FUNÉRAILLES DES GAULOIS
saurait affirmer que la foi à la résurrection ait tout à fait disparu, puisqu'on la retrouve en Egypte avec la position étendue. Le sarcophage eu pierres brutes, de la longueur du corps, construit sous la surface du sol, reparaît quelque fois pendant la période helvétienne, et, plus tard encore, sous la domination des Romains. Enfin ce dernier genre d*inbumation devint général après l'introduction du christianisme, jusqu'à Charlemagne^ Une fois dans les temps modernes, alors que de nombreuses invasions et un nouveau culte ont recouvert le pays, il semble que tout souvenir des cérémonies religieuses les plus primitives ait dû disparaître ; cependant on retrouve encore dans les Alpes du canton de Yaud, jusqu'au commencement de ce siècle, l'un des anciens usages conservé chez quelques Indiens, qui, après avoir déposé le corps du défunt dans le sein de la mère universelle du genre humain, répandent le lait maternel sur la tombe de l'homme redevenu comme un petit enfant.
La colline tumulaire, qui n'apparaît dans le canton de Vaud qu'avec l'Helvétien, reproduit le mode funéraire des Gaulois décrit par les auteurs anciens et se rattache aux idées religieuses sur le feu, envisagé comme élément purificateur, ainsi qu'on l'a vu plus haut*. Lorsque le défunt avait occupé une position relevée dans la société, son corps, suivi d'un long cortège, était porté avec de grandes démonstrations de deuil sur le bûcher qui devait le consumer. On jetait dans les flammes tout ce qui avait été le plus cher à celui dont on accompagnait les restes. Des animaux nombreux étaient sacrifiés. Ses femmes, souvent immolées, se dispu-
* C'est à cette époque que les sépultures se groupent en général autour des temples chrétiens.
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■aient parfois le triste honneur de le suivre dans la lontbe, pensant gagner ainsi un rang glorieux dans la vie à venir. Après l'extinction du bûcher par les libations d'usage, les cendres et les os calcinés du défunt étaient réunis dans une urne qu'on déposait ordinairement A la surface du sol et qu'on recouvrait de terre et de pierres ', de manière à former un monticule dans lequel on déposùt aussi les charbons du bûcher et les corps des victimes qui n'avaient pas été consumés.
Les Helvétiens n'étaient pas étrangers k ces funéruilles sanglantes. Un tumulus situé dans le Bois^enou ', au sommet du ravin qui domine le lit pittoresque de la Mexbre, recouvrait un groupe de quatre vases d'argile remplis de cen dres humaines. Un creux ménagé dans la terre accumulée sur les urnes contenait les charbons et les cendres du bûcher avec les nombreux restes calcinés des animaux sacrifiés, parmi lesquels se trouvaient le chien, le bœuf et le cheval. Au-dessus de ces restes, venait un lit inégal de grosses liierres brutes sur lequel gisaient sans ordre quatre squelettes humains dont l'attitude irréguliëre montrait que les
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de cailloux. Des bracelets, des débris de cbainettes, des broches et des ornements divers indiquaient la parure de femmes dont la jeunesse ressortait du peu de développement des dents de sagesse encore cacbées dans Talvéole, ou de l'absence d'usure. Ces malheureuses victimes avaient eu les membres brisés par les cailloux qui les recouvraient et qu'on avait lancés violemment, de manière qu'une partie des ornements avaient volé en éclats sous le choc. A deux cents pas du tumulus existe encore un autel, sur lequel avait sans doute eu lieu l'immolation des femmes du défunt.
