‹ Habitations lacustres des temps anciens et modernes (volume 2)Chapitre 7 sur 94 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

n y a eu, eo Europe, une époque pendant laquelle rhomme était réduit , par son ignorance des arts métallurgiques, à utiliser la pierre, l'os et le bois, pour satisfaire aux besoins de son existence ^ Tout ce qu'on connaît de plus ancien montre que l'industrie a débuté par la fabrication d'instruments en pierre, qu'on retrouve même dans des terrains diluviens où ils ont été recouverts par des formations d'une antiquité très reculée. Les recherches faites par M. Boucher de Perthes dans le nord de la France, près d'Amiens et d'Abbeville, soulèvent à cet ^rd des questions d'un grand intérêt '. Cet explorateur infatigable a retiré des terrains diluviens de la Picardie des instruments en silex, évidemment

* Voir riniroducUon.

' AnUquiiéi ultique$ et anUdiluvienneit par M. Boucher de Perthet, lt49 et 1857.

19 AQB DE LA PIERBB.

travaillés par la main de l'honame*, mêlés à des ossements d'animaux dont les espèces ont disparu de l'Occident, tels que l'hippopotame, le mamoulh et le rhinocéros. On croyait que ces pachydermes avaient cessé d'eiisler en Europe avant l'apparition de l'homme, mais plusieurs géologues d'un mérite reconnu ont constaté l'aulhenticité de ces gisements, qui se retrouvent, avec les mêmes terrains, près de Home, dans le Suffolk. 11 en résulte donc que l'homme a vécu en France et en Angleterre en même temps que le mamoutb et ses congénères*.

Les restes de cette époque, pris dans le diluvîum, ont été recouverts i la suite d'une catastrophe provenant de l'affaissement de territoires inondés par la mer, et l'on est conduit h se demander si ce sont là les traces du déluge qui a laissé de si profonds souvenirs chez la plupart des peuples, ou si la formation de ces couches lui est étrangère. Les eaux ont envahi les continents à des époques très diverses, nonseulement avant la créaUon de l'homme, mais ausn postérieurement. Od voit encore de nos jours des terrains en Italie * et sur les bordfl de la mer Baltique * s'affiiiBser peu à

AW M LA PIIREI. 13

pea dans les eaui depuis plusieurs siècles, ou se relever insensiblemeDi par un mouvement contraire. Les druides prétendaient que des peuples s'étaient établis dans les Gaules, au milieu des indigènes, à la suite de l'accroissement de 1*0* oéan qui les avait chassés des lies les plus éloignées et de pays situés au delà du Rhin * .

Au milieu de tous ces mouvements du sol, il est difficile de constater les traces du déluge biblique qui, d'après Moïse, o'a pas duré plus d'une année. Quoi qu'il en soit, ces grandes espèces d'animaux, découvertes en France et en Angleterre, ont encore vécu après l'apparition de l'homme en Occident, mais il est probable que leur existence dans la période hu* maine est antérieure au déluge proprement dit. Les instruments en pierre, trouvés avec les ossements, sont d'un genre très primitif, toutefois l'industrie était sans doute plus avancée sur d'autres points du globe, dont la population devait présenter une variété de culture quelque peu analogue à celle des temps modernes.

M. Boucher de Perthes a découvert , près de la Somme, d'autres dépôts d'antiquités de l'ège de la pierre, évidemment moins anciens que les précédents. Nous aurons à revenir sur ce dernier genre d'objets, tout pareils à ceux qui accompagnent les restes des habitations lacustres. Pour le moment, il suffit d'ajouter que les constructions dont nous avons à nous occuper doivent être enviéagées , jusqu'à la preuve du contraire, comme postérieures au déluge. La série des antiquités sorties des lacs ou des tourbières de l'Irlande et de la Suisse occidentale, présente un ordre de suc-

la Suède^ par Ch. Lyell. — Mémoires de la société des sciences naturelles de NeuchdUl^ tom. I.

' Ammien MarceUin, lib. XV, cap. 9.

cession «t une conlinailé qui ne pennettf nt pas de sapposer une interruption telle que celle qui serait résultée d'une inondation générale. D'autre part, le plus grand nombre des habitations, abandonnées avant l'àge du bronze, portent des traces d'une destruction par le feu , qui exclut l'idée d'un bouleversement par les eaux.

Pour éviter toute méprise, il est donc bien entendu que l'Age de la pierre, dont on retrouve les restes dans les lacs et dans les tombeaux, est envisagé, dans ce U^vail, comme postérieur au déluge mentionné par HoTse.

En prenant ainsi pour point de départ de nos rechercbes les temps depuis lesquels le séjour de' l'homme, en Occident, a été continu, on peut dire que les d^ris de la première pé> riode sont répandus dans la plupart des pays de l'Europe. Les découvertes qui se multiplient depuis quelques années ne permettent plus de douter que cet ftge primitif n'ait eu degrandes proportions. Quelques cimetières antiques avaient déj& montré l'ancienne occupation de l'Helvétie, où l'on découvre maintenant par milliers les antiquités de l'Age de la pierre. On est bien loin cependant d'avoir retrouvé tous les restes enfouis dans la vase des lacs et dans la tourbe des

AirriQlIlTis LACUSTRES. 15

SUISSE

Lac de Moosseedorf»

dans le canton de Berna.

A la suite du dessèchement partiel du petit lac de Hoosaeedorf, près d'Hofwyl , entrepris en 4856 , dans un but agricole, M. le D' Uhlmann et M. Albert Jabn découvrirent, non loin de la sortie des eaui, à la droite du ruisseau d*Urteoen, un emplacement où d'anciens pieux sortaient quelque peu de la tourbe, à la surface de laquelle se trouvaient quelques instruments en pierre et en os. Dès lors M. le D' Uhlmann a exploré cette localité avec beaucoup de soin, et c'est d'après ses communications obligeantes et l'examen des objets recueillis, que je reproduis les principaux traits de cette découverte ' .

Les fouilles entreprises sur ce point n'ont pas tardé à montrer que les pieux occupent toute la zone mise à découvert par l'abaissement des eaux, sur une largeur de 50 pieds, et qu'ils se retrouvent encore 5 pieds plus en avant dans la direction de l'ouest, sous le niveau actuel du lac, abaissé de 8 pieds. La longueur de l'emplacement occupé par les pilotis est de 70 pieds, et s'étend du nord au sud , entre le

< La notice suiyante» écrite en 1856, a para dana les Arehkiei de la BibUottègne unipeneUe de Genève, en mai 1857. — Voir aussi Dk Pfahlbau-AUer^ Mmer wm Mootmedorf^ in KanUm Bern, ton Alb. Jahn und Joh. Uhlmann,

46 ANTiQinTis ucuRta

nouveau rivage à l'ouest et la plaine marécageuse située k l'est. Sur la moitié de la zone, le long du marécage, les fulotis disparaissent sous une formation moderne de tourbe, d'une épaisseur d'environ 9 pieds au levant , tandis qu'ils sont encore saillants de 4 & 7 pouces du cAté du lac. Ces pieux, plantés verticalement, traversent uneancienne couche de tourbe de 3 ft A pieds d'épaisseur, et descendent encore de 2 i 3 pieds dans une marne calcaire, fond primitif du lac, en sorte que leur longueur totale, dans leur état actuel, est de tl & 7 pieds. Groupés sans ordre apparent, les uns se touchent presque, la plupart sont distants de 1 à S pieds, mais d'autres sont beaucoup plus éloignés ; leur &mètre est de 3 à tt pouces et parfois même de 7 k 10. Le bois employé est le chêne, te tremble, le bouleau et le sapin, et, indépendamment des essences, la conservation dans la tourbe et la marne est telle que l'exb^mité intérieure des pieux, terminée en pointe, porte encore toutes les entailles feites sous la hache de pierre.

La couche de marne, dans laquelle entrent les pilotis, ne contient aucun objet d'indusUie, mais bien des coquillages d'espèces vivantes. Sa surhce est évidemment le tond pri-

DB i'AGB bB Lk PIBRRB. 17

toute l'épaisseur Jusqu'à 4 à B pouces au-dessus de la marne. Od découvre les piëœs les plus légères et les plus lourdes aussi bien au fond qu'à la surface de la tourbe ancienne, et ces débris consistent surtout en ossements plus ou moins fracturés d'animaux divers , en fragments de poterie et en instruments en pierre et en os, sans aucune trace de métal. Plusieurs pièces de bois carbonisées, couchées à la surface de la tourbe ancienne, témoignent d'une destruction par le feu, mais ces traces d'incendie sont moins fortes du côté de la plaine, où se trouvaient encore des espèces de plateaux disposés perpendiculairement à la rive, et qui paraissent être les restes du pont par lequel on arrivait à ces habitations. Lors de leur destruction, quelques parties se sont affaissées dans l'eau, de sorte qu'on retrouve encore sur les pieux, au milieu de la tourbe, des restes du plancher construit avec des branches de sapin de la grosseur du bras, disposées horizontalement.

M. le docteur Uhlmann a sorti de cette ancienne couche de tourbe près d'un millier d'objets d^industrie, et à la suite des fouilles qu'il a reprises plus tard , il a de nouveau recueilli de nombreux débiis. — Les fragments de poterie sont d'une argile grossière, dont la pâte est généralement mêlée de petits oailloux siliceux. Ces vases, travaillés à la main, révèlent l'enfance de l'art du potier et portent très rarement des traces d'ornementation.

La plupart des instruments en pierre ont été faits de roches propres à la Suisse ; cependant il est probable que les silex viennent en général de la France. Dans tous les cas, des matières brutes étaient apportées dans les habitations du Moosseedorfsee, où existait un véritable lieu de fabrique. On retrouve, en effet, beaucoup d'instruments ébauchés ou

MÉM. ET DOCUM. XtU. S

ANtlQOITÉS UCUSTBES

cassés, avec un grand nombre d'éclats de silex détachés des pièces destinées à devenir des pointes de flèche.des couteaux et des espèces de scie. Le cristal de roche a même été taillé en pointes de Qècbe, ce que je n'avais encore observé nulle part ailleurs. Dans le nombre des pièces rares, il faut citer un instrument en bois, de la forme d'un couteau & lame massive, dont le tranchant est remplacé par une rainure qui ne conlient plus qu'un mastic noiritre destiné i fixer une lamelle de silex, faisant sans doute l'oRice de la scie. Les peuples du nord de l'Europe ont quelquefois travaillé et armé des os de la même manière pour en faire des pointes de lance ' , et les Mexicains, avant la conquête de Cortez, febriquaient aussi des sabres en bois qui recevaient leur tranchant de lamelles en silex enchâssées dans une rainure*. La serpentine a surtout été employée pour les haches en forme de coin ; leurs dimensions ne dépassent guère 4 à Et pouces de longueur ; il en est même de 10 à 12 lignes, qui, fixées à des bois de cerf, ont servi de trancbets. Les haches entraient parfois dans des emmanchures en bois de cerf, qui, au lieu d'être percées en trav>ïrs pour recevoir le manche, devaient être fixées à celui-ci au moyen d'une entaille et de

pas sans doute à enseigner l'art d'utiliser la cassure conchoîdale du silex. En se servant avec adresse, en guise de marteau, des angles vifs d'un caillou brisé, on pouvait détacher peu à peu de petits éclats, de manière à arriver à la forme voulue. Il n'est pas moins surprenant de trouver de fort petites pointes de flèches, parfaitement achevées ; mais ce que les sauvages exécutent encore de nos jours sans le secours du métal n'a pas présenté plus de difficultés dans les temps anciens. Les roches compactes et à veines irrégulières exigeaient d'autres procédés, dont il est facile de se rendre compte en examinant les pièces fragmentées, ainsi que les instruments sortis du fond du lac, destinés à la fabrication. Après avoir choisi la pierre dont on voulait faire une hache, on commençait par la dégrossir à l'aide du marteau,^ puis ses côtés étaient dessinés par des rainures de 3 à 4 lignes de profondeur sur 1 à 2 de largeur, ce qui ne pouvait se faire qu'avec la lamelle ou scie de silex, le sable, l'eau, et surtout une patience inouïe. Arrivé à ce point, il restait une opération délicate, c'était de détacher d'un coup de marteau la bande qui devait tomber le long de la rainure (PI; V, 47), mais parfois un coup malheureux cassait en travers la pierre, qui n'était plus bonne qu'à jeter à l'eau, et tout était à recommencer. Si l'opération réussissait, Tinstrument était achevé sur des plaques de grès, faisant l'office de meules immobiles, dont il recevait le tranchant et le fini.

