ALIMENTS
antiquité, ce qui explique pourquoi le blé rôti joue un si grand rdle dans les sacrifices des dieux chez les peuples anciois.
n Outre la récolte du blé ou faisait aussi des provisionsde firuits. Les pommes et les poires conservées par la carbonisation avaient été coupées en deux et plus rarement en quatre, afin d'en faire des provisions pour l'hiver. Les poires, qu'on n'a encore retrouvées qu'& Wangen, appartiennent à l'espèce décrite sous le nom de achras. Elles sont petites et se rétrécissent vers la queue. Les pommes se rencontrent bien plus fréquemment, non-seulement à Wangen, maisausà & Bohenhausen et & Concise. Toutes se ressemblent par leur forme ronde et leur grandeur, qui est à peine celle d'une noix ; le coeur du Miit, contenantles pépins, est volumineux, et la queue s'épaissit vers l'extrémité. Ces queues n'étaient plus attenantes aux pommes, mais, comme on les a trouvées toul auprès, elles leur appartiennent certainement. Il existe dans nos forêts plusieurs espèces de pommes sauvages, et l'on s'accorde à envisager la plus petite cfwnroe provenant des
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en particulier Tespëce ronde et petite qui vient d'être mentionnée. I
« On n'a encore découvert aucune trace de la vigne, ni des cerises et des prunes, mais bien des noyaux de prunelles et des ceriseê à grappes {prunus padus). On a sorti du limon une grande quantité de graines de framboises et de mûres sauvages f de fcUnes et de coquilles de noisettes.
» Le blé, les poires, les pommes et les fruits de la forêt étaient donc employés comme aliments, ainsi que les poissons, les produits de la chassey la chair des animaux domestiques et le laitage. Le lait préparé en séret était sans doute conservé dans des vases exposés à la fumée. Il n'est pas rare de trouver des poteries percées de trous, disposés en rangées sur les flancs jusqu'à la base, dans lesquelles on ne pouvait mettre de liquide, mais qui étaient très propres à conserver le séret en permettant au petit-lait de s'écouler. Dans les contrées montagneuses, on l'enveloppe souvent d'une toile suspendue à la cheminée pour le faire essuyer et le préserver des vers ; à Ja place de toile , on se servait vraisemblablement de ces vases à jours. »
La châtaigne d'eau (trapa natans) qui ne croit plus sur les lac^de la Suisse, a été découverte dans ceux de Zurich, de Moosseedorf , de Neuchàtel et dans le lac Léman ' . Le fruit de cette plante, mêlé sur plus d'un point aux débris de l'industrie, était certainement aussi employé comme aliment.
Les os d'animaux contenant la moelle , ont été ordinairement brisés, et quelques-uns portent les marques de dents canines qui doivent être celles du chien , observation déjà
* Communication de M. Alph. de CandoUe dans la séance générale de la Société vittdoise des sciences natureUes, à Nyon, en i8S9.
S80 INDUSTRII
faite ea Danemark par M. le professeur SteeDstrup. Jusques
k présent, on n'a pas été aussi heureux que le savantdanMs pour constater les traces du sel employé dans l'assaisonnement.
Les débris de la cniùne sont assez nombreux pour se faire ane idée des ressources alimentaires de la première population de l'Helvétie. Quant & la manière de prendre les repas, elle était assurément très primitive. Le sol ou le plancher tenaient peut-être lieii de si^e et de lahie comme chez quelques sauvages. La poterie, d'après la forme des vnses, parait avoir été réservée pour les mets liquides. On ne retrouve ni cuillers , ni fourchettes, et l'on peut supposer qtte chacun saisissait à deux mains un membre entier d'animal et le mangeait en mordant de même, ainsi que le faisaient les Gaulois dont parle Posidonius.
Industrie.
Les premières migrations d'Orient en Occident eurent pour résultat, comme je l'ai fait observer plus haut, de rendre imiwssililc l'cKpIoilation des métaux, en suitposant que
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devait fabriquer ses instruments et pourvoir à tout ce qui lui était indispensable. La nécessité des premiers moments devint plus tard un usage général ; de là» ces nombreui lieux de fabrique qu'on retrouve dans la plupart des pays de l'Europe. Il n'est guère d'emplacement lacustre du premier âge, en Suisse, qui ait eu quelque importance, sans qu'on y rencontre les traces de la fabrication, et quand on parcourt les musées d'antiquités nationales, il est facile de se convaincre que celles de l'âge de la pierre répondent en général à la minéralogie du pays où on les découvre \ ce qui ne veut point dire que des roches étrangères n'aient pu être importées par le commerce. Cette fabrication étant ainsi propre à chaque pays, on est cependant bien plus frappé de l'aimlogie des formes reproduites dans les contrées les plus éloignées que des variétés inhérentes à chaque peuple ; mais ces rapports sont encore plus surprenants quand on les observe entre les produits de la plus ancienne population de l'Europe et ceux des tribus contemporaines de sauvages ; alors, il devient évident qu'ils sont l'expression d'une loi naturelle découlant de l'unité de l'esprit humain, d'après laquelle l'homme satisfait de la même manière à ses besoins les plus pressants, indépendamment des temps et des lieux.
