loin d'être hypothétique, est pleinement confirmée par les d^ris sortis des lacs, dans lesquels on trouve des fragments de l'aigle employée comme revétemeat des cloisons. Leur conservatian est évidemment due h l'incendie , qui seule a pu leur donner la cuite nécessaire pour résister à l'action dissolvante de l'eau. Us portent l'empreinte en creui des petits branchages entrelacés ou des montants en bois rond d'un diamètre de 5 i k pouces (PI. XII, 37), en sorte qu'on ne saurait avoir aucun doute sur le genre de construction des cabanes lacustres. Ces fragments présentent encore une autre particularité : tandis que l'une des faces conserve l'empreinte des claies, l'autre, unie et légèrement concave, montre que le revêtement était intérieur et que la cabane avait la forme circulaire. En mesurant avec soin ces arcs de cercle, on trouve même que le diamètre de l'habitation variait de 10 è 1 B pieds. Ce résultat pourrait être contesté, en faisant observer avec justesse que l'argile rougie par le feu devait se déformer en tombant à l'eau , en sorte que l'absence de surfaces planes n'indiquerait pas nécessairement la forme circulaire et moins encore les dimensions de la demeure. C'est en effet ce