‹ Habitations lacustres des temps anciens et modernes (volume 2)Chapitre 63 sur 94 · DES CONSTRUCTIONS LACUSTRES · texte numérisé non relu

DES CONSTRUCTIONS LACUSTRES

lacustres. Sous la domination romaine, la hutte du pêcheur est bien une réminiscence des usages primitifs, ainsi que les cités construites sur pilotis au-dessus des fleuves, mais ce ne sont que les vestiges d'une manière d'être qui a cessé d'être générale et qui n'offre plus le même genre de vie que dans les premiers âges.

L'ardeur guerrière de la plupart des peuples de l'ancienne Europe, la facilité avec laquelle ils changeaient de patrie, et , chez d'autres , l'amour de la vie errante ou nomade, étaient incompatibles avec les mœurs des peuplades lacustres, qui devaient disparaître peu & peu à la suite de ces irruptions incessantes. Toutefois l'une des causes principales de la disparition des anciennes bourgades fut le développement de la civilisation. Lorsqu'un peuple éprouve le besoin d'introduire dans sa demeure plus de confort que ne le comporte la butte de claies, il abandonne tout naturellement son esplanade et ses canots pour se créer des habitations plus spacieuses et d'un abord moins incommode. Il emploie d'autres moyens de défense, plus solides et moins inflammables, en occupant des points d'accès difficile, fortifiés par des fossés et des levées de terre ou par des enceintes en pierres. Il est cependant telle configuration géographique qui, à l'aide d'institutions sociales particulières, contribue au maintien des plus anciens usages. C'est ainsi que le crannoge, utilisé dès l'âge de la pierre, s'est conservé en Irlande et en Ecosse, jusque dans les temps modernes. Mais le crannoge, dont les dimensions sont généralement restreintes, et sur lequel on ne retrouve qu'un à trois foyers, n'a pas été la demeure d'une peuplade , et ne répond pas à un usage général.

La perte de l'indépendance et le développement de la c^

MO OBSEHVATIOm

viliaation sont donc les causes principales qui ont entraîné i'at)andon des bourgades lacustres. Mais, de même que l'Age de ia pierre existe encore chez des peuples stationnaires qui, par leur isolement, ont plus onblié qu'ils n'ont appris dès les temps les plus reculés, il n'est pas moins naturel de retrouver les constructions sur piloUs chez des tribus restées indépendantes, et sur lesquelles la civilisation n'a pas exercé son influence. C'est ainsi que les cités aquatiquesont subsisté jusqu'à nos jours dans l'intérieur de l'Afrique, autour des Iles de l'Océanie, et, sans aucun doute, sur bien d'autres points où l'on ne tardera pas & en constater l'eiistence.

Obsenrations hydrologiques.

Les pilotis innombrables qu'on voit encore sur les htancafonds des lacs de la Suisse ont été pris plus d'une fois pour les restes de forêts inondées, et aussi pour des jetées ou des digues submergées. Dans l'un et l'autre cas, on envisageait les points d'écoulement des bassins comme ayant été obstrués , ce qui aurait amené un exhaussement du niveau des

HTDUnuifilOOSS.

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niiR que tes cassures anguleuses de cette poterie friaMc soient même émoussées. Il en résiille que ces em pincements n'ont point été submergés posliTicuremcnt à leur occupation, et que ces objets sont immédialeiuBnt tombés dans une oau assez profonde pour échapper à l'action des tempêtes ; s'il en eût été autrement, le roulis des vagues n'aurait pas tardé à les déplacer et à émousser leurs parties anguleuses, comme il le fait des galets de la grève. D'autre pari, rien ne porte à admettre un abaissement graduel de la surface des L]bcs. Des ruines de constructions romaines atteignent sur Hjflus d'un point les parties tta^ses des rivages actuels ; en nu- Btre, les tombeaux de l'Age de la pierre, découverts ft Tbo- Biu)n sur les bords du Léman, se trouvent sur un point qui Kdépassede fort peu les bautcseaux, cl l'on ne saurait admettre qu'ils aient été construits dnns un sol inondé. On est ainsi conduit à conclure que le niveau des lacs de la Suisse n'a pas subi de modiGcatton sensible depuis l'apparition de l'homme dans ces conlrées '.

