INTRODUCTION
Les plus anciens peuples de l'Europe n'ont guère laissé de leurs demeures que des excavations informes ou des restes de pieux destinés à supporter de chétives cabanes. Le sol de quelques grottes contient encore, comme indice d'occupation, les charbons du foyer, des os concassés et les débris d'ustensiles divers d'une très haute antiquité * . A défaut de
* Voir dans V Indicateur dhUtoirt et ^onHquités niiêteê, 1855, pag. 51, U description que j'ai donnée d'une caverne du Salève, près d'Etrambières. Des instruments en pierre et en os accompagnaient de nombreux ossements d'animaux divers, la plupart fracturés. J'apprends de M. Ch. Gaudin que plusieurs de ces débris ont passé dans des collections en France. — M. F. Forel, président de la Société d'bistoire de la Suisse romande, a fait une découverte pafeilla en Italie, dans les grottes ouvertes sur les bords de la mer, près de Mentone, où il a trouvé divers instruments en pierre, sans traces de métal, avec des os concassés et, entre autres, deux dents de cheval. — En fouillant le sol des excavations natnreUes des montagnes de la Suisse, on ne manquera pas de multiplier le nombre de cet découvertes.
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ces abris naturels, l'homme creusait parfois de véritables terrien, habités surtout pendant l'hiver, ou plantait sur le sol des pieux disposés en cercle, reliés par des branches entrelacées, et recouverts d'un toit cAnique ' . Ces cabanes circulaires, garnies d'argile intérieurement, ont été propres à plusieurs peuples de rUccident, jusqu'à l'ère chrétienne, et elles étaient déjà usitées dans des âges fort reculés, dont on possède des urnes cinéraires qui reproduisent, en petites dimensions , l'image de la demeure du défunt *. La cabane de forme carrée a été connue très anciennement. L'une, découverte dans une tourbière de l'Irlande, avait pour assise des troncs couchés horizontalement, sur lesquels reposait la charpente, revêtue de grossiers plateaux en chêne, qui n'avaient point été sciés, mais simplement détachés du Ironc & l'aide du coin *.
Des traces d'habitations, k moitié souterraines, ont subsisté jusqu'à nos jours; elles consistent en creus de ^ à 100 pieds de diamètre, qui contiennent les restes d'une industrie peu développée*. On peut se faire une idée de ce
' Pliuieun aul«uri anciant onl décrit ou inentioiiiit cei babiUtioiu. Po-
; VI, .10 — DioitoreileSicLie.l.i.— Tacile.fanii.
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^n'étaient ces demeures par la descriptkm suivante d'un village de la Géorgie. « Rien ne m'étonna, dit M. Dubois, comme la vue de Tchégauli, et je ne pouvais, en voyant ces tas de terre çà et là, me croire au milieu d'habitations humaines, car il est impossible de supposer qu'il y ait des gens qui demeurent sous ces taupinières. Cependant, quand on a descendu une douzaine de mardies grossières, on est surpris de trouver de nombreux compartiments pour les vaches, pour les chevaux, et, dans un coin séparé par une balustrade grossière, un petit coin pour les hommes, avec une diemioée au fond : c'est le seul trou qui donne de la lumière pendant le jour ^ . »
Telles étaient les habitations des anciens Gaulois et des autres peuples de l'Europe étrangers à la civilisation des Grecs et des Romains. Cependant un autre genre de construction d'un caractère non moins primitif a été constaté ces dernières années. Après avoir passé inaperçu pendant des siècles nombreux, il est venu révéler des usages dont l'étude n'est pas sans intérêt pour l'histoire de l'homme.
Ce fut à la suite de la baisse extraordinaire des eaux, pendant l'hiver de 18S3 à 18S4, qu'on découvrit dans le lac de Zurich, vis-à-vis de Meilen, des restes de nombreux pilotis au milieu desquels se trouvaient les dalles brutes d'anciens foyers, des charbons, des ossements concassés et des ustensiles divers, qui montraient que ce point avait été occupé fort anciennement. Les recherches dirigées à Meilen par M. le IK Ferdinand Keller, ne tardèrent pas à se généraliser *, et l'on put bientAt se convaincre que les premiers
* Voyage autour du Catieoie, par Dubois de Montpéreux, tom. III, pag.
