‹ Habitations lacustres des temps anciens et modernesChapitre 109 sur 150 · DESTINÉES · texte numérisé non relu

DESTINÉES

vasion. Il ne pénétra point dans des régions inexplorées, et il n'eut pas à surmonter les mêmes difficultés que les premiers émigrants. La lutte à soutenir était bien plutôt contre la population qu'il voulait déposséder. La supériorité de ses armes et de son développement lui assura la victoire, et le conquérant s'empara de préférence des terrains défrichés. Là où il s'établit en maître, l'ancienne bourgade ne se releva pas. C'est à l'époque de l'apparition du bronze que les lacs de la Suisse orientale sont généralement abandonnés; le nouvel arrivant aurait évidemment occupé ces emplacements s'il avait eu l'habitude de vivre sur les eaux. Plus tard, c'est l'Helvétien, d'origine vraisemblablement celtique, qui détruit à son tour les habitations lacustres de la Suisse occidentale.

Ce qui s'est passé en Suisse a dû se reproduire dans plusieurs autres contrées. Le Celte, auquel on attribue l'industrie du bronze, est étranger aux constructions sur pilotis qui disparaissent dans les contrées qu'il occupe; mais partout où les descendants de la première population ont conservé quelque indépendance, après l'introduction des métaux, on doit s'attendre à retrouver leur ancienne manière de bâtir. Il n'est pas impossible sans doute que des peuplades européennes d'une autre origine aient eu les mômes usages ; quoi qu'il en soit, l'habitation lacustre remonte aux premières migrations de l'Asie. C'est à ce genre de fortification que les Pœoniens du temps d'Hérodote durent leur salut. Postérieurement à Darius, on voit encore les Allobriges opposer aux Romains une résistance désespérée par le même moyen. Ces peuplades, une fois soumises, renoncent en général a ce genre de construction, en sorte que la perte de l'indépendance entraîne aussi l'abandon des bourgades

DES CONSTRUCTIONS LACUSTRES. kQ9

lacustres. Sous la domination romaine, la hutte du pêcheur est bien une réminiscence des usages primitifs, ainsi que les cités construites sur pilotis au-dessus des fleuves, mais ce ne sont que les vestiges d'une manière d'être qui a cessé d'être générale et qui n'offre plus le même genre de vie que dans les premiers âges.

L'ardeur guerrière de la plupart des peuples de l'ancienne Europe, la facilité avec laquelle ils changeaient de patrie, et , chez d'autres , l'amour de la vie errante ou nomade, étaient incompatibles avec les mœurs des peuplades lacustres, qui devaient disparaître peu à peu à la suite de ces irruptions incessantes. Toutefois l'une des causes principales de la disparition des anciennes bourgades fut le développement de la civilisation. Lorsqu'un peuple éprouve le besoin d'introduire dans sa demeure plus de confort que ne le comporte la hutte de claies, il abandonne tout naturellement son esplanade et ses canots pour se créer des habitations plus spacieuses et d'un abord moins incommode. Il emploie d'autres moyens de défense, plus solides et moins inflammables, en occupant des points d'accès difficile, fortifiés par des fossés et des levées de terre ou par des enceintes en pierres. Il est cependant telle configuration géographique qui , à l'aide d'institutions sociales particulières, contribue au maintien des plus anciens usages. C'est ainsi que le crannoge, utilisé dès l'âge de la pierre, s'est conservé en Irlande et en Ecosse, jusque dans les temps modernes. Mais le crannoge, dont les dimensions sont généralement restreintes, et sur lequel on ne retrouve qu'un à trois foyers, n'a pas été la demeure d'une peuplade , et ne répond pas à un usage général.

La perte de l'indépendance et le développement de la ci-

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