Ce n'était pas seulement sur les tombeaux que les peuples d'origine celtique inmiolaient des victimes humaines. Les Gaulois, pour conjurer les malheurs dont ils étaient menacés ou pour se rendre les dieux favorables, avaient institué des sacrifices qui, à défaut de coupables ou de prisonniers, retombaient sur les innocents. L'une de ces cérémonies a eu lieu au-dessus des ravins de la Mexbre, à environ vingt minutes de distance de l'emplacement précédent, sous l'ombre des chênes de la forêt de Vemand-dessous. Douze squelettes humains étaient déposés sans ordre de la base au sommet d'un tumulus haut de six pieds. Chaque fois que leâ ossements étaient assez conservés pour apprécier la position de» corps, celle-ci présentait toujours quelque chose d'anormal. Aucun n'était couché régulièrement. Le crftne de l'un reposait sur les jambes étendues du même squelette. Un autre avait eu la tête écrasée de manière à projeter la mâchoire à un pied de distance de la partie postérieure du crAne. Les dents de ces divers squelettes appartenaient toutes à des personnes encore jeunes. Quelques anneaux en bronze et même en fer caractérisaient la période helvélien ne. De nombreux charbons et des fragments de poterie étaient
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répandus dans toutes les parties du tumulus, ainsi que, sur quelques points, des débris calcinés d'ossements d'animaux, mais nulle part ne se trouvait d'urae cinéraire, ni d'inhumation régulière.
Un autre caractère de cette colline est sa construction autour d'un bloc erratique, haut de cinq pieds, sur onze de longueur. La partie supérieure de ce poudingue forme une aràle longitudinale d'où les faces du bloc descendent sur le sol. Le plan le plus incliné porte une large rainure naturelle jiartant du sommet, et au bas de laquelle se trouvait un vase d'argile grossière, de forme semi-spbérique, qui ne contenait que de la terre sans aucune trace decendres. La forme générale du bloc et la position du vase rappellent l'un des autels qu'on voit à l'entrée du sanctuaire de Heriba, dans l'ile de Rûgen. Cet autel est pareillement à deux versants, et au pied du plan le plus incliné on voit une pierre de petites dimensions, taillée en bassin de forme analogue à celle du vase de la forêt de Vernand. La tradition raconte que la victime, appuyée sur l'autre fcce du bloc, était égorgée de manière que son sang arrosât une partie de l'autel avant d'arriverdans le bassin.
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furent aussi enfouis, on ne sait dtns quel bot, nais oe quH y a de certain , c'est que les antiquités de VAménqat présentent des rapports oombreax el Grappaots avec celles de l'Europe ^
Quand on rapproche les rnoouiiieots tninnhires de l'époque helvétienne des sépultures des deux âges précédeots, on voit combien les mœurs et les usages religieux étaient différents. Je n'ai trouvé nulle part, dans les nombreux tombeaux du canton de Yaud, antérieurs à l'âge du fer, des traces de sacrifices, ni aucun indice révélant l'immolation de victimes humaines. On a cependant découvert dans quelques-unes des salles sépulcrales des pays du Nord , des restes d'ossements d'animaux, et il est probable que les autels gigantesques du premier ige étaient quelquefois arrosés de sang, de même que chez les nations civilisées de l'ancien monde. Quoi qu'il en soil , la sépulture des Celtes est empreinte d'un tout autre caractère, qui répond bien i leur amour immodéré de la guerre. La population de l'Europe, dans les derniers temps païens, présente des moeurs rudes et barbares, qu'entretenaient les idées religieuses, et que ne peut dissimuler le développement de Findustrie. Les peuplades lacustres de la Suisse nous apparaissent en revanche avec un caractère plus humain. L'amour qu'elles portaient à leurs rivages les détournait de l'esprit de conquête, et rien,
l'antiquité de quelques instruments de supplice des teD^M modernes, on pourrait supposer qu'ils étaient mis hors d'usage après l'immolation d'un nombre déterminé de Yictimes.
* La description des autres tumulus que j'ai fouillés dans le canton de Vaud lyouterait quelques traits nouveaux , mais ces deux exemples suffiront pour montrer que les mœurs sanguinaires des Helvétiens ne différaient pas de celles des Gaulois. D'après César (Lib. VI, cap. 21), de pareils sacrifices n'étaient pas dans les usages des Germains.
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dans leurs sépultures, ne révèle jusqu'à préseot te sacrifice de victimes humaines.