Les instruments en os occupent aussi une large place dans la découverte de Moosseedorf ; ils consistent surtout en ciseaux et en poinçons de dimensions diverses, formés de côtes ou de canons fendus. Il n'est pas facile de dire exactement à quel usage servaient ces espèces de ciseaux en os, sinon qu'ils devaient être employés à couper des matières peu

dures; cependant le grand nombre de ces pièces témoigne qu'elles avaient leur milité pratique. Quant aux pointons, sans vouloir en restreindre l'usage , ils trouvaient leur application immédiate dans la couture des vêtements ou l'ajustement des pièces de peau au moyen de lanières; quelquesuns sont d'une Bnesse surprenante ; d'autres ont pu servir de pointes de trait, de même que chez les sauvages. Des bois de cerf, fendus et entaillés sur les bords, tout pareils à ceux qu'on retrouve avec les antiquités de l'Amérique dans l'Etat de New-York ' , ont été utilisés comme lances ou harpons. Un morceau de bois de cerf est creusé en espèce de coupe ou verre à boire. (PI. Vil, 27.) De nombreux fragmente portent les marques de la hache et de la scie en silex. De petites pièces rondes ou carrées d'écorce et de bots sont 'percées d'un trou circulaire. Des denu d'ours, également percées, étaient sans doute portées comme amulettes i la manière de plusieurs peuples et entre autres des anciens Livoniens, dans les tombeaux desquels on retrouve ces dents suspendues h des chaînettes en bronze *. Des os et des pierres de calcaire noir des Alpes ont évidemment servi de po- , malgré la simplicité des produits de cette fabri-

DK l'aqb de la pmiiB. il

t^iurbe ancienne, et la présence de ces céréales au milieu des débris d'autres établissements du même âge ne permet plus de douter que les premiers habitants de THelvétie n'aient connu l'agriculture. La châtaigne d*eau (trapa natans), qui ne crok plus sur nos lacs, était sans doute utilisée comme nourriture à Moosseedorf, où elle se trouve au milieu des pilotis, ainsi que sur plusieurs autres emplacements lacustres. On ne peut se dissimuler, vu l'absence des métaux, que les instruments aratoires devaient être fort imparfaits ; toutefois, si l'on réfléchit que c'est à TAge de la pierre qu'appartiennent les tufflulus les plus gigantesques, pour l'érection desquels la terre a été accumulée jusqu'à une hauteur de 40, 60, et même au delà de 100 pieds, on comprendra que ceux qui étaient capables d'exécuter de pareils travaux pouvaient bien aussi remuer la surface du sol, ensemencer et moissonner.

On ne doit cependant pas se représenter ces populations primitives comme essentiellement adonnées à l'agriculture. La péche^ la chasse et les animaux domestiques étaient pour elles des moyens importants de subsistance, aussi retrouvet-on de nombreux ossements d'animaux qui proviennent soit de la desserte des repas, soit des provisions destinées à la fabrication. Plusieurs portent des entailles qui montrent que les animaux étaient découpés comme le font encore les bouchers, d'autres conservent l'empreinte de dents de carnassiers et ont été probablement rongés par des chiens.

Bien que tous les ossements recueillis n'aient pas encore été déterminés, on peut indiquer dans le nombre des animaux domestiques le hœuf, le mouton, la chèvre et le chien. D'entre les animaux sauvages, se trouve l'uru^primt^emu^*

* J'avais communiqué un dessin de cet atlas à M. le professeur Vrolik, erétaira itérai de l'Académie des sciences d'Amsterdam, et à M. A. Retsius,

, 112 iNTlQUnis LACPSTtBS

dont l'atlas (première vertèbre cervicale) mesure 87 lignes de diamètre, iBodis que la vertèbre correspondante du bœuf actuel n'est que de M à 44 lignes, l'ours, le sanglier, l'élan,

profeiMur d'anitomiB ft Stockholm, qui, l'un et l'autre, pcDWient que cette vertèbre provenait de l'urui. Dèilon, M. S. I. Huiler, proretteur 1 Beriin, m'a adreué ft ce sujet la lettre suivante :

■ Je vout remercie de la communication des modèlet d'ouementa trouvé* dans le lac de Hooiieedorf, et vout bit paneoir lea rèiultata de l'examen comparalir qui vient conllrmer l'opinion i laquelle je m'élaii arrêta ft la vue de vot dettini. Oo pouvait «'attendre à ce que H. Piclel et moi noui arrivarioDt i fort peu de distance l'un de l'autre, puisque la œichoire et l'atlaa devaient avoir appartenu i l'un de nos plut ;n» ruminants- Dam la comparaison det ligures avec les pièce* de nos collections, j'avais diji pensi au Cervui mtgaeerot ; mais je dus me déterminer pour le genre Boi et me Bxer

• Les pièces qui ont servi ft l'étude comparative et que nous possédons ici sa composent de plusieurs crtnes de fioi unis et du squelette entier du m&le et de la femelle, de pluiieun crines appirteoaut au Be* urui foitUU ou Bo$ priicM, d'autres provenant du Boj prinûgaûiu, de plutienri crines de Cer- VUM mtQttcere» qui existent soit dant le musée anatomique, soit dans les collections giologiques. Les crftnea de Ctnma yaegacem avec leur mtchoire înrérieufe proviennent d'individus adultes et leurs dimeniioDS ont beaucoup de rapport avec celles du crine et du squelette dont Cuvier a donné le* proproportioos. Votre mllchoire inférieure est beaucoup plus grande et plus B celle du Ctrvus megaccTOt. La distance qui aftpare l'fitrémilé m

Dl L*A6E DE LA PIERRE. 23

le cerf, le chevreuil, le chamois, le castor *, le chat, la belette, la souris, la tortue et plusieurs espèces d*oiseaux. Tous ces ossements ainsi que les objets d'industrie sortent de Tancienne couche de tourbe, recouverte en partie d'une formation plus récente qui ne contient aucun de ces débris.

La haute antiquité des habitations lacustres de Moosseedorf ressortira plus clairement de l'ensemble des découvertes du même âge faites en Suisse ; pour le moment, sans rien déterminer relativement aux siècles écoulés depuis leur construction, il suffira de présenter quelques observations

peut appartenir qu'à une espèce du f^nre Bot, et, dans ce genre, qu'au Boi wrui ou au Bot primigêmut.

9 Votre atlas fossile est, il est vrai, aussi large que celui du Cervui megaetroê du squelette de Cuvier, dont les dimensions nous sont connues ; il ne peut cependant provenir de cet animal, parce que la partie de cet 'os qui s'articule avec le crâne est beaucoup plus développée. On peut déduire aisément la largeur de cette partie de celle de l'articulation crânienne, puisque Tune est toujours égale à l'autre. Je mesure cette largeur, sur le crâne, par la distance qui sépare les bords externes de chacun des condyles occipitaux et sur l'atlas par l'espace qui existe entre les bords externes des faces articulaires qui s'articulent avec le crâne. La première distance est pour le Cer vus megaeeros de 102 à 107 mill., et pour le Bo$ unis mâle, de 130 nill. ; ces dimensions sont les mêmes pour l'atlas. Le plus gros des crânes de Bos urus fossile, ou Bos priseus, provenant du Rheintbal, offre une largeur, ainsi mesurée, de 145 mill. ; celui du Bos primigenius donne 137 mill., et celui de Moosseedorf 136 mill.

> L'atlas de Bos urus mâle que possède notre musée a une largeur totale de 280 mill.; sur le crâne fossile du même animal provenant de Russie la largeur totale de l'atlas doit être de 264 mill.; sur le vôtre elle est de 263 mill.

• La forme de votre atlas est singulièrement semblable à celle du Bos urus. Je ne pouvais pas le comparer avec celui du Bos primigenius.

• Le modèle de l'apopbyse frontale d'un petit animal portant des cornes qne vous m'avez adressé ne peut être rapporté qu'au mouton. »

' D'après Durand, dans sa Statistique de la Suisse, tom. IV, pag. 411, le castor habitait encore, dans le siècle passé, sur les bords de la Reuss, de la Tbièle et de la Byrse.

24 ANTIQUITÉS LACUSTHEB

générales. Lorsqu'on planta les pieux, dont on tetrouve la partie inrérieure dans la marne calcaire et dans la tourbe ancienne, celle-ci n'avait encore recouvert que de A à K pouces la couche de marne, limite depuis laquelle apparaissent les objets d'industrie '. A cette époque, la rive du lac était par conséquent plus à l'est, du cAté de la plaine, et il serait njéme possible de retrouver ce rivage, en suivant sous le marais la surface de la couche de marne, fond ffimîtif du lac, jusqu'au point où elle se relève à la hauteur dju niyeau des eaux. Ce point une fois fixé, on pourrait dire exactement à quelle distanceles habitations se trouvaient de la t«rre ferme, et qu'elle était l'étendue du pont qui les mettait en communication avec la rive. Les pieux, usés par l'action des eaux à des hauteurs qui varient suivant l'épaisseur de la tourbe, s'élevaient nécessairement en ligne horizontale au-dessus de t'anci«) niveau du lac, de manière à laisser passer les vagues sous le plancher qu'ils supportaient, en sorte que leur longueur moyenne devait être de iS & 20 pieds, d'après les mesures indiquées plus haut. Les cabanes ' étaient groupées sur une plate-forme d'environ SS pieds de largeur sur 70 de longueur, et, pour que les débris d'indus-

M l'aqb bi la FmBI.

l'eau. Od comprend du reste que, bien loin d'avoir dis bois de sciage, rajustement ne devait jamais être rigoureux, vu les moyens limités dont on disposait. Quant aux débris plus volumineux, tds que les fragments de poterie disséminés sur tout cet eqMtce, il est possible qu'on les ait jetés à l'eau par ces trappes qui, d'après Hérodote, existaient dans chaque cabane des Psonieos. Ce soqt là sans doute les raisons qui ont permis l'accumulation de ces débris entre les pilotis, immédiatement au-dessous du plancher. On ne saurait, du reste, attribuer à la destruction des cabanes toute celte dissémination des objets, parce que leur dépôt a été successif et de longue durée, vu qu'ils sont étages sur 3 à 4 pieds d'épaisseur. On voit ainsi, que cette accumulation a eu lieu peu à peu, pendant tout le temps de la formation de la tourbe ancienne, jusqu'au moment où Tincendie a détruit ces demeures, dont les pièces de bois carbonisées gisent audessus des débris d'industrie.