L'action des plus fortes tempêtes ne se fait sentir qu'à une faible profondeur dans les lacs. Je n'ai jamais remarqué, sur les nombreux points que j'ai explorés, d'objets d'industrie dont les angles fussent émoussés par les vagues, dès qu'ils se trouvaient A plus de quatre pieds sous le niveau des basses eaux. Il paraît donc que les plus fortes tempêtes n'agissent guère sur nos lacs au delà de cette profondeur. Mais, d'autre part, si l'agitation est assez superficielle , l'eau calme n'en a pas moins son action délétère qui agit, il est vrai, avec une

d'HcriDince, J'ai trouvé les deux (ragnienU d'un quelques pieiia, qui, en les ra|>proclianl nelaû ftire 1m nK^mei observa liunn sur beaucoup tff ■ ■ Voir rlu! hnul l.i \yage 13U.

kli OBSERVATIONS

extrême lenteur. Après l'abandoD des bourgades , la partie supérieure des pilotis a été lODgtemps battue par les flots, puis, déprimée peu à peu, elle est descradue au-dessous du niveau des tempêtes. Les pieux réduits & la région des eaux calmes, l'œuvre de destruction, vraisemblablemeni moins rapide, mais toujours incessante, s'est poursuivie en diminuant continuellement leur hauteur et leur épaisseur ; qoelques- UDS n'apparaissent plus que comme des aiguilles, enfin celles-ci disparaissent à leur tour, et il ne reste qn'dn disque noir&tre à la surface de la vase. (PI. II, &.) La pointe du pieu prise dans le limon, se trouvant dans des conditions de conservation différentes, a généralement conservé ses premières dimensions. Elle porte encore les entailles faites par la bâche de pierre ou de bronze, mais elle est spongieuse, imprégnée d'eau, et, dès qu'on l'expose à l'air, elle se fendille, se rétrécit, et souvent tombe en morceaux. En revanche, la partie du bois entièrement baignée par l'eau conserve plus de consistance, le cbène entre autres prend l'aspect de l'ébène et possède même une certaine élasticité.

Si l'on pouvait apprécier les résultats de cette dégradation continue, durant un nombre d'années déterminé, les données

HYDttOLOGlQUES. 443

La lenteur avec laquelle le limon se dépose sur les blancsfonds des lacs , en dehors des formations alluviennes, est vraiment surprenante. On trouve sur le sol pierreux des emplacements lacustres une foule d'instruments, et même des épingles à cheveux, qu'il est facile d'apercevoir à travers dix à quinze pieds d'eau, quand celle-ci est transparente. Un grand nombre de vases tombés sur le limon ne sont pas même enfouis. La partie supérieure des objets, baignée par l'eau, est ordinairement recouverte d'une couche de tuf, tandis que celle qui est en contact avec la vase n'a subi aucune dégradation. Les poteries, ainsi protégées par le limon ont conservé jusqu'à leur vernis de graphite, et les métaux sont & peine oxydés. Je sortis un jour du milieu des pilotis de Gortailiod une paire de bracelets qu'amena un seul coup de pinces ; le premier, visible depuis le bateau, était verdàtre et couvert de tuf; le second, pris dans la vase, avait l'aspect du bronze qui vient d'être coulé. La tourbe possède la même propriété de conservation, due sans doute & des matières pour lesquelles l'oxygène a plus d'affinité que pour le métal.

Les pièces chargées de dépôts calcaires d'un côté et intactes de l'autre sont non-seulement restées en place, mais elles ne paraissent pas même avoir été alternativement recouvertes de sable ou débarrassées du gravier que les courants soulacustres mettent souvent en mouvement. Il n'est pas rare que les pêcheurs, après avoir jeté leurs filets & de grandes profondeurs les retrouvent le lendemain tout enchevêtrés ou pris dans les graviers. Ces courants n'ont pas la même action sur les blans-fonds, qui, d'une part, échappent à l'action des tempêtes dès qu'ils sont recouverts de plus de quatre pieds d'eau , et, de l'autre, ne sont pas sujets aux mêmes

Uik DERNIi.nS VBSTIGSS.

