‹ Habitations lacustres des temps anciens et modernes (volume 2)Chapitre 42 sur 94 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

Animaiix sauvages.

Quand l'homme pénétra dans les contrées encore désertes de rOcddenty les animaux peuplaient la terre en liberté, et ce ne fiit pts sans lutte qu'ils cédèrent peu à peu le sol au nouvel arrivant. Si les redoutables carnassiers des pays chauds ne hantaient pas les forêts de l'Europe, elles ne renfermaient pas moins des êtres redoutables par leur force et par leur nombre. L'homme avait à veiller à sa sûreté et à •celle de ses troupeaux, qu'il devait protéger contre les bandes de loups, contre les sangliers et les taureaux sauvages. L'imperfection des armes de chasse et le petit nombre des premiers habitants laissèrent longtemps ces animaux maîtres de la plus grande partie du sol ; mais partout où la population s'accrut, se développa et se livra à l'agriculture, ils

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furent refoulés et plusieurs finirent par disparaître. Quelques espèces s'éteignirent, d'autres devinrent de plus en plus rares, et, de nos jours, ce n'est qu'à l'aide des découverta lacustres qu'on parvient à se faire une idée des êtres divers qui peuplaient l'Occident, lors de l'arrivée de l'homme.

La laune du premier âge peut être reconstruite par la détermination des ossements retrouvés en grand nombre dans la tourbe et dans la vase des lacs. Ces débris, le plus souvent fragmentés, proviennent soit de la table, soit des provisions destinées à la -fabrication d'instruments divers. Les détails suivants sur les espèces sauvages et domestiques propres i la Suisse dans les temps les plus anciens sont empruntés à un mémoire d'un grand intérêt publié tout récemment par M. le professeur Heer '.

« Le cerf nob/0 et le langlier de» toarbières sont de beaucoup les plus nombreux . On peut juger par la grandeur des os du cerf et par la beauté de ses bois que sa taille était prodigieuse. Plusieurs dépassaient la hauteur du cheval. En revanche, le sanglier des tourbières était beaucoup plus petit que le sanglier actuel, qui apparaît déjà avec le précédent, mais beaucoup plus raremeiil- D'après les recherches de M. le

ANtVÀUX 8AUTAQB8. f^l

n Les Telles da ckef)reuil et ieVilan, mais tout particulièrement du bison et de Vurus , sont beaucoup plus rares que ceux des animaux précédents. L'élan est la plus grande espèce de cerf; il se distingue par l*élargissement de son bois en forme de pèle dentelée. On Ta retrouvé dans les lacs de Neuchàtel et de Sienne, à Moosseedorf, à Meilen, à Robenbausen, et récemment dans une tourbière près de Bischoffszell. Actuellement, l'élan ne vit plus que dans le nord de l'Europe, en Pologne, en Russie et en Suède; il est probable qu'il ne visitait autrefois notre pays qu'en hiver. Le bison et l'urus sont deux espèces de bœuf qui ont été répandues sur toute l'Europe. Le premier n'existe plus que dans le Caucase et dans une forêt de la Lithuanie ; le second {bos primigenius fo;.)a disparu depuis le XYII^ siècle. C'était un animal colossal dont la taille tenait le milieu entre celle du rfainoc£«os et celle de l'éléphant ; on peut se faire une idée de la longueur et de la force de ses cornes par le pivot de celle qui a été découverte l'année dernière dans une couche de gravier près de Rapperschwyl. L'urus, qui a donné son nom au canton d'Un, et sur les armoiries duquel la tète de ce bœuf est représentée, a été envisagé par quelques naturalistes comme ayant donné naissance à la vache domestique. M. Rûtimeyer fait observer avec justesse , non-seulement que la grandeur considérable de ce bœuf contredit cette opinion, mais que les os de l'urus, trouvés à Moosseedorf, étaient accompagnés de nombreux restes de la vache domestique dont le squelette est plus grêle. La vache domestique descend probablement du bison indien {buckelochsen) et a été amenée de l'Aûe, ainsi que la chèvre et le mouton. En revanche, l'urus vivait à l'état sauvage dans nos forêts, de même que

tn

ANIHAOX DOHESnOOn.

le bisoB. Celui-ci. fort pareil au buffle Indien, est an uîmal très aauvBge et M» hostile aux animaux domestiques.

» J'ai encore k mentionner comme gibier, le eoitor, la tfoiraott, l'éeureiùl et le bouqtutin. Dans ces temps, le castor n'était certainement pas rare sur les rives de nos lacs, où il élevait ses remarquables constructioDS. Le bouquetin luimême, qni maintenant est refoulé dans les déarals les plus arides, babitait alors les parties basses des montagnes et descendait en hiver dans les forêts des vallées et par conséquent dans le domaine de la chasse. Si nous ajoutons à ces animaux la tortue d'Europe, l'our». le loup, le renard, la fouine, le furet, l'hermine et le chat saunage, dont H. Rûtime^fer a déterminé les os découverts près des pilotis, nous avons un tableau complet des animaux qui peuplaient autrefois nos forêts et qni difiéraient beaucoup de ceux qu'on y rencontre maintenant.