On voit que l'adoucissement des mœurs n'a pas suivi la même marche que l'industrie. On peut en dire autant du sentiment reUgieux. C'est duis les âges les plus reculés que les monuments qui se rattachent au culte préseotent l'aspect le plus grand. Quand oo se transporte au pied des immenses collioes tumulaires de la première période et des blocs gigantesques dressés par des efforts inouïs, on éprouve le sentiment que le peuple qui, malgré l'imperfection de sus instruments, faisait de telles constructions en l'honneur des morts et des dieux, devait être vivement préoccupé des destiaées de l'homme au delà du tombeau el du besoin de se rendre les divinités favorables. Les anciens Egyptiens élevaient les monuments les plus considérables en vue de h mort et de la vie & venir. Des préoccupations pareilles ont été générales dans les premiers Ages. Tout ce qu'il y a de plus grand dans les mylhologies remonte aux temps les [dus anciens'. Des traditions nombreuses, relatives à la foi, ont été répandues d'un centre commun sur les antres parties du globe. Le dogme de la résurrection, symbolisé par iessépui-
Accroissement de la populatioiL
Polybe rapporte que quelques historiens envisagaient les vallées des Alpes coroine à peu prés inhabitées, et il rectifie leur jugemeot en affirmant qu'il s'y trou%'e un peuple très nombreux qu'il a visité lui-même '. Ce n'est pas seulement dans les temps anciens qu'a existé ce préjugé, qu'on avait encore à combattre ces dernières années, chaque fois qu'il s'agissait de la population de l'Helvétie avant la connaissance des métaux. Il était cependant (acile de conclure d'après les tombeaux fouillés dans le canton de Vaud que la Suisse avait eu, comme le Nord, ses trois périodes de développement avant l'époque historique; mais la découverte des habitations lacustres est venue confirmer jusqu'à la dernière évidence l'existence de l'&ge de la pierre en Suisse et sa haute antiquité. Les nombreux emplacements occupés pendant cette période, l'étendue de plusieurs et l'épaisseur des dépôts qui les recouvrent, ne peuvent laisser subsister aucun doute sur le prompt accroissement de la population et sur la longue durée de ces établissements.
Quand on voit combien les rives des lacs de la Suisse ont été habitées, on est conduit à se demander si toutes les de-
* Lib. III, 48. « Quand ils nous disent que dans ces Alpes tout est désert, rochers escarpés, chemins impraticables, c'est une fausseté manifeste. Avant qu'Annibal en approchât, les Gaulois habitant les rives du Rhône avaient passé plus d'une fois ces montagnes et venaient tout récemment de les traverser pour se joindre aux Gaulois des environs du Pô contre les Romains. Et, de plus, les Alpes même ne sont-elles pas habitées par un peuple i'^' nombreux? »
AOO ACCROISSEMENT
meures étaient groupées sur les eaux ou si quelques-unes s'élevaient ailleurs. On peut comprendre à première vue que les plaines et les vallées durent aussi èlre occupées de très bonne heure, mais on conçoit que des cabanes en bois n'aient laissé aucun vestige sur le sol, et que les dépôts des débris de l'industrie aient disparu devant les travaux de l'agriculture. Il y a cependant plus que des conjectures à œt ^ard. L'âge de la pierre a eu ses Troglodytes. M. Forel en a même retrouvé les traces en Italie, dans les grottes voisines de Mentone. Plus d'une caverne des montagnes de la Suisse a aussi servi d'habilaUon. Les excavations naturelles du Salève, & Estrambiëres et sous le Pas de l'Echelle, renfermaient de nombreux débris de silex travaillés, de charbons, de poterie et d'ossements ctncassés d'animaux; le cheval s'y trouve déjà ' , et plusieurs os onl été percés ou aiguisés. Quand on fouillera le sol des grottes, ces traces de l'habitation de l'homme ne manqueront pas de se multiplier. Un autre moyen de constater l'étendue de la population consiste dans la statistique des tombeaux. Ceux du premier âge, découverts sur les bords du Léman, se trouvent à Tbonon, au Gh&telard près de Lutry et à Pierre-à-Portay vers