Iransports de sable et de gravier sur les points à l'aim des alluvions des torrents. Ceci ne veut pas dire que les limons ne soient jamais remués sur les blaocs-foRds , mais simplement qu'il est des localités où cette action est insensible. Les courants ne sont pas non plus exclusivement propres ik la profondeur, ce dont on peut se convaincre quand on voit les plantes lacustres, couvertes par les eaux, s'incliner toutes dans une direction contraire & celle où soufOe le vent , mais ils sont évidemment moins forts sur la plupart des blancsfonds que dans la noire-eau ou dans la profondeur.

Ces observations, familières sans doute aux hydrologues, pourront être élucidées par une étude attentive des emplacements sur lesquels se trouvent les restes de l'industrie lacustre. Les débris qui sont à la surface montrent quelle est, en-dessous de la région des tempêtes, l'immobilité des plus petits objets, et combien, danscertaines circonstances, le dépôt des limons se fait avec une eitréme lenteur. Il est des localités où, durant une période de plus de deux mille ans, ces dépAts sont à peine appréciables, et sur lesquels il ne s'est pas opéré le plus léger déplacement. On peut inférer de là que la formation de la vase sur ces points a dû exiger l'oc-

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là, de grandes pièces de bois couchées sur la vase, derniers vestiges d'antiques bourgades. Des poteries, des débris de formes insolites, de grands bois de cerf et des ossements épars révèlent une industrie et une faune étrangères à notre époque. C'est là tout ce qui apparaît d'un ancien monde oublié. Quelques vieillards racontent cependant qu'ils ont appris de leurs pères que ces lieux furent occupés autrefois par des familles qui cherchaient à se mettre à l'abri des animaux sauvages, mais ils n'en sont pas moins surpris quand ils voient de près les instruments qu'ils n'avaient pas songé à retirer de l'eau. En parcourant ainsi la surface des lacs, où la plus légère brise rend vacillantes ces images du passé ou les dérobe à nos regards, ce n'est pas sans quelque émotion que l'imagination fait sortir du sein des eaux les cités submergées, avec la population pleine de vie, de jeunesse et de confiance en l'avenir, jadis maîtresse de ces rives. Ce n'est pas sans émotion qu'on se demande, après ce retour sur le passé, s'il ne viendra pas aussi un jour où les riches habitations du rivage et les produits merveilleux de notre industrie ne laisseront que des vestiges mutilés de leur existence. Les peuples se succèdent de même que les générations. Les monuments ne sont pas moins périssables. Le sol semble tout engloutir, et cependant tout ne meurt pas. « Le corps retourne dans la poudre d'où il a été tiré, et l'esprit retourne à Dieu qui l'adonné. »

Les premières données écrites , relatives à l'histoire de l'Helvétie , ne remontent guère au delà d'un siècle avant l'ère chrétienne, et l'auteur le plus ancien qui ait mentionné l'existence des Pays Scandinaves, n'avait visité ces contrées que deux siècles et demi avant la naissance de César. Toutefois des générations nombreuses s'étaient déjà succédé, soit sur les rives de la mer Baltique, soit au pied du Jura et des Alpes. Cette absence d'écrits sur les siècles les plus reculés, quelque regrettable qu'elle soit, n'est cependant pas irréparable. D existe d'autres documents dont le témoignage n'est pas moins digne de foi que celui des manuscrits : ce sont les restes de l'industrie antique, enfouis dans le sol ou baignés parles eaux.

Les débris des nombreuses bourgades découvertes en Suisse, depuis six ans seulement , fournissent déjà des renseignements abondants que l'histoire devra enregistrer. Bien des questions sont encore obscures et pendantes, mais on nesau-

MÉM. ET DOCDM. XVH. 27

rait plus mécooDatlre, ni la haute antiquité des premiers habitants de l'Occident, ni les périodes successives de la pierre, du bronze et du fer que les sépultures indiquaient nettement dès lopgteœps.