Animaux domestiques.

» A câté des os de ces espèces sauvages, on retrouve les

DE i/agb de Là PIBRUB. 273

» Les chèvres étaient nombreuses; les découvertes montrent qu'on mangeait beaucoup de chevreaux. Le moufoiiy fort rare à l'époque de la pierre, a été beaucoup plus répandu dans la Suisse occidentale pendant la période suivante. Le chien apparaît déjà dans ces temps reculés comme le compagnon de rhomme ; il était d'une race intermédiaire entre le chien de chasse et le chien de garde. Le cheval, dont on ne trouve que des dents et quelques os, doit avoir été rare. La volaille n'a pas laissé de traces de son existence. Il parait que la poule, l'oie et le canard domestiques étaient inconnus aux premières peuplades lacustres ; cependant on a recueilli les restes du pigeon et du canard sauvages, de l'autour, de l'épervier et du héron gris.

» Il résulte d'une manière incontestable de ce qui précède que les premiers habitants des bourgades lacustres possédaient le bœuf, la chèvre, le mouton et le cheval ; mais, pour garder pendant l'hiver des animaux domestiques dans notre pays, il fallait réunir une pâture suffisante à leur conservation. Un peuple de bergers qui a des demeures fixes est fort supérieur au nomade, et nous savons que l'agriculture ne lui était point étrangère. )>

Les animaux domestiques n'ont pas été aussi nombreux dans tous les pays de l'Occident pendant l'âge de pierre ; mais, en Suisse, ils apparaissent avec les premières traces de l'homme, qui a évidemment amené ces troupeaux en émigrant de l'Asie. Les familles qui se dirigèrent vers le Nord n'ont pu les conserver, sans doute à cause de la rigueur du climat et de la difficulté de réunir les provisions nécessaires pour hiverner le bétail, à une époque où l'imperfection des instruments ne permettait guère de faire des récoltes suffisantes. Les dépôts de cuisine du Danemark ne contiennent

Vk OSSEMENTS HCIUINS

que les os du chien ; mais, dans la période suivante, l'homme du Nord parvint & acclimater la plupart des espèces domestiques.

L'absence de ces animaux chez les Scandinaves, pendant l'Age de la pierre, suffirait i elle seule pour montrer que les premiers habitants de l'Helvétie ne sont point venus de ces contrées.

Le cheval , le bœuf et le chien ont été constatés par M. Boucher de Perthes comme ayant existé en mémo temps que la population qui a laissé ses instruments en pierre dans les tourbières d'Abbeville.

En Irlande , fe bœuf aux cornes courtes remonte sans doute au premier ftge, mais la longue durée des crannoges ne permet guère de distinguer l'antiquité relative des ossements accumulés sur ces îlots. Il est cepeodant & présumer que les savants irlandais ont déterminé les espèces découvertes, soit dans les tombeaux, soit sur d'autres points abandonnés dès l'Age de la pierre.

Ossemeats humains.

DE l'àob de la pierre. 27B

à travers plusieurs pieds d'eau, sur la plupart des emplacéments lacustres, n'a pas même permis de retrouver le squelette entier. Cependant, si la suite des recherches établissait que le plus souvent les crânes se trouvent seuls, on devrait admettre que l'usage barbare des Gaulois de se faire un trophée de la tête de leurs ennemis remonte à l'âge de la pierre. Ce résultat parait du reste peu probable, vu que les sépultures les plus anciennes ne renferment pas, comme celles des Gaulois, des traces de sacrifices humains. La mâchoire d'enfant trouvée à Concise, indique bien plutôt les conséquences d'un sinistre qu'un acte de barbarie qui irait jusqu'à faire un trophée de la tête d'un jeune enfant.

On ne saurait mettre trop de soin à recueillir les crânes humains de l'antiquité pour faciliter l'étude des races et des peuples. Le savant professeur d'anatomie, à Stockholm, M. A. Retzius, a déjà constaté, dans ma collection de crânes, les représentants de la plupart des peuples mentionnés par l'histoire comme ayant occupé la Suisse. D'autres noms seront à ajouter, mais les restes humains de la première période sont encore trop incomplets pour oser nommer un peuple avec quelque certitude, cependant l'un des crânes en ma possession n'est pas sans rapport avec ceux des tumulus les plus anciens des pays Scandinaves, et l'on sait que les Lapons, dont l'origine n'est nullement celtique, sont envisagés comme les descendants de la plus ancienne population du Nord. Nous verrons plus tard que les Celtes n'ont pas été les premiers habitants de l'Europe. S'il est difficile, dans l'état actuel des recherches, d'indiquer le nom du peuple qui les a précédés, on peut toutefois reconstruire les principaux éléments de son genre de vie. Nous connaissons ses habitations et son industrie ; l'agriculture et la vie pastorale lui étaient

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