La durée de ces habitations serait focile à déterminer, si l'on pouvait calculer avec quelque certitude celle de la formation de la tourbe, mais cette question soulève des difficultés de plus d'un genre. Autant sa production est rapide dans certaines conditions, autant elle s'opère avec lenteur dans d'autres cas. On cite des forêts abattues par des coups de vent qui, en moins d'un demi-siècle, étaient remplacées par une tourbe propre à être exploitée * , et nous voyons ici que, depuis l'âge de la pierre, la tourbe qui recouvre les traces d'incendie n'a guère acquis que i pieds d'épaisseur, et cela en plusieurs milliers d'années. Des lois particulières paraissent présider à cette formation soulacustre, qui ne des-

LyeU. Principm et géologie^ ton. U, pag • asSi

26 ANTIQUITÉS LAGD1TRK9

cend jamais à une grande profondeur, à cause du manque d'air nécessaire à la végétation. C'est ainsi que, sous l'emplacement de nos habitations, la couche ancienne s'aflaiblit en s'avançant dans le lac, et disparaît à une soixantaine de pieds de la rive, sous 40 h iS pieds d'eau. Il est évident que l'accroissement de cette couche, de 3 i ik pieds d'épaisseur, vers l'ancien rivage, a dû suivre une progression plus rapide que celle de la couche supérieure, dont les dimensions en hauleur et eu largeur sont la moitié moindres, mais encore cette progression inégale d'une couche & l'autre a-t-elle subi un temps d'arrêt. Les derniers objets en os et en pierre . déposés à la surface de la zone longitudinale du cAté du lac, n'ont point été recouverts, et montrent que l'accroifisement tourbeux a pris fin sur celte zone pendant l'Age de la pierre. II n'en a pas été de même du cAté de la terre, oCi se trouve la couche moderne ; toutefois il y a eu interruption entre sa formation et celle de la couche inférieure, car, s'il en était autrement, elle contiendrait encore, comme nous allons le voir, quelque partie des pilotis. Lorsque l'incendie détruisît les habitations, on conçoit que le feu ne put atteindre les

Dg l'a» de Là niftfti. 17

▼a plus haut que oe qui reste des pieux n'entre jamais dans la couche supérieure, d'où Ton doit conclure qu'il y a eu un temps d'arrêt assez considérable entre les deux couches de formation tourbière.

S'il n'est guère possible de calculer le nombre des siècles qui se sont écoulés depuis la destruction de cette boui^de, il n'en est pas moins certain que les débris recueillis sur ce point prennent place à la tète d'une série de découvertes qui caractérisent divers degrés de développement antérieurs à notre ère, et qu'on doit les envisager comme remontant à la période la plus reculée de l'histoire de l'homme en Helvétie.

L'emplacement qui vient d'être décrit n'est pas le seul point du lac de Moosseedorf qui ait été occupé par des habitations lacustres. M. le D' Uhlmann a retrouvé à la tète du lac des pilotis et quelques objets de la même période, mais leur profondeur dans la tourbe en rend l'exploitation difficile.

Tourbière de Wauwyl,

dans le canton de Lucerae.

Un bassin d'eau existait autrefois sur l'emplacement de la tourbière de Wauwyl, où s'élevaient des habitations lacustres qui ont été abandonnées dans l'âge de la pierre, de même que celles de Moosseedorf ^ La tourbe, en envahissant ce bassin, a contribué à la conservation des restes re-

* Les détails suivants sur Wauwyl sont extraits du mémoire de M. le profe«eur 0. Heer, Ueber die Landwirthêchaft dtr Ureinwohner umeret Lan" ia. Landwirthihafllieket Woehenblait, Zurich, 17 décembre 1869.

S8 nmoDirfa lacvitrc».

marqoobles découverts ai <8S9. Les pilotis, enfoncés verticalement, portaient des poutres borizontftles snr lesquelles reposait le plancher formé df^ bois ronds, de la grosseur du bras ; les interstices étaient garnis avec des branchages, puis le tout avait été couvert de terre glaise de manière h former une esplanade très solide. Cette terre est encore employée de nos jours pour l'aire de quelques granges, et l'on s'en sert aussi dans les montagnes pour garnir les marches des escaliers. On Urouve, dans la tourbiëne de Wauwyl, jusqu'à cinq planohers du même genre, superposés les uns sur les autres. C'était sur œtte plaie-forme, élevée sans doute de quelques pieds au-dessus des hautes eaux, qu'on construisait les cabanes de forme circulaire, surmontées d'un tmt cAnique recouvert de paille et d'écorces, dont les débris gisent souvent dans le limon autour des pilotis. Les parois, formées de pieux et de branches entrelacées, étaient revêtues d'argile à l'intérieur de la butte.

11 existe à Wauwyl plusieurs planchers voisins les uns

des autres, dont l'un mesure 92 pi de laideur. On voit, d'après leur di lotis, que les cabanes étaient

ieds de longueur sur SO

isposition et celle des pi-

chaqueesplanade.

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Les osMincnts àt plusieurs «nÙMax claîeBl mêlés à osi dans de nadostrie lunMÎDe aiec de noadiffciix restes d V rèles de poêason. Os vem plus tard que rcnseoibie des déoMYcrtes da fttmâtt âge |ienMi de recoosliliier la bans de œite époque, d q«e les popolatîoiis qui cooslruisaienl leurs deaieores sur les eaox ne vivaieol pas seiilemeni des produits de la pécbe d de la chasse, ce qui résolle d^ des fMiîlles de Mooaseedorf .

Lac de Zurich.

La baisse extraordinaire des eaux pendant Tbiver de 482(3 à 18S4, a amené l'importante découverte des pilotis situés vis-à-vis de Heilen. Des ouvriers occupés à des travaux de terrassement trouvèrent sous le limon de nombreux pilotis, des cbarbons, des foyers, des ossements et des instruments divers , qui témoignent d*un ancien établissement sur ce lieu. M. leD'Ferd. Keller, prévenu de cette découverte, ne tarda pas à constater le genre de constructions dont on venait de retrouver les débris, et dés lors un oou-

SO ANTIQOITis lACUSTftKS

veau champ d'exptoraUoD a été lat^^emeot exploité ra Suisse '.

Les pilotis, usés par les eaux et recouverts de 4 à 2 pieds de limon, traversent une couche d'environ 2 pieds d'épaisseur, formée d'argile sablonneuse, colorée en noir par la décomposition de nombreuses matines organiques. Cette couche contient tous les débris des habitations. En dessous, vient le fond primitif du lac, dans lequel les pilotis pénètrent jusqu'à 7 et 10 pieds de profondeur. La disposition générale des pieux est parallèle à la rive, leur épaisseur est de 4 à 6 pouces; les uns sont en chêne, les autres en hêtre, en bouleau ou en sapin. Parfois ils sont formés de liges fendues en 3 ou 4 morceaux, et la pointe de leur extrémité inférieure a été façonnée à l'aide du feu ou de la hache. Il importe de remarquer que plusieurs ont été taillés avec la hache de bronze, ce qu'il est facile de reconnaître quand on a vu le genre d'entailles produit par la pierre. Cette circonstance est d'autant plus importante que presque tous les instruments découverts sont en pierre et en os, bien qu'on en ait déji recueilli plusieurs centaines sur cet emplacement, qui est e loin d'être entièrement eiploré.

DB l'agb de la pierre. 31

plus focilement que les coins. Percer la pierre sans le secours du métal devait présenter de grandes difficultés, aussi ces pièces appartiennent -elles en général à la fin du premier âge. C'est un progrès réel; mais encore la hache, affaiblie par ce trou, se cassait assez souvent sur le manche, et, plus d'une fois, on a utilisé ces fragments en les perçant de nouveau. On a trouvé à Meilen un spécimen de ce genre. C'est une espèce de marteau cylindrique dont l'autre extrémité se terminait sans doute par un tranchant. Quoi qu'il en soit, ayant été brisé sur l'ouverture pratiquée pour le manche, on avait commencé à percer de nouveau ce fragment. Le percement étant inachevé, on voit qu'il se faisait à l'aide d'un instrument pointu qui, au lieu d'évider la pierre à la manière du perçoir, creusait une rainure circulaire de façon à ménager à l'intérieur un noyau à peu près cylindrique ; or on conçoit que cet instrument devait être en métal pour pouvoir traverser toute l'épaisseur de la hache.

On trouve à Meilen, comme ailleurs, des cailloux utilisés comme marteaux, des broyons, des meules, des pierres à aiguiser et des ^dalles de grès calciné ayant servi de foyer.

Le tilex a été employé pour des pointes de flèche et de lance, pour des couteaux et de petites scies, dont^l'une est encore fixée à la poignée en bois le long de laquelle elle avait été enchâssée.

Meilen était aussi un lieu de fabrique, où l'on a utilisé les roches du pays, ainsi que quelques pierres étrangères. La plupart des silex sont originaires de la France, et la néphrite de l'Orient, qu'on retrouve avec les antiquités du premier âge dans plusieurs contrées de l'Europe, était connue sur les bords du lac de Zurich. On ne saurait cependant af-

3) AHTIQUIT&S LACUSTRES

firmer que les ïDstramenls eo néphrite retrouTte à Heiteo aient été fabriqués sur ce point.

Les itutrvmmtt m oi consistent essoitiellement en espèces de ûseBux, en poinçons et en aiguillettes munies d'un œil. Les bois de cerf étaient utilisés pour les emmanobures des ciseaux et des haches. Des dents de sanglier mt été aiguisées dans le genre de tranchets, d'autre dents, percées d'un trou, servaient sans donte d'amulettes.

Les osiemenU découverts en grand nombre & Mnlea proviennent de l'aurochs, de l'élan, du cerf, du daim, du chevreuil, du bouquetin, du sanglier et du renard. Les animaux domestiques sont le chien, le mouton et entre autres le bœuf. On a aussi découvert quelques squelettes humains dont les cr&nes n'ont malheureusement pas été conservés.

La pécbe, la chasse et le produit des animaux domestiques n'étaient pas les seuls moyens de subsistance. Les habitants de la bourgade lacustre de Hùleo connaissaient déjà ï'agricuUttre, ce qui ressort des grains de froment conservés dans le limon du lac. Les fruits de plusieurs arbrisseaux, et entre autres du ooiselier, servaient aussi à l'aliaientation.

DE l'âge de la PIEBRB. 33

le colonel Schwab, on a encore découvert sur cet emplacement un celt m bronze (PI. YUI, 30), soit coin ou hachette, d'après lequel on peut se convaincre que l'emploi des instruments en métal n*était pas tout à fait étranger aux habitants des bords du bic de Zurich. On comprend dès lors comment une partie des pieux ont pu être taillés avec le bronze, et combien cette nouvelle matière a dû favoriser le développement de l'industrie primitive.

De nombreux instruments en pierre et en os ont été sortis de la vase du lac près de Hsnnedorf. Plusieurs pré^ sentant le fini de ceux de Meilen , il est probable que cet emplacement a eu la même durée.

L'extrémité inférieure du lac, qui pénètre dans la ville de Zurich, avait aussi ses habitations lacustres, dont les pilotis ont été recouverts en partie par des travaux de terrassement. On a retrouvé sur ce point des bois de cerf, et, entre autres, des emmanchures de hache avec des marteaux en pierre dont l'antiquité est incontestable.

Il est à présumer que les rives du lac de Zurich ont eu des bourgades plus nombreuses que celles qui ont été explorées jusqu'à ce jour, mais quand les pilotis sont recouverts de vase, comme à Meilen, il est difficile de retrouver les emplacements occupés.

Lac de Pfef&kon,

dans le canton de Zurich.

On voit, près de Pfefflkon, des traces de pilotis au milieu desquels on a trouvé dernièrement une hache en pierre, mais l'emplacement le plus important est celui qui a été

découvert par M. Jacob Hessikommer, au commencement de l'année 48S8, dans la partie de la tourbière appelée Himeri, non loin de Robeofaaasen *. Depuis longtemps les objets mis au jour par l'exploitation de la tourbe avaient accrédité chez les riverains l'opiniou que les roseaui traversés par l'Aabacb, à sa sortie du lac, croissent sur un point qui, après avoir été anciennement recoiiyert par les eaui, a dû s'élever peu à peu. Les recherches de M. Messikommer et les travaux exécutés pour l'écoulement du lac ont pleinement confirmé cette opinion.