C'est surtout par les emplacemeDis lacustres qu'on peut se foire une idée de l'aocroissement rapidedes plus anciennes populations, ainsi que de leur genre de vie. L'agriculture était connue. La plupart des animaux domestiques avaient accompngné les premiers émigraats de l'Asie établis sur les lacs de la Suisse. Tout commerce n'était pas étranger & ces peuplades. Chaque tribu, en participant au développement général, savait fabriquer les iostruments dont elle avait besoin, et l'industrie, quelque primitive qu'elle ftlt, n'était pas stationoaire. Il y a loin de là à l'état sauvage de plusieurs peuples modernes, et à ces descriptions de l'Helvétie, codverte d'épaisses forêts, qu'auraient parcourues tardivement quelques familles nomades, velues de peaux de bétes fouves et n'ayant pour armes que des pierres brutes ou des épieax durcis au feu.

La marche progressive de la civilisation, à travers les périodes suivantes , est nettement constatée par les pmdnils

avoir reçu leurs prototypes de l*Orient, leur impriment sur divers points le sceau de leur originalité. C'est le moment pendant lequel les individualités commencent à se dessiner le plus fortement. Toutefois ce n'est pas à dire qu'il n'y ait jamais arrêt, ni marche rétrograde, dans l'histoire de la civilisation ; mais l'humanité, prise dans son ensemble, progresse d'une manière incessante.

Les savants du Nord ont reconnu par l'étude des sépultures que la population de l'&ge de la pierre a précédé, dans leurs contrées, l'arrivée des Celtes auxquels ils attribuent l'importation du bronze ' .

* J'ai adopté la dénomination générale de Celte pour la population européenne de Vâge du bronze. Je reconnais cependant qu'on pourrait poser la question de savoir si ce peuple n'arrive pas en Occident à l'époque du premier ftfe du fer. 0 caractériserait dans ce cas une troisième invasion générale, et ferait remonter à une antiquité beaucoup plus reculée les deux périodes précédentes, vu que les Celtes paraissent avoir émigré les premiers de la patrie primitive de la race arienne. Il est une considération qui pourrait donner un asses grand poids à cette hypothèse. M. Ad. Pictet, dans son essai de paléontologie linguistique sur les Origines indo-européennes , montre que les Aryas primitifs, qui, d'après ce savant, auraient occupé la Baclriane, connaissaient non-seulement Yor et le cuivre , mais aussi l'argent et le fer, sans qu'on puisse toutefois affirmer qu'ils aient su produire l'acier. 11 en résulterait que la population de l'&ge du bronze serait antérieure à l'invasion celtique. Cependant n'est-il *pas possible que les Celtes , qu'on suppose s'être détachés les premiers des Aryas primitifs , aient quitté la Bactriane avant que le fer y fût connu T On bien «il se pourrait , comme le dit M. Pictet (pag. 170), que les races séparées dans le cours de leurs longues migrations , eussent oublié l'art d'extraire et de travailler le fer, et se lïissent attachées au cuivre plus facile à obtenir et à façonner. » L'&ge du bronze possède en effet bien des éléments propres à U population indo-européenne. Les contours élégants des armes et des instruments , les bracelets d'un petit diamètre , les poignées courtes ou les mains effilées , les vases sans pied et les anneaux-supports paraissent offrir plus de parenté avec l'Hindousian que les formes caractéristiques du premier Age du fer. L'incinération propre aux Celtes , mais aussi à d'autres peuples, ne devient générale en Europe qu'avec le bronze. Le Celte n'en

4^0 CONO-USION.

Le même Tait se reproduit ailleurs, et peut être envisagé comme général en Europe. C'est celte population primitive qui a introduit l'usage des constructions lacustres répandues en Suisse, en Irlande, en Ecosse, en Âlleinagne et dans d'autres pays. Qùaud on les trouve détruites au momentde l'apparition du bronze, importé par les Celtes, il est évidont que c'est le peuple envahisseur qui les a renversées, et \à où elles ne se relèvent pas , bien que ces oootréea aient continué d'être habitées, comme le montrent les tombeaux , c'est que le conquérant ne partageait pas les mêmes usages. La Suisse occidentale, où ces habitations prennent un grand développement pendant le deuxième Age, a conservé le premier mode funéraire, et, quand elles disparaissent généralement à leur tour pour ne plus se relever, c'est alors qu'apparaît l'Helvétien avec le fer et l'inânération. ,

On doit envisager comme un fait acquis à la sdence l'origine antéceltique des'conslruelions lacustres.

