‹ Habitations lacustres des temps anciens et modernes (volume 2)Chapitre 45 sur 94 · ET MCUH. XVII, IS · texte numérisé non relu

ET MCUH. XVII, IS

990 COSIHEBCE DE l'aUE DE LA PIERRE.

Le Bilei, l'ambre, la néphrite et le corail blanc, retrouvés sur les emplacements lacustres de l'&ge de la pierre en Suisse, nous reportent à eux seuls en France, sur les cAtes de la mer Baltique, en Orient et sur les bords de la Méditerranée. On ne saurait admettre que les premiers habitants de l'Helvé- ' tie aient importé toutes ces matières ea arrirant dans le pays, 'et bien moins qu'ils soient venus i la fois de l'Orient et de l'Occident, du Midi et du Nord. 11 but reconnaître qu'il exista déjà dans le premier &ge un commerce ou des moyens d'éebauge suffisants pour se procurer des matières étrangères, qui se payaient avec les produits de l'industrie ou de la chasse. L'habitant de l'Helvétîe n'allait assurément pasdierdier l'ambre sur les bords de la mer Baltique, pas plus que l'homme du Nord ne l'apportait au pied des Alpes. Eussentils été l'un et l'autre riverains des mers, leurs canots étaient encore trop imparfaits pour une si longue navigation. Ces matières se transmettaient sans doute de proche en proche, et pour cela, la population de l'Europe avait diV se multiplier assez pendant l'Age de la pierre pour ne pas laisser de trop vastes contrées inexplorées entre ces tribus primitives. Le commerce. cKploiLaiit les produits de réaions lointaines.

alement partout. Le grès molasse, employé pour les meu- H, n'était pas sous la main de chacun, les serpentines et les xjhes dures devenaient des articles de commerce. On était essairement conduit à explorer, puis à exploiter, et, si K^aque homme savait plus ou moins Tabriquer ses instninents, il existait aussi de véritables ateliers comme h Moosseedorf, h Concise et ailleurs. De là, des professionsdiverses qui, pour subsister, devaient recourir largement aux échanges; de \h, toute une organisation sociale.

La détermination des roches et des matières utilisées par l'industrie est bien loin d'avoir fourni à l'histoire tous les résulluts qu'on est en droit d'en attendre. Les quelques données précédentes font assez comprendre l'importance de cette élude. La mftne matière peut, il est vrai, être originaire de diverses contrées, mais dans ces cas-là, en prenant le point le pluâ rapproché, on ne risquera pas de trupélendre les communications qui ont existé entre ces anciennes peuplades.

Traits distinctifs de l'âge de la pierre dcins les K temps anciens et modernes.

B* La ■fraPF ■eaiss ■port^ Kcel ■ Mrl

La première population de l'Occident présente des rapports

rappants avec les peuplades modernes, privées de la con-

s métaux, mais aussi des différeuces d'une haute

Kirtée. Les constructions des sauvages sont encore pareilles

i celles de l'ancienne Europe. Elles surprennent également

' par l'exiguïté des dimensions et par l'indigence de l'ameu-

blemeat. La dextérité dans la fabrication des instruments est

la même. La plupart des formes sont identiques. Toutefois

Vie sauvage se caractérise par l'immobilité. Une génération

303 TRAITS DIETINCTIFS

nouvelle n'ajoute rira aux conoaissances de la génération précédente. Les commiinicationg et les échanges d'idées, qui fécondent la vie d'un peuple, lui sont étrangers. L'isolement dans lequel il vit ne lui permet pas de progresser. Il est comme pétriBé dans sa manière d'être, et cet état statîonnaire ne peut exister chez Thomme sans la dégradation.

Il n'en était pas de même dans la plus haute antiquité. L'agriculture et la vie pastorale occupaient, sur plus d'un point, une place d'une certaine importance. Partout, le commerce ou les échanges entretenaient une activité commune. Les premiers habitants de l'Europe se distinguent entre autres du sauvage par le développement progressif de leur industrie. Tous les emplacements lacustres de l'âge de la pierre, en Suisse, n'o&reot pas le même genre de développement. Les antiquités de Moosseedorf, près de Berne, et de Uammera, sur le lac de Constance, ont un caractère bien plus primitif que celles de Meilen et de Concise. Il est possibleque ces quatre emplacements remontent au même uëcle , mais les deux derniers ont existé jusqu'au moment où le bronze commençait & être introduit, aussi y retrouve-t-on des ins- Iruments d'un fini itius grand, des formes plus éli^gantes et

DE l'âge de la piebre. 293

D*est pas moins progressive, malgré le mouvement oscillatoire de la civilisation.