Les débris d'industrie qui recouvrent cet emplacement sont étages en couches diverses. Les premiers se trouvent & environ 3 pieds sous la surface actuelle du marécage. Un peu plus bas apparaît une couche blanch&lre, déposée, h ce que l'on croit, avec l'intention d'arrêter l'accroissement de la tourbe. A une profondeur de S pieds, vient une autre couche de gravier, d'un pied d'épaisseur, à laquelle on attribue le même but. Enfin c'est au-dessous de ces 6 pieds que se présentent le plus grand nombre d'objets d'industrie.

Il faut remarquer qu'on n'a trouvé aucune trace de métal. Les instruments, découverts en fort grand nombre, sont du

DR l'âge de la pierre. 35.

ser et aussi comme foyers. Les meules de moulin qu'on trouve toujours deux à deux, ayant chacune une surface plate, sont d'un poudding de la vallée voisine. Des fragments de pierre rougeàtre peuvent avoir servi à la peinture des vases ou à quelque autre ornement.

Des bois de cerf et divers os d'animaux ont été employés pour des poinçons, des instruments à racler, des pointes de traits et des espèces de poignards.

La poterie est toujours brisée, de telle sorte qu'on n'a pas retrouvé un seul vase entier. Les fragments permettent cependant de s'assurer que la forme prédominante des vases les plus grands est celle du cylindre. Les ornements consistent en lignes creuses, en pointillages et en reliefs ondulés produits par des cordons d'argile appliqués sur les flancs du vase. L'art du potier est encore très imparfait. Plusieurs fragments sont d'une argile grossière pétrie avec des grains de quartz ; les autres, d'une pâte plus fine, présentent une surface unie, colorée en noir avec le graphite.

L'argile a aussi été employée pour des pièces qu'on envisage comme des pesons de fuseau, et pour des boules qui en les rougissant au feu ont pu être employées comme ces projectiles incendiaires à l'aide desquels les Nerviens incendièrent le camp de César ' . Il est difficile d'indiquer l'usage de cônes percés à leur sommet, hauts de 2 à 3 pouces, sur 4 de diamètre à leur base, fabriqués d'un mélange d'argile et de charbons piles.

On a même trouvé des cordes et des cables, faits avec l'écorce de différents arbres (PI. VU, 9), et des cordons qu'on

* César, V, 43. — Indicateur d'histoire et d'antiquitét nasses, Zurich, 1855, pag. 5S.

S6 1NTIQI3ITÉS LACUSTRES

croit être de chanvre ou de lin ; les plus gros sont formés de h bouts tordus et les antres de deux. (PI. Vil, 8.)

Les noisette» étaient abondantes. Plusieurs sont percées de part en part, comme pour des joujoux d'enfant.

Les ossemmU déterminés sont ceux de l'unis, du cerf, du chevreuil, du sanglier, du renard et du cbien.

Un bateau, pareil aux pirogues des sauvages, consistait en nn tronc de cliéne creusé en ange, mais dont le peu de coQsislance n'a pas permis la conservation, tandis que les fools résineux ont beaucoup mieux rénsté à l'action des siècles.

Les jn'Iofti sur lesquels reposaient les habitations sont des pieux qui ont encore une longueur de 10 & 11 pieds, distants les uns des autres de 3 à 3 pieds et dont l'extrémilé inférieure, taillée en pointe avec la hache de pierre, desomd de quelques pieds dans le limon. Ces pieux sont de ohéne, de sa[Hn et de bouleau; plusieurs ont été faits de troncs refendus. Ceux qui se trouvent sur le pourtour de remplacement, sont reliés les uns aux autres par des branches entrelacées qui devient ajouter k leur solidité.

DE l'âge de Là PIEHRE. 87

lac, actuellemeat envahie par la tourbe. Cette bourgade était à uae distance d'environ 3000 pas de cette rive, ainsi que de celle du sud, tandis qu'elle était éloignée de 3000 pas de la rive septentrionale, avec laquelle elle ^it en communication par un petit pont dont une partie des pieui qui le supportaient subsistent encore. La direction du pont vers la rive la plus éloignée s'explique par le fait que les jardins et les pâturages de la cobnie ont dû occuper la contrée fertile du village de Kempten, dont on dérive le nom de Campodunum.

On comprend que des siëdes nombreux se sont écoulés dqHiis l'époque où ces habitations s'élevaient comme un Ilot sur la partie inférieure du lac, actuellement occupée par un marécage. Bien qu'on ne puisse pas établir de progression r^uliëre dans l'accroissement de la tourbe, ainsi que nous le montre l'emplacement de Moosseedorf, on voit que loi derniers débris tombés à l'eau ne sont recouverts que d'une couche de 3 pieds et que ceux qui remontent au commencement de l'existence de cette bourgade sont à 6 pieds de profondeur. On ne saurait en conclure que la durée de l'oo* cupation ait été aussi longue que celle qui s'est écoulée depuis la destruction de ces habitations jusqu'à nos jours, vu que la formation tourbière ne s'élève pas indéfiniment ; ce^ pendant on ne peut douter que des siècles nombreux ne se soient écoulés, et il est remarquable que ces couches his-^ toriques présentent à peu près la même puissance que celles de Moosseedorf.

Lac de Constance.

Le lac de Constance, situé entre la Suisse et TAllemagne, est particulièrement riche en débris d'habitations lacustres

de l'âge de la pierre. Le rivage descendaot sods les eaux en peDles généralement peu inclinées, présente de larges blancsfonds très propres & ces constructions. Des baies charmantes avec un sol graveleux, l'abondance du poisson et du gibier, la fertilité du sol environnant et le voisinage des forêts de chine et de sapin, durent engager les premiers habitants & occuper ces belles rives, dès leur arrivée dans le pays '.

La plupart de ces emplacements à pilotis sont assez considérables, et il est à remarquer que plusieurs s'étendent jusqu'au rivage actuel. Bien qu'on n'ait encore exploité avec soin qu'un petit nombre de localités, M. le docteur Keller croit pouvoir affirmer que la plupart des nombreux emplacements où l'on a constaté l'existence de pilotis ont cessé d'être habités pendant la période de la pierre. La puissance des couches dans lesquelles sont accumulés les objets d'industrie témoigne cependant que l'occupation a été de longue durée.

On a trouvé des instruments en pierre sur la rive sudouest au milieu des pilotis de Neoenbarger Horn, de Faldbach, de Berlingen et d'Ermatingen. On vient de découvrir sur la rive tburgovienne, près deSteckborn, une grande

DE l'âge de la pierre. 39

comme un ouvrage des païens. M. le docteur Keller a constaté un grand nombre de ces emplacements sur la rive méridionale du lac de Constance, mais la hauteur des eaux ne lui a pas permis de les fouiller.

La rive septentrionale du lac n*a pas été moins peuplée. On retrouve des pilotis près de Stein, à la sortie du Rhin. Des instruments en pierre ont été découverts près d'Oberstaad, de Wangen, de Hemmenhofen sur deux points différents, de Gaienhofen, de Hornstad, de Iinang, de Harkelflngen et d'Allensbach. Dix -sept emplacements des environs de Lindan et de Bregeni ont été explorés par M. le baron de Mayenfisch. Leur grandeur moyenne est de 3 à 4 arpents. Quoiqu'ils soient situés près du bord, ils étaient primitivement dans l'eau, et l'on voit qu'un pont reliait la plupart d'entre eux à la rive. Ces constructions remontent à la plus haute antiquité, d'après les objets .découverts. Ce sont des instruments en pierre, en os et en bois de cerf, tels que marteaux, haches, coins, couteaux, scies, pointes de divers genres et débris de poterie grossière, avec lesquels se trouvaient du blé, des broyons et de nombreux ossements d'animaux. Ces pièces ont été réunies dans le musée du prince de HohenzoUern-Sigmaringen '.

L'emplacement de Wangen, situé sur la rive badoise, à une lieue de Stein, est trop important pour ne pas entrer dans quelques détails sur les recherches qui y ont été faites par M. Gaspard Lôhle, dès la fin de l'automne de 1856. Le lieu occupé par les pilotis à l'est de Wangen porte le

* Zeitschrift des Vereins %ur Erforschung der rheinischen Ge$chiehU und AUerthumer m Mmn%, 1859, S. 47.

40 ANTIQUITÉS UCUSTHES

nom de Gûu ' et se trouve dans une rade protc^ée par an cap contre le veot d'ouest. Un terrain fertile s'étend entre une colline et le rivage sur lequel pénètrent les pilotis, qui recouvrent un espace carré de gravier et de limon, de plus de 700 pas de longueur sur 120 de largeur. Les pieux plantés sur la rive pénètrent h une profoade.ur de 6 à 7 pieds, tandis que les pilotis baignés par les eaui ne descendent que de 3 pieds dans le sol. Sur pluùeurs points, un lit de 6 pouces de sable et de gravier recouvre les débris d'industrie accumulés dans une couche de 2 à 3 '/■ pieds d'épaisseur. Ici, comme h MoosBcedorf, les objets les plus lourds sont souvent les moins profonds, d'où il résulte que la formation de cette couche est contemporaine de l'occupaUon de la bourgade. D'autre part, la couche littorale, de 6 & 7 pieds d'épaisseur, doit son plus grand accroissement à l'action des vagues, qui a déladié de la rive beaucoup de pierres et de sable de manière i relever le sol de 3 à 4 pieds. Il est donc probable qu'originairement tous ces pieux étaient baisés par les eaux, et c'est k celte action envahissante de la rive qu'il but attribuer la présence des pilotis qui atteignent sur plusieurs paints le bord du lac.

pieds. Sur Tespace d'une toise carrée, on en compte au moins 12 et souvent de 17 à 21 ; sur quelques points, où il fallait sans doute un point d'appui plus fort, on en voit 3 ou 4 qui se touchent. M. Lôhle évalue leur nombre total à environ 40,000.

Wangen est l'un des plus riches emplacements exploités jusqu'à ce jour, et, malgré cette abondance , il n'y existe aucun objet en métal. On a recueilli des centaines de haches en pierre de grandeurs et de formes différentes, mais il est à remarquer que leur travail est encore très primitif et que la fabrication de la plupart d'entre elles doit avoir eu lieu sur place, ce qui ressort d'échantillons inachevés, pareils à ceux de Hoosseedorf et du grand nombre des roches de la contrée qui ont été utilisées. Quelques pièces cependant sont d'une provenance étrangère, entre autres celles pour lesquelles on a employé une espèce de néphrite.

Les marteaux en serpentine, de forme cylindrique et percés d'un trou, sont de la plus grande rareté , ainsi que les pierres percées en général. 11 n'en est pas de même des marteaux de forme à peu près cubique, qui ont été découverts en grand nombre.

Les petits instruments tels que mes, lamelles, pointes de trait et de lance ne sont nullement rares. Leur matière est le silex blond, noir et rougeàtre, provenant de la France et de l'Allemagne. Les scies qu'on trouve en Suisse sont très différentes de celles des pays Scandinaves. Dans le Nord, elles mesurent de 3 à 7 pouces de longueur et ont la forme d'un arc de cercle dont la corde est dentelée. En rafraîchissant les dents, cette ligne finit par devenir concave et donne à l'instrument l'aspect d'un croissant. La scie lacustre, moins nettement dentelée, longue de 2 à 3 pouces seulement, est

« ANTIQUITES LACUSTRES

une simple lamelle de silex, fixée dans sa longueur à un manche en bois ou en os sur lequel on a pratiqué une rainure dans laquelle l'instrument est ench&ssé, puis consolidé arec un mastic noirâtre. (PI.V, 11.) La soie du Nord, relativement grande, était plus propre à pénétrer dans le bois, bien que son épaisseur ne lui permit pas de cheminer bien en avant ; celle des lacs a dû être employée pour les rainures de 2 à 3 lignes de profondeur qu'on voit sur les instruments en pierre ébauchés. Il va du reste sans dire que le même instrument a eu des usages d'autant plus divers que la variété des formes est plus limitée, et ces lamelles sans manche, qui sont aussi fort nombreuses dans le Nord, paraissent avoir remplacé très souvent le couteau.