* M. le notaire Em. Moller et M. le colonel Schwab explorèrent avec lao-
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babîtantB de la Suisse coDStruisaieDt une partie de leark demeures au-dessus de la surface des eaux, comme le font encore de nos jours plusieurs peuplades , entre autres les Papous de la Nouvelle-Guinée '. Les huttes de ces lauvages, de forme circulaire ou carrée, sont groupées en Ilots séparés du rivage par une nappe d'eau de quelques ceotaines de pieds de largeur. Un pont l^er conduit de la rive k ces batHtations, construites sur une espèce de plate-fonne en bois, élevée de plusieurs pieds au-dessus de l'eau, et supportée par de nombreux pilotis plantés dans la vase.
Ce genre de construction, en usage autrefois dans diverses contrées de l'Europe, a été mentionné par quelques auteurs anciens, et tout spécialement par Hérodote', qui rapporte que les Pœoniens du lac Prasias, en Tbrace, plantaient dans les eaux de grands pieux destinés à supporter un plancher sur lequel chacun avait sa cabane avec une
cet le lac de Bienn«, daai lequel H. Alb. Jahn avait déjl trouvé auparavaDt qutk[ueitatiquité«. — Aprèiavoir fïit part 1 H. Ad. Herlot dei conimuaicationi que N. le D' Keller avait eu l'obligoaiiM de m'adreuer tôt la dieou- T«rte de Heilen, il apprit de S. Jean^Renevier l'eiiatence de pilotii vii-i-Tis de Hoi^et, ce dont il me prévint autiildt, et, le IS mai ISSt, noui retiriani
ammNNmoH. 8
Irappe oondiiisaDi m lue. Lliislomo grec ajoale que cet habiUtioM oommiuiîqotieDt à la rive au moyen d*QD pont étroit.
Ce aoDt lea débris de ooDstrucUons du même genre qu'on retfOQve dans la plupart des lacs de la Suisse et de plusieurs autres pays. Bien que les découvertes sœent loin d*ètre épuisées, on pourra se fisire une idée de leur importance par le grand nombre des emplacements sur lesquds s'âevaient ces bour* gades laem$tret S ainsi que par les objets tombés à l'eau et accumulés dans la vase des lacs, en véritables couches historiques, pendant une longue série de siècles. Si les restes de ces constructions présentent en général une grande analogie, il n'en est pas de même des divers instruments qui les accompagnent. Les uns appartiennent à l'industrie la plus primitive, tandis que d'autres sont le produit d'un art plus avancé. Sur plusieurs points, tous les instruments sont en pierre et en os ; ailleurs, les ustensiles domestiques, les armes et les ornements sont en bronze; et le fer apparaît, dans quelques localités, avec des formes et des ornements d*un genre étranger aux autres emplacements.
Cette diversité des matières employées caractérise trois Ages successifs et répond à la loi générale qui préside au développement humain. C'est par le travail que l'homme a dû conquérir peu à peu les éléments nécessaires au progrès de l'industrie, et les découvertes qui ont lé plus réagi sur son genre de vie n'ont point été Cutes simultanément. Les
* L'expression de laauire, par laquelle j*ai désiré ces constructions sur les lacs, a été fénéralement admise dans les pays de langue française. On peut l'appliquer aussi à la population qui demeurait sur les eaux. Je préièrerais cependant lui donner le nom général d*hffdrophile, si ce néologisme poufatt être reçu.
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figes saccesnb que reproduisent les antiquités lacustres, ont été constatés dès longtemps par l'élude des anciennes sépultures dans la plupart des pays de l'Europe. On peut envisager comme un Tait acquis & la science qne tes premières populations qui se répandirent sur l'Occident ignoraient le travail des métaux et étaient réduites, de même que les sauvages de nos jours, h employer l'os et la pierre pour les instruments tranchants ; mais ce qui les distingue du sauvage stationoaire, ce sont les progrès de l'industrie, durant cet fige primitif, ainsi que les dimensions colossales de leurs monuments religieux et tumulaires.