Les instruments du premier &ge se retrouvent en très grand nombre avec les habitations lacustres de la Suisse. Celui dont l'usage a été le plus général est la hache qui présente ordinairement de fort petites dimensions. Le tranchant de ces pièces ne mesure que 4 S lignes à 2 pouces. Leur longueur moyenne est de 3 à 4 pouces au plus. Les
* Cette observation est surtout frappante quand on examine avec attention les musées du nord de TEurope et lorsqu'on rapproche les roches employées de celles qui ont été utilisées dans d'autres contrées.
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haches longues de 7 & 8 pouces soDt rares, tandis que dans le Nord, on en trouve de dimensions plus conùdérables. La manière de les emmaocber offre d'assez grandes variétés, les unes se fixaient avec des ligatures & l'extrémité d'une branche coudée natureHement, d'autres entnùent dans l'entaille du manche, faite en forme de mortùae, et plusieurs étaient assujetties à une emmuichure en bois de cerf qui s'adaptait au uiBnche (PI. QI). Diverses lames de silex étaient aussi consolidées dans la rainure du bois à l'aide de résine ou d'une espèce de mastic, comme le font encore quelques indigènes de la Nouvelle-Hollande. Les haches percées, en général un peu moins anciennes, demandaient certaines précautions pour consolider le manchesans faire sauter la pierre. Peut-être employait-on déjà le procédé qui s'est conservé jusqu'à nos jours dans la Bretagne française. Quand un agriculteur découvre une de ces pièces percées, il a l'habitude de passer dans le trou une branche d'arbre, qu'il ne coupe ordinairement qu'une année plus lard, en sorte que par son développement Irat et naturel le manche se bvuve solidement fixé à l'instrument. Les pièces comprises sous la
travail des peau\ et de la poterie. Des dents plantées dans l'extréniité d'andouillers faisaient l'office de polissoirs, d'au- Ires ont été aiguisées en Irancliels et en poinçons. Les bois âe cerf étaient surtout employés pour des emmanchures et àes poignées, mais aussi pour des marteaun, des pointes do lance, des poinçons et parfois pour de petits vases (PI. III à VII, 2B à 28).
Les armes destinées à la chasse ou à la guerre sont les poignards, les lances et les flèches, en pierre, en os ou en bois de cerf. On retrouve la massue en hois. La hache d'usage domestique devenait au besoin une arme. Il est vraisemblable que la fronde était connue. Les pierres brutes servaient aussi de projectiles. Le nombre considérable de cailloux répandus sur des emplacements auxquels ils n'appartiennent pas naturellement , permet de supposer qu'on les réunissait sur l'esplanade comme un moyen de défense ; plusieurs d'entre eux, aux angles vifs, brisés par la main de I l'homme, étaient tout h fait improjires à la fubricntion d'instruments, mais, lancés par une main sûre, le coup porté élail d'autant plus redoutable que le projectile pouvait faire incision'. Cette accumulation de pierres sur les esplanades contribuait on outre à la solidité de celles-ci qui avaient d'autant moins à redouter les coups de vent qu'elles étaient plus cbargées.
La poterie consiste en une pâte argileuse peu compacte, pétrie avec de nombreux grains siliceux qui permettaient à l'argile de cuire sur le feu. Bien que les vases intacts de
t^' M. n. Rikii pensa quo ces cidlloux ont ëlé bris£s et rentim anguleux pour les employer ù la défenM des bourgade» lacustres. — Die PfahlbaH- AlterlhmtuT wn Moauetiorf, im Kanlon S«m. Von Mb. Jahn und lob. Bhlmann.S. 43.