On trouve & Wangen, comme ailleurs, beaucoup de plaques de fogers et de pierres à aiguiser.

Les bois de cerf et les os de grands et de petits mammifères, ainsi que ceux d'oiseaux, ont été employés pour une foule de poinçons, de ciseaux et de pointes de trait. — On portail aussi comme amulettes des dents perdes d'ours et de loup. D'après les ossements déterminés, on peut mentionner l'unis, le bison, le cerf, le chevreuil, le sanglier, l'ours, le

DE l'âge de la pierre. 43

U importe de mentionner des morceaux d'argile, qui ont conservé en creux l'empreinte des montants ronds des cabanes, et dont la conservation est due à l'action du feu, lors de l'incendie de ces habitations.

Les restes des provimns destinées à la nourriture sont d'un intérêt tout particulier. On a découvert une grande quantité de blé sur plusieurs points de l'établissement de Wangen, et on le trouve disséminé sur toute l'épaisseur de la couche des débris anciens, en sorte que les premiers constructeurs de ces habitations devaient déjà connaître l'agriculture. Le grain et les épis, parfois entiers , sont toujours carbonisés, et leur conservation est plus que suffisante pour reconnaître le froment et Vorge à deux rangs {hordeum disticfttftn), l'un et l'autre d'excellente qualité. Sur un point, où avait sans doute existé un grenier, se trouvait plus d'une mesure de grains carbonisés. Ailleurs c'étaient des vases contenant des graines de pin, des faines, des noisettes et des pépins de pomme et de poire sauvages. On trouve même des quartiers de poires et de pommes qui avaient été certaine* ment desséchés pour en faire des provisions. L'abondance des graines de framboise et de meuron témoigne que la consommation des fruits d'arbrisseaux a été considérable. Enfin bon nombre des ossements découverts proviennent aussi des animaux dont on se nourrissait.

La culture du blé, dans les âges reculés, étant dès maintenant un fait acquis à l'histoire, on sera moins surpris de retrouver l'emploi d'une plante à filaments qui a peut-être été le chanvre ou le lin. Les petites cordes de Robenbausen fournissaient déjà à cet égard un indice que vient appuyer une espèce d'étoffe découverte à Wangen. Elle consiste en mèches entrelacées ensemble de manière à former des nattes

a ANTIQUITÉS I.AGl)8TBBS

qui ont pu servir pour couvertures et peut-être pour vétemeats. (PI. VU, 2A.) Il y a loin seds doute de ces tiususaux étoffes proprement dites, mais ces échantillons n'eo sont pas moins d'un haut intérêt pour l'histoire de l'industrie. On trouve aussi de fines branches d'(»ier, tissées avec de la paille, qui sont sans doute les restes de paniers ou de corbeilles. (PI. Vli, 32.)

Au milieu de ces débris divers , on remarque encore à Wangen, de même que sur d'autres empUcemeote, des traces de mousse, de roseaux, de joncs, de paille et d'écoroes qu'on suppose avoir servi à la eoavertvre des cabanes, et dont une partie était sans doute réservée pour la couche de l'habitant lacustre.

Lac de Sienne.

D'après l'état actuel des recherches, la plupart des emplacements à pilotis des lacs de la Suisse orientale paraistent avoir été abandonnés pendant Yhga de la pierre ou à la fin de cette période. Il n'en a pas été de même dans la Suisse

DE l'agb de la pierre. 45

points au pied du Jura, et elles ne tarderont pas à se multiplier.

Le Steinberg, emplacement à pilotis, près de Nidau, présente les instruments du premier âge, bien que ce soit surtout dans la période suivante qu'il ait pris un développement tout particulier. M. le colonel Schwab y a découvert plusieurs instruments en pierre et en os, des haches en serpentine, des silex taillés par la main de Thomme, des pointes de flèche et de fort petites hachettes en pierre, d'un pouce environ de longueur, du genre de celles de Moosseedorf, où on les emmanchait à des bois de cerf, en guise de tranchets. La néphrite d'Orient se trouve sur le Steinberg avec des dents d'animaux percées et d'autres objets qui, étant propres à plusieurs époques du développement industriel, ne peuvent pas être classés avec certitude dans Tune à l'exclusion des autres.

Les pilotis de Hagneck, exploités récemment par M. le professeur Desor, sont accompagnés d'un plus grand nombre d'instruments tranchants en pierre que de ceux de la deuxième époque. C'est sans doute à ces premiers qu'il faut rattacher une espèce de gobelet, taillé dans la tète d'un grand fémur.

D'après les objets recueillis, ces deux stations du lac de fiienne conservent les traces d'une occupation pendant le premier &ge. 11 est cependant difficile d'en apprécier la durée, mais la découverte faite dernièrement à Concise montre que la Suisse occidentale a eu des bourgades lacustres, dont la richesse et l'antiquité ne le cèdent en rien à celles des principaux établissements de la Suisse orientale.

Pont de la Thièle

«itn let lac* d« Bienne et de Neuchfttel.

H. le colonel Schwab a découTert , près du PoBt de la Thièle , des haches en pierre avec des emmanchures en bois de cerf, au milieu de pilotis répandus le long de la rive droite de ta rivière, sur une étendue d'environ i70 pas de longueur. C'est sur ce point qne les Romains jetèrent plus tard un pont dont on voit encore quelques traces, ce qui esplique la présence, dans ce lieu, de poteries et de tuiles remaines.

On peut être surpris de la situation de ces cabanes sur la Thièle, par laquelle s'écoulent les eaux du lac de Neuchàtel dans celui de Bienne. Le peu de largeur du lit de la rivière devait Ater à ces constructions le caractère qu'elles avaient sur les lacs ; cependant bien des habitations s'élèvent encore de nos jours au-dessus des eaux courantes, et il n'est point impossible qu'il en ait existé sur la Tbièle, malgré la proximité des lacs. Toutefois ta configuration du sol soulève des

DE l'âge de la P^ERBE. kl

vabissement incessant sur tous les points où se manifeste la double action des alluvions et de la tourbe. Il en résulte que, depuis l'apparition de l'homme dans nos contrées, bien des rives ont été modifiées, et bien des emplacements, autrefois baignés par les eaux, se trouvent maintenant dans la plaine.

On est donc conduit à se demander si les pilotis situés dans le lit de la Tbièle, de môme que ceux de Robenhausen , sur les bords de l'Aabach, n'ont point été plantés le long d'une ancienne rive du lac. Les marécages qui séparent actuellement les lacs de Neuchàtel et de Bienne, primitivement réunis en un seul bassin, sont resserrés entre le hameau de laThièle et les collines qui s'élèvent sur l'autre bord de la rivière, au pied du Joliment, riche en antiquités de divers âges. C'est précisément sur ce point, éloigné aujourd'hui d'environ 4000 pieds du lac de Neuchàtel, qu'étaient construites les habitations du Pont de la Thièle, et l'on verra plus loin qu'il n'est point impossible qu'une zone de cette largeur ait pu se former depuis l'âge de la pierre.

On pourrait objecter que c'est sur celte zone que les Romains construisirent une chaussée entre Avmlicumti le pont jeté en travers des pilotis, mais il suffit de faire observer qu'il existait aussi des habitations lacustres dans la vallée de l'Orbe, à une époque où l'emplacement à'Ehuroiunum était encore recouvert par les eaux du lac.

Si l'on ne découvre pas d'instruments en métal au milieu des pilotis du pont de la Thièle, dont l'emplacement a toujours été un passage commandé par la nature, il se peut que son abandon pendant l'âge de la pierre ait été motivé par l'envahissement de la tourbe, ou tout au moins que celle-ci ait été un obstacle à la reconstruction de ces habitations, dans le cas où elles auraient été détruites par le feu.

ANTIQUITÉS LACUSTIIBS

Lac de Heuchâtel.

Plaùeurs emplacements du lac de Neuch&tel présentent quelques difficultés de détermination à cause du petit nombre de pièces du premier fige découvertes sur ces points, et par le fait qu'ils ont été occupés postérieurement. C'est ainsi qu'on trouve des instruments tranchants en pierre avec des objets en bronze, à Chevroux , à Colombier, k Bevaix et à Cortaillod, où la serpentine, le silex et les tètes de fémur étaient employés comme bâches, pointes de trait et gobelets du genre de celui de Hagneck.

La rive fribourgeoise du lac de Neuch&tel, explorée par pluaeurs personnes , l'a été tout particulièrement par MH. Rey et de Vevey, qui ont eu l'obligeaDce de me communiquer les détails suivants sur Corbières et Estavayer. On voit vers la première localité deux emplacements d'époques différentes. Le plus rapproché de la rive, appelé Téneriéres de la Craia, appartient à l'Age de la pierre. Les pieux, sortant t peine du eravier. sont entourés de

DE l'agb db la pierre. 49

plus forte est percée transversalement d'un trou carré qui recevait l'emmanchure et servait ainsi de manche à la hache primitive. (PI. III, 8.) Deux firagmenis de hache, 3 pointes de lance en silex, et 6 pesons en pierre, proviennent encore de ces habitations , qui paraissent avoir été détruites par le feu d'après les pierres calcinées , mentionnées plus haut. Ce fut sans doute après ce sinistre qu'on occupa l'emplacement voisin, dont les pilotis mieux conservés indiqueraient à eux seuls, indépendamment des objets découverts, une antiquité moins reculée.

Tout auprès de la ville d'Estavayer, existent deux emplacemœts, dans les mêmes conditions que les précédents. Le moins éloigné de la rive , appelé aussi Ténevières , est le plus ancien. Ce nom désigne, dans l'idiome des pécheurs de la contrée» un monticule inondé par les eaux du lac. Le Ténevières d'Estavayer , d'environ 6 pieds de hauteur, est de formation naturelle. Le gravier recouvre la plupart des pieux, usés jusqu'à la surface du monticule par l'action incessante de Teau. Les objets recueillis sont tous étrangers à la période du bronze et consistent en & coins , une hache eo pierre, 2 pointes de lance en silex , 2 pointes de flèche, 43 pesons en pierre , un marteau en bois de cerf, percé sur le milieu de sa longueur qui est de 4 pouces, et un manche de même matière dont l'extrémité porte un trou carré comme le manche de hache du précédent emplacement. Des pierres calcinées indiquent, de même qu'à la Graza, une destruction par le feu. U est à présumer qu'on entassait des cailloux sur l'esplanade de ces établissements , afin de s'en servir comme de projectiles en cas d'attaque, et que c'est à la suite de l'incendie que ces pierres ont subi l'action du feu.

Le second emplacement d'Estavayer, couvert de pilotis

KO ANTIQUITÉS LACUSTRn

mieux conservés, date de l'&ge du bronze. La plus grande distance & laquelle il se trouve du rivage s'explique sans doute par le besoin qu'on éprouvait de se mettre bors de la portée des projectiles iuc^diaires que l'ennemi pouvait lancer depuis le bord. Il est à remarquer qu'un grand nombre des habitations de ladeuiième période sont plus en avant dans les eaui que celles du premier ^e, soit que les moyens d'attaque fussent plus perfectionnés, soit que la coupe des bois présentât moins de difâcultés*.

Les explorateurs pourront tirer parti de ces observations, en les appliquant au\ groupes de pilotis voisins, mais situés à des distances différentes de la rive, qu'on voit dans quelques lacs , et entre autres dans celui de Neuch&tel. 11 sera intéressant de s'assurer s'ils sont accompagnés d'objets d'industrie d'époques diOérentes et s'ils présentent les mêmes caractères que ceux qu'on vient d'examiner.