Des découvertes ultérieures nous apprendront si le Celte a adopté sur quelques points le genre primitif d'habitation ; mais ce qui s'est passé dans l'Helvétie occidentale a pu se

CONCLUSION . iU

simple hutte de pécheur qui ne répond point à une manière d'être générale, et du crannoge, Ilot fortifié ou lieu de refuge, qui a sa raison d'exister aussi longtemps que de petits chefs indépendants ne sont soumis qu'à la loi du plus fort. La généralité des constructions sur pilotis, élevées en Europe après r&ge de la pierre, apparaît donc comme la survivance d'usages provenant de la population primitive ; mais encore importe-t-il de reconnaître qu'on ne saurait attribuer à tous les habitants de ces cités une origine exclusivement antéceltiqne.

L'exploration des rives à l'aide de radeaux, lors des premières migrations, explique l'origine des bourgades lacustres et des jardins flottants. Bien des familles étrangères les unes aux autres, se trouvant dans des positions analogues, ont pu recourir aux mêmes moyens, et l'on sait quelle est la puissance de Tbabitude qui, dans l'isolement, finit par produire l'état stationnaire et souvent aussi la dégradation. C'est ainsi qu'on retrouve les cités aquatiques dans l'intérieur de l'Afrique et entre autres sur les ties de i'Océanie, où ces constructions sont identiques à ce qu'elles étaient en Europe longtemps avant l'ère chrétienne. Elles existaient déjà sur les rives de TEuphrate, alors que Ninive gravait ses exploits sur le marbre. Elles servaient encore de retraite aux chrétiens de la Syrie, dans le XI Y^ siècle. De nos jours, le jardin flottant subsiste en Chine de même que dans le Mexique , et l'on est loin de connaître tous les points sur lesquels ont survécu ces usages. L'habitation lacustre, à l'état de radeau ou fixée sur pilotis, se retrouvant ainsi dans les diverses parties du globe, où elle est propre à la plus ancienne population de de l'Europe, de même qu'au Mongole et au Nègre, il en résulte qu'elle ne caractérise pas une race particulière de

htt GONCLCSIOI).

l'humanité, bien qu'elle n'ait pas élé adoptée par tous les peuples.

La perte de l'indépendance et le développement de la civilisation sont les causes principales de l'abandon de la bourgade construite comme un Ilot sur les eaux.

L'ensemble des débris de l'antiquité montre combien l'appropriation des matières, des éléments et des forces de la nature réagit profondément sur le développement de la civilisation. C'est le fea qui permet ft l'bomme de vivre dans les régions les plus opposées ; sans le feu, les métaux n'auraient été d'aucun secours; sans les métaux, l'industrie et les arts n'auraient jamais pris leur essor. Le bronze caractérise un nouvel ftge, mais, de tous les métaux, le fer est de beaucoup le plus précieux, dès qu'on arrive à produire l'aàer. D'une maniée générale, un peuple ne connaît la monnaie et l'écriture ' que lorsqu'il est capable d'extraire le minerai du fer et de le mettre en œuvre ; aussi l'histoire n'apparatt-elle guère avant l'introduction de ce métal. Comment ne pas mentionner l'imprimerie, le verre appliqué à l'optique, la vapeur et l'électricité, qui ouvrent à l'humanilé une ère nouvelle de développement 1

quée pour les anneaux passés à tous les membres. L'homme placé dans des circonstances analogues agit d'une manière analogue, indépendamment des temps et des lieux. Ses premiers essais d'ornementation sont partout les mêmes, ainsi que ses premiers pas dans la civilisation ; aussi peuton dire que les divers d^résde développement de l'humanité actuelle caractérisent, à bien des égards, les degrés successifs de son développement dans la série des âges. Malgré les évolutions diverses des peuples, une élude attentive de la manière dont ils satisfont à leurs besoins les plus divers conduit à reconnaître l'unité de l'esprit humain, qui ne saurait être séparée de l'unité de l'espèce.