Lorsque les métaux commenoèreot à être travaillés, le cuivre eut la priorité sur le fer ', et ce fut en l'alliant h l'étÛD qu'on obtint le bronze antique des instruments divers de cette nouvelle période. L'or et quelque peu d'argent natif ont été travaillés en même temps que le cuivre et l'étain, mais d'autres métaux, teb que le linc et le plomb n'étaient guère u^lisés. Homère a transmis le souvenir d'un fige dont les armes étaient en bronze.
Les Péruviens et les Mexicains représentaient encore le même degré de développe meot industriel avant la décou-
moment oè le fer foi mar^imÊé esl à remarquer qmt ee n'ai ca giaéni ^'«prts tion de ce métal qn'iio arrive à mettre ca œmm minerais et à fOBdétw les mooHéea, réuUie et fei miera travaux hîstoriqvcB. De naa joara eneere, H phis ou motus grand dn fer n'est pas sans rapports avee ka progrès de Tindostrie, de même qne le noaabe dm malMies tttiiiaées désigne le degré de cnitme atlônt parnn pei^le.
L'étude des monnsMnts antiqnes ne isine pas de sur la snooeanon de ces trois périodes conitiléei tan cialeoMot par les aniiqnnres dn Nord ipd lea ont ippeléri A6B M LA PiBau , Afis oo BnoazB et Afis ne na , d'apiéa ka matières qui les caractérisent'. Si ces âges sont distincts, il fMit reconnaître, d'antre part, qnH existe des épaqnes de ^lansîlMn provensnt dn temps pios on aMins long pendant leqnd se répand l'emploi d*nne nmtière nonvdle.
On conçoit que cette anrche gradoeUe de llndnrtrie n'avance point d'on pas oniforme dans tons les pars. L'âge dn fer pénètre bien pins ancienoemcnl dans le mkfi de ITorope qœ dans le nord. Ce n'est qu'an XVl^ siècle qnll commcDoe en Amérique, et, de nos jours, plusieurs peuplades en sont encore à Tige de la pierre. Cette inégalité peat se reproduire
* CeUe inportme fliifii 111— a é* abOT4 été ialreénle éam les psyt «è
ments en pierre. M. TlioBpMa Fa Hàbbe éam les rickei coHectioM de G*penhacoe, doot ilestle diredev. /Ledeirmi Itf moréak QUhfméJ^ked^ 19Sê.) On la trouve a»es ancieniieaBeBt dans les BéaMires de la •ociéié desaatiqvairas de Balle. MM. Wsnaae , Ifflwaii ei Kaiser root pwfwUnaèt daos les pajt Kaadinares; MM.Lisch, IkerBaa, Oaniei Wîhoa et plaâearf aatres arcbéolo^ves, dans d'antres pajrs ; je Tai vam conftatée en S«s§e avant ISii (Toir la i« note de r^mnl^mpoi); et Fanden poëie Lnden parle àiik d'nn Ife oè les lutanes n'employaient qnc la
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en quelque mesure dans le même pays et a la même époque, lorsqu'une partie de la population est isolée du mouvement général par la configuration géographique du sol ou par une trop grande différence de développement intellectuel. L'habitant des hautes vallées alpestres subit peu l'inlluence des villes de la plaine, et l'Indien de l'Amérique du Nord est trop dégénéré pour s'approprier la civilisation des Etals-Unis. Malgré la succession des trois Ages indiqués plus haut, on ne saurait donc affirmer que tout instrument en pierre soit nécessairement plus ancien que ceui en bronse ,' puisque quelques peuplades sont encore privées de la cotinaissance des métaux. L'appréciation d'ancienneté relative est cependant facile quand il existe dans la même contrée les débris de ces trois périodes nettement déterminées. Tel est le cas de beaucoup de pays et en' particulier des cantons agricoles de la Suisse, dans la plupart desquels on retrouve l'emploi successif de la pierre , du bronze et du fer connu des Helvétîens avant l'ère chrétienne. Depuis longtemps les monumenls tumulaires du canton de Vaud m'ont pennis de constater cette succession, que viennent confirmer les antiquités