Les travaux entrepris en vue de l'élabliSBement de chemins de fer servent assez fréquemment les recherches des archéologues. Une découverte faite en pareilles circonstances, près de Conciae, dans les derniers jours du mois de juillet 18S9 , a révélé l'existence d'un des emplacements

DB l'aGB DB Là PIBmiB. 51

doDt ils pensaient pouvoir retirer quelque bénéfice. Les instruments en pierre et en os ont été recueillis par milliers. Les musées de Lausanne et dTverdon* en possèdent un grand nombre. M. le comte de Pourtalès, à la Lance , s'est créé une collection avec ces pièces. Beaucoup d'objets se trouvent diez M. le D^ Clément , à Saint- Aubin , chez MM. Rey et de Yevey, à Estavayer, dans le musée de Neuchàtel et diez M. le colonel Schwab, à Bienne. Nombre de pièces ont été vendues à l'étranger; M. le professeur Agassiz en a emporté plusieurs pour le musée qu'il fonde en Amérique , et bien des morceaux sont restés entre des mains diverses.

Les objets découverts sont remarquables par la variété des formes, et par le fréquent emploi de l'os et des bois de cerf. Mais, avant de décrire ces divers genres de pièces, il importe d'ajouter que l'app&t du gain a porté quelques ouvriers à fabriquer des faux qui ont été répandus en grand nombre. Au début de la découverte , qui a duré pendant les cinq semaines que la drague a fonctionné sur ce point, les faussaires se bornaient à imiter les formes authentiques en donnant un manche à l'instrument qui avait perdu le sien ; mais plus tard l'imagination des fabricateurs a créé des formes inusitées dans l'antiquité , par la réunion insolite d'objets sortis du lac. Enfin, enhardis par le succès, ils ont fait divers instruments avec les galets de la rive et avec des os ou des bois de cerf.

Les faux répandus par ces ouvriers soulèveront plus d'un doute sur l'authenticité de certaines pièces , et entre autres sur la manière dont elles étaient emmanchées. Toutefois, avant de tenir pour fausse telle forme reproduite par la fa-

' Les pièces déposées dans la bibliothèque d'Yverdon ont été réunies par l«s soins de M. L. Rochat.

H'i ANTIQl'ITÈS LACl'STRSS

brique, il convient de s'assurer si le type n'en a pas été réellemenl découvert. D'autre part, toute pièce porte en elle un caractère d'antiquité que les hussaires , malgré leur adresse, ont été inhabiles à reproduire.

L'emplacement sur lequel a fonctionné la drague est situé à environ 300 pieds du bord. Il présentait l'aspect d'un monticule recouvert de 3 pieds d'eau à son sommet. Sa surface limoneuse ne laissait apparaître aucun vestige d'habitation.

C'est là qu'on a découvert , au-dessous du limon , une couche composée de gravier , de galets et de cailloux anguleux , cassés par la main de l'homme , au milieu desquels se trouvaient des restes de pilotis de chêne et de sapin , des charbons de bois, des ossements, d'innombrables bois de cerf coupés ou entaillés , des fragments de poterie et des Instruments en pierre et en os. La drague déversait un limon qui contenait parfois des graines , de nombreux débris de roseaux et de petites branches. Enfin quelques objets en bronte proviennent de cet emplacement. Ces milliers d'instruments de l'Age de la pierre, tassés sous les eaux , les pilotis détruits jusqu'à la surface du sol et tous ces débris recouverts

les plus divers ; aussi en a-t-on retrouvé à Concise un très grand nombre d'exemplaires. (PI. V, 20, 33, 34, 36, 37, 38, 30.) A part de rares exceptions, on peut être surpris de ses petites dimensions. Le tranchant ne mesure en moyenne que 15 à 30 lignes de largeur. La pierre employée de préférence est la serpentine. Plusieurs pièces élMiuchées sont tombées à Teau avant d'être achevées, d'autres ont été usées par un long usage ; le tranchant, parfois très vif, est souvent aussi ébréché ; et si quelques pièces présentent un 6ni remarquable , il en est un bon nombre qui ont été fabriquées avec peu de soin.

On trouve quelques bois de cerf entaillés de manière à reproduire en creux la forme de la pierre qui en a été détachée. (PI, Ul» 1.) Ces manches, bien qu'ils soient fort rares, suffisent cependant pour constater que ce genre d'emmanchure a été usité en Suisse, de même que dans le Nord, ainsi qu'on peut s'en assurer par les publications de MM. Du Noyer, Wilde et Worsaae^ qui reproduisent la hache de pierre fixée dans la mortaise d'un manche en bois.

Deux bois de cerf, coupés en forme de T, étaient armés d'une pierre tranchante sur l'une des extrémités (PI. m, 3, 7) ; mais la plupart des haches de Concise ont été primitivement formées de trois pièces : un morceau de bois de cerf, long de 3 à 3 pouces,, recevait la pierre à un bout, tandis que l'autre, taillé à quatre faces, entrait dans la mortaise du manche, comme on a déjà pu le remarquer dans les découvertes faites à Estavayer. (PI. IV , 1, 3, 3.) Il est curieux que l'assemblage de ces trois pièces n'ait

* Catalogue of the antiquitieê in the Mtiseum ofthe royal irish Academy, by W.Wilde, p. 46. — The primeval antiquitiesy by J. J.Worsaae, p. U. — On the ekutification of hron%e eeltiy by ^ Du Noyer, p. 3.

pas élé observé à Concise, ce qui provieDl sans dcHite de ce que le manche, étant en bois végétal, n'a pas subùsté jusqu'à DOUB. En revanche, les emmanchures faites de bois de cerf se sont conservées en très grand nombre ; plusieurs portent les traces de l'usure produite par la meule en rafraîchissant le traacbaat de la hacbe (PI. UI, 6) ; d'autres, se fendant sous le choc, étaient hors d'usage; plos rarement, à en juger du moins d'après les pièces découvertes, la pierre se brisait dans l'emmanchure.

Ces emmanchurei présentent quelques variétés de forme. Les unes sont à peu près carrées (PI. IV, 1); plusieurs ont élé taillées de manière à ménager une proéminence latérale qui s'appuyait sur le manche (PI. IV, 2, 3) ; quelques-unes sont hifurquées comme pour introduire un coin destiné à les fixer plus solidement dans l'ouverture qui les recevait. (PI. IV, 16.) Sur l'une est un petit Irou transversal, sans doute pour la consolider à l'aide d'une cheville (PI. III, fig. 4) ; une autre, percée parallèlement au tranchant de la pierre, recevait le manche dans cette ouverture, de forme ovale (PI. m, 3), mais il est probable qu'elle a été équarrie plus tard pour entrer dans la mortaise d'un autre manche.

DK L*AGE DE LA PIEBRE. 55

vait être souvent remplacé par ie premier caillou qui tombait sous la main ; cependant ces pierres recevaient parfois des formes plus spécialement propres à leur destination. C'est ainsi qu'on retrouve des fragments qui rappellent quelque peu le batterand moderne. (PI. Y, 24.) Quant aux marteaux en pierre, percés d'un trou, on doit les regarder comme appartenant à l'âge de transition.

Les tranchets, destinés sans doute à couper le cuir ou les peaux, ont été d'un grand usage. La pierre a reçu un tranchant plus ou moins arqué. (PI. lY, 5, 7; Y, 25.) Quelquesunes ont conservé leur manche en bois de cerf, qui s'adapte fort bien à la main. Des extrémités d'andouillers, pareils à celui de la figure 15, planche lY, portent en creux l'empreinte de la pierre qui a disparu. Un instrument tout pareil ayant été découvert sur l'emplacement de Moosseedorf, par M. Alb. Jahn, on ne peut mettre en doute l'authenticité de celle forme.

Les Hlex, employés pour des instruments divers, soni pour la plupart étrangers à la Suisse. On trouve cependant des éclats nombreux qui montrent que la fabrication d'une partie de ces pièces se faisait à Concise. Une belle lamelle, de 7 pouces de longueur (PI. Y, 13), a pu servir d'arme ou d'instrument domestique. Une autre, longue de 5 pouces 3 lignes (PI. Y, 12), semble avoir fait ToHice de racloir, ainsi que le N° 18. D'autres lamelles (PI. Y, 22), parfois d'une grande finesse, remplaçaient peut-être le couteau. Des éclats de silex sont dentelés sur l'un des bords seulement. (PI. Y; 19.) On est porté à envisager comme des perçoirs des pointes dont la coupe est triangulaire. De larges lamelles, tranchantes et fort minces (PI. Y, 1), pouvaient tenir lieu de scie; elles s'adaptaient sans doute à des manches du genre de la

!t6 ANTIQUITÉS LACUSTRRS

figure 44, qui, tu leur peu d'épaisseur sur la partie entaillée, ne pouvaient recevoir que des pièces larges et plates.

Les télé» de flèche en silex présentent la forme du triangle isocèle ou du losange, arec ou sans entailles sur les angles obtus, d'autres sont munies d'une pointe qui pénétrait dans la hampe et aussi de deux petits ailerons dans le genre de ceux du harpon. (PI. V, 2 à 9.) Deux pointes de silex, en forme d'ovale et de losange (PI. V, 10, 46), ont peut-être armé la hampe de la lance ou du [avelot.

On a trouvé à Concise de nombreuses pûrret diieoide» de 40 à 3t( lignes de diamètre, percées d'un trou au centre, et pareilles à celles qu'on regarde comme des pesons de fuseau ou de filet. La destination de ces pièces, parfois assez informes, est très problématique (PI. VIII, 9, 44): l'une de ces pierres, à peu près ovale, est percée de 3 trous (PI. VIU, 8); telle. autre, inachevée, n'est percée qu'à moitié; le trou, fait par un instrument mis en rotation, est évasé en entonnoir sur les deux faces du disque, e( il est assez probable que plusieurs n'ont été forés que dans l'Age de transition. Le grès ou d'autres roches plus ou mcûns compactes, prises dans les galets de la rive , ont servi à la fabrication de ces

DE l'âge de la PIBEEB. 57

Les pterreê à aiguiser, plus ou moins usées par le frottement, ont la forme de meules immobiles aux contours irréguliers; des morceaux de grès sont de dimensions assez petites pour avoir été maniés à la main, et la molasse employée est en général de très bonne qualité. D'autres meules^ en roches compactes, présentent une surface plane ou concave, sur laquelle on broyait ou concassait des graines ou des fruits. Quelques pierres paraissent avoir fait l'office de véritables enclumes.

La plupart des formes d'instruments en pierre ont été reproduites avec des ossements d'animaux et des portions de bois de cerf dont le choix était très bien approprié au but. Ce genre d'objets» qui renferme tqute une collection d'outils, d'armes et d'ornements, n'est assurément pas le moins remarquable.

Les os les plus volumineux et les plus compactes étaient utilisés comme marteaux , ainsi que des morceaux de bois de cerf, dans la partie spongieuse desquels on a dû introduire une matière dure. Ces marteaux étaient percés d'un trou rond ou ovale qui recevait le manche (PI. IV, 12), dont la direction était parfois oblique, ainsi qu'on le remarque sur quelques haches. La partie d'un manche en bois prise dans le trou d'un marteau, s'est conservée, tandis que le reste a été détruit par l'action des siècles, ce qui explique la disparition des manches de hache, lorsqu'ils n'étaient pas en bois de cerf. Un choc violent brisait souvent ces instruments, qu'on retrouve rarement intacts. (PI. IV, 8, 14.) — Bien que les outils en bois aient le plus souvent disparu, une véritable mailloche en sapin a cependant été conservée. Le bois tout imprégné d'eau, el cédant sous la plus légère pression, ne pouvait laisser de doute sur son antiquité. L'instrument

avail élé coupé sur une branche, en ménageant une recrue qui servait de manche. (PI. 1)1, S.)

