‹ Habitations lacustres des temps anciens et modernesChapitre 103 sur 150 · MARCHE INVERSE DE [/INDUSTRIE ET DE LA FOI · texte numérisé non relu

MARCHE INVERSE DE [/INDUSTRIE ET DE LA FOI

dans leurs sépultures, ne révèle jusqu'à présent le sacrifice de victimes humaines.

Ou voit que l'adoucissement des mœurs n'a pas suivi la même marche que l'industrie. On peut en dire autant du sentiment religieux. C'est dans les âges les plus reculés que les monuments qui se rattachent au culte présentent l'aspect le plus grand. Quand on se transporte au pied des immenses collines tumulaires de la première période et des blocs gigantesques dressés par des efforts inouïs, on éprouve le sentiment que le peuple qui, malgré l'imperfection de ses instruments, faisait de telles constructions en l'honneur des morts et des dieux, devait être vivement préoccupé des destinées de l'homme au delà du tombeau et du besoin de se rendre les divinités favorables. Les anciens Egyptiens élevaient les monuments les plus considérables en vue de la mort et de la vie à venir. Des préoccupations pareilles ont été générales dans les premiers âges. Tout ce qu'il y a de plus grand dans les mythologies remonte aux temps les plus anciens1. Des traditions nombreuses, relatives à la foi, ont été répandues d'un centre commun sur les autres parties du globe. Le dogme de la résurrection, symbolisé par les sépultures de Babylone, se retrouve sur les points les plus extrêmes. Mais bientôt d'autres idées se font jour. Le sentiment, voix de la conscience, est dominé par des systèmes religieux plus raisonnes et plus savants, puis les dieux façonnés par la main de l'homme perdent de leur influence et de leur autorité. Les superstitions s'accumulent, et le culte sanglant des Gaulois n'est pas plus propre que le scepticisme à relever la société. Cette tâche appartenait au christianisme, qui ne s'établit nulle part sans y introduire la civilisation.

' Les Germains et le Christianisme, par A. -F. Uzaiiam. Paris 1847.

Accroissement de la population.

Polybe rapporte que quelques historiens envisageaient les vallées des Alpes comme à peu près inhabitées, et il reetilie leur jugement en affirmant qu'il s'y trouve un peuple très nombreux qu'il a visité lui-même4. Ce n'est pas seulement dans les temps anciens qu'a existé ce préjugé, qu'on avait encore à combattre ces dernières années, chaque fois qu'il s'agissait de la population de l'Helvétie avant la connaissance des métaux. 11 était cependant facile de conclure d'après les tombeaux fouillés dans le canton de Vaud que la Suisse avait eu, comme le Nord, ses trois périodes de développement avant l'époque historique; mais la découverte des habitations lacustres est venue confirmer jusqu'à la dernière évidence l'existence de l'âge de la pierre en Suisse et sa haute antiquité. Les nombreux emplacements occupés pendant cette période, l'étendue de plusieurs et l'épaisseur des dépôts qui les recouvrent, ne peuvent laisser subsister au cun doute sur le prompt accroissement de la population et sur la longue durée de ces établissements.

Quand on voit combien les rives des lacs de la Suisse ont été habitées, on est conduit à se demander si toutes les de-

' Lib. III, i8. « 0,uand ils nous disent que dans ces Alpes tout est désert, rochers escarpés, chemins impraticables, c'est une fausseté manifeste. Avant qu'Annibal en approchât, les Gaulois habitant les rives du Rhône avaient passé plus d'une fois ces montagnes et venaient tout récemment de les traverser pour se joindre aux Gaulois des environs du Pô contre les Romains. El, de plus, les Alpes même ne sont-elles pas habitées par un peuple très nombreux ? »

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