L'âge de la pierre offre d'importantes analogies sur les di* divers points de l'Europe où l'on a constaté sa présence ; ce* pendant on peut aussi relever quelques traits distinctifs résultant du climat, de la minéralogie et de la configuration du sol. C'est de cette dernière circonstance que provient la différence du crannoge et de la bourgade lacustre. La nature des roches dont on disposait, inOuait aussi sur l'industrie. Le silex des bords de la mer Baltique se prétait à la fabrication de poignards, de pointes de lances, de haches, de scies et de divers instruments d'une rare beauté dans le genre *. En Suisse, la serpentine joue un plus grand rôle que le silex. Sur quelques emplacements, à Wangen, par exemple, les haches ont presque toutes la forme de coin ; ailleurs elles sont plus variées. La scie est une simple lamelle de silex, le plus souvent étranger, très inférieure à la scie nettement dentelée du Nord. Les poignées et les emmanchures en bois de cerf sont fort nombreuses, surtout à Concise. L'os est employé pour des pointes de lance et des instruments divers, qui sont comme les prototypes de ceux qu'on retrouve dans diverses branches de l'industrie contemporaine, et l'on est conduit à se demander s'il n'y a point dans l'âge de la pierre quelque réminiscence d'une civilisation plus avancée dont il faudrait chercher le siège en Orient.

C'est sans doute à la différence du climat qu'on doit attribuer l'absence d'agriculture dans le Nord, ainsi que le

* Les musées du Nord renferment des haches et des poi^ards en silex de plus de 9 pouces de longueur. Ces dernières pièces , souvent travaillées avec une rare perfection, portent parfois sur la poignée des ornements de la forme de cordons torses, ménagés en taillant la pierre.

39t DDRte n FIN

manque d'animaux domestiques, qui, k part le chien, ne se rencontrent pas dans les Kjokkmmôdding déposés sur les rives des fiordt du Danemark. Cependaot, lorsque Pythéas visita ces contrées, à une époque fort postérieure* , il est vrai , il y trouva l'agriculture et une oertaine civilisation.

Dur6e et fin de l'âge de la pierre.

II est difBdle de déterminer la durée du premier âge de la civilisation en Europe. Elle a sans doute différé quelque peu d'un pays à un autre, parce que les contrées peu ouvertes ont dû conserver plus longtemps qu'ailleurs les usages primitifs. Toutefms, si l'ftge du bronze a été introduit par l'iDvauon générale d'un nouveau peuple, la fin de la première période pourrait moins varier du Nord au Sud qu'on ne le supposerait au premier abord. Quoi qu'il en soit, il est assez remarquable que les principaux emplacements lacustres, explorés en Suisse, présentent des couches de dépAts d'une puissance fort analogue. Les objets d'industrie, tassés

la durée du premier âge a été la même sur les divers lacs i' de la Suisse, et l'on peut ajouter qu'elle n'a pas été moindre dans les pays du Nord, d'après le grand nombre des sépultures les plus aDcieanes, et d'après l'élévation des Kjôkketivmddiug du Danemark.

Les habitalioDs de l'âge de la pierre, en Suisse, ont élé généralement détruites par l'incendie, cependant il se peut que des coups de vent les aient parfois jetées à IVau, de m^c que le crannogc de Lougli-Cimbe, mentionné par les chroniques de l'Irlande. La deslruclion par le Teu a dû être fréquente. Bien que la cabane d'osier fût revèlue d'argile in Icrieu rement, la flamme du foyer n'était pas sans danger, surtout par les jours d'orage. Il est probable que le froment carbonisé, découvert sous les couches artificielles de dépdls, provient de sinistres dont les dommages ont été réparés. Mais un moment est venu où les habitations de l'&ge de la pierre ont généralement cessé d'exister en Suisse, et quelques- un es des bourgades les plus importantes, comme celles de Meilen et de Concise, commençaient, lors de leur destruction, ft recevoir des objets en bronie. On a aussi retrouvé, sur ces deux emplacements, des restes d'ossements humains qui font supposer que la chute de ces bourgades a eu lieu û la suite d'une lulte à main armée. Il est à présumer qu'elles ne furent pas les seules à succomber dans cette guerre qui eut lieu au moment de l'inlroduction du bronze. La plupart des habitations lacustres de ta Suisse orientale ne furent point reconstruites, tandis que de Biennc à Genève elles s'élevèrent de nouveau en grand nombre, pendant la période suivante.

On pourrait supposer, à première vue, que Tige de la pierre a été de moindre durée, dans la Suisse occidentale, et

396 FIN DE l'âge de U PtERBE.

qu'on employait encore le silex et la'serpentiae sur les bords du lac de Constance pendant que le bronze les remplaçait sur le lac Léman.- On comprendrait cependant difBcilement que tes habitants d'Inkwyi et de Mocsseedorf, qui faisaient venir des silex de France, fussent restés étrangers k l'industrie voisine du Steinberg, près de Nidau. C'est en étudiant lee débuts de l'Age du bronze qu'on pourra proposer la solu- Uon de ces difficultés, mais, pour le moment, il importe d'ajouter que la marche uniforme de l'industrie, dans l'ancienne Helvétie, ressort suffisamment de l'étude des monuments funéraires. Les tombeaux de la Suisse allemande renferment de nombreux objets en bronze tout pareils h ceux du Steinbei^, de Cortaillod et de Horges, ainsi que des armes et des omemenls en fer du genre de ceux de la Tène, sur le lac de Neucb&tel. La même série d'antiquités, antérieures & la domination nnnaine, étant propre à la plupart des cantons, on ne saurait admettre que les bourgades hicuslres de l'âge de la pierre, dans la Suisse orientale, soient contemporaines de cdlesdel'ftgedu bronze, sur le Léman et sur les lacs de Neucbfttel et de Bienne. Il foui donc qu'une raison particulière se soit opposée à la reconstruction des bourgades sur les

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