384 INDOCTRIE
l'Age de Is pierre soient fort peu nombreux, on pMSède assex
de fragments pour recoiutitaer les formes principales qui sont entre autres celles du cylindre, du cdne tronqué et de l'urne. Quelques-uns sont munis d'oreillettes percées d'un ou deux trous dans lesquels on ne pouvait passer qu'on petit cordon destiné à les porter ou & les suspendre (PI. VU, 30&33, 3S et 36). On trouve plus rarement le couvercle d'argile dont les bords, dépassant le col du vase, sont aussi percés de deux trous de chaque cAté par lesquels passait Clément le cordon. D'autres, arrondis à leur base , manquaient de pied, mais on n'employait guère dans le premier Age ces nombreux supports circulaires, essentiellement propres & la période suivante. En revanche, on a recueilli sur quelques points des balles spbériques, pétries d'argile et de charbon, qu'on suppose avoir été des projectiles incendiaires. Ces fragments de poterie, ayant résisté A l'action des eaux pendant des siècles nombreux, ont été évidemment cuits au four, et chaque emplaconent, de quelque importance conserve les restes de pièces délormées, indice certain d'ateliers voisins. L'art du potier était encore dans l'enfance.
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d'ornements, de poids de filet ou être employées à d'autres usages, mais il n'en est pas moins probable que le fuseau était connu, si Ton tient compte des aiguillettes en os munies parfois d'un œil tnqp petit pour y passer une lanière ; le fil employé devait être tordu, et il est vraisemblable qu'il l'était à l'aide du fuseau. On a en outre trouvée Robenbausen des cordons, selon toute apparance de chanvre, d'une ligne d'épaisseur, formés de deux fils enroulés l'un autour de l'autre en torsade, et des restes de cordes, d'un pouce d'épaisseur, faites avec plusieurs bouts très fins de fibres d'arbre tordus ensemble.
La découverte de nattes ou grossiers tissus en chanvre ou ea lin, qui a eu lieu à Wangen (PI. VU, 2&), ajoute un nouvel élément à l'industrie du premier âge. Quoique ces débris révèlent un art encore très rudimentaire, on voit que l'homme n'était pas réduit à se couvrir uniquement des peaux d'animaux , mais il y a loin de ces vêtements à la saie aux couleurs éclatantes que portaient les Gaulois d'après le rapport de Diodore de Sicile.
Lors même que la tourbe et le limon des lacs ont conservé bien des débris qu'on aurait pu croire perdus pour toujours, il n'en est pas moins probable qu'un grand nombre d'objets ont disparu. On peut cependant conclure des cloisons en claie de leurs habitations que l'art de la vannerie n'était point ignoré. Les fragments de corbeille, trouvés à Wangen (PI. Vil, 22), en sont une preuve suffisante. Les osiers ronds ou fendus, tressés avec le chaume, montrent déjà une certaine habileté dans ce genre de travail, dans lequel les Gaulois excellèrent plus tard au point d'exciter l'admiration des Romains.
Les objets de l'industrie primitive présentent une certaine
variété dans une colleclioD d'antiquités, mais quand oo les rapproche des instruments innomtHvbles produits par l'tndastrie moderne , dans toutes les branches de son activité, on est obligé de reconnaître leur extrême indigence et combien tout travail devait être difficile. Pas de rabrication sans une patience excessive. Les procédés employés étaient sans doute fort ingénieux, car l'homme en dehors de la civilisation n'est pointdépourvu d'intelligence. Toutefois la pierre ne pouvait être taillée qu'avec la pierre. Pour fabriquer une simple hache, on commençait par pratiquer, & l'aide d'une scie ou d'une lamelle en silex, des rainures dessinant la forme de l'instrument, puis la pierre, après avoir été dégrossie avec le marteau, n'obtenait son tranchant et son fini qu'en l'aiguisant et en la polissant sur nne meule dormante. Les mêmes procédés ne pouvaient être employés pour toutes les roches. La taille du silex exigeait qu'on sût utiliser sa cassure concboîdale, et l'on a peine à comprendre comment on détachait d'une pointe de flèche les derniers petits éclats qui en étaient enlevés. Souvent un coup malheureux brisait la pièce près d'être achevée, tout alors était à recommencer. iperfcction et les uelili^s dimensions de i
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fice de chalumeau y ainsi que le font quelques sauvages, mais oieore ce secours était-il bien lent.
Le feu a été dans tous les âges d'une utilité dont on méconnaît trop souvent la portée. Les traditions en font remonter Torigine à Tapparition de l'homme sur la terre ^ D'après M. le docteur Flourens, l'homme appartient aux frugivores par sa constitution physique, mais c'est à l'aide du feu, qu'il devient omnivore '. Le feu dissipe les ténèbres et les rigueurs du froid, il permet à l'homme d'habiter jusqu'aux régions glaciales. Il est d'un puissant secours dans les défrichements, et, sans le feu, l'industrie serait à peu près nulle. L'homme, une fois en possession de ce précieux élément, a dû le conserver avec le plus grand soin, mais il n'a pas tardé non plus à en connaître les terribles effets.