L'histoire de l'homme n'est pas seule intéressée aux recherches des antiquités. Les sciences naturelles y ont aussi leur part. Le savant professeur de Zurich, M. Heer, a montré le parti qu'on peut tirer des graines et des fruits perdus dans la tourbe ou le limon. M. le D'^Rûlimeyer reconstruit la faune de l'ancienne Helvétie, de même que M. Steenstrup a rétabli celle du Danemark à l'aide des débris tombés des habitations. L'élude des crânes humains des divers âges aura son importance historique ' . L'analyse chimique n'indiquera pas seulement les diverses proportions d'alliage naturel ou artificiel des métaux, mais elle arrivera dans plus d'un cas

* Coup éfceil sur Vétat actuel de Vethnologie au point de vue de la forme du crâne osseux, par Ànders Retzius. Traduit du suédois par E. Glaparède. Archives des sciences de la Bibliothèque universelle. Février et mars 1860.

C'est surtout dans les tombeaux qu'on peut espérer de retrouver les crânes , quoiqu'ils y soient rarement intacts. Jusques à présent , ils sont très rares sur les emplacements lacustres , ce qui s'explique par le fait que la sépulture n'avait certainement pas lieu sous les habitations. Quant aux corps tombés à l'eau, à la suite d'accidents ou de luttes à main armée, on comprend qu'il était facile de repécher ceux que les vac^ues n'avaient pas rejetés sur la rive.

iU CONCLOStON.

à découvrir les localités d'où l'on a extrait le minerai ' . Une détermiDatioD plus complète des roches permettra ausù de connaître les contrées avec lesquelles les peuplades du premier ftge entretenaient des rapports de commerce.

La statistique des découvertes d'antiquités dassées ave« soin, fournira les données nécessaires pour compléter ou plutAt pour reconstruire la géographie des temps les plus anoiens ■ , àe même qu'elle retracera une partie des voies suivies par les peuples qui se sont répandue sur la surface du globe. Les débris du premier ftge sont déjà comme les jaloDt de deux routes qui, après s'être détachées du Caucase, parcourent le littoral découpé du sud et du nord de l'Europe, et pénètrent sur plus d'un point dans l'intérieur des terres, en remontant le cours des fleuves.

Pe nouvelles découvertes apporteront des élémentA nouveaux à ces diverses recherches. Quelques-uns des résultats que j'ai déduits de mes propres explorations et des bits nombreux recueillis par d'autres pourront être modifiés, mais oe qui importe avant tout , c'est que le champ des coanaissauces s'étende et que l'amour du vrai préside toujours A cee travaux.

Depuis que les pages précédentes ont été écrites, M. le D' Keller a fait paraître un troisième rapport S riche en notices d'explorateurs divers, dont il ne sera pas sans intérêt de reproduire les principaux renseignements. Des découvertes nouvelles, provoquées en Italie par M. le professeur Desor, confirment les prévisions des archéologues suisses sur l'extension que les constructions lacustres ont dû avoir dans l'antiquité. Les fouilles se poursuivent avec succès, et plusieurs savants prêtent leur concours pour la détermination des débris nombreux et variés accumulés dans les lacs et les tourbières: M. le professeur Heer, pour la botanique*, M. le D' Rûtimeyer, pour la zoologie', et M. le professeur de Fellenberg, pour l'analyse chimique des métaux *.

* Pfahlbaulen. Dritter Beiicht. Zurich 1860. ' Voir phis haut la note 1 de la pag. 270.

' Untersuchung der Thierreste aus den Pfahlbauten der Schweh. Zurich

* Analysen von aniiken Bronten. Bern 1860.

J'extrairai d'abord du travail de M. le IX Relier les données qui peuvent servir à compléter celles que renferme déjà cet ouvrage.

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