De nombreux ciieavx m ot el en bois de cerf, de largeur différente, avec ou sans manche, doivent avoir été employés pour le travail de matières peu dures. (PI. VI, 15, 29.) L'extrémité opposée au trauchant présente parfois des inégalités qui exigeaient l'emploi d'un manche.

Des trancbetB de formes variées, en os ou en dents de sanglier, sont munis d'un tranchant oblique ou convexe.

La variété des ;)otn(on« est très grande. (PI. VI, 16, 18, 19, 21 , 22, 26, 27, 28, 30.) Ils sont généralement faits avec des cAtes ou des canons refendus, ])lus rarement avec des bois de cerf ou de chevreup et des incisives de cochon ; leur longueur varie de IK lignes à quelques pouces. La pointe, acérée et polie, est ordinairement arrondie comme un cAne effilé (PI. VI, 26) ; elle est quelquefois à quatre pans (PI . VI, 28), ou bien elle présente deux arêtes vives. (PI. VI, 21.) L'autre extrémité du poinçon conserve souvent l'articulation soit la forme naturelle de l'os (PI. VI, 16, 19, 26, 30) qui servait de poignée, mais il n'est pas rare qu'elle se termine, comme les ciseaux, par des anfractuosilés (PI. VI, 18) qui

bouts, est percée sur le milieu de sa longueur où le renflement est sensiblement prononcé (PI. VI, 36) ; ce même genre d'instrument a été usité dans Tftge du bronze. (PL XII, 22.) L'œil se trouve aussi vers la pointe de l'outil (PI. VI, 3S), comme on le remarque encore sur l'un des poinçons du sellier.

On doit sans doute désigner sous le nom de polissoir des os et des bois de cerf polis dont les formes se sont conservées dans le travail des cuirs. Des dents plantées jusqu'à Témail dans des bois de cerf (PI. VI, 43, Ik) avaient peut-être un usage analogue. Les ouvriers du chemin de fer ont répandu de nombreuses imitations de ce genre de pièces dont le type, n'est pas moins réel. Le lendemain de la découverte faite à Concise, M. Rossire, ingénieur, me remit l'un de ces instruments qu'il avait recueilli la veille sur la dra* gue, et que jlii déposé dans le musée de Lausanne, avec d'autres objets mis à part dès le premier jour, alors qu'aucun faux n'avait encore été fabriqué.

Entre les objets indéterminés en os et en bois de cerf, il faut citer plusieurs pièces, avec ou sans trou, cylindriques en tout ou en partie, parfois surmontées d'une espèce de bouton, ou bien de la forme d'épaisses lamelles. (PI. IV, 47; VU, 6, 7, 40, 29, 34.) L'un de ces objets mérite une mention spéciale par la délicatesse de son travail. (PI. VII, 44.) C'est une petite pièce longue de 7 à 8 lignes sur un diamètre de 2 lignes, percée dans sa longueur comme un tube, dont les extrémités cylindriques sont reliées par deux petites tiges ménagées lors de la taille de l'os. La fabrication de cette pièce, qui n'aurait rien que de fort ordinaire à une autre époque, n'en est pas moins intéressante vu la délicatesse du travail et les moyens limités de l'industrie primitive.

flO ANTIQUITÉS LACUSTRES

Od a VU que de nombreux éclats de silex et de rodies diverses , ainsi que des instruments inachevés, témoignent que l'emplacement de Concise était un lieu de fobrique, et l'on arrive à la même conclusion quand on examine le nombre considérable de morceaux de bois de cerf préparés pour les manches d'outils divers, manches plus ou moins finis ou simplement ébauchés. Ils portent les marques non équivoques d'instruments dont le tranchant a produit une entaille généralement striée. On peut y reconnaître aussi l'action de la scie en silex et de la meule de grès. Quelques uns ont reçu un poli que l'antiquité n'a pas foit disparaître; et plusieurs ont été entaillés pas les dents d'un rongeur qui ne peut être que le rat et la souris dont les cabanes lacustres ne devaient pas être plus à l'abri que ne le sont les habitations de nos jours et même les vaisseaux.

Des canons ou des tibia d'animaux ont élé fendus et aiguisés en pointe sur l'une des extrémités. Leurs dimensions, de 7 à 8 pouces de longueur, ne permettant pas de les envisager comme des poinçons, il est probable qu'ils tenaient lieu du poignard dont ils reproduisent la forme et les dimensions. Les ingénieurs du chemin de fer ont déposé au musée

l'uDe pour l'autre. Les faux innombrables répandus par les fabricateurs ont soulevé des doutes légitimes, cependant on ne saurait nier qu'une partie de ces grandes pointes en os, d'une antiquité incontestable, aient été fixées à des bois de c«rf , vu que quelques-unes présentent la même particularité qu'un certain nombre de poinçons, c'est-à-dire que l'extrémité opposée à la pointe offre des anfractuosités dont la main aurait été blessée si cette partie anguleuse n'était pas entrée dans une poignée. Des andouillers de toutes dimensions, taillés par les Lacustres en forme de manche, sont trop nombreux pour qu'ils n'aient pas été préparés afin d'y fixer des instruments de genres divers, et il n'est pas superflu d'ajouter que les entailles antiques se distinguent très facilement de celles qui ont été imitées par les faussaires. L'un des caractères de la découverte de Concise consiste précisément dans le grand emploi que les habitants de cette bourgade ont fait des bois de cerf.

De fortes lames en bois de cerf, profondément dentelées sur l'un des côtés ou sur les deux (PI. YI, 2S, 32), rappellent quelques-unes des pointes de lance de Moosseedorf et de la vallée du Mississipi ^ Une belle lame, en os, de 9 pouces de longueur, a dû avoir la même destination. (PI. YI, 24.) D'autres os refendus, longs de ft à 6 pouces, ont aussi la forme lancéolée (PI. YI, 42), et la douille est reproduite en partie par ce qui reste du trou de la moelle formant une rainure naturelle, le long de laquelle s'adaptait la hampe. Celleci était consolidée par des ligatures qui passaient dans les entailles transversales faites sur l'os, percé en outre d'un trou destiné à recevoir une cheville en place du clou rivé qui retient la hampe dans la douille en métal.

* Voir plus haut, pag. 20, note 1.

Des pointes de flèche en o» présentent les ménieB particularilés que la pièce précédente. La forme de quelques-unes est aussi lancéolée (PI. Vl, i, 2,8,9); d'autres sont munies d'uD seul aileron en guise de harpon (PI. VI, 4, !f); l'une est année d'une points qui pénélrail dans la bampe (PI. VI, 7, J7] ; quelques-unes s'adaptaient à celle-ci au moyen d'un épi (PI. VI, l, 2), et plusieurs ont un fini qui a lieu de surprendre pour des armes de jet, dont le chasseur et l'homme de guerre doivent faire le plus souvent le sacrifice. Il en était du reste de même des pointes de silex qui ne demandaient pas moins de travail, et il est à présumer qu'une partie des esquilles en os, aiguisées en poinçon, étaient aussi filées dans des roseaux, en guise de flëcht.

On a découvert à Concise quelques oa évidés et terminés par un bouton, qui paraissent être l'armature des extrémités de Vare, sur lesquelles se fixe la corde. (PI. VU, 4.) L'arc étant de bois, n'a pas été retrouvé. — Quelques bois de cerf dépouillés d'une partie de leurs ramures, ont pu servir de casse-téte.

L'os a aussi été employé pour des ornements personnels, dont il reste encore quelques traces. Des épingles à cheveux

genre analogue, mais dont l'anneau est plus rapproché de la tête.

Un 08, taillé en forme de virole, a ^actement les dimensions d'une bague. Un autre, malheureusement brisé, poli avec soin et de forme arrondie, ne saurait être qu'un fragment de bracelet. (PI. VII, 47.)

Des grains en os et en bois de cerf, percés d'un trou (PL VII, 13, 19), faisaient partie des colliers, dans la composition desquels entraient aussi quelques grains en pierre. (PI. VII, 20.) Des andouillers, entaillés sur leur pourtour à des distances ^ales, étaient certainement destinés à la confection de ce genre de perle (PI. VU, K) ; d'autres grains détachés sont restés inachevés.

Un ornement beaucoup plus délicat consiste en de petites lamelles ovales, de 9 à 42 lignes de longueur, taillées sur rémail de grandes dents et percées d'un ou deux trous pour les suspendre ou les fixer comme objets de parure. (PI. VII, 48, 46.)

Des dents, celles d'ours en particulier, ont été percées ou entaillées de manière à être portées en guise d'ornement, mais vraisemblablement à titre A^amulettes, comme c'était encore le cas dans les époques postérieures et en particulier dans les derniers âges païens. (PI. VII, 42, 48.)

La poterie de l'âge primitif présente à peu près partout les mêmes caractères, et elle ne diffère pas à Concise de celle des emplacements contemporains explorés en Suisse. D'après les fragments découverts et 6 vases à peu près intacts, la forme cylindrique était assez en usage; cependant plusieurs vases, arrondis à leur base, étaient privés de pied. (PI. VII, 30, 34, 32, 33, 36.) On ne retrouve pas les supports d'argile employés plus tard; mais quelquefois de pe-

04 ANTIQUITES LACUSTRES

tites proénÛDences, percées de deux trous, permellaieot de passer des cordons pour suspendre le vase, comme oa le remarque dauB la plu% ancienne poterie du Nord. Cinq dus pièces intactes ne mesurent que 1 à 2 pouces de hauteur, sur IS lignes à 3 pouces de diamètre. Trois petits vases, 3 cylindriques, l'autre évasé, sont en os ou pIutAt en bois de cerf. (PI. VU, SB, 26, 28.) L'un, muni d'un petit tenon, faisant saillie sur le rebord, devait avoir un fond en bois asaajetti par trois pointes dont on voit les trous sur la partie inférieure du vase.

Une boule sphériqite, de la grosseur des deux poings, percée d'un trou et formée d'argile pétrie avec des chorbons, rappelle les pièces regardées comme des balles incendiaires '.

La détermination des nombreux ossements recueillis i Concise sera d'un baut intérêt pour la faune du pays, A l'époque des premières habitations de Tbomme. Le grand emploi qu'on a fait des bois de cerf montre déjà combien cet animal était commun, et l'on peut aussi se faire une idée, d'après la grandeur de ses bois, de la taille élevée qu'il devait atteindre. On a retrouvé l'élan, le chevreuil, l'oure, le sanglier, le castor, des carnassiers et des rongeurs divers.

Dl l'aQB de la MBRIIfi/ 68

Uea de ces débris de trois fragmeuts de crânes humains et de deux mâchoires, Tune d^homme et Tautre d*enfant. II est à regretter que ces fragments soient trop incomplets pour pouvoir légitimer quelque induction sur la race à laquelle appartenait ce peuple primitif.

L'activité de la drague â vapeur n'a pas toujours permis d'étudier avec tout le soin désirable bien des restes dont l'œil est peu frappé, mais qui n'ont pas moins leur intérêt; par exemple les gnUnêi ou les fruits récoltés comme aliments. Je ne puis citer que la noisette, la faine, le noyau de prune et la pomme. — Quelques filaments, peut-être de chanvre, sinon d'écorce d'arbre, ne laissent pas de doute sur leur emploi, si on les rapproche des aiguillettes en os.

Pendant les derniers jours des travaux exécutés â Concise, b drague, en s'avançant vers le nord-est de remplace* ment, a amené quelques objets en bronze, qui montrent que ces habitations lacustres ont été occupées jusqu'à l'introduction de ce métal. On a découvert en outre des instruments en pierre qui appartiennent à l'âge de transition, pendant lequel le métal, encore rare, servait à perfectionner les produits de l'industrie primiti ve .