On comprend que le feu soit devenu l'objet d'un culte et qu'il ait eu ses prêtres et ses prétresses pour veiller à sa conservation. Le feu sacré n'étant pas le seul à s'éteindre, il fallait pouvoir le reproduire. Comment l'homme arriva-t-il à connaître que le frottement de deux morceaux de bois de dureté différente donne Tétincelle, c'est ce qu'il est difficile de dire, mais ce procédé employé par les Mexicains et par de nombreuses peuplades modernes remonte à une haute antiquité. U était déjà connu des anciens habitants de l'Europe, ce qui résulte du culte que les Germains vouaient à Tétincelle jaillissant de deux morceaux de bois, et il est infiniment probable que la population de T&ge de la pierre usait du même procédé.
* Prométhée, qui passait pour avoir formé l'homme du limon de la terre, ravit le feu céleste pour en donner Tusafe à l'être qu'il venait de créer. Dans la Genèse, la première mention du feu ressort indirectement de ce qui est dit de Tubal-Caïn, comme foryeron.
* De la km{féviU humaine et de la quantité de tne iur le globe, par P. Flourens, Paris, 1855 ; pag. 1S7.
RBUTIONS COMHBBCULES
Commerce.
Si chaque tribu utilisait les roches qu'elle avait sous la main, fabriquait les instrumeots les plus indispensables et confectionnait ses vêtements, il n'en résalle point que tout commerce ait été inconnu après l'établissement des premiers pionniers de l'Occident. Entre les matières utilisées, plusieurs sont étrangères au pays oâ ou les retrouve. Quelques-unes, apportées par les émigrants venant de contrées diverses, peuvent servir à retracer les voies parcourues. Le corail blanc de la Méditerranée, découvert à Concise, indique peut-être la marche d'une famille qui aurait remonté le cours du Rhdne ' , mais plusieurs pièces sont de provenances si opposées les unes aux autres, qu'elles doivent avoir été importées par le commerce. Les emplacements lacustres de la Suisse conservent à cAlé des roches alpestres et du cristal taillés en instruments, des serpentines étrangères et des »les dont la plupart sont sans doute originaires de la France. Il
DE t AOe DE LA PIERRE.
par les premjci'5 émigrants, le lieu d'où elle provient étant CODDii désignerait sinon le point de départ, du moins l'une des stations des émigrants. Si, en revanche, la néphrite a été an article de commerce, elle témoignerait de communications -établies avec l'Asie, ù une époque oii la population de l'Eu- Tope devait être assez nombreuse pour transmettre de tribu A tribu les échantillons de cette roche recherchée pour sa loreté ; mais encore , comment ce commerce avec l'Orient B'aumit-il pas introduit le métal qui n'a été importé que plus tard par l'invasion d'un nouveau peuple? Des découvertes ultérieures et la détermination des rocbes au point de vue de leur origine fourniront probablement un jour une réponse ^iBlisfaisante. L'ambre de la mer Baltique, découvert & Mei- ■^ea, montre que le nord de l'Allemagne était exploré pendant que la Suisse en était encore à l'âge de la pierre. L'ambre jaune, qui n'est point rare dans les plus anciennes sépultures du Nord, se retrouve aussi en Italie avec les antiques urnes d'Albano. Cette matière, dont l'origine ne peut être mise en doute, ayant été transportée dans le midi de l'Europe à une antiquité aussi reculée, il en résulte que les communications avec le Nord sont beaucoup plus anciennes qu'on ne le suppose généralement, et il est sans doute suirflu de chercher à l'électrum d'Homère une autre signilî- 'eation que celle d'ambre jaune ou de sucoin '.
' Le mot eUctnmi désire i la foïi, dans l'anliquitê, l'ombre et un ilUajis
^'w et d'argent. Cette composition , raproduisant quelque peu la teinle du
dû emprunter «on nom â celui de l'ambre qui a été répandu duu
• midi de l'Europe plus anciennement que l'arl de traiter le minerai d'ar-
eot. L'exploitation de ce métal n'est pas antériaure au travail du fer. L'ar-
pA, peu coDUoua i. l'Étal nalir, ne le relrauve que très exception MUemenl
Il l'&ce du brome. L'ambre , en revanclie , appraifisant en Suisse dans