Je n'hésite pas à envisager comme appartenant â cet âge de transition les haches et marieaux en serpentine, percés d'un trou dans lequel était fixé le manche de l'instrument. Ces pièces, rarement intactes, longues de 5 à 6 pouces, sont taillées en hache sur l'un des bouts et en marteau sur Tautre. (PI. Vill, 1, 3.) D'après les fragments conservés, on voit qu'elles se brisaient assez souvent sur l'ouverture du manche (PI. VIII, 2, 4, 5, 6, 7.), ce qui arrivait aussi au moment de leur fabrication. (PI. VIII, 2, 4.) Ces fragments de pièces inachevées indiquent que le trou se faisait au moyen

HÉM. XT OOCUX. Vm, B

66 ANTIQUITÉS LACUSTUBS

d'uD poingoo qui creusait une rainure circulaire, de manjèreà ménager k l'intérieur un noyau de la forme d'un cAne trooqué ; et l'examen uttentir des parois ne permet pas de douter que le forage n'ait été produit par un rapide mouvement de rotation. Ce mouvement a dû élre imprimé à la pierre plutAt qu'au poinçon, qui aurait eu à décrire un cercle. Pour oompreadre celte manière de forer, il suffit de rappeler que la fabrication des vases en pierre ollaire consiste à fixer les extrémités d'un bloc cylindrique entre les pointes d'un axe horizontal, de sorte qu'étant mis en rotation, il soit usé par un poinçon en métal doux, parallëleâ l'axe. Ce poiDÇOii est fixé au montant du tour, et on le fait avancer peu à peu, jusqu'à la profondeur voulue, dans la rainure qu'il creuse par le frottement. Il n'est pas nécessaire de décrire ici le procédé par lequel on ménage le fond du vase. Le noyau enlevé, placé de nouveau entre les pointes de l'axe , est évidé à son tour; et c'est ainsi qu'on obtient cette série de vases qui rentrent les uns dans les autres. Ce genre de tour, d'une simplicité primitive, doit remonter à une haute antiquité, car l'on sait que le tour est connu depuis des âges fort reculés. La collection de M. le baron de Neuberg, à Pra-

procédé pour forer lu pierre a dû élre employé dans bien des cas, il est du reste incontestable qu'il n'a pas été le seul. Plusieurs haches en pierre, provenant de diverses localités, ont été percées par des moyens plus primitirs; lorsque le trou n'est pas circulaire, il ne peut élre question d'un mouveinent de rotation. Une hache en serpentine, à deux trancliants, des environs d'Aglez, porte un Irou ovale et irrégulier qui csclut l'emploi de tout procédé mécanique. On trouve assez de ces instruments inachevés pour montrer que le forage s'est pratiqué par des moyens très divers.

Quelques poinçons en cuivre ou en bronze d'un faible alliage, de 8 lignes fi 3 pouces de longueur, arrondis ou & quatre pans, sembleraient au premier abord avoir pu servir à percer la pierre ; mais , outre leur ténuité , des pièces du même genre se retrouvent à une époque où les haches primitives n'étaient plus employées. (PI. VIII, 19, 21.)

Huit épingles en bronze , longues de 2S lignes à un pied, sont surmontées de tètes sphériques , coniques ou en forme de fuseau. Elles portent en général de fines gravures étrangères au début de l'art. (PI. VllI, 47, 20, 22 à 20.)

Une jiMe, privée de son ardillon, faite avec un fil de bronze dont chaque extrémité a été enroulée en spirale plate, présente la figure de lunettes. (PI. VIII, 45.)

Une uirok (PI. Vin, U) , trois petits anneaux (PI. VIII, 15, 18), un 6ou(on convexe (Pi. VIII, 12), un grain de collier {P] . VIlI, 29) , et un couleau (Pi . Vlll, 27) , complètent la série des instruments en 'bronze trouvés à Concise. Le couteau, long de 7 pouces et 2 lignes, élégamment arqué, est orné sur le dos de stries et de chevrons , et sur les deux côtés de la Inme, de lignes parallèles, de poinlillages et d'arcs de cercle.

Au commencement du siècle, M. le capitaine Pillichoiiy

68 iirriQViTÉs lacustres

avait dêjfc découvert, dod loin de'cet emplacement, un peu plus avant dans te lac , auprès des restes d'an canot submergé et de pilotis encore saillants au-dessus de la vase, uns belle épée en bronse, qui a" été déposée dans le musée de Neucbàtel. (PI. IX, 40.) Les habitations de l'fcge de la pierre paraissent ainsi avoir été détruites au moment de l'introduction du bronze, dont on n'a retrouvé qu'une vingtaine d'objets, tandis que les autres ont été recueillis par milliers.

Après cette destruction, de oouvdies habitations s'élevèrent pendant l'&ge du bronze i une plus grande distance de la rive. Malgré leur haute antiquité, la plus grande conservation des pilotis indiquerait à die seule une époque posté* rieure , qui a cepeodant pris fin dans les Ages antébisloriques. D'autre part, l'épaisseur de la couche artificielle qui recouvre le premier emplacement représente une période as* sez étendue dont l'origine se perd dans la nuit des temps, et remonte probablement aux pranières migrations <le l'Orient h l'Occident.

Le limon sous lequel se trouvaient les pilotis de Concise doit recojvrir sur bien d'autres points les débris du premier Age , et plus d'un emplacement situé vers l'embouchure des

Dl LASE DB U PIBKBB.

Tonnnd. Bieo qu'on n'ait pas recueilli d'objets d'inJustrie, on oe peul douter de la haute anliqullé de cea restes de construction, silnés à environ (100 pieds de la rive actuelle du lie et recouverts de 10 ô 42 pieds d'alluvions, sur lesquelles les Romoins ont bàli de riches villas. On retrouve dans les jardins et les vergers de Mordagne des mosaïques, des fùIs 4e colonnes cannelés, de petits chapiteaux en hronte, des italueltcs, des poteries et de nombreuses médailles. Ces rui- Des n'ayant point été recouvertes par les alluvions du torrent, il en résulte que les dépôts accumulés sur les pilotis sont antérieurs à ces conslructinns romaines, ce qui fait remonter d'autant plus haut l'époque des habitations lacustres au-dessus desquelles s'élevaient déjà, au conriniencemint de notre ère, des édifices dont la richesse contraste avec l'indigence primitive.

La pkine située entre Cortaillod et Colombier est d'une Jbrniatiun poreille à celle d'Yvonand, mais, sa largeur étant beaucoup plus considérable, les couches d'allnvions de la Beuse ont perdu en épaisseur ce qu'elles ont gagné en surface. On Irouve dons la campagne du Grand Verger ', près du Bied, un pied de terre végétale sur des couches de terre blanche, de Su sable, de marne bleu&Ire et de légères traces de tourbe, dont l'épaisseur totale est de 2 pieds. Audessous, c'est-à-dire à 5 pieds de profondeur depuis la surface du soi, apparaît l'ancien gravier du lac dans lequel •ont des pieax pareils à ccu\ qu'on voit encore sous les eaux, en face du Bied, Ces pilotis, découverts en creusant des fondements pour les constructions du Grand Verger, sont

' ProprièlA de H. Ctiarles BotgI di Hunlt, qui ■ eu l'obligeinca di dm •ommuDiquer ea rEftieignemeal*.

70 AKTIQlIlTis LACOSTRBB

éloignés de plus d'un millier de pieds de la rive actudle da lac, en sorte que la retraite des eaui, occasionnée par les dépdis de la Reuse, a été à peu près la même qu'à Yvonand, depuis l'époque reculée où des habitations lacustres s'éle- Taient dans des golfes changés en promontoires. J'ignore si l'on trouve des ruines romaines dans cette partie de la plaine , niais l'emplacement du Bied , occupé avant l'ère chrétienne, est assurément bien moins ancien que celui du Grand Verger, vu l'étendue des alluviooa qui séparent ces deux points.

Vallée de l'Orbe.

La plaine marécageuse qui s'étend dTverdpn à Entreroches a été quelquefois envisagée comme étant de formation autéhumaine. Cependant la tradition populaire prétend conserver le souvenir d'un temps où le fond de la vallée était navigable, et c'est A l'appui de cette idée qu'elle mentionne l'existence de prétendus anneaux auxquels on aurait autrefois amarré les bateaux à Entrerocbes et sous le riiàteau d'Orbe ' . Nul ne met du reste en doute que cette plaine n'ait

bassin du lac dTverdon. Dans tous les cas, iUadû s'écouler bien des siècles avant que les cours d'eau qui descendent du Jura, d'une part» et du Jorat de Tautre, aient déposé leurs alluvions en barrages dans la vallée, de manière à diviser l'ancienne tête du lac en bassins de diverses grandeurs, que raccroissement de la tourbe a fini par combler peu à peu ^ ^ 4^ > ^ A ces barrages alluviens de la rivière de l'Orbe et de ses af- ^ ^^.^^ fluents, dont on peut comparer la disposition à celle des a^t^xicA. nervures d'une feuille d'arbre, il faut ajouter l'action des ^ dunes transversales, formées par le lac, et sur l'une desquel* les s'éleva plus tard l'antique Eburodunum. Dans le fond des tourbières qui se formèrent entre ces diverses digues on a trouvé sur plus d'un point des pièces de bois travaillées par la main de l'homme; mais la découverte la plus intéressante est celle d'habitations lacustres dont les restes sont pris dans la tourbe que M. Simon, syndic d'Yverdon, fait exploiter vers les Uttinsy au pied du mont de Chamblon, qui s'élève au milieu des marécages comme un îlot dans la vallée.

Auprès de ce mont, du côté du lac, on trouve, à ft pieds environ de profondeur, des troncs d'arbres et d'arbrisseaux qui dessinent une ancienne rive, et, à une centaine de pieds de celle-ci, des pilotis plantés verticalement dans le sol, sous 8 à 10 pieds de tourbe. La dirfîcullé d'écouler les eaux n'a pas permis de faire des fouilles à cette profondeur; cependant les ouvriers occupés à l'exploilation ont sorti du milieu des pieux deux petites haches de serpentine, en forme de coin, et unepointede tlèche en silex parfaitement intacte*.

* Notices de M. H. Buttin dans le Journal de la Société d^uVUté puh^ue du canton de Vaud, 1838, pag. 54, et 1854, pag. 113.— Mémoire sur U deêséchement des marais de l'Orbe, par M. L. Gonin, dans le Bulletin de la Société vaudoise des sciences naturelles, tom. VI, No 45, pag. 247.

* M. Simon a fait don de ces pièces à la bibliothèque d'Yverdon. On doit

n AHTIQUITÉS UQtlSTKBS

NoD loin de là, dam le marais de Valeyrei, on trouve à ï pieds sous la surface du sol, de larges pièces de bois couchées borizoatalement, A eaviroD 40 pieds de distance les unes des autres, avec d'autres solives, pareillemeat borizonlales, placées A angle droit de manière à former des carrés r^uliers. Ces débris ne sont pas sans rapports avec ceux de Robenbausen et entre autres de Wtuwyl.

Aus dettes, entre les villages de CbamMon et de Honlngny, une couche de 7 pieds de tourbe recouvra des pieux de diéoe et de bouleau, plantés verlicalemrat, qui mesurent 8 à 10 pouces de diamètre sur 3 pieds de longueur. Leur extrémité inférieure, terminée, en pointe, porte les entailles grossières d'une bâche imparfoite ' .

Peut-être faut-il attribuer A l'une de ces localités une fort belle emmanchure de bacbe, en bois de cerf, trouvée ATverdon, dans le lit de la Thiële, où elle peut avoir été entraînée par le cours d'eao, voisin des Ultins, qui se jette dans la rivière, à moins qu'elle ne provienne d'autres habitations dont on ignore l'emplac^nenl. (PI. IV, iS.)

L'intérél qui se rattache A la découverte de ces pilotis ne consiste pas tant dans les objets recueillis que